« Le Rives », avec Jean-Pierre Rives et Alain Gex, éditions Jacob-Duvernet Jean-Pierre Rives, c’est un peu le « Ferdinand le Taureau » du rugby ! Un guerrier de l’ovalie prêt à en découdre avec une fleur entre les lèvres, poète même lorsqu’il déambule sur un terrain, le maillot maculé de sang. Le problème avec le fait d’interviewer une personne que l’on admire, qui vous a fait frémir devant votre poste de télévision lorsque vous étiez gamin, c’est que l’on est souvent déçu du fossé qui existe entre l’homme et l’image fantasmagorique que l’on s’en était faite ! Mais avec Rives, l’homme surclasse le fantasme et polarise