Pierre Martinet, alerte enlèvement !

2011, en pleine révolution Libyenne, Pierre Martinet, ancien membre du service action de la DGSE, est enlevé à Benghazi par le CNT (conseil national de transition) qui le pense à la solde du colonel Kadhafi. Pierre Marziali, son frère d’arme, qui l’a engagé pour cette mission privée de renseignement, est assassiné d’une balle de Kalachnikov dans le dos. Interrogatoires musclés, simulacres d’exécution, pourtant rodé à l’exercice de l’usure psychologique et à la résistance physique, notre militaire, enfermé dans les geôles d’une katiba islamiste envisage chaque jour comme le dernier. Sa promesse pour ne pas sombrer dans le désespoir : témoigner de ce qu’il a vécu dans un livre « Pris en otage » et enfin poser des mots sur ce traumatisme qui, à jamais, restera une plaie ouverte. Quand l’homme de l’ombre prend la parole !

Claude Cancès, taille 36 !

De l’antigang à la Crim’ en passant par la Brigade Mondaine avant d’en devenir le grand patron, le Commissaire Claude Cancès a passé 35 ans au 36 Quai des Orfèvres dont il connaît les moindres recoins de la « maison ». 148 marches d’un escalier entré dans la légende, des relents de tabac froid qui rappellent ces heures d’interrogatoires nocturnes ou passées à plancher sur le cas Mesrine ou Guy Georges, les cris, les pleurs, les joies aussi de boucler d’interminables enquêtes, des murs du 36 transpirent l’histoire de grands flics comme celles de voyous qui ont écrit les pages les plus marquantes de ce haut lieu de la PJ parisienne. Si depuis 2017 la police judiciaire a quitté à regret les quais de Seine où elle avait élu domicile depuis 1913 pour rejoindre le nord-ouest de la capitale, Claude Cancès passe aux aveux pour nous compter l’histoire de ce 36 vu de l’intérieur. Prêt pour la visite ?

Bruno Clément-Petremann garde La Santé

Pour paraphraser les Clash, le groupe de punk-rock britannique aux allures de fil rouge dans la vie de Bruno Clément-Petremann, se retrouver devant la porte de la prison de la Santé, même pour une interview, fait naître à l’esprit, l’espace d’un instant, une seule question : « Should I Stay or Should I Go ? » En pressant sur la sonnette du centre pénitentiaire situé dans le quartier du Montparnasse, les fantômes d’Apollinaire ou de Mesrine qui ont séjourné entre ces mûrs ressurgissent d’un passé où, en plein Paris, la peine pouvait s’avérer capitale. Le couperet aujourd’hui est d’une toute autre nature ! Alors que les prisons surchargées sont au bord de l’implosion, que certains détenus font couler beaucoup d’encre en se mettant en scène sur des applications de partage de vidéos et face à une justice qui, confrontée à de nombreux défis comme le souligne le rapport des États généraux du 8 juillet 2022, peine à trouver des réponses, Bruno Clément-Petremann, directeur de la mythique enceinte parisienne nous ouvre ses portes pour une interview au pied du mur. La Santé calling !

Jacques Dallest, buffet froid

« Que de crimes restent inconnus ! Que d’assassins échappent à la peine des hommes ! » écrivait Zola. Alors que, épisodiquement, à coups de rebondissements et de grand déballage médiatique, les « affaires » Grégory ou Dupont de Ligonnès reviennent sur le devant de la scène pour tenir le pays tout entier en haleine, ces meurtres sans, aujourd’hui encore, de meurtriers sous les verrous ne sont hélas que des homicides parmi tant d’autres dans ces dossiers non élucidés. Tour à tour juge d’instruction, procureur de la République et procureur général, Jacques Dallest a côtoyé le crime et celles et ceux qui l’ont perpétré au plus près. Fort de son expérience, sur le terrain comme dans les tribunaux, le magistrat mène l’enquête sur ces cold cases qui font froid dans le dos. Affaire classée ? Pas si sûr !

