Chantal Morelle, le gaullisme

Premier Président de la Ve République, Charles de Gaulle restera avant tout le chef de la France libre, le symbole d’une résistance au Régime de Vichy et à l’occupation du pays par l’Allemagne nazi. Plus de quarante ans après la disparition de cet homme au destin extraordinaire, que reste-t-il du gaullisme ? Chantal Morelle, professeur d’histoire en classes préparatoires aux grandes écoles, spécialiste du gaullisme, chargée du service des Études et des Recherches à la Fondation Charles de Gaulle nous répond. « Si de Gaulle est un homme seul en juin 1940, il a réussi, par son autorité et sa détermination, à fédérer tous les mouvements de résistance, au prix d’un combat politique et diplomatique incessant. » Le gaullisme est-il, avant d’être un mouvement politique, un mouvement de résistance ? Le terme de gaullisme n’est pas utilisé pendant la guerre ; le mouvement de résistance créé par le général de Gaulle se nomme « la France libre » puis « la France combattante ». À ce moment, il ne s’agit pas de politique, d’autant que les résistants se méfient d’un militaire qui fait de la politique. Ce sont les historiens qui, par la suite, parlent de « gaullisme de guerre ». Comment un seul homme a-t-il réussi à fédérer une nation pour résister face à l’occupant nazi ? On ne peut pas dire que de Gaulle a résisté seul à l’occupant nazi. Il a d’abord tout fait pour poursuivre la guerre avec la Grande-Bretagne, avant de s’opposer à l’armistice demandé par le maréchal Pétain, président du Conseil, le 17 juin 1940, en lançant son appel à la résistance sur les ondes de la BBC le 18. Certains Français, voulant poursuivre le combat, ont alors profité de cet appel (que peu de gens ont entendu le 18 juin, davantage les jours suivants), pour se rendre par des moyens divers, au prix de leur vie parfois, en Angleterre. D’autres Français ont souhaité résister en restant en France, d’autres, encore sont partis en Amérique du Nord pour faire de la propagande contre le régime de Vichy et contre l’occupant allemand, et en faveur de la France libre. Dès juin 1940, la Grande-Bretagne apporte un soutien logistique, financier et moral à de Gaulle mais celui-ci entend préserver l’indépendance des Français libres. Après avoir rassuré les représentants des mouvements de résistance de France en 1942, en affirmant qu’il respectait la démocratie et qu’il y aurait des élections après la guerre, l’union a pu être amorcée très progressivement grâce à Jean Moulin notamment : il devient président des Mouvements unis de Résistance (MUR) en 1942, puis du Comité national de la Résistance (CNR) en mai 1943. Ainsi, si de Gaulle est un homme seul en juin 1940, il a réussi, par son autorité et sa détermination, à fédérer tous les mouvements de résistance, au prix d’un combat politique et diplomatique incessant. Le général de Gaulle, fin historien comme on peut le découvrir dans ses mémoires, était-il nostalgique de la grandeur passée de la France ? « La France ne peut être la France sans grandeur » peut-on lire au début des Mémoires de guerre. Charles de Gaulle a reçu une éducation classique, il connaît bien l’histoire, il a écrit plusieurs ouvrages comme La France et son armée, en 1938. Pourtant, pour lui, la grandeur de la France n’est pas un fait passé : elle doit retrouver son rang. Aussi la résistance et les combats pour la libération lui ont permis d’être au rang des vainqueurs et d’avoir une zone d’occupation en Allemagne comme l’Union soviétique, les États-Unis et la Grande-Bretagne ; elle a obtenu un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Plus tard, sous la Ve République, le Général ne veut pas que la France soit un pays aligné sur l’un des deux grands, même si elle est l’alliée États-Unis dans le cadre de la guerre froide ; il considère qu’un grand État n’est plus une puissance coloniale mais une puissance nucléaire : il faut que la France ait la « force de frappe » ; il cherche à mener une politique en faveur du Tiers-Monde qui soit indépendante, une troisième voie entre les deux blocs. Le charisme du général de Gaulle a-t-il permis en créant un gouvernement d’unité nationale d’éviter une période de crise politique post seconde guerre mondiale ? C’est davantage l’autorité du général de Gaulle qui lui a permis d’organiser un gouvernement d’unanimité nationale à son retour à Paris après la