Martina Hoffmann, en toute Transe-parence

L’univers artistique de Martina Hoffmann possède cette vertu salvatrice rare de plonger celles et ceux qui s’y attardent dans un état méditatif voire introspectif. Initiée à l’art visionnaire par le regretté Robert Venosa, qui aura été, trente ans durant, son compagnon de route à la ville comme à la toile, Martina Hoffmann peint un monde onirique coloré, empli d’une symbolique qui retranscrit à merveille une vision du vivant dépassant largement notre seul et unique cadre terrestre. Si l’artiste partage désormais sa vie entre le Colorado et la Bretagne, à Carnac, où alignements mégalithiques et force de l’océan nourrissent son art, c’est à Paris que je retrouve la native d’outre-Rhin dont certaines des œuvres seront à l’honneur en novembre 2023 dans le cadre d’une exposition au musée du Quai Branly autour du voyage chamanique et de l’Ayahuasca. Et puisque comme le disait le maître de l’art visionnaire Salvador Dali : « La peinture est la face visible de l’iceberg de ma pensée », plongeons avec délice dans le Moi profond de Martina Hoffmann.

Roger Dean, Artway to Heaven

Plonger dans l’une des œuvres oniriques de Roger Dean et s’y perdre avec délectation, c’est s’accorder une salvatrice bouffée d’oxygène où l’art dépasse le simple cadre du beau pour devenir curatif. Visionnaire, magique, futuriste, épique, poétique… l’univers coloré de Roger Dean a d’abord émerveillé les amoureux de pochettes de disques, érigeant ses créations au rang d’œuvres d’art lors de sa longue collaboration avec le groupe Yes, fer de lance du prog rock britannique. Depuis Fragile en 1971 et sa terre vue du ciel en passant par Relayer ou encore l’hypnotique Tales From Topographic Oceans, Monsieur Dean a donné naissance à un sublime trait d’union où le visuel s’invite tel le parfait prolongement d’une musique pour le moins avant gardiste. L’empreinte de l’artiste, dont le bleu cobalt est devenu au fil des années une marque de fabrique, a inspiré jusqu’au septième art et un film, Avatar, dont, pourtant, on lui a refusé la paternité jusque devant les tribunaux. Architecte de formation, Roger Dean imagine depuis six décennies le futur, dessinant les contours d’un jardin d’Eden en suspension où la nature aurait enfin repris ses droits. Et puisque « Tout ce que nous voyons ou croyons n’est qu’un rêve dans un rêve », espérons que celui de Roger Dean devienne un jour réalité !

Mark Wilkinson tombe le masque

Puisque l’ère du tout digital et de la musique à portée de clic a sonné le glas des samedis passés chez les disquaires à s’émerveiller devant des pochettes de vinyles dont, parfois, le seul graphisme suffisait à déclencher un frisson et cette envie irrépressible de découvrir ce que cachait une telle œuvre d’art, il nous reste le souvenir empli de nostalgie de certaines pochettes passées au Panthéon du 33 tours dont plusieurs sont, sans conteste, à mettre au crédit de Mark Wilkinson. Parmi celles-ci, on peut, entre-autres, citer les deux premiers albums du groupe de rock-prog britannique Marillion, période Fish, ou le légendaire « Painkiller » de Judas Priest dont les artworks de la fine lame Wilkinson transcrivent à la perfection la richesse musicale qui nous attend avant même de poser le microsillon sur notre bonne vieille platine. Accordons-nous un voyage au cœur de quelques-unes des plus belles pochettes de disques jamais réalisées en compagnie de son génial créateur pour revoir nos gammes à la croisée des chemins entre deux arts majeurs. Music please !

Alexis Mabille… Du sol au plafond

Piqué par le goût de l’aiguille dès son plus jeune âge, Alexis Mabille a su, après des passages remarqués et largement formateurs chez Dior ou Saint Laurent, casser les codes du « genré » pour imposer sa griffe au sein du sérail de la haute couture « à la française ». Visiblement trop à l’étroit dans son seul costume de créateur malgré ses coups d’éclat telle la remise au goût du jour du nœud papillon, le style Mabille a su marquer de sa griffe le monde design. Pour preuve, la refonte totale de la célèbre « Maison de la Truffe », située Place de la Madeleine à Paris, dans laquelle nous nous retrouvons pour une interview pleine de saveurs.