Sébastien Boueilh, et le colosse s’est relevé…

De 12 à 16 ans, Sébastien Boueilh a été victime d’un pédophile, un proche de la famille, comme souvent, au-dessus de tout soupçon. Blessé, meurtri tout autant dans sa chair que dans son esprit, il a fallu du temps au jeune gaillard, rugbyman, pour laver ce sentiment de honte ressenti et enfin briser la loi du silence, exposant au grand jour, non sans des dommages familiaux collatéraux, son calvaire. Fort de sa tragique expérience, Sébastien Boueilh a fondé l’association « Le colosse aux pieds d’argile » pour tout autant prévenir dans le système éducatif et sportif au danger de la pédocriminalité que guérir en accompagnant celles et ceux victimes de ces prédateurs sexuels qui, tapis dans l’ombre, rodent. « La honte doit changer de camp. Nous ne sommes pas coupables mais victimes ! » Sébastien, vous êtes ancien rugbyman et fondateur de l’association « Le Colosse aux pieds d’argile ». Dans les années 90, entre vos 12 et 16 ans, vous avez été a été victime d’un pédophile. Quel a été votre cheminement pour passer de ce traumatisme vécu au fait de parvenir à libérer votre parole pour dénoncer ces abus dont vous avez été victime ? Concernant la sémantique, ne parlons pas d’abus sexuels car on abuse d’un droit et l’enfant n’est pas un droit ! On essaye donc de bannir ce mot « abus ». J’ai effectivement été violé de mes 11 ans et demi à mes 16 ans et j’ai pu en parler 18 ans plus tard grâce à un copain d’enfance qui m’a annoncé avoir été violé par son voisin surnommé « Cricket ». Le lendemain, je l’ai rappelé pour lui dire que j’avais été victime de cette même personne. Ce « Cricket », c’était l’ami de mes parents et le mari de ma cousine. Avant d’aller porter plainte, j’ai décidé de me confier à mon cousin Frédéric avec lequel j’étais très proche et je me suis rendu compte que, lui aussi, avait été violé par ce même prédateur. Après mon dépôt de plainte, s’en sont suivies quatre années de procédure. Le procès a eu enfin lieu à Mont-de-Marsan pendant trois jours qui ont occasionné pour moi quatre nuits blanches. J’ai mis à profit ces longs moments pour réfléchir à comment venir en aide à celles et ceux qui avaient vécu le même drame que moi et protéger les futures potentielles victimes que peuvent être nos enfants. Comme vous le disiez, au départ, vous étiez parti pour mourir avec ce terrible secret. C’est donc ce procès qui a agi comme un déclic et vous a incité à parler, à dénoncer votre agresseur ? Le procès a été le début de ma résilience et la fin de mon autodestruction, ce mécanisme qu’ont beaucoup de victimes à se faire du mal pour s’apaiser. Au sortir du procès, j’ai effectivement créé « Le colosse aux pieds d’argile » sans savoir que, malheureusement, cela remporterait autant de succès. Jamais je n’aurais pensé en faire mon métier. Trois ans après la création de l’association, j’ai dû faire un choix. J’ai donc arrêté mon métier et le rugby afin de me consacrer à 200% à ce projet. Nous sommes aujourd’hui 12 salariés et passeront à 20 d’ici 2022. J’ai tatoué sur l’avant-bras : « On ne sait jamais ce que le passé nous réserve » et moi, il me réserve de belles choses car je parviens à libérer les paroles de victimes qui jusqu’alors s’étaient trop souvent murées dans le silence. Et la clé, comme vous le dites sur la quatrième de couverture de votre livre, c’est d’en parler ?! Il faut parler, c’est effectivement un mot que l’on rabâche lors de nos interventions. La honte doit changer de camp. Nous ne sommes pas coupables mais victimes ! La parole qui se libère, c’est la clé du bien-être. Après, bien sûr, cette parole doit être accompagnée car une parole qui se libère sans accompagnement peut rendre les choses encore plus compliquées. Comme vous le dites, où que vous interveniez, il y a face à vous des victimes d’abus sexuels. Ce drame touche donc notre société bien plus qu’on ne l’imagine ?! Hélas oui ! Je réalise actuellement la tournée des ministères. Je travaille étroitement avec le ministère des sports. Hier j’étais au ministère de l’éducation nationale, la semaine dernière avec le ministre de la justice Éric Dupond-Moretti… Quand j’explique à mes interlocuteurs notre manière de travailler et le pouvoir libérateur quasi immédiat que revêt mon témoignage auprès des jeunes, je les invite à m’accompagner pour se rendre compte de l’ampleur des dégâts. Lorsque j’interviens dans des classes, je suis au regret de constater qu’il y a un grand nombre de victimes majoritairement intra familiales ou bien encore victimes des réseaux sociaux avec un nombre incalculable de jeunes qui, par exemple, reçoivent des photos de sexes de personnes qu’ils ne connaissent pas. Ce sont toutes ces violences, identifiées dans le milieu scolaire, contre lesquelles nous essayons de lutter. On sait que chez les enfants, les adolescents, les traumatismes subis ne sont hélas pas toujours dénoncés par crainte d’être jugé, pointé du doigt ce qui s’accompagne même, parfois, d’un sentiment de culpabilité, de honte. Cela a-t-il également été votre cheminement psychologique avant qu’enfin votre parole ne se libère ? Au départ, effectivement, je ne parlais pas car j’étais empli d’un sentiment de honte. Le fait de ne plus me sentir seul face à ce prédateur qui tenait une place importante dans la famille comme dans le village m’a incité à franchir le pas. C’est ce cheminement que l’on explique lors de nos interventions. Oui, il faut du courage, mais il est primordial de parler et, même si les victimes subissent des pressions de la part de ces prédateurs sexuels, elles doivent les dénoncer Quels sont aujourd’hui les actions menées par votre association que ce soit dans les clubs sportifs ou les établissements scolaires afin de prévenir tout autant, je suppose, qu’à inviter celles et ceux qui, comme vous ont été victimes d’abus sexuels, à parler ? Concernant nos actions, nous avons deux axes principaux, le champ sportif et éducatif. Dans le sport, nous comptons, à ce jour, 40 fédérations qui sont conventionnées … Lire la suite

Les restos du cœur, c’est l’histoire d’un mec…

C’est l’histoire d’un mec ; un mec pas comme les autres, un humoriste au cœur gros comme ça et qui, il y a maintenant plus de 35 ans, en s’acquittant d’un chèque de 3 millions de francs au FISC s’était simplement fait la réflexion que cette somme destinée à remplir les caisses de l’État suffirait à offrir 200.000 repas aux plus démunis. Partant de ce simple postulat, l’électron libre à la générosité sans limite qu’était Coluche créait les Restos du Cœur. 2 milliards de repas distribués plus tard, ils sont hélas toujours plus nombreux à avoir faim, à avoir froid et l’on peut se demander ce que là-haut, le fondateur des Restos, parti bien trop tôt, pense de cette France des inégalités, une France scindée en deux et où, souvent, le chacun pour soi prévaut sur l’altruisme. Patrice Blanc, président des Restos du Cœur, nous répond. « Coluche disait : « Quand je me suis présenté à l’élection présidentielle, j’ai fait peur au monde politique. Quand j’ai créé les Restos du Cœur, je leur ai fait honte ! » Cette citation est hélas toujours valable en 2021. » Plus de 35 ans après la création des Restos du Cœur, quel serait selon vous le regard de Coluche sur cette société qui est la nôtre en 2021, une société qui semble de plus en plus coupée en deux ? Je m’interdis de faire parler les morts donc je ne répondrai pas directement en imaginant ce que Coluche aurait pu dire… Par contre Coluche disait : « Quand je me suis présenté à l’élection présidentielle, j’ai fait peur au monde politique. Quand j’ai créé les Restos du Cœur, je leur ai fait honte ! » Cette citation est hélas toujours valable en 2021. Coluche avait calculé qu’avec l’argent de ses impôts, il pouvait offrir 200.000 repas, de ce constat sont nés les Restos ? Prélever une partie de l’impôt des plus riches pour que les plus pauvres puissent se nourrir, même si cela fait un peu « Robin des bois », cela pourrait être une idée à méditer ? C’est une réflexion intéressante mais c’est en partie déjà le cas même si cela ne concerne pas spécifiquement les plus riches. Le principe arrêté, et que l’on appelle la loi Coluche justement, offre la possibilité d’une déduction fiscale pour les dons que vous faites, portée l’an dernier à 1000 euros. C’est d’une certaine façon un fléchage vers le don. C’est, comme vous le dites, un fléchage, mais ne peut-on imaginer d’aller plus loin afin que de petites sommes soient prélevées des impôts pour venir en aide aux associations comme la vôtre qui ont fait de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion leur combat ? C’est une piste possible mais jusqu’à présent, quelle que soit la majorité politique au pouvoir, il n’y a jamais eu de mesures prises ou décidées en ce sens contrairement à ce qui peut se faire en Allemagne par exemple où une partie des impôts sert à financer les églises. Du discours de Nicolas Sarkozy en 2006 qui promettait en deux ans plus de SDF dans les rues à Emmanuel Macron qui prétend qu’il suffit de traverser la rue pour trouver un emploi, nos dirigeants gouvernementaux sont-ils à ce point déconnectés de la réalité du terrain ? C’est un phénomène que je qualifierais de général. Lorsque vous êtes dans une position de pouvoir important, il y a hélas cette coupure que l’on constate effectivement par rapport à ce qu’il se passe sur le terrain. C’est donc le rôle d’associations comme la nôtre de faire un rappel aux gouvernants de ce qu’est la réalité. Il est important de parler sur votre support Agents d’Entretiens ou sur différents médias afin de rappeler que le nombre de personnes qui se retrouvent sans abri ou en situation de grande pauvreté n’a pas diminué depuis la création des Restos du Cœur en 1985, bien au contraire ! Vous évoquiez le décalage entre ce que pensent nos gouvernements successifs et la réalité de la pauvreté en France aujourd’hui. En 1985, lorsque Coluche, véritable électron libre et homme au grand cœur, se dresse contre la pauvreté son initiative fait que 35 ans plus tard, les Restos du Cœur ont distribué plus de 2 milliards de repas. Ne peut-on imaginer un Grenelle de la pauvreté afin qu’associations et gouvernements agissent de concert pour prendre les mesures qui s’imposent pour que la France ne compte plus 300.000 sans abris et 10 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté ? Ce Grenelle que vous évoquez a eu lieu en partie il y a trois ans lorsque a été annoncé un plan de lutte contre la grande pauvreté. Ce plan de lutte est parti d’une idée qui était de casser cette transmission intergénérationnelle en prenant par exemple des mesures de soutien auprès de l’enfance. Il y a eu le soutien aux assistances maternelles, le soutien aux petits déjeuners servis dans les cantines scolaires… Hélas, pour ce qui est des résultats, on ne verra que dans 20 à 25 ans si ces mesures se sont avérées efficaces ! D’autres actions avaient été lancées à l’époque comme le service public de l’insertion ou le revenu universel d’activité, mesures dont nous n’avons toujours pas vu la couleur. Cette année, dans le cadre très particulier de cette crise de la Covid-19, des mesures budgétaires exceptionnelles ont été mises en place et, sans résoudre la pauvreté de manière structurelle, elles permettent de soulager en partie la situation dramatique dans laquelle se trouvent les personnes les plus démunies. Ce sont là des mesures exceptionnelles prises dans l’urgence de cette crise de la Covid mais on est en droit de se dire qu’un Grenelle de la pauvreté au vu de la situation dans notre pays devrait se tenir chaque année ! D’ailleurs, toutes les associations qui combattent la pauvreté et la précarité et dont j’ai pu interviewer des porte-paroles ont toutes en 2020, en raison des deux confinements successifs, constaté une nette augmentation de personnes ayant recours à l’aide alimentaire avec parfois 50% de « nouveaux arrivants ». Est-ce une triste tendance que vous constatez également aux Restos ? En dehors même … Lire la suite