Libération. Mais déjà, président du Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) créé en juin 1944, il avait, autour de lui, des ministres de tous les partis politiques ayant participé à la résistance, y compris des communistes (c’est d’ailleurs la première fois que des communistes participent à un gouvernement en France). Comment le général de Gaulle, héros de la seconde guerre mondiale, va-t-il vivre la traversée du désert qui l’éloigne du pouvoir entre 1953 et 1958 ? Le général de Gaulle démissionne le 20 janvier 1946, car il est en opposition avec la Chambre des députés nouvellement élue. Il pensait être rappelé très rapidement, en vain. Il prononce un discours à Bayeux, le 16 juin 1946, donnant les grandes lignes de la constitution qu’il souhaite pour le pays, avec un exécutif fort contre le parlementarisme qui a affaibli la France pendant la IIIe République. Il n’a pas été écouté. En 1947, le Général fonde un mouvement politique (il refuse le terme de parti, car il veut rassembler, au- delà des partis politiques), le Rassemblement du Peuple français (RPF), dans le but de gagner les élections législatives et réformer la Constitution. Si le RPF gagne massivement les élections municipales de 1947, ce n’est pas le cas pour les législatives de 1951, et de Gaulle met son mouvement en sommeil. Cependant, cette période lui a permis de voyager en France, de la connaître au plus profond. Il a créé des réseaux, le RPF a été une bonne école de formation pour ses fidèles, ce qui sera très utile pour préparer son … Lire la suite

Guillaume Duval, l’alternance économique

À moins de 100 jours de l’élection présidentielle, on peut logiquement se demander si l’un des candidats détient dans son programme les clés pour sortir d’une crise économique, sociale et financière qui ne cesse de perdurer depuis 2008. Faut-il abandonner l’euro, doit-on taxer les transactions financières, la rigueur est-elle une solution, réduire le temps de travail peut-il générer de l’emploi ? Autant de questions sur lesquelles les opinions des différents candidats divergent. Guillaume Duval aurait certainement pu devenir un brillant politicien, mais l’homme a préféré l’écriture aux serrages de mains d’électeurs potentiels sur les marchés du dimanche. Ce rédacteur en chef du mensuel Alternatives Économiques n’en demeure pas moins un conseiller avisé, qui, pour Agents d’Entretiens, nous fait partager son franc parler. « Si les politiques persistent à imposer la rigueur, on ne sauvera pas l’Europe ! » Vous avez publié un ouvrage intitulé : La France d’après. Au-delà de la crise purement financière dans laquelle notre pays, à l’image du monde occidental, est plongé aujourd’hui, pensez-vous que l’on puisse sortir sans heurts de la crise sociale qui est la nôtre ? Cette crise n’est pas purement financière ! Nous sommes également face à la première crise sociale et écologique du XXIe siècle. Si l’économie française et mondiale est en récession depuis 2008, c’est en partie dû à une hausse des prix du pétrole et des matières premières. Cette flambée des prix, conjuguée à la crise financière, nous a inexorablement conduits vers la situation que nous connaissons aujourd’hui. De surcroît, la levée des barrières entre les différents états a entraîné un dumping social entre les différents pays, accru par le jeu des grandes multinationales qui ont dressé les territoires les uns contre les autres afin d’augmenter leurs propres profits. Depuis le début du XIXe jusqu’au milieu du XXe siècle et l’exode rural, nous connaissons bien ce type de situation dans les anciens pays « riches », qui voient l’arrivée sur le marché du travail de grandes masses démographiques venues des pays du Sud. Dans les anciens pays riches, les salaires ont stagné tandis que, dans les pays du Sud, ces derniers n’ont pas augmenté autant qu’ils auraient dû par rapport à la forte évolution de la production. Nous constatons donc actuellement une situation en totale contradiction avec ce qui est écrit dans tous les manuels d’économie. Les pays « riches » épargnent mais consomment peu, tout l’inverse de ce qui était prévu ! Les individus, aux États- Unis par exemple, se sont endettés massivement afin de maintenir leur pouvoir d’achat, tandis que les pays du Sud qui connaissaient un excédent de leur épargne ont prêté de fortes sommes d’argent aux pays du Nord qui s’endettaient. Tous