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Førtifem, entre les lignes…

Avouer qu’accrocher à sa liste de collaborations tout à la fois Cartier et Emperor, les domaines Barons de Rothschild et Slipknot n’est pas chose commune. Et pourtant, c’est bien là le tour de force dont peut s’enorgueillir le duo d’illustrateurs Førtifem composé de Jesse Daubertes et Adrien Havet, couple à la ville comme à la palette graphique et qui, depuis 2012 a décidé, avec le succès qu’on lui connaît, d’unir ses talents. De la gravure du XVIII e/XIX e siècle à la littérature fantastique de Lovecraft, de la série B à l’imagerie des groupes de métal, en passant par Jérôme Bosch, Gustave Doré ou H.R. Giger, le binôme a su puiser son inspiration dans des univers multiples pour accoucher d’un style unique et reconnaissable entre tous. Allez, posez vos crayons ! « Si Gustave Doré n’avait pas existé, on peut sincèrement se demander ce que serait l’imagerie des groupes de metal ?! » Førtifem, c’est de Cartier à Emperor, des Domaines Barons de Rothschild à Slipknot de l’illustration au sens large… Pour celles et ceux qui ne connaissent pas votre travail, comment résumer au mieux ce duo que vous formez à la ville comme à la palette graphique ? Adrien : On se décrit souvent comme un « work of love » puisque, comme tu le dis, nous sommes un couple à la vie comme à la ville. Ça va faire une dizaine d’années que l’on est ensemble et huit ans que l’on officie sous le nom de Førtifem, mettant en place un savoir-faire et une souplesse qui nous permet de passer de pochettes d’albums pour des groupes de metal à des clients plus officiels et établis dirons-nous. Et votre style que l’on reconnaît au premier coup d’œil, si vous deviez le définir par des mots ? Jesse : Ce que l’on dit la plupart du temps et qui je pense nous définit assez bien, c’est que l’on se situe entre les gravures anciennes de Gustave Doré ou Albrecht Dürer et la pratique du tatouage actuel à la ligne noire. Ce sont là nos deux principales sources d’inspiration. De la gravure du XVIII e/XIX e à la littérature fantastique, de la série B au métal, de Bosch à Gustave Doré ou Giger, sont-ce là justement autant d’influences qui, savamment emmagasinées puis mélangées, font Førtifem ? Jesse : Il y a de ça effectivement. On a toujours dessiné mais ce n’est pas forcément ce vers quoi l’on se destinait de par nos études puisque l’on a tous les deux commencé par le graphisme. Pour autant, toutes les influences que tu as citées nous ont tellement accompagnées que, lorsque la possibilité nous a été donnée de dessiner toute la journée, ces sources d’inspiration se sont d’autant plus ressenties qu’elles ont en quelque sorte toutes explosé d’un seul coup. Adrien : On avait en nous tout ce qu’il fallait je pense et l’on n’attendait que le prétexte pour utiliser ce savant mélange que l’on préparait sans même trop en avoir conscience. Notre style s’est donc imposé de lui-même sans que l’on se dise après avoir fait une étude de marché : « Tu sais quoi, on devrait se positionner sur le secteur de la gravure ancienne ! » Cela nous a paru juste très fluide et simple, suivant par-là notre instinct. Au départ, lorsque l’on a associé nos deux techniques et nos deux manières de travailler, nos goûts communs se sont parfaitement imbriqués pour donner naissance à ce qu’est notre propre style. C’était très pragmatique dans le fond ! Jesse : On s’est rendu compte que nos influences communes ont permis, dès le départ, de nous retrouver et de tendre vers quelque chose que l’on avait en nous. Tout cela était le fruit de toutes ces influences que nous partagions. Førtifem signifie 45 en norvégien, cette inspiration nordique de votre duo, c’était en adéquation avec vos goûts musicaux pour le metal scandinave ? Adrien : C’est ça ! Notre premier voyage ensemble, c’était à Oslo. On avait ce désir de retourner en Norvège, véritable berceau du black metal. Ensuite, lorsque l’on a commencé à chercher un nom, puisque nous ne voulions pas officier sous nos propres patronymes étant donné que l’on se considère comme une entité, ce petit clin d’œil à la Norvège nous a semblé opportun. Après, Førtifem effectivement veut dire 45, tout simplement parce que notre atelier se situe au numéro 45 de notre rue. Jesse : J’avoue que j’ai un faible pour les numéros auxquels on peut attribuer de la chance ou bien d’autres significations. Nous transformer en un seul numéro était un truc qui me plaisait. Vous vous sentez plus artisans qu’artistes je crois ; Le côté artisanat de votre travail, c’est important ? Adrien : C’est effectivement quelque chose de primordial dans la mesure où, malgré tout l’amour et le respect que l’on porte aux artistes, nous n’aurons jamais la prétention de vouloir partager une vision ou établir une picturalité. On aime trop répondre à la demande et faire naître de ces collaborations une émulsion, une confrontation d’idées dont on se nourrit. Nous nous considérons donc avant tout comme des artisans et, parfois même, comme des mercenaires. Je pense que l’on vient nous voir tout autant pour notre style que pour notre savoir-faire et c’est cette notion que l’on aime bien défendre plus que ce côté artiste. L’artiste, peu importe en fait avec qui il travaillera, le résultat qui en découlera sera bien souvent quasiment la même chose que s’il avait travaillé seul. Nous, ce que l’on aime, c’est l’échange entre des idées de départ et notre savoir-faire d’artisans. C’est après une exposition dans un salon de tatouage à Reims que vous avez décidé de vous lancer. C’était un souhait de sortir du carcan routinier du travail de graphisme que vous exerciez à l’époque trop exigu pour laisser exprimer toute votre inspiration ? Jesse : Je vois que tu es bien informé… Oui, en effet, c’est un ami qui nous a poussé à faire une expo et à nous lancer. Même s’il a fallu encore du temps pour que cela devienne un métier à temps plein, il est vrai que cette première expo à Reims … Lire la suite

Antoine Brizard, Tesla fait peau neuve (épisode 4)