Secours Populaire, sur tous les fronts !

C’est au sortir de la seconde guerre mondiale que nait le Secours Populaire, fruit d’une union entre le Secours Populaire de France et l’association nationale des victimes du nazisme. D’abord très marquée politiquement, soutenant les opprimés du franquisme ou de la dictature des colonels en Grèce, l’association s’engage au fil des années sur le front de l’action sociale, s’imposant comme l’un des étendards de la lutte contre la précarité et l’exclusion. Aujourd’hui, ce sont plus de 3 millions de personnes que, chaque année, le Secours Populaire aide, accompagne grâce à ses 80.000 bénévoles. Au sortir de ce deuxième confinement qui aura laissé des traces indélébiles, Marie-Françoise Thull, porte-parole de l’association, nous dresse un état des lieux d’une France au bord de l’asphyxie. « On nous dit que la pauvreté est un problème, au Secours Populaire on répond que ce n’est pas un problème mais un scandale. » Le Secours Populaire nait officiellement le 15 novembre 1945, fruit de l’union entre le Secours Populaire de France et l’association nationale des victimes du nazisme. Pouvez-vous nous éclairer sur la naissance de cette association à but non lucratif ? C’est une longue histoire puisque le Secours Populaire a maintenant 75 ans, une vie ! C’est à la base une association qui a été créée par Julien Lauprêtre à la demande du parti communiste. Julien était un résistant de 17 ans et il raconte que sa première source de motivation est née dans une prison où il avait été enfermé par l’occupant allemand, prison dans laquelle il s’est retrouvé avec Missak Manouchian qui figurait sur l’affiche rouge (L’Affiche rouge est une affiche de propagande allemande placardée massivement en France sous l’occupation, dans le contexte de la condamnation à mort de 23 membres des résistants  de la région parisienne, suivie de leur exécution, le 21 février 1944). Manoukian a dit à ce gamin de 17 ans : « Moi je vais mourir mais toi tu vas vivre alors fais quelque chose pour les autres. » Cette phrase, Julien Lauprêtre l’a toujours gardée en tête. Même si le Secours Populaire existait en tant qu’association affiliée au parti communiste, son évolution revient entièrement à Julien qui a permis cette union en 1945 entre le Secours Populaire de France et l’association nationale des victimes du nazisme. Une petite dizaine d’années plus tard, il a opéré une scission avec le parti communiste pour ne plus œuvrer que pour la justice grâce à cette association indépendante de toute influence politique, religieuse ou philosophique. Comment s’est peu à peu opéré le virage entre une association très ancrée dans la lutte et qui, par exemple, s’engage aux côtés des victimes du franquisme en Espagne ou la dictature des colonels en Grèce vers une lutte disons plus sociale contre la précarité et soucieuse de se battre contre la pauvreté ? J’ai toujours considéré Julien que j’admirais énormément et avec lequel j’ai pu longuement m’entretenir comme un géant, un homme d’une profonde réflexion. Sa deuxième rencontre d’une importance capitale après Missak Manouchian a été celle avec l’abbé Pierre durant l’hiver 1954 lors de ce que l’on a appelé l’insurrection de la bonté. Julien a été tellement impresionné par cette figure iconique qu’était l’abbé Pierre qu’il s’est dit : « C’est ça que je veux faire, ce combat que je désire mener ! ». Il ne souhaitait plus se tourner vers une lutte politique mais sur un combat humain et a donc transformé le Secours Populaire Français en une association au service de l’homme, contre la détresse, contre la pauvreté. Notre vraie mission, c’est cette lutte que Julien Lauprêtre a initiée et que nous menons jour après jour. Comment fonctionne aujourd’hui structurellement le Secours Populaire, fort de ses 80.000 bénévoles et de ses 98 fédérations départementales ? Le Secours Populaire est une association très décentralisée qui fonctionne avec des fédérations qui sont liées entre elles par les valeurs qui sont les nôtres. Au niveau national, nous travaillons avec un bureau pour construire les actions du Secours Populaire et réfléchir aux orientations à prendre. Figure également un comité national qui réunit tous les différents comités fédéraux et départementaux afin de tracer la voie. Tous les deux ans, nous nous réunissions en congrès pour proposer et voter les directions qui ont été préalablement émises. C’est donc un mode de fonctionnement très démocratique qui laisse une grande part de liberté à celles et ceux qui interviennent.   Comme vous l’évoquiez, le Secours Populaire lutte contre la précarité, la pauvreté, l’exclusion… Quelles sont aujourd’hui les principales actions que vous menez au quotidien ? Il y a des actions sur le terrain auprès de personnes aidées mais également auprès des pouvoirs publics et des institutions. Notre rôle est à la fois, comme le disait fort justement Julien Lauprêtre, d’être l’avocat des pauvres en leur tendant la main tout en aiguillant les pouvoirs publics concernant les mesures à prendre pour lutter contre cette précarité qui sévit au sein de notre société. Le Secours Populaire représente une force avec ses 80 à 100.000 personnes qui œuvrent au quotidien, une force et une expertise sur le désastre que la pauvreté cause chaque jour dans notre pays. Nous sommes là pour aider, accompagner celles et ceux en difficultés mais aussi alerter les pouvoirs publics en leur expliquant qu’il est de leur rôle et de leur responsabilité de mettre les moyens pour lutter contre cette pauvreté. On nous dit que la pauvreté est un problème, au Secours Populaire on répond que ce n’est pas un problème mais un scandale. Chaque année ce sont plus de 3 millions de personnes que le Secours Populaire aide, accompagne. Notez-vous au fil du temps une scission plus marquée que jamais entre une France de plus en plus riche et les autres, tous les autres qui ont du mal à ne pas rester sur le bord de la route ? Oui, il est clair que notre société est totalement divisée entre celles et ceux qui vivent « normalement » dans un pays de liberté et de bien-être et les autres qui survivent. La pauvreté qu’est-ce que c’est finalement ? C’est des manques ! Les gens en situation de pauvreté manquent donc de tout. Ils … Lire la suite