les experts ont vu arriver ce déséquilibre sans que, pour autant, personne ne puisse prévoir que tout s’écroulerait avec les conséquences que l’on connaît aujourd’hui. Un actif sur cinq pointe aujourd’hui à Pole Emploi et la spirale crise/chômage touche tous les secteurs et tous les âges, sans compter ceux et celles qui, malgré un emploi, vivent dans des conditions plus que précaires. Peut-on, malgré les beaux discours politiques des candidats à l’élection présidentielle de 2012, espérer relancer l’emploi dans un contexte de crise mondiale ? Il y a effectivement un problème massif de l’emploi dans des secteurs tels que la construction et l’industrie, ce qui a engendré un nombre important de chômeurs, principalement des hommes. Nous notons également une forte augmentation du taux de chômage chez les seniors, situation encore aggravée par la récente réforme des retraites. L’enjeu actuel pour sortir de ce marasme que connaît l’emploi est d’éviter de retomber en récession en relançant l’activité. Malheureusement, la politique d’austérité excessive pousse actuellement plus à la récession qu’à la production ! Certaines décisions politiques sont également des freins évidents à l’emploi. Les emplois aidés, très utiles en période de crise, sont deux fois moins nombreux qu’en 2000 alors que la coupe franche faite dans l’emploi public conduit inévitablement aux dysfonctionnements que l’on connaît dans les secteurs primordiaux que sont l’éducation, la santé ou la sécurité. La question de la réduction du temps de travail, qui fait polémique, revient donc sur le devant de la scène. Les Allemands, que Nicolas Sarkozy ne cesse de prendre pour exemple, réussissent en travaillant 10 heures en moins que nous. Si l’on veut moins de chômeurs, il faudrait donc penser à aller plus loin encore dans la diminution du temps de travail. Un autre point aberrant est à mon sens la subvention des heures supplémentaires qui coûte plus de 4 milliards chaque année, ce qui représente la création de 400 000 emplois à plein-temps. Dans le contexte actuel, accélérer le mouvement qui consiste à travailler plus longtemps n’est pas raisonnable et continue à aggraver la situation. Les 35 heures sont pourtant politiquement difficiles à vendre car elles imposent le gel des salaires sur les personnes déjà en poste dans le privé. Malheureusement, la logique de solidarité entre chômeurs et non chômeurs n’existe pas, car l’espèce humaine pense à l’individuel plutôt qu’au collectif. On parle de crise généralisée, mais si l’on regarde à la loupe, on constate que là où la classe moyenne a perdu de son pouvoir d’achat, les plus riches n’ont cessé d’augmenter leurs revenus. Comment expliquer cet agrandissement d’un fossé qui ne semble pas près de se résorber ? Les très riches ont énormément profité de la mondialisation pour faire pression sur les états et ne pas être taxés sur les revenus les plus élevés. C’est un mécanisme à spirale puisque cette richesse leur donne toujours plus de poids auprès des politiques. Une des conclusions qui devrait être tirée très rapidement, c’est la décision de mettre un terme au dumping fiscal que l’on retrouve dans des pays peu scrupuleux. Si on le veut, politiquement, cela peut changer ! C’était bien plus compliqué du temps des valises de billets. Aujourd’hui, l’informatique permet de tracer n’importe quelle transaction financière. En 1934, afin d’endiguer les conséquences de la crise de 1929, le président Roosevelt avait émis un impôt qui … Lire la suite

Rémi Lefebvre, les primaires socialistes

Professeur de sciences politiques à l’université Lille-II, Rémy Lefebvre s’est intéressé de près aux primaires socialistes (Les primaires socialistes : la fin du parti militant) en démontrant à quel point ce processus électoral constituait une rupture avec le principe du militantisme prôné par la gauche. À quelques jours du premier tour de cette primaire, qui a au moins le mérite de confronter les idées des différents prétendants au trône, Rémy Lefebvre nous livre un point de vue aiguisé sur un PS visiblement en pleine mutation. « Aujourd’hui, la vie politique est devenue une course de chevaux qui fait passer les personnes bien avant le débat d’idées. » En quoi les primaires socialistes sont-elles en rupture avec la conception politique inhérente au PS ? Tout simplement parce que le parti socialiste prétendait remettre