Faire d’une Tesla un joyau dans son écrin, un exemplaire unique, divine vitrine roulante d’un luxe à la française qui excelle dans la sellerie comme dans la broderie, c’est le challenge que s’est fixé Antoine Brizzard, co-gérant de l’entreprise située au cœur de Reims, Sublim Brodeurs. La ligne de conduite enfin définie, même si le projet reste encore en constante évolution, Antoine visualise désormais cette Tesla telle qu’elle sera une fois terminée et qui s’annonce comme un magnifique condensé du savoir-faire de l’artisanat français. Et si cette fabuleuse aventure humaine était le point de départ d’autres concept cars où le luxe s’invite dans les moindres détails ?! « Quand je me prends à rêver, ce ne sont pas les idées qui manquent pour plein d’autres modèles de voitures. » Il y a eu, je crois, encore pas mal de changements dans le projet qui est toujours en constante évolution ?! Il y a eu une grande modification qui n’était pas voulu à la base lorsque nous avons commencé à nous attaquer à l’habillage des portières avec les poignées de portes. Avec le directeur artistique, on a trouvé une nouvelle technique de matelassage qui nous oblige à complètement revoir toute la technique de broderie que l’on avait mise en place pour les quatre sièges. Cela nous oblige donc à tout refaire, à revoir totalement le design et la technique de broderie que l’on avait pourtant, au départ, validée. On veut en effet que tout s’accorde avec les portières, qu’il y ait une vraie homogénéité dans le projet. Cela nous oblige donc à repartir de zéro en changeant notre fusil d’épaule. On a maintenant une ligne directrice qui ne changera plus pour l’intérieur de la voiture même si cela nous oblige à tirer un trait sur plus d’une centaine d’heures de travail. Au moins, on a désormais quelque chose de plus abouti, de plus luxe, de plus en phase avec l’idée qui était la mienne au départ. Cela décale, je suppose, encore un peu plus le projet fini ! As-tu une date en tête sur la présentation de cette Tesla ? Non. Depuis le départ, on s’était dit que l’on prendrait tout le temps nécessaire à l’aboutissement de ce projet tel que nous l’avions en tête.  On préfère décaler la présentation de la voiture au public et avoir quelque chose qui corresponde totalement à nos attentes plutôt que de se précipiter et de ne pas être entièrement satisfait. Au départ, j’avais en tête le mois de septembre mais là nous sommes clairement plus sur la fin de l’année. On a enfin dessiné la bagagerie qui sera placée dans le coffre arrière. Cela s’annonce vraiment magnifique et très novateur. Nous allons d’ailleurs faire travailler un ébéniste sur le projet puisqu’il y aura un peu de bois dans les bagages. Un nouveau corps de métier qui s’invite donc dans la réalisation de cette Tesla ! Pour revenir au délai, avec cette ambiance très particulière liée à la crise de la Covid, il va falloir jongler pour trouver le moment idéal afin de présenter la voiture au public et aux médias. Justement par rapport à cette période compliquée liée à la Covid et sachant que ceux qui t’aident sur ce projet le font en plus de leur activité professionnelle, n’est-il pas trop compliqué de jongler entre les clients qui font entrer de l’argent dans la société et ce projet Tesla que vous menez tous en parallèle ?! Ce n’est pas simple effectivement, mais ce projet est aussi pour tous une bouffée d’oxygène qui nous sort de notre quotidien professionnel, seulement guidés par le plaisir et le souhait de réaliser quelque chose d’unique et de totalement novateur dans le domaine du luxe. On avait pris pas mal de retard avec le sellier qui devait honorer des commandes mais, pour les autres intervenants, franchement, tout se déroule comme prévu. Après, si on se redirige vers un confinement local comme cela se dit de plus en plus, je ne sais pas comment nous gérerons. Le fait qu’aujourd’hui tu aies enfin une ligne directrice bien précise te permet t-il de visualiser concrètement dans ton esprit la Tesla telle qu’elle sera une fois terminée ? Oui, tout à fait. Je sais parfaitement à quoi le projet ressemblera ce qui fait que j’ai beaucoup moins de craintes sur le design intérieur et sur l’homogénéité de l’ensemble. Cette vision globale entre la bagagerie, le cuir, les sièges, les jantes qui ont été déposées il y a plusieurs semaines chez mon maroquinier… C’est vraiment rassurant ! Avant je n’avais que des pièces de ci de là mais le puzzle n’était dans ma tête pas complet ce qui fait que j’avais tendance à un peu trop m’éparpiller. Le fait qu’aujourd’hui toutes les pièces du puzzle soient assemblées dans nos têtes nous a permis de faire un vrai bond en avant. Les jantes ne sont donc toujours pas revenues de chez le maroquinier ?! Non, toujours pas ! Elles ne sont d’ailleurs toujours pas faites mais il suffit de réaliser un bâton de la jante et il faudra ensuite seulement le dupliquer. Je serai d’ailleurs ce week-end chez un maroquinier avec Loïc, l’autre maroquinier, qui viendra avec la jante afin que l’on définisse précisément le travail à réaliser sur le premier « bâton ». Cela nous permettra de définir la bonne technique à utiliser. Une fois que le choix sera arrêté, il va falloir compter au moins 200 heures de travail sur les quatre jantes, ce qui ne sera pas une mince affaire. Nous n’aurons donc pas les jantes avant fin octobre. Ce sera la touche finale et la seule chose à laquelle on touchera à l’extérieur de la Tesla. La dernière fois, tu avais retiré le volant bourré d’électronique, une opération qui s’était parfaitement déroulée malgré tes craintes de transformer la voiture en sapin de Noël. Le fait que la voiture n’ait plus de volant n’a-t-il pas d’incidence sur la voiture, même à l’arrêt ? Au-delà de rendre la voiture immobile, on a en effet eu la mauvaise surprise de constater que le fait d’avoir retiré le volant … Lire la suite

Antoine Brizard, Tesla fait peau neuve (épisode 3)

Faire d’une Tesla un joyau dans son écrin, un exemplaire unique, divine vitrine roulante d’un savoir-faire français qui excelle dans la sellerie comme dans la broderie, c’est le challenge que s’est fixé Antoine Brizzard, co-gérant de l’entreprise située au cœur de Reims, Sublim Brodeurs. La réalisation du premier siège comme le gainage des jantes de cuir ont été des étapes décisives, points de départ impératifs au lancement du projet. Si Antoine a dû revoir à la hausse le délai nécessaire pour présenter ce concept car au public, il veut que tout soit pensé dans les moindres détails pour faire de cette Tesla un symbole du luxe comme du bon goût. « Je préfère que l’on prenne un peu de retard mais qu’à la fin on soit fiers de ce projet et, surtout, que l’on ait aucun regret ! » Quelles ont été les principales opérations effectuées pendant ces deux semaines ? On a enfin démonté le volant, et, miracle, la voiture ne s’est pas transformée en sapin de Noël ! Nous avons également retiré toute une partie des carénages intérieurs, tout le plastique. Aujourd’hui, on s’occupe de la console centrale tout en débutant l’habillage d’un siège de cuir. Les jantes de la voiture avaient également été envoyées pour être gainées de cuir ?! Elles devaient effectivement être terminées hier, mais on a pris du retard. Il y a gros travail pour le carrossier qui n’est pas habitué à réaliser ce genre d’opération très particulière. Il doit appliquer une préparation pour les maroquiniers tout en peignant les trois couches de peinture qui correspondent au blanc de Tesla. Je m’aperçois, au fil du temps, que nous sommes confrontés à un problème de timing que je ne pensais pas aussi important, impactant. Je dois gérer les plannings de tous les intervenants qui me filent un coup de main sur ce projet tout en devant répondre à leurs impératifs professionnels, ce qui n’est pas forcément évident. On aimerait que les choses aillent plus vite, mais comme les prestataires nous aident à titre presque gracieux, il est compliqué de leur imposer un timing rigoureux. Je dois également avouer à leur décharge que le projet évolue encore énormément avec des nouvelles idées qui germent, d’autres qui, en définitive, s’avèrent impossibles à mettre en place, ce qui complique un peu plus les choses. Quel cuir as-tu prévu d’utiliser pour gainer les jantes ? Nous allons utiliser un cuir qui sera identique à celui de l’habitacle. Les contraintes étant que ce cuir doit être capable de résister à l’eau tout en respectant les normes incendie par exemple. Après, il y a aura la phase de test où nous allons devoir faire rouler la voiture à une vitesse assez élevée afin de vérifier que cela n’abîme pas le cuir trop rapidement. J’espère sincèrement que le test s’avèrera concluant car un concept car avec des jantes gainées de cuir, ça sera quand même quelque chose d’assez exceptionnel. Tu as donc définitivement abandonné l’idée d’utiliser de la peau de crocodile pour l’intérieur de la voiture ?! L’idée nous paraissait super sympa sur le papier mais les essais n’ont pas été concluants. Cela faisait vraiment trop bling bling. C’était de mauvais goût ! On souhaite que la voiture respecte tous les codes du luxe sans pour autant que cela ne fasse trop tape à l’œil. Tu as opté pour quel genre de peau finalement ? J’ai choisi un cuir de haute qualité, blanc, un peu grainé, assez souple. Pour l’instant, nous avons réalisé des tests avec du skaï afin de ne pas trop perdre de matière. Il nous a également fallu faire quelques essais avec le cuir afin de voir comment il réagissait à la broderie. Ce sont toutes ces phases de tests en amont qui sont extrêmement chronophages. Lors de notre précédent entretien, tu m’expliquais que le projet était encore en évolution permanente. Les choses sont-elles un peu plus arrêtées désormais ? Pour les jantes c’est bon ! Les sièges, c’est la mauvaise surprise. On ne s’attendait pas à ce que cela soit aussi compliqué, qu’il y ait autant de problèmes à régler. Pour le coffre avant, nous avons eu une idée de dernière minute sur laquelle nous travaillons actuellement, mais comme rien n’est encore définitif, j’attendrai notre prochaine interview pour t’en parler. Pour le reste, on souhaite placer la cave à cigares, ta cave à cigares, dans le coffre avant, à côté du bar à champagne. La cave à cigares sera donc située à côté de la cave à Champagne dans le coffre avant plutôt que sous les sièges ou dans un accoudoir ! Tu as pu avancer avec la personne qui doit réaliser cette cave sur mesure ? Oui, il n’attend plus que je lui envoie les dimensions afin de se mettre au travail. On voudrait que la cave à Champagne et celle à cigares ne fassent qu’un dans ce coffre avant qui risque d’être une vraie belle surprise. Même si les choses ont pris du retard, au moins le démontage du volant n’a pas transformé la Tesla en sapin de Noël ! Non, fort heureusement. Nous n’arrivions pas à avancer sur ce point car nous ne parvenions pas à joindre le contact que l’on avait et qui bossait chez Tesla. À un moment, on a eu une sorte d’éclair de génie et l’on s’est dit que, peut-être, des tutos étaient disponibles sur la Toile. Quand on a tapé la recherche en français, nous n’avons malheureusement rien trouvé. Par contre, en anglais, le moteur de recherche nous a fourni plusieurs vidéos de personnes qui montraient justement comment démonter le volant d’une Tesla en toute sécurité. On a pris notre courage à deux mains, on s’y est mis et, miracle, en dix minutes, l’affaire était pliée. J’avoue que cela nous a enlevé une sacrée épine du pied. Et pour la bagagerie, on en est où ? Pour l’instant, c’est au point mort car, comme la bagagerie sera fabriquée dans le même cuir que les sièges, nous devions d’abord terminer cette opération. … Lire la suite