Banque Alimentaire, aider jusqu’à la faim !

Le gaspillage est l’un des fléaux pernicieux de notre société de l’ultra consommation où, chaque jour, des tonnes de denrées alimentaires sont jetées à la poubelle, ces mêmes poubelles dans lesquelles celles et ceux qui n’ont rien viennent y chercher de quoi se nourrir. Pourquoi jeter lorsque l’on peut donner ? Partant de ce postulat et fort du constat de la tribune intitulée « J’ai Faim » publiée en 1984 par Sœur Cécile Bigo dans le journal La Croix, la banque alimentaire et ses 8000 bénévoles collectent auprès du grand public, des industries agroalimentaires, de la grande distribution ou des pouvoirs publics pour redistribuer et permettre chaque année à des millions de personnes en situation de précarité de manger à leur faim. Laurence Champier, ancienne bénévole devenue Directrice Fédérale de la Fédération Française des banques Alimentaires nous explique le fonctionnement de cette banque toute particulière où, pour une fois, l’humain est au cœur du débat. « Selon notre projection, on peut s’attendre à voir 20% de personnes supplémentaires ayant recours à l’aide alimentaire en 2021 » Le 13 mars 1984, La Croix publie une tribune intitulée « J’ai Faim », écrite par Sœur Cécile Bigo, dénonçant le scandale de la pauvreté qui cohabite avec le gaspillage de denrées alimentaires. Comment, à partir de ce triste constat, est née la Banque Alimentaire et comment s’est-elle structurée au fil des années ? Nous sommes effectivement partis d’un double constat avec d’un côté le gaspillage alimentaire et, de l’autre, l’émergence de ce que l’on appelait en 1984 les nouveaux pauvres. La Banque Alimentaire est donc le fruit d’une réflexion de plusieurs associations qui se sont mises autour de la table afin de trouver une solution à ces deux problèmes concomitants suite à l’appel de Sœur Cécile Bigo. Notre souhait : limiter le gaspillage et apporter ces denrées alimentaires aux personnes qui en avaient le plus besoin. Autour de la table se trouvaient par exemple le Secours Catholique, l’entraide Protestante, Emmaüs, des associations qui accompagnent les personnes mais n’ont pas la spécificité pour faire de l’aide alimentaire. Est donc née cette idée une peu folle sur le papier de créer une banque alimentaire au service des associations. C’est ce qui est très important dans notre projet puisque nous sommes une plateforme logistique solidaire alimentaire au profit des associations d’aide alimentaire qui accompagnent les personnes. Le réseau a grandi petit à petit, se structurant. On compte aujourd’hui 79 banques alimentaires réparties partout sur le territoire mais également aux Antilles et sur l’île de la Réunion avec 110 implantations réparties au plus près des besoins et des personnes. Quelles sont aujourd’hui les principales actions menées par la Banque Alimentaire ? La principale, c’est la collecte de denrée alimentaires qui ne sont plus commercialisables mais consommables. On va donc récupérer tous les jours dans les supermarchés, auprès de l’industrie agro-alimentaire ou de producteurs agricoles le fruit de la production ou des produits qui ne sont plus commercialisables. Nos bénévoles les récupèrent, les trient, les stockent dans nos entrepôts puis les redistribuent à des associations partenaires qui viennent tous les jours s’approvisionner gratuitement. Notre société de l’hyper consommation est celle du gaspillage par excellence, un gaspillage alimentaire énorme alors que, de l’autre côté du spectre, certains n’ont rien pour se nourrir. Comment œuvrent les 8000 bénévoles qui, tous les jours, récupèrent des produits qui, sans leur action, seraient jetés ? La vie d’une banque alimentaire commence très tôt le matin avec des bénévoles qui vont chercher les denrées dans les magasins et les rapportent dans nos entrepôts. Là, d’autres bénévoles prennent le relai et s’occupent de ce que l’on va récupérer, qu’il s’agisse de produits secs, frais ou surgelés. Puis, on prépare les commandes passées par les associations. Cette commande ne correspond pas forcément au stock dont nous disposons puisque nous sommes dépendants des dons que vont nous faire la grande distribution ou les industriels. En bout de chaîne, les associations viennent récupérer ce dont elles ont besoin. Tout cela se fait dans un temps très court puisque les denrées sont récupérées tôt le matin et les produits sont distribués dans la même journée aux personnes au sein des associations. Nos 8000 bénévoles font donc partie de cette chaîne logistique pour, au quotidien, lutter contre le gaspillage et apporter à manger aux personnes qui en ont besoin. Tout cela se fait dans un cercle d’économie circulaire qui est extrêmement vertueux. En dehors du fait de récupérer des denrées et les redistribuer, nous avons créé des ateliers de transformation animés par des bénévoles qui vont permettre de retravailler des produits qui sont trop abîmés pour en faire des soupes, des coulis, des purées… Cela nous offre la possibilité de les redistribuer ensuite sous forme de plats cuisinés aux associations. Il y a vraiment ce désir profond de ne pas gaspiller et de réutiliser au maximum ce qui normalement devrait être jeté, ce qui n’a pas de sens puisque ces produits sont encore consommables. Les 8000 bénévoles sont celles et ceux sans qui la Banque Alimentaire ne pourrait exister. Qui sont justement ces anonymes qui, chaque jour, font en sorte que les plus démunis puissent manger à leur faim ? 65% de nos bénévoles ont plus de 65 ans et sont pour la plupart retraités. Cette année 2020 marquée par la Covid-19 nous a donc fortement impactés. Nos bénévoles sont des gens engagés dans le temps et très fidèles aux banques alimentaires puisque la durée moyenne au sein de notre réseau est de sept à huit ans. 65% de nos bénévoles sont des hommes et 35% des femmes tout simplement parce que c’est un travail très physique qui demande de remplir des camions, les décharger, soulever des caisses… Entre 2014 et 2019, on a accueilli plus de 2000 nouveaux bénévoles, ce qui montre la pertinence de notre projet associatif très concret. On récupère des denrées, on les stocke puis on les redistribue. C’est, je pense, une action très attirante pour toute personne qui souhaite s’engager dans le bénévolat. La nourriture, on le sait, ça doit avant tout être un moment … Lire la suite