en cause la présidentialisation du système. Le parti s’exprimait donc à titre collectif. Avec l’instauration de primaires à gauche, on redouble l’hyper présidentialisme et l’on appelle donc les personnes à voter deux fois. De plus, ce procédé retire inexorablement du pouvoir aux militants. Résultat, on ne les incite plus à s’inscrire au PS qui, en conséquence, tourne le dos à sa tradition de militantisme. Le message du PS est clairement de dire aux militants : « On peut se passer de vous ! », tout en donnant un pouvoir à une partie de la population qui peut être faiblement politisée et sensible aux sondages (dont la fiabilité est faible). Étonnament, on a constaté que le premier débat des primaires sur une chaîne publique avait rassemblé un grand nombre de téléspectateurs. Est-ce un signal encourageant alors que l’on dit les Français en profonde rupture avec la politique en laquelle ils ne croient plus ? Plus qu’un plébiscite de la gauche ou un regain d’intérêt des Français pour la politique, ce score est, selon moi, le terrible cri de désespoir des citoyens contre Nicolas Sarkozy et son gouvernement. Il exprime une forme de désespérance. Si les gens votent massivement aux primaires socialistes, je pense que ce sera avant tout pour se débarrasser du président actuel. Il ne faut pas oublier que les 5 millions de personnes ayant regardé le premier débat télévisé sont surtout des citoyens politisés, mais je reconnais que les débats sont de qualité. Les primaires peuvent produire un effet de politisation à court terme, mais je suis surtout sensible aux effets de long terme, plus structurels, qui ne me paraissent pas aller dans le bon sens démocratique. Pour le PS, ces primaires ne sont donc qu’un bénéfice à court terme ! Pour le PS, ces primaires sont un vœu d’impuissance. C’est par dépit qu’ils ont accepté cette modalité. Le PS n’étant pas performant par son unité et ses idées, il a délégué aux citoyens l’idée de décider à sa place. Les primaires n’étaient en rien une fatalité. Si le PS était plus ancré socialement et représentatif de la société, il aurait largement pu les éviter ! Même si les débats sont indéniablement de bonne qualité, le fait que Manuel Valls et Arnaud Montebourg soient si éloignés au niveau des idées et exhibent ainsi leurs différences nous fait nous poser la question : « Que signifie être socialiste aujourd’hui ? », comment des positionnements idéologiques peuvent exister au sein d’une même organisation ? Selon vous, ces primaires vont-elles plus servir ou desservir le candidat qui sera désigné le 9 ou le 16 octobre prochain ? Il faudra pour cela voir le taux de participation, la possibilité des candidats de se réunir une fois que leur leader sera désigné. Pour l’instant, le processus semble bien maîtrisé, mais nous nous situons dans une vie politique qui ne voit pas à plus de trois mois. Aujourd’hui, la vie politique est devenue une course de chevaux qui fait passer les personnes bien avant le débat d’idées. La dépolitisation de la société ne va en aucun cas être résolue par les primaires, puisque ces dernières délégitiment une action politique durable via le militantisme. Pensez-vous que, pour certains candidats comme Manuel Valls ou Arnaud Montebourg, ces primaires sont un moyen de se positionner clairement en tant que ministres potentiels, en cas de victoire de la gauche aux présidentielles ? Les « petits » candidats utilisent les médias lors de ces primaires, instaurant un rapport de force interne. Les courants d’idées sont devenus des courants de personnes, et les primaires renforcent ce phénomène. Regardez Manuel Valls ! Il est dans la caricature, la transgression permanente, et son programme est libéral. Ensuite, on nous abreuve de sondages pour savoir qui est devant, qui décolle, qui baisse… Les sondages sont un vrai problème car on se polarise sur des chiffres qui ne signifient rien. Ils ne sont qu’une pollution de la démocratie ! Or les primaires renforcent le rôle des sondages. Comment expliquer la mutation de François Hollande, passé d’un rôle de premier secrétaire du PS fortement décrié à celui de possible président de la République ? C’est de la pure communication ! François Hollande s’est construit un nouveau personnage et les médias, c’est bien connu, adorent ces histoires. On se focalise sur cette transformation (physique aussi…) de Hollande sans même