Antoine Brizard, Tesla fait peau neuve ! (épisode 2)

Faire d’une Tesla un joyau dans son écrin, un exemplaire unique, divine vitrine roulante d’un savoir-faire français qui excelle dans la sellerie comme dans la broderie, c’est le challenge que s’est fixé Antoine Brizzard, co-gérant de l’entreprise située au cœur de Reims, Sublim Brodeurs. Avant de retirer le volant qui doit être, à la main, gainé de cuir et en espérant que cette opération ne bloque pas tout l’électronique dont est bourré ce vaisseau terrestre à quatre roues qu’est la Tesla, Antoine nous parle de l’avancement de la cave à Champagne, de la réflexion d’ajouter au véhicule une cave à cigares ou du choix d’avoir délaissé la peau de crocodile trop tape à l’oeil pour un autre cuir qui reste à définir. « S’il n’y a pas cette étincelle chez les gens en ouvrant la porte de la Tesla, c’est que j’aurai râté le projet et ça sera de ma faute ! » Vous avez aujourd’hui démonté la voiture, quelles ont été les surprises rencontrées ? Il n’y a pas eu de mauvaises surprises car nous ne sommes pas allés au bout de ce qui était prévu au niveau du planning, notamment en ce qui concerne le démontage du volant, partie qui nous angoisse un peu. On a en effet peur que, dans cette opération, la voiture ne fasse un peu le sapin de Noël et ne se bloque. Afin d’anticiper ce problème, j’ai le contact d’une personne qui connaît très bien Tesla et qui a travaillé sur de nombreux modèles mais, pour l’instant, nous ne parvenons pas à la joindre. Nous avons démonté une bonne partie de la structure de la voiture quand même et, pour l’instant, il n’y a pas eu de problèmes majeurs rencontrés. Il y a simplement des pièces que l’on pensait pouvoir gainer et, comme cela s’avère impossible, on va devoir les envoyer en peinture. Inversement d’autres pièces seront finalement gainées de cuir. Les jantes, elles, comme prévu, seront gainées et ça ne sera pas une mince affaire. Avant la pose du gainage, il faut en effet égrener, éclater la peinture et les différentes couches de laque qui se trouvent sur les jantes. Le souci, surtout, c’est le temps ! Comme en cette période post Covid, on s’est fait un peu rattraper par nos clients, il est compliqué d’honorer nos commandes tout en menant de front ce projet Tesla. Une Tesla, c’est quand même une voiture bourrée d’électronique. Comment parvient-on à démonter la voiture sans que cela n’ait de fâcheuses incidences sur le « vaisseau spatial » qu’est ce véhicule ? On avait peur concernant les airbags mais le sellier a réussi à déjouer les quelques soucis qu’on aurait pu avoir sur ce sujet. Après, comme je le disais, pour le volant, comme pas un seul ne se déconnecte de la même façon, c’est un exercice qui s’annonce vraiment périlleux. Ce volant sera une pièce faite totalement à la main dans la plus pure tradition de la haute-couture. On croise les doigts pour que, lors de cette opération, tout se passe bien ! Où en es-tu de l’avancement du projet de cave à champagne dans le coffre avant de la voiture ? Le problème va être pris à l’envers en fait. On a sélectionné une bouteille tout à fait exceptionnelle qui ressemble un peu au projet de la voiture. Stanislas Bonafé, dirigeant de la société de Champagne Comtesse de Cerhes, a créé le plus beau flacon que l’on puisse imaginer, réussissant à réunir des savoir-faire incroyables dans cette bouteille. C’est un prototype, comme le sera notre Tesla nouvelle peau et, tant que je n’ai pas vu la bouteille, je ne peux pas encore dessiner pour lui offrir son écrin. Le fait que la cave soit réfrigérée, je l’ai dans la tête mais il faut vraiment attendre d’avoir dans les mains le flacon incroyable qui sera composé de verre gravé pour s’en inspirer. Cette bouteille numérotée s’annonce comme la plus belle qui sera disponible sur le marché avec, ce qui ne gâche rien, à l’intérieur un Champagne d’exception. On a vraiment hâte d’avoir la bouteille pour commencer à dessiner et savoir comment l’intégrer au mieux dans le coffre avant. Comme je suis amateur de cigares je t’avais soumis l’idée d’une cave à cigares dans la voiture. Tu as pu avancer sur ce point ? Je tiens à te remercier car c’est vrai que c’est ton idée, ce qui prouve qu’il est toujours intéressant de partager ses projets. J’ai commencé tout doucement et, lors d’un repas ce week-end, on m’a donné le contact d’une personne sur Paris qui réalise des caves à cigares sur mesure, du coup je l’ai appelée. On est restés pas mal de temps au téléphone et j’ai eu son expertise. J’avoue que l’idée me tente bien. Il m’a parlé du bois qui était nécessaire à la cave, à savoir le cèdre, de l’hygrométrie… J’apprends et j’avance là-dessus, domaine dans lequel je suis, je l’avoue, totalement novice. Il me faut donc parfaire cette connaissance, m’imprégner du monde et des codes du cigare pour l’intégrer au mieux dans ce projet Tesla. Ce qui est sûr, c’est que l’on se retrouve vraiment là dans les codes de notre voiture : le luxe, les spiritueux, les cigares… Notre Directeur Artistique pense lui aussi que c’est une très bonne idée. Après, reste à savoir si l’on met la cave à cigares dans l’habitacle de la voiture ou dans le coffre à côté du Champagne. La question est à l’étude! Le projet est donc encore en phase d’évolution ?! Tout à fait. À l’heure où je te parle, on aurait dû monter un siège que l’on avait pré dessiner afin de voir si cela matchait avec l’idée que l’on se faisait du projet dans sa globalité, de l’image que l’on souhaite véhiculer. Mais nous avons pris du retard là-dessus. As-tu déjà rencontré des problèmes spécifiques auxquels tu ne t’attendais pas (problèmes liés à la confidentialité que doivent respecter tes partenaires, grand écart entre le projet papier et une réalisation qui s’annonce bien plus … Lire la suite