Secours Catholique, l’appel au secours !

Alors que le confinement n’a fait qu’accroître l’écart qui, chaque jour un peu plus, se creuse entre les plus riches et les plus pauvres, le rapport annuel publié par le Secours Catholique, fondé en 1946 par l’abbé Jean Rodhain, nous livre des chiffres qui font froid dans le dos ! Un exemple, celles et ceux qui, de plus en plus massivement, font appel à l’association disposent aujourd’hui de moins de 10 euros par jour pour se nourrir, se vêtir, offrir un cadeau à leurs enfants pour les anniversaires. Notre France est aujourd’hui clairement coupée en deux entre des nantis aux salaires proches de l’indécence et une frange de la population qui se bat pour survivre et pour qui chaque dépense se calcule à l’euro près. Jean Merckaert, ancien rédacteur en chef de la revue Projet et directeur action plaidoyer France et Europe pour le Secours Catholique nous ouvre les portes de cette France qui crie au secours ! « Avec cette crise de la Covid, on va franchir le cap des 10 millions de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté. » Pouvez-vous nous rappeler ce qu’est, depuis sa création par l’abbé Jean Rodhain en 1946, la mission du Secours Catholique ? Le Secours Catholique est d’abord, comme son nom l’indique, une association qui est née de l’église donc enracinée dans les évangiles, dans la reconnaissance de la valeur de chaque être humain et soucieuse de venir en aide aux plus fragiles. Le Secours Catholique porte ainsi secours à des personnes qui sont dans une forme d’urgence sociale parce qu’elles dorment dans la rue ou meurent de faim. La mission de départ était focalisée sur cet aspect, puis nous nous sommes rendu compte que, pour les personnes qui venaient nous voir, l’important était tout autant de répondre à des besoins disons vitaux que d’avoir des rapports fraternels, ce qui est devenu aujourd’hui le cœur de notre mission. Le Secours Catholique tourne autour de trois points cruciaux. D’abord, il invite toute personne qui le souhaite à s’engager pour vivre la rencontre, l’entraide, la joie de la fraternité. Deuxième point, nous incitons tout le monde à agir pour que chacun accède à des conditions de vie dignes. Enfin, notre volonté est de lutter contre les causes de la pauvreté et de l’exclusion en proposant des alternatives. L’association s’appuie sur le savoir, fruit de l’expérience des personnes en situation de précarité. Nous estimons que toute personne même en situation de grande précarité à en elle les ressources pour s’en sortir. C’est un élément clé dont on a besoin au sein de notre société. Comment fonctionne aujourd’hui le Secours Catholique présidée par Véronique Fayet qui, très tôt, s’est engagée dans la vie associative avant de devenir adjointe d’Alain Juppé à Bordeaux, chargée de l’Action Sociale et de la Lutte contre l’exclusion ? Tout d’abord une petite précision. Même si Véronique Fayet a effectivement connu une carrière politique à Bordeaux au côté d’Alain Juppé, le Secours Catholique est une association non partisane. À titre d’exemple, le précédent président, François Soulage, avait été élu dans une municipalité socialiste. Le Secours Catholique regroupe donc des personnes aux sensibilités très diverses. Nous sommes organisés en délégations avec, pour chaque délégation, une équipe locale comprise entre 3500 et 4000 entités en France, composées de 66 000 bénévoles. Le cœur de notre travail se situe dans ces actions locales avec des activités extrêmement variées, accueil de vacances, aide au logement, accueils fraternels, groupes conviviaux, micro-crédits, maraudes pour aller à la rencontre de personnes qui vivent dans la rue… C’est là notre activité essentielle avec également un volet moins connu de solidarité en compagnie de partenaires un peu partout dans le monde qui, comme nous, luttent sur le front de la pauvreté dans une soixantaine de pays. Le confinement n’a fait qu’un peu plus augmenter les inégalités de notre société entre les plus riches et celles et ceux qui, chaque jour, luttent pour se loger, se nourrir… Avez-vous une idée du nombre de personnes supplémentaires que cette crise sanitaire va plonger dans la pauvreté ? C’est un peu compliqué d’avoir des chiffres précis à ce stade car, en raison justement de la crise sanitaire, nous ne sommes pas à 100% de notre activité puisque certains de nos lieux ont dû fermer. Ce que l’on observe très clairement, c’est que des personnes que l’on ne voyait pas auparavant font désormais appel au Secours Catholique. C’est le cas notamment des jeunes y compris les étudiants. On sait très bien qu’il y a de grands vides au sein de notre protection sociale qui couvre les majeurs actifs mais pas les 18/25 ans. Alors, forcément, lorsque les petits boulots s’arrêtent, ces personnes-là n’ont plus rien ! C’est un sujet qui nous préoccupe énormément. La deuxième population que l’on a vue arriver massivement, ce sont les précaires qui n’ont pas pu bénéficier du chômage partiel parce que intérimaires, indépendants ou en CDD. Ce qui est clair, c’est que l’on est face à une vague très forte et l’un des indicateurs les plus parlants, c’est le nombre de personnes qui ont recours à l’aide alimentaire. On est passé en l’espace d’un an de 5,5 millions de personnes qui avaient recours à cette aide en 2019 à 8 millions fin 2020. Il s’agit là des chiffres fournis par Olivier Véran, des chiffres qui montrent hélas l’impact de cette crise sur les plus pauvres. Reconnu d’utilité publique depuis 1962, le Secours Catholique établit des rapports annuels sur l’état de pauvreté des ménages dans notre pays. La crise de la Covid-19 nous conduirait donc vers une paupérisation de plus en plus massive de nos concitoyens ? Avant même cette crise de la Covid, nous avions noté une augmentation des chiffres de la pauvreté. Les chiffres de l’INSEE montrent que l’on est passé de 14,1% de la population à 14,7% en situation de pauvreté entre 2017 et 2018. Malgré un léger tassement en 2019, on s’attend au pire en 2020 ! On est donc là sur une courbe ascendante. Avec cette crise de la Covid, on va franchir le cap … Lire la suite