écrire un seul mot dans les journaux au sujet de son catastrophique bilan en tant que premier secrétaire du Parti Socialiste entre 1997 et 2008. On va aujourd’hui reprocher à Martine Aubry son attitude vis-à-vis de Guérini, alors que François Hollande l’a soutenu pendant dix ans. Les médias sont dans le court-termisme, il n’y a plus de mémoire politique. Croyez-vous que la présidentielle prochaine pourrait être, au-delà d’un plébiscite de la gauche, un vote-sanction contre la politique de Nicolas Sarkozy ? Nous vivons aujourd’hui dans une république bananière, corrompue… Le système politique est affaibli par la défiance des citoyens ! S’il y a adhésion aux primaires, elle peut s’expliquer en partie par le désarroi des Français qui, face à la crise, ne savent plus comment s’en sortir. Sarkozy a totalement échoué dans sa politique, et les gens se disent que ce qui se passe actuellement … Lire la suite

Bastien Millot, analyste politique

Ancien directeur délégué du groupe audiovisuel public France Télévisions en charge de la communication, maître de conférences en communication politique à l’Institut d’études politiques de Paris et membre actif de l’équipe de Jean-Marc Morandini sur Europe 1 dans le Grand direct des médias où, chaque jour, il décrypte l’actualité sous l’angle de la communication, Bastien Millot est un homme aux multiples facettes. Affaire DSK, primaires socialistes, traitement de l’info ou encore grossesse de la première dame de France, pour Agents d’entretiens, ce spécialiste de la com analyse les grands bouleversements actuels du monde politique. « Si la vision de ceux et celles qui représentent l’état ne change pas, on se dirige droit vers un nouveau 21 avril ! » Avec un peu de recul, comment analysez-vous l’affaire DSK dans son traitement médiatique ? Il y a, je pense, deux angles principaux dans les bouleversements engendrés par cette affaire : c’est tout d’abord la fin d’un tabou ! Celui des enquêtes privées et fouillées sur la vie privée des hommes politiques. Ces derniers se sentaient, disons, un peu à l’abri de ce genre d’exposition médiatique. L’affaire DSK a modifié sensiblement la donne. Aujourd’hui, les affaires de mœurs concernant les hommes politiques surgissent, se multiplient et se répandent comme des traînées de poudre à partir d’allégations de plus en plus fréquentes. L’autre point fondamental concernant les déboires de l’ancien patron du FMI, c’est bien évidemment l’ampleur du traitement médiatique lié à cet événement. 150 000 couvertures de magazines dans le monde ont été jusqu’à présent consacrées à cette affaire ! C’est certainement l’un des faits les plus traités de tous les temps et cela, quasiment en temps réel ! Cette affaire pose également la question d’un nouveau traitement de l’information par le web ! Effectivement, grâce à Internet, le monde s’est tenu informé en temps réel de l’évolution de l’affaire. Tout est parti d’ailleurs d’un mot livré sur Twitter qui annonçait l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn. Aujourd’hui, entre les réseaux sociaux, les forums, toute personne possède les moyens nécessaires pour participer à l’information. Ce domaine n’est plus réservé aux seuls journalistes ! Ce côté contributif modifie diamétralement la donne. Les sites d’infos du web et les chaînes d’infos en continu proposent également une vision immédiate ou polémique de l’information, loin de ce que pouvaient jusqu’alors offrir les grands journaux télévisés des chaînes nationales. Suivre la comparution de DSK au cœur même d’un tribunal empli de journalistes, qui tiennent informés le monde via des réseaux sociaux du web ou leurs confrères par le biais de sms, est un élément qui modifie en profondeur le traitement de l’information. Ne pensez-vous pas que les journaux télévisés nationaux semblent d’ailleurs aujourd’hui plus préoccupés par l’audimat que par l’information elle-même ? C’est un peu la dictature de l’émotion, la course à l’audience des chaînes infos et même généralistes ! On met en œuvre des moyens considérables pour traiter un événement et on se rend compte qu’un sujet est chassé par un autre. Hélas, le droit de suite existe peu. On est aujourd’hui loin du journal télévisé décryptage d’il y a une dizaine d’années. Désormais, le sensationnel prévaut sur la volonté d’informer. Les conditions de libération de Dominique Strauss-Kahn en attendant