Antoine Brizard, Tesla fait peau neuve ! (épisode 1)

Faire d’une Tesla un joyau dans son écrin, un exemplaire unique, divine vitrine roulante d’un savoir-faire français qui excelle dans la sellerie comme dans la broderie, c’est le challenge que s’est fixé Antoine Brizard, co-gérant de l’entreprise située au cœur de Reims, Sublim Brodeurs. En compagnie de près d’une quinzaine de passionnés tout comme lui, Antoine a mis à nu l’une des dernières nées de chez Elon Musk pour lui confectionner une robe version grand couturier. Pas à pas, semaine après semaine, de la genèse à la concrétisation du projet, nous allons suivre les étapes, les difficultés, les prouesses, les doutes comme les joies de cette aventure humaine qui permettra à cette Tesla de faire peau neuve. « Transformer une voiture de fonction en un prototype car, c’est quand même le plus beau showroom que l’on puisse imaginer ! » Antoine, vous êtes co-gérant d’une société de broderie située à Reims, Sublim Brodeurs. Avant d’évoquer le projet qui vous anime aujourd’hui, pouvez-vous nous dresser un rapide portrait de votre société et de ce métier de brodeur que l’on ne connaît pas forcément ? Nous sommes basés à Reims et avons débuté cette activité de brodeurs en 2011. Nous avons démarré sur les marchés avec une jeune société, un concept novateur mais avec peu de moyens. L’entreprise a pris de l’essor et nous avons donc déménagé cinq à six fois, un peu dans l’esprit start-up, passant d’un garage à une pépinière en entreprise. Nous sommes désormais dans le centre historique de Reims, ce qui nous permet une réactivité doublée d’une proximité avec notre quartier, ce qui est plutôt sympathique. Concernant la broderie, le marquage textile, cela consiste à prendre un support (t-shirt, doudoune sans manches, casquettes, parka…) et venir y apposer la marque de nos clients. On ne veut pas parler de vêtements publicitaires mais de création de marques à l’effigie de nos clients. Nous travaillons avec du fil, des aiguilles, de grosses machines qui, pour la plupart viennent du Japon et nous exerçons un vrai métier d’artisan, de savoir-faire. C’est un secteur d’activité où les supports changent en permanence, où il faut s’adapter avec une grosse partie de programmation informatique donc un domaine où l’on apprend tous les jours. Vous êtes à l’origine d’un projet d’envergure : customiser une Tesla grâce à des matières nobles, principalement du cuir, et montrer le savoir-faire des artisans français dans ces corps de métier que l’on a l’habitude de retrouver dans le domaine de la haute-couture et la maroquinerie de luxe. Comment est née une telle idée ? Cela fait quelques années que l’on souhaitait réaliser une pièce d’envergure capable de montrer ce que l’on savait faire de mieux en n’ayant aucune contrainte de temps, ni d’argent. Il n’était pas simple de trouver un support pour y parvenir car, même si nous travaillons pour de très belles maisons de luxe, nous devons respecter un contrat de confidentialité et donc il nous était quasiment impossible de montrer un book. Tout doit en effet rester secret ! N’ayant pas de voiture de fonction, on s’est dit que cela serait le support idéal pour nous servir de showroom roulant, vitrine parfaite de notre savoir-faire. Pour quelles raisons le choix de la voiture s’est-il porté sur la marque Tesla ? Au début, on était plutôt sur de l’électrique de marque Allemande car, pour nous, Tesla c’était cher. J’étais monté une fois dans l’une de ces voitures et cela ressemblait à un vaisseau spatial inaccessible. Un jour, alors que l’on discutait dans le bureau avec mon associé, passant en revue les voitures susceptibles de répondre à nos attentes, l’un de nos clients est entré nous expliquant que l’on devait absolument acheter une Tesla Modèle 3. En ligne, il nous a montré la voiture et, lui qui en possède quatre ou cinq, s’est mis à nous la vendre en nous expliquant que c’était ce qui se faisait de mieux au monde. Il est parvenu à nous faire précommander la voiture en une demi-heure en ligne. On venait de débourser 64.000 euros quand même ! Mais on s’est rendu compte que l’on ne payait ni la carte grise, ni l’essence, que l’on défiscalisait les batteries sur plusieurs années… Notre client a néanmoins été très fort car, à la fin, on a acheté une voiture, persuadés que c’était le meilleur modèle sur le marché sans même l’avoir vue ou essayée. Au-delà du caractère très novateur de la Tesla, le fait que cette voiture soit électrique était-il également un élément primordial ? Nous sommes une société que l’on souhaite moderne donc en avance sur nos concurrents, sur la réflexion environnementale. Travaillant de surcroît dans le centre-ville de Reims, le choix de l’électrique s’imposait comme une évidence. A-t-il été facile de fédérer une équipe pour vous accompagner dans ce projet et de quelle manière s’est opéré le choix de celles et ceux qui participent à vos côtés et qui, parfois, du fait de leur appartenance à de grandes maisons de luxe sont assujettis à des clauses d’exclusivité ? On travaille tous les jours avec des artisans qui ont un savoir-faire incroyable. Au-delà d’être des fournisseurs, ils sont devenus, au fil du temps, des partenaires, des amis même. On est toujours un peu frustrés lorsque l’on travaille ensemble car pris par des contraintes de temps et d’argent. J’ai décidé de les convier pour leur faire essayer la voiture et, alors qu’il conduisait, je leur ai expliqué le projet. Tous ont été emballés ! Même ceux qui sont assujettis à des clauses assez contraignantes passées avec de grandes maisons de luxe se sont tout de suite projetés en apportant des idées. Qui gère le dispatch des différentes opérations et comment avez-vous établi votre feuille de route pour savoir qui allait faire quoi et à quoi ressemblerait la Tesla une fois terminée ? Avec le directeur artistique avec lequel on travaille, dès que l’on a mis le projet sur papier, on a imaginé les différents process de fabrication. Par rapport aux compétences dont nous disposions, on a pu … Lire la suite