Thierry Orosco/Jean-Michel Fauvergue, quand les anciens patrons du GIGN et du RAID passent aux aveux !

2012 marquait avec Mohammed Merah la naissance d’une nouvelle forme de terrorisme où, tapi dans l’ombre, un « loup solitaire » passé sous les radars des services de renseignements sortait du bois pour frapper aveuglément, semant la mort au nom d’un extrémisme religieux. Depuis, de la tuerie de Charlie Hebdo, à la nuit apocalyptique parisienne de novembre 2015, du camion meurtrier de La Promenade des Anglais à Nice à la prise d’otages de l’hyper Cacher jusqu’à la récente horreur de la décapitation de l’enseignant Samuel Paty, ces atrocités, relayées en directe par les chaînes d’informations en continu, sont tragiquement venues endeuiller notre société en état de choc. C’est dans ces moments de tension extrême, face à des individus à la détermination sans limites, que les hommes du RAID et du GIGN entrent en scène. Respectivement anciens patrons de ces unités d’élite, Jean-Michel Fauvergue et Thierry Orosco lèvent, dans un livre confession, le voile sur ces deux véritables institutions dont ils ont été aux commandes, indispensables remparts face au terrorisme. À l’assaut ! « Avant Merah et le fait d’analyser ce qu’il se passait à l’étranger, on ne savait pas que le but de ces islamistes était d’aller jusqu’à la mort, une mort souhaitée et qui change la donne. » La réunion des anciens patrons du Raid et du GIGN dans un ouvrage sous forme d’entretien, c’était un moyen de rassembler deux unités d’élite qu’inconsciemment on oppose ? Thierry Orosco : Ce livre est tout d’abord une manière naturelle d’échanger entre deux personnes qui ont un vécu particulier tout en montrant, comme vous le disiez, qu’il existe des clichés qui ont la vie dure sans être nécessairement avérés. L’important est de mettre en lumière le fait qu’entre GIGN et RAID, il est primordial de travailler de concert. Jean-Michel Fauvergue : Il faut savoir qu’en France existent deux unités nationales d’intervention, une pour la police (le RAID) et l’autre pour la gendarmerie (le GIGN). Ce sont deux unités très connues tout autant au niveau national comme à l’international. Il était intéressant de regrouper dans un même ouvrage ces deux unités que l’on a trop souvent tendance à opposer. Plus que les facteurs d’opposition, c’est le rapprochement entre GIGN et RAID que nous souhaitions Thierry et moi mettre en exergue dans ce livre sur deux unités dont nous avons été à la tête au même moment. Un point semble pourtant vous unir, c’est une admiration tout autant qu’une crainte voire une défiance vis-à-vis de ces deux unités d’élite que sont le RAID et le GIGN. Comment expliquer ces deux sentiments mêlés ? Jean-Michel Fauvergue : Je pense qu’il y a plus d’admiration que de défiance vis-à-vis de ces deux unités d’élite de la part de la population. Cette défiance, on la ressent surtout actuellement concernant les forces de police. Dans l’inconscient comme dans le conscient collectif d’ailleurs, le GIGN et le RAID représentent des images fortes surtout depuis la vague d’attentats qui, depuis 2012, touche notre pays. Ces deux unités sont donc devenues des emblèmes sur lesquels les français se reposent et se rassurent. Lorsque la peur de l’attentat le plus sanglant existe, avec des images horribles encore en tête, faire appel au RAID ou au GIGN permet de sécuriser la population tout autant que les décideurs politiques, conscients de pouvoir compter sur ces deux unités en cas de force majeure. Le GIGN, c’est la gendarmerie, donc l’armée là où le RAID, c’est la police. Cette donnée explique-t-elle les différences de fonctionnement entre ces deux unités ? Thierry Orosco : Certainement ! La police comme la gendarmerie ont chacune leur histoire, leur culture et le GIGN comme le RAID ne sont en définitive que des émanations de leurs propres institutions. Elles sont faites d’ailleurs d’abord pour évoluer au sein de leur institution avec des forces venant respectivement de la gendarmerie ou de la police. Il est donc normal que chacun aborde les choses de manière spécifique mais l’important est que l’objectif, lui, demeure commun. Jean-Michel Fauvergue : Effectivement, ces deux unités sont issues du biotope ambiant, c’est-à-dire la police et la gendarmerie. Ceux qui rentrent au RAID doivent avoir effectué un minimum de cinq années au sein de la police nationale avant de pouvoir prétendre passer des tests extrêmement sélectifs et espérer intégrer notre unité. Nous disposons donc d’un vivier au sein duquel nous allons puiser ceux qui vont, de par leurs aptitudes, pouvoir intégrer le RAID. Il y a donc deux cultures bien distinctes entre celle de la police, plus civile et celle de la gendarmerie, qui s’inscrit dans la militarité et qui, au niveau le plus haut que représente ces deux unités, doivent pouvoir, non pas fusionner, mais se compléter. Lorsqu’avec Thierry nous nous sommes connus alors que nous dirigions nos unités respectives dans des période extraordinaires dans le sens étymologique du terme, nous avons souhaité, ensemble, répondre à ces défis, prenant conscience que nous allions avoir besoin l’un de l’autre. « Délibérer est le fait de plusieurs, décider est le fait d’un seul » disait Napoléon. Quand la décision peut avoir des conséquences désastreuses, sauver ou coûter des vies, faut-il être le plus froid possible pour analyser la situation sans affect aucun ? Thierry Orosco : Nous sommes avant tout des hommes avec des émotions. Ce qui est certain, c’est que dans les moments les plus difficiles, le fait de délibérer entre des gens qui partagent la vie au sein d’une même unité et ont donc confiance les uns envers les autres, c’est de nature à nous rassurer en tant que patron lorsque vient la prise de décision. Une prise de décision n’est par essence jamais une chose simple car elle peut, comme vous le disiez, mettre en danger la vie de personnes dont notre mission première est de les sauver. C’est pour cela que nous sommes nommés patrons de ces unités d’élite, pour cette aptitude à un moment précis à prendre une décision en l’assumant pleinement. Que l’on soit patron du RAID ou du GIGN, dans les moments difficiles, on a aussi à informer le décideur supérieur, qui peut être le décideur politique, des avantages et … Lire la suite