le procès sont étonnamment sévères et lourdes financièrement. Comment l’expliquer ? La justice américaine est connue pour sa volonté de frapper au portefeuille ! C’est toujours le cas pour des personnes influentes et importantes médiatiquement. Ce fut le cas pour Bernard Madoff comme pour Michael Jackson. Il n’y avait aucune raison pour que, financièrement, il n’en soit pas ainsi pour Dominique Strauss-Kahn ! Personnellement, je pense que les mesures décidées par la justice américaine pour la libération conditionnelle de DSK sont à la mesure de l’émotion suscitée par cette affaire auprès de la population ! Je crois également que l’affaire Polanski et l’absence d’accords d’extradition entre la France et les États-Unis ont pesé dans les mesures restrictives imposées à DSK. Je pense d’ailleurs que les Français ont été plus choqués par les images d’un possible président menotté et emmené par la police que par les mesures inhérentes à sa libération sous caution ! Outre la population, on a constaté un véritable émoi au sein du monde politique hexagonal ! Effectivement, le monde politique français a été frappé de stupeur en découvrant les images de Dominique Strauss-Kahn. Au-delà des images proprement dites, ce qui les a laissé ébahis, c’est la rapidité avec laquelle un homme parmi les plus puissants de la planète et promis à un avenir de potentiel président de la République française pouvait tomber si bas ! C’est tout le positionnement privilégié du monde politique qui s’écroulait devant leurs yeux, en direct à la télévision. Certains, à gauche, voyaient également en cette chute la fin de leur propre carrière politique, puisqu’ils misaient énormément sur le candidat DSK pour la présidentielle de 2012 ! Aujourd’hui, la somptueuse demeure de plus de 600 m2 louée 35 000 dollars par mois par Anne Sinclair fait grincer des dents ! Vous jugez ce choix, disons, peu opportun ? J’estime que c’est un choix qui relève de la vie personnelle. Si sa femme, Anne Sinclair, a les moyens nécessaires pour louer une telle demeure, cela ne regarde plus qu’eux, sachant que DSK est hors-jeu politiquement, même si, effectivement, cela ne donne pas au PS l’image d’un parti de proximité et donc, se transforme en un problème supplémentaire à régler en perspective de la présidentielle. Vous pensez donc, contrairement à Antonio Duarte du club DSK, que l’avenir politique de Dominique Strauss-Kahn est pour le moins sombre ? Si je me place du point de vue de la communication et de l’image, je vois mal quelqu’un qui a subi des allégations de ce type revenir sur le devant de la scène politique. Même si le procès a lieu rapidement, les primaires se seront déroulées, et le jeu d’échec de la présidentielle sera en marche ! Dans ces conditions, même blanchi, difficile selon moi pour Dominique Strauss-Kahn de rattraper le train en marche ! … Lire la suite

Eric Raoult, homme politique

Ministre chargé de l’intégration et de la lutte contre l’exclusion sous le gouvernement Villepin, député, maire du Raincy en Seine Saint Denis depuis 1995, Eric Raoult est un homme politique dont le franc-parler légendaire attire souvent les foudres des médias comme celles de ses adversaires. Dernier fait d’arme, la défense du bilan du président tunisien déchu, Ben Ali ! Pourtant, au-delà des mots, Eric Raoult tranche avec le discours lissé auquel nous ont tant habitué les politiques depuis déjà plusieurs années. Nicolas Sarkozy, la crise des banlieues, le voile intégral, le débat décidé par Jean-François Copé sur l’Islam, les présidentielles ou le Front National, Eric Raoult aborde tous les sujets avec des réponses qui, pour une fois dans le milieu politique hexagonal, ont le mérite d’être claires et précises. « Moubarak et Ben Ali ont plus fait pour la paix au proche orient que beaucoup d’autres leaders » On donne Nicolas Sarkozy au plus bas dans les sondages, talonné de près par Marine Le Pen. Pensez-vous que l’élection présidentielle de 2012 s’annonce mal pour le chef de l’état ? C’est un sondage qui oublie que nous allons tout d’abord avoir des élections cantonales ou l’étiquette politique compte mais où l’élu du secteur, notamment en France rurale, compte davantage. Les présidentielles, elles, sont une curieuse alchimie entre une population et un candidat qui va représenter cette population. Les gens se disent donc à un moment : « Est ce qu’il ou