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Paul Booth, encre macabre

Trois ans. C’est le temps qu’il vous faudra patienter si vous souhaitez faire partie des heureux élus dont le corps porte la marque inimitable de Paul Booth ! Maître du morbide, l’homme se terre le plus souvent dans l’ombre de son salon de tatouage en forme de cabinet de curiosités. Crânes, squelettes et sculptures de cadavres en tous genres ornent cette oppressante galerie où le prince des ténèbres officie. C’est en utilisant ses aiguilles sur la peau de ses amis du rock extrême Kerry King (Slayer) ou Phil Anselmo (Pantera, Down) que Paul Booth a écrit ses lettres noires de noblesse. Peintre, illustrateur, grand amateur de films d’horreur, le natif du New Jersey s’est forgé un style unique dont la notoriété dépasse aujourd’hui largement le seul domaine du tatouage. Visite aux portes de l’enfer ! « La noirceur du monde est pour moi un champ d’inspiration sans fin » Si votre style de tatouage était un film, il serait…. Evil Dead sans hésiter ! Dans votre documentaire, Paul Booth’s Last Rites, on découvre des personnes qui n’hésitent pas à passer trois jours devant votre boutique pour vous rencontrer, d’autres qui hurlent votre nom… Est-ce ainsi que vous imaginiez votre vie lorsque vous étiez enfant ? Non pas du tout ! Même lorsque j’ai débuté le tatouage, c’était plus de l’amusement qu’autre chose, je n’avais aucun plan prédéfini. Petit à petit, j’ai découvert que le style que je m’étais forgé parlait à de nombreuses personnes qui se retrouvaient dans mes tatouages. C’est vrai que le fait d’être acclamé comme une rock star est une chose étrange, mais bien que cela déconcerte, je ne pense pas avoir changé. Le tatouage a-t-il été un prolongement de votre passion pour le dessin ? J’aimais peindre, dessiner et le tatouage m’est apparu comme une forme d’expression artistique intéressante. Dessiner, encrer un corps en utilisant les courbes, les muscles, les plis de la peau, je trouvais l’idée géniale et je m’y suis donc arrêté. Je pense d’ailleurs que cela est propre à tous les tatoueurs. On y vient souvent par hasard et ensuite on a le déclic ou pas ! La peinture et le tatouage sont-ils pour vous des formes d’art assez proches ? Je pense qu’il y a une démarche beaucoup plus solitaire en ce qui concerne la peinture. Devant une toile, j’ai besoin d’être confronté à moi-même, c’est plus un truc introspectif. Le tatouage est une véritable collaboration avec le client. On met son art au service d’autrui et il faut donc être à son écoute. La personne arrive avec une idée précise ou non de ce qu’elle souhaite et ensuite, c’est à moi de modifier son projet initial en fonction de son corps, de sa peau pour arriver à quelque chose de bien. Puis, je laisse souvent l’énergie du client guider les aiguilles au fil du tatouage pour être, au final, le plus proche de l’idée qu’il s’en était faite au départ. J’ai donc besoin de cet équilibre entre peinture et tatouage. On entend parfois dire que vous être le prince des ténèbres du tatouage. Ce surnom vous sied-il ? Oh, j’ai entendu beaucoup de choses me concernant ! Prince des ténèbres, maître du macabre… Les surnoms ne manquent pas ! Je ne sais pas ce qui me convient le mieux, mais j’aime assez toutes ces images que les gens ont de moi. J’ai grandi dans un environnement catholique et être entouré ainsi de curés et de bonnes sœurs a crée un effet de rejet important chez moi. J’ai donc pris le contrepied pour m’intéresser plus au mal, au côté sombre qu’à la religion qui, pour moi, est un véritable opium du peuple comme disait Marx. La croyance ou l’incroyance est une chose tout à fait personnelle. Alors, voir une religion organisée me déplait profondément. Pensez-vous que dans l’art en général, le mal est toujours plus intéressant que le bien ? Le côté sombre de la nature humaine a quelque chose d’intriguant. Il y a beaucoup plus de profondeur émotionnelle dans le mal que dans le bien. La noirceur du monde est pour moi un champ d’inspiration sans fin. Inspirer la peur, laisser échapper sa colère sont des sentiments d’une force inouïe donc inévitablement des sentiments à la puissance inspiratrice énorme. La lumière ne m’intéresse pas, je préfère l’ombre pour y découvrir ce qui s’y cache. Si vous pouviez remonter le temps, qui aimeriez-vous rencontrer ? Gengis Kahn et les seigneurs de la guerre. En ce qui concerne l’art, De Vinci et Michel-Ange. Comment est née votre passion pour les films d’horreur et en quoi est-ce devenu une source d’inspiration pour vos tatouages ? J’ai toujours été passionné par les films d’horreur, mais ils restent bien en deçà de la réalité. L’inspiration morbide et sombre de mes tatouages provient plus de ce que je peux voir tous les jours en regardant les infos ou en surfant sur le Net qu’en regardant Evil Dead par exemple. Les films d’horreur sont souvent très drôles, la réalité beaucoup moins ! Votre boutique représente parfaitement votre univers et votre style de tatouage. D’où proviennent tous ces crânes, ces sculptures morbides qui vous entourent ? Tout a été réalisé par des amis. J’avais besoin d’un lieu où je me sente bien pour travailler, une atmosphère oppressante et sombre comme mes tatouages. Alors, j’ai fait appel à des amis sculpteurs pour réaliser un endroit qui me ressemble à 100%. Je crois que c’est réussi non ? Ma boutique est un musée, mais je ne pense pas qu’un lieu rempli de clowns, d’arc-en-ciel et de belles licornes serait propice à mon inspiration. The Last Rites Tattoo Theatre, votre boutique, est un peu votre cabinet des curiosités ! Tout à fait. Les cabinets de curiosités, hélas trop rares aujourd’hui souvent par manque de place, sont des endroits fabuleux. J’aime cette idée d’être entouré par une multitudes d’objets, de choses glanées de-ci de-là et qui, au final, mises bout à bout sont une parfaite représentation de qui vous êtes vraiment. Il … Lire la suite