Laurent Savard, lève le rideau sur l’autisme

« Ne dites pas que votre fils est autiste, il pourrait le devenir ! » Voilà le genre de réflexion auquel a dû faire face Laurent Savard, humoriste, avant qu’enfin le corps médical ne mette un « nom » sur les troubles comportementaux de son fils, Gabin. Ce sont ces tranches de vie, des joies aux peines, des mots blessants à l’incompréhension face à un handicap, l’autisme, dont on est encore loin d’avoir percé tous les secrets, que dévoile Laurent Savard dans son one-man-show, « le bal des pompiers » qui, depuis dix ans, met le feu aux scènes de l’hexagone. Plus que les planches, Laurent Savard souhaite fouler aux pieds les préjugés, ceux de la différence et sensibiliser des instances gouvernementales qui ferment encore trop souvent les yeux sur ces enfants pour qui les mots « liberté, égalité, fraternité », devises de notre République, ne sont que des chimères, des illusions perdues d’avance. Et si l’humour était une merveilleuse ode à l’espoir ?! « En France, au nom de l’égalité républicaine, on voudrait que tout le monde soit dans le même moule. » Pédiatre, neurologue, IRM… Combien de temps a-t-il fallu avant qu’un diagnostic ne soit officiellement formulé pour mettre un nom sur les troubles comportementaux de votre fils Gabin ? J’allais dire des siècles (rires) ! Il a fallu presque quatre ans et encore, le diagnostic s’est affiné au cours des années. Au départ, nous allions consulter plein de spécialistes qui nous expliquaient que Gabin n’était pas autiste. Je me souviens d’ailleurs de sa première orthophoniste qui nous disait : « Ne dites pas qu’il est autiste, il pourrait le devenir ! » Quand Gabin est entré en maternelle, la loi de 2005 venait d’entrer en vigueur (La loi du 11 février 2005 énonce le principe du droit à la compensation du handicap et de l’obligation de solidarité de l’ensemble de la société à l’égard des personnes handicapées, ndlr). Cela lui a permis, dès l’âge de trois ans, d’avoir toute sa place à l’école alors que, justement, nous ne savions pas exactement de quel handicap il souffrait. Je me souviens là aussi très bien du médecin scolaire qui, alors que notre fils à peine entré dans la classe était déjà ressorti tant il était une vraie tornade, nous avait expliqué que s’il était autiste, cela se verrait. J’ai trouvé sa réflexion tellement folle, comme s’il suffisait d’un coup d’œil pour établir un diagnostic valable ! L’autisme étant un trouble protéiforme que l’on connait encore très mal, est-il d’autant plus compliqué de le faire reconnaître, accepter ? L’autisme est un trouble neuro développemental. J’ai beau être humoriste ou tenté de l’être, j’ai eu un Bac C, C comme comique, qui peut paraître préhistorique pour certains, mais qui était un Bac scientifique. Cette petite formation me sert pas mal pour démêler toutes les informations concernant l’autisme. Déjà, je pense qu’il faudrait mettre le terme autisme au pluriel car, entre une personne qui a un syndrome d’Asperger, couvrant déjà un champ très vaste, et un enfant qui, comme Gabin, souffre d’une forme dite sévère d’autisme, il y a là un monde. Pour notre fils, on est quand même à fond dans le vrai handicap, un handicap que je qualifie de lourd. À 18 ans, Gabin est toujours dans un mode de communication non-verbal et s’avère sujet à de gros troubles du comportement. La différence, cela s’apprend dès le plus jeune âge pour éviter les regards qui blessent. Pensez-vous que notre société manque cruellement d’ouverture sur toutes les différences ? Totalement. Le point commun dans l’autisme, quel que soit son degré, c’est justement que l’on est différent. Je pense souvent à la chanson de Pierre Vassiliu « Qui C’est Celui-Là ? » et me dit qu’en France il était établi d’avoir un regard mauvais sur celles et ceux qui vous posent question. Dans d’autres cultures, comme la culture anglo-saxonne par exemple, on ne rejette pas autant la différence. En France, au nom de l’égalité républicaine, on voudrait que tout le monde soit dans le même moule. Dès l’école, qui est le premier échelon, on vous rappelle que votre fils étant à part, on va de fait bien le mettre de côté. Je dis souvent que l’on a mal à la différence. On la regarde mais on ne la comprend pas ou alors, il faut que cette différence soit finalement proche de la nôtre afin de nous rassurer. C’est la raison pour laquelle, dans les médias, on va nous vendre un autisme zéro défaut alors que, quel que soit le degré d’autisme, ce zéro défaut n’existe pas. Cet autisme que j’appelle « Amélie Poulain » est une illusion ! Sinon, on ne serait pas dans la problématique du handicap. 20 % seulement des enfants autistes sont scolarisés en milieu « ordinaire », tandis que plus de la moitié n’a accès à aucune forme d’apprentissage. Comment expliquer que, dans le pays de droits de l’homme, on soit face à de telles aberrations ? Est-on vraiment le pays des droits de l’homme ? Je crois surtout qu’en France, on est très fort en communication mais sur le terrain, c’est tout à fait autre chose. Cet aspect m’a profondément heurté moi qui ai passé toute ma scolarité dans le système public et ai donc cru aux fameuses valeurs de la République. Je me souviendrai toujours que, dès l’école, pour Gabin, une classe de 30 élèves, c’était 29 + lui ! Pourtant je croyais que notre devise était : « liberté, égalité, fraternité. » On vous fait bien comprendre que votre enfant est le + 1, celui qui fait tache. J’ai personnellement un caractère où, lorsque l’on me ferme la porte, je passe par la fenêtre et, très tôt, la directrice d’école dans laquelle se trouvait scolarisé Gabin, bloquée par cette fameuse loi de 2005, a tenté de m’amadouer en m’offrant régulièrement le café afin, peut-être que, de moi-même, je sorte Gabin du système scolaire. Je me souviens qu’une fois, dans le bureau d’â côté, on aidait une maman sans papiers pour inscrire son fils. Moi qui suis un peu la caricature du mec de gauche, je me disais heureusement que le pauvre gamin n’est pas en plus autiste ! Vous dites : « Dans le domaine de la différence, du … Lire la suite

Lionel Saugues, la mort annoncée des petits commerces !