est-ce qu’elle pourrait être présidente ? » Que les gens aient, en ce moment, plutôt envie de voter Front National, c’est forgé par l’actualité, par la feuille d’impôt, les hausses de charges… Mais lorsque les présidentielles se rapprochent, les gens se posent alors la question de savoir si cette personne ferait un ou une bonne présidente. La difficulté de Marine Le Pen, c’est qu’elle ne peut pas faire d’alliance. En l’occurrence, je ne pense pas que si elle dépassait Nicolas Sarkozy au premier tour, l’actuel chef de l’état appellerait à voter pour elle au second tour ! Je crois aussi que Marine Le Pen a une capacité de cri, de révolte mais il ne faut pas oublier que les élections présidentielles ne sont pas une prise de température, mais cinq ans à confier les leviers de commande de la nation à une personne. Si vous avez envie d’aller manifester, vous y allez avec Marine Le Pen, mais si vous avez envie de désigner votre commandant de bord avant de partir en vacances en avion, vous ne ferez pas le même choix. Et le président de la république en France est plus un commandant de bord qu’autre chose ! Nous sommes donc selon vous dans un sondage disons contestataire ? Oui, je le pense. Ce qui veut dire que cela ne jouera peut-être pas énormément pour les présidentielles, mais pour les cantonales oui ! Là, il va y avoir selon moi une forte participation Front National. En 2007, lors du premier tour de l’élection présidentielle, des instituts de sondages avaient montré que des électeurs du Front National s’étaient reportés sur Nicolas Sarkozy dès le premier tour, évitant en cela un second 2002. Aujourd’hui, ce n’est visiblement plus le cas. La politique sécuritaire prônée par Nicolas Sarkozy en 2007 aurait donc été un échec ? Il y avait eu en 2007 dans le discours de Nicolas Sarkozy sur l’identité et un certain nombre d’autres sujets, des positions qui avaient conduit certains à faire un vote « utile » dès le premier tour. Car, au final, les électeurs du Front National ne viennent pas d’une autre planète, ce sont aussi vos voisins de palier ! Le dossier de la sécurité est mouvant et n’éclate pas forcément là où on l’attend. On améliore les choses par rapport aux cambriolages, aux attaques à mains armées, au crime organisé, mais on n’est pas à l’abri du fait divers dramatique comme celui qui, en 2009, avait vu un homme tuer par balles quatre personnes de son voisinage dont une femme enceinte de huit mois au Raincy. C’est cela l’insécurité aujourd’hui, quelque chose qui se comporte comme une source. Si on arrive à bloquer un endroit, la pression se fait plus forte à un autre. J’ai créé une mission locale pour l’emploi des jeunes des milieux défavorisés. Lorsque je faisais les permanences, beaucoup de jeunes me disaient : « Dans ton stage, je vais gagner 400 euros alors que je gagne ça en une journée en jouant les guetteurs ! » Ça, c’est une réalité ! Ce que l’on essaye sur le terrain, c’est que les policiers aient des objectifs. Il faut également qu’au niveau de la justice, et on l’a malheureusement vu dans différentes affaires dramatiques qui ont défrayé la chronique, il existe une chaîne pénale entre le policier qui appréhende et le juge qui puni. Hélas, on ne l’a pas toujours ! Que vous inspire le « j’y vais, j’y vais pas » de Dominique Strauss Kahn pour la présidentielle de 2012 et le fait que sa femme, Anne Sinclair, joue aujourd’hui un rôle de « chargée de campagne » quasi officiel ? Dominique Strauss Kahn possède un statut qui l’oblige à adopter une posture. Le statut est celui de neutralité et d’indépendance. Si demain il disait : « Je suis candidat », cela sous-entendrait qu’il abandonne ses fonctions actuelles et il perdrait en même temps une rémunération assez élevée. Son parti politique va être très présent selon moi pour le pousser à se présenter à la présidentielle de 2012 car tous les maires, conseillers généraux et parlementaires dépendront tous du résultat de l’élection. On a un calendrier électoral qui fait que les députés dépendent du président. Ensuite, au-delà de tout ce jeu politique, j’ai l’intime conviction que Dominique Strauss Kahn va se présenter et qu’il peut attendre le mois de juin. Il bénéficie en effet aujourd’hui dans l’opinion public des atouts dus à sa fonction de président du FMI. Je connais bien Stauss Kahn, il a été mon maître de conférence à Science Po … Lire la suite