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Edmond Baudoin, le trait d’union

Faute avouée… Ce n’est que récemment, par la biais d’un ouvrage consacré au maître Dali et destiné aux enfants, que j’ai découvert le trait si poétique d’Edmond Baudoin. Car c’est bien de la poésie visuelle et narrative qui transpire dans chacune des bandes dessinées publiées par le septuagénaire niçois. Si Edmond Baudoin a choisi cette forme d’expression, lui le peintre, c’est avant tout pour raconter des histoires à la teneur souvent introspective et autobiographique. Dans cet univers de noir et blanc d’où la sensibilité jaillie à fleur de planches, les références picturales subjuguent. Ici un corps fil de fer tel une sculpture de Giacometti, là les courbes d’une femme nue que n’aurait pas renié Henri Matisse… Baudoin vit la bande dessinée comme une toile, une œuvre homogène, globale qu’il fait, défait, corrige, retouche presque sans fin. Rencontre avec un homme qui cristallise si ingénieusement le trait d’union entre peinture et bande dessinée. Vous avez commencé le dessin en 1946 en recopiant des images publiées dans les journaux de l’époque et qui représentaient les camps de la mort. Je suppose qu’un tel départ a fortement influé sur votre style et le trait de vos personnages ! Il est évident qu’un tel premier rapport avec le dessin ne peut qu’influer sur le style que l’on se forge. Dans l’esprit général, la seconde guerre mondiale s’est terminée en 1945, mais il faut savoir que la découverte des camps de la mort par le biais des journaux s’est faite plus tard, entre 1946 et 1948. En 1948, j’étais âgé de six ans et cette vision d’horreur de corps qui ressemblaient à des racines m’a forcément choqué, bousculé, meurtri. Aujourd’hui, les enfants jouent à des jeux vidéo où la mort est omniprésente, regardent des films où les meurtres pullulent, mais le rapport à la mort reste imagé. Dans notre village, nous nous rendions à l’abattoir regarder les boeufs se faire assommer et égorger. C’était très concret ! Donc, oui, j’ai commencé le dessin par la copie de cadavres enchevêtrés. Au départ, il faut savoir que si le dessin et la peinture m’ont toujours passionnés, la bande dessinée, elle, ne m’intéressait pas réellement. Je n’en lisais pas, préférant largement les livres. Goya, les impressionnistes, Giacometti, tout cela m’inspirait, me parlait dans l’esprit comme dans la chair, la Bande dessinée beaucoup moins ! Vous dîtes en effet qu’au départ la bande dessinée ne vous tentait pas vraiment. Il semble même que les histoires racontées vous plaisaient plus que le dessin lui-même ! Les histoires, c’est le voyage, l’imaginaire. Quel enfant n’aime pas les histoires ! La bande dessinée est apparue comme un moyen de poser sur papier cet imaginaire et de raconter, de faire passer une émotion en utilisant le dessin et l’écrit, ce qui différencie de la peinture. Je me souviens avoir exposé quelques dessins dans une bijouterie de Saint-Paul de Vence. C’est là que Numa Sadoul (auteur, comédien et metteur en scène, ndr), découvrant mon style, m’a dit que la bande dessinée pouvait être pour moi un débouché, une façon de gagner ma vie. Je me suis penché sur la question et j’ai tenté ma chance. Cette nouvelle forme d’expression artistique m’a permis d’aller loin dans la recherche de l’intériorité, de la sensibilité. Lorsque je dessine, je reste dans un processus d’écriture car, en bande dessiné, le mot et l’image ne forment qu’un ! Le noir et blanc s’est-il tout de suite imposé comme une évidence dans votre travail ? À l’époque, le noir et blanc était surtout une question d’économie. Mes parents n’étaient pas très riches et, si les crayons noirs étaient abordables, ceux de couleur représentaient un luxe qu’il fallait utiliser avec la plus grande parcimonie. Cette notion économique cumulée au fait que j’ai débuté le dessin en recopiant du noir et blanc explique que cette utilisation se soit imposée de fait. Aujourd’hui, j’utilise la couleur, mais ce n’est pas la même émotion, c’est un autre ressenti, un autre monde. Vous faites rarement de crayonné avant d’encrer vos planches. Cette immédiateté, ce travail sans filet, c’est ce qui vous grise ? Il est vrai qu’aujourd’hui, j’en fais de moins en moins. L’immédiateté est à mes yeux aussi importante que l’instrument que je tiens entre les mains. Les idées qui jaillissent lorsque je tiens un pinceau ne sont pas les mêmes que celles qui vont me venir à l’esprit lorsque je tiens un stylo par exemple. Avec le pinceau, mon corps tout entier ressent la souplesse de l’instrument, sa légèreté. Le stylo, lui, instaure une certaine distance avec ce que je raconte. L’instrument dépend donc de ce que je souhaite exprimer, l’émotion que je désire véhiculer. Dans Piero, paru en 1998, j’ai utilisé un Rotring car l’émotion était trop forte, trop envahissante et le pinceau aurait là créé une sensiblerie éloignée du message. C’est la même chose pour le choix du papier. Il diffère selon l’instrument et l’émotion que j’ai en tête. Vous dîtes que dessiner « est une promenade dont je ne connais pas la suite. » Ce sont donc vos doigts et votre esprit qui vous guident lors de cette phase de travail ! C’est ce que je disais il y a quelques jours encore à mon éditeur qui me demandait de lui envoyer des pages de ma prochaine oeuvre. Il arrive fréquemment qu’un dessin m’oblige à recommencer des planches qui se situent au début de l’ouvrage. La Bande dessinée est pour moi comme une toile. Elle doit donc être homogène d’où le fait de changer, de modifier, de faire et de défaire. Je pense que pour les peintres, les écrivains, les musiciens… Leur travail dans sa globalité ne forme qu’une seule et même œuvre. Mes bandes dessinées, mes livres, mes peintures, tout cela représente au bout du compte le grand livre de ma vie. Lorsque vous travaillez pour la revue DADA, destinée à faire découvrir l’art aux plus petits, abordez-vous la peinture différemment ? Je suis très peu allé à l’école et dessiner pour les enfants est une chose merveilleuse. … Lire la suite

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Freddo Sacaro, Mickey contre les Schtroumpfs

Illustrateur, sculpteur, peintre… Freddo Sacaro, artiste aux multiples facettes, partage sa vie entre le sud ouest de la France et l’Inde, dualité culturelle et économique dans laquelle il puise ses sources d’inspiration. Après s’être attaqué à sa passion pour le ballon ovale, ce qui lui a valu une exposition lors de la coupe du monde 2007 en France, il dépeint aujourd’hui notre société d’ultraconsommation et d’inégalité dans des scènes du quotidien où se côtoient les Simpson, les Schtroumpfs, des personnages de l’univers Disney ou encore ses références picturales que sont Dali ou Picasso. Décryptage de toiles en compagnie de l’artiste ! Tu as débuté ta carrière en 1998 en réalisant la pochette de l’album des Fabulous Trobadors « On The Linha Imaginot », cela a-t-il été un facteur déclencheur, une prise de conscience que ton art pouvait également être un moyen de gagner ta vie ? J’ai compris assez tôt que mes dessins pouvaient me rapporter de l’argent. Je devais avoir sept ans lorsque j’ai fait un stage de violon dans un village près de Toulouse. Là, pendant notre temps libre, je m’amusais à réaliser les portraits des élèves comme des professeurs. J’ai vendu trois caricatures pour cinq francs chacune, ce qui, à sept ans et au début des années quatre-vingt, représentait une somme d’argent assez conséquente. Avec ces sous, je me suis acheté des exemplaires de Strange ! Après cela, j’ai exécuté quelques portraits pour des voisins ou encore pour des amis de mon père. Même si, plus tard, j’ai eu quelques commandes de la part de cafés toulousains, le travail pour les Fabulous Trobadors reste ma première vraie réalisation professionnelle. De fil en aiguille, cela a débouché sur d’autres commandes comme la réalisation de l’affiche du festival de Marmandes pendant plusieurs années. Ensuite, lorsque tu optes pour l’art et plus précisément la peinture, tu trouves toujours des personnes pour te mettre des bâtons dans les roues, tenter de te décourager, essayer de t’inciter à modifier ton travail, ta vision des choses. Je pense que l’important est de rester en accord avec soi-même, être vrai et ne pas trop prêter attention aux commentaires. Il faut éviter de dévier sa route, même si celle-ci est semée d’embûches. En 2007, à l’occasion de la coupe du monde de rugby en France, tu as exposé de nombreuses toiles consacrées au monde de l’ovalie et plus particulièrement aux joueurs. Comment ton goût pour le rugby s’est-il transformé en une source d’inspiration ? Mon père jouait au rugby et m’emmenait souvent voir les matchs. Au départ de cette aventure qui consistait à peindre les « gueules cassées », je dois avouer avoir surfé sur la vague porteuse que représentait le rugby en 2007. Il y avait des opportunités pour exposer dans ma région du sud ouest, terre du rugby par excellence, puis l’aventure s’est poursuivie à Paris. Même si aujourd’hui mes toiles se vendent plutôt bien, à l’époque, la période était assez compliquée financièrement ce qui explique mon choix pour ce créneau. Bien sûr, il y avait quand même l’amour de ce sport. Je ne l’aurais pas fait pour la pétanque ou le tennis qui ne m’inspirent pas du tout ! « La création motive l’inspiration » Comment se déroule le cheminement d’une toile entre la source d’inspiration et le premier coup de pinceau ? Lorsque je peins un tableau, je me projette déjà dans le suivant. La création motive l’inspiration. Les idées se bousculent dans ma tête et partent un peu dans tous les sens. Je réfléchis à l’œuvre en devenir deux ou trois mois avant que je ne commence à coucher les premières idées sur papier. Lorsque je m’arrête sur une thématique précise, je réalise plusieurs petits croquis en noir et blanc qui, ensuite, vont s’imbriquer les uns aux autres. Je pense aux personnages, à la posture que je souhaite leur donner dans le tableau. Pour cela, je recherche sur le net. Je scanne, j’agrandis, je modifie… Ce travail dure environ trois ou quatre jours, avant d’avoir une vue d’ensemble du tableau et que je ne commence à m’y attaquer réellement. La source d’inspiration peut naitre d’un endroit où je me suis rendu, d’images télévisuelles, d’une histoire personnelle… C’est ma propre vie qui rejaillit dans la toile ! Dali disait : « La peinture est la face visible de l’iceberg de ma pensée. » Cette citation peut-elle s’appliquer à ta manière d’aborder une toile ? Non, pas vraiment ! Personnellement, je tente de tout mettre dans une toile, d’exprimer le plus clairement possible ma pensée. J’aime également l’idée selon laquelle chacun peut avoir sa propre interprétation du tableau. Lors des expositions, il m’arrive de rencontrer des personnes qui ont une vision très éloignée du message que j’ai tenté de faire passer. J’avoue apprécier cette liberté qui laisse libre cours à toutes les formes d’imagination et de réflexion. L’un de tes tableaux montre d’ailleurs Dali servant ses montres molles dans l’assiette de Picasso. As-tu réuni là tes références absolues en matières d’influence picturale ? Oui ! L’idée d’imaginer Dali servant ses montres molles à Picasso me plaisait beaucoup. C’était une sorte de clin d’œil puisque ces deux peintres sont des références qui ont baigné mon enfance, donc qui restent intrinsèquement une source d’influence de mes toiles. Tu partages désormais ta vie entre la France et l’Inde. En quoi la culture indienne a-t-elle influencé ton art ? Depuis que je vais en Inde, j’introduis beaucoup plus de personnages dans mes toiles. Cela est certainement dû au fait d’être confronté à des villes comme Delhi où la densité de population est impressionnante. Il est vrai que, dès mon premier voyage dans ce pays au début des années 2000, j’ai senti une mutation dans mes tableaux. Ce changement n’était pas volontaire, mais simplement le ressenti d’une plongée dans un autre monde, une autre culture. À partir de là, j’ai commencé à opposer deux mondes bien distincts au sein de mes tableaux. D’un côté, il y a les oppressés, symbolisés par les Schtroumpfs et, de l’autre, … Lire la suite