Ce deuxième confinement, instauré depuis le 30 octobre dernier par notre gouvernement et souhaité plus souple afin de ne pas plonger le pays dans un marasme économique encore plus abyssal, pose pourtant nombre de questions sur la ligne de conduite pour le moins floue choisie par le maître des clés de l’Élysée. Alors que les salariés sont invités à se rendre sur leur lieu de travail s’ils ne peuvent exercer leur activité depuis leur domicile, que les banques, les supermarchés, les magasins de téléphonie et les écoles de nos chers bambins restent ouverts, les petits commerces doivent eux baisser leur rideau, considérés comme « non essentiels » et visiblement vecteur de propagation de la Covid 19. Ce coup de massue sur un secteur déjà en crise à quelques semaines des fêtes de Noël ouvre un nouveau boulevard à la vente en ligne et risque de se muer en dernier clou d’un triste cercueil dans lequel nombre de commerces seront bientôt enterrés. Lionel Saugues, vice-président de la Fédération Française des Associations de Commerçants et de la Confédération des Commerçants de France, tire, à juste titre, le signal d’alarme sur cette chronique d’une mort annoncée ! « On s’attend à une véritable hécatombe pour les petits commerces de la plupart des villes de France si cette crise sanitaire dure. » Pouvez-vous nous expliquer le rôle de la Fédération Française des Associations de Commerçants et son mode de fonctionnement ? Notre Fédération, la FFAC, est née en 1957 et a pour vocation de porter la voix des unions commerciales de France. Nos adhérents sont des fédérations départementales, régionales, des associations locales de commerçants et la FFAC représente aujourd’hui 6000 unions commerciales ce qui veut dire des dizaines de milliers de chefs d’entreprise. Nous avons une représentation assez large qui reflète notre volonté de couvrir tout le territoire puisque l’on a, en notre sein, des associations émanant de grandes métropoles mais aussi de villes moyennes ou de zones rurales et, plus récemment, des nouvelles unions commerciales comme la fédération des commerçants de l’île de la Réunion ou l’association Esprit Villages à Saint-Tropez qui nous ont rejoints. Notre conseil d’administration est composé de plusieurs élus qui ont des casquettes différentes comme notre président Jean-Claude Delorme, également trésorier de l’association, Centre-Ville en mouvement. Notre bureau est assez conséquent avec une expérience forte dans le domaine consulaire des collectivités ce qui nous permet de bien défendre l’intérêt de nos commerçants comme de nos artisans auprès notamment des pouvoirs publics. Ce deuxième confinement, c’est un nouveau coup dur pour les petits commerces dits « non essentiels » et qui, une fois encore, doivent fermer leurs portes. Comment avez-vous réagi à ces nouvelles mesures prises par le gouvernement et annoncées pour lutter contre la propagation de la pandémie ? Les commerçants de notre pays ont clairement conscience de la situation sanitaire alarmante que connaît notre pays. Ils ne vivent pas dans une bulle et ont même été particulièrement exemplaires ces derniers mois en respectant les gestes barrières, en sensibilisant leurs clients et, parfois même, en faisant la police dans leur boutique pour faire respecter les règles sanitaires. Aujourd’hui, les commerçants sont sous le choc et très en colère après les annonces faites par le président de la République et le premier ministre. Pour beaucoup d’entre eux, c’est un véritable coup de grâce et, forcément, nombreux s’interrogent quant à leur avenir. Il faut avoir à l’esprit que l’on connaît depuis deux ans maintenant une période très difficile pour le commerce avec successivement les crises sociales des gilets jaunes, un contexte sécuritaire extrêmement dur et une première vague de la Covid qui a mis à genoux beaucoup d’indépendants qui, aujourd’hui, n’ont plus de trésorerie. Comprenez-vous cette terminologie même de « non essentiels » stigmatisante et le fait que les petits commerces soient pointés du doigt alors que les entreprises, les banques, les magasins de téléphonie, d’entretien automobile, les écoles, les grandes surfaces, eux, restent ouverts ? Il est clair que l’on ne comprend pas cette stigmatisation qui a été faite des petits commerces et ce terme vexatoire de « non essentiels ». Au-delà de ces mots, c’est un profond sentiment d’incompréhension et d’injustice qu’éprouvent aujourd’hui les commerçants de notre pays. Nous n’avons pas compris, comme beaucoup de nos concitoyens d’ailleurs, en quoi nos boutiques du centre-ville seraient beaucoup plus un vecteur de propagation de la Covid 19 qu’un grand centre commercial périphérique par exemple. Nos rues sont pleines, les abords des écoles bondés, les jardins, les grandes-surfaces… Alors même que l’on demande aux commerçants de rester fermés pour limiter les déplacements. Nous sommes, dans l’esprit de beaucoup de commerçants, dans une sorte de reconfinement « light », qui génère une situation absurde. Est né chez eux un véritable sentiment d’injustice face à la concurrence déloyale des géants du numérique, à l’image d’Amazon par exemple.  Concernant les grandes surfaces, on a pu constater un hiatus puisque les rayons de produits « non essentiels » sont tout d’abord restés ouverts avant d’être fermés mercredi. On a quand même l’impression qu’en de nombreux domaines, le gouvernement navigue à vue ?! Sur ce point, la mobilisation de tous les petits commerçants et celle de notre président à la Confédération des Commerçants de France, Francis Palombi, ont permis de faire changer la position initiale du gouvernement qui est revenu vers quelque chose de plus normal, plus équitable en décidant de fermer, dans les grandes surfaces, les rayons qui ne sont pas dédiés aux produits alimentaires. Ça a été compliqué, mais là, pour le coup, c’est pour nous une vraie victoire. Avez-vous été reçu par le ministre de l’économie et des finances Bruno Le Maire afin de plaider la cause des petits commerçants ? La Confédération des Commerçants de France dont je suis effectivement le vice-président a été en effet bien associée aux réunions organisées par les ministères et il faut s’en féliciter car c’est là l’occasion pour nous de faire remonter les difficultés rencontrées sur le terrain par nos commerçants et nos artisans. Globalement, on peut dire que la concertation et l’écoute sont là. Il faut reconnaître que le ministre Bruno Lemaire mais également Alain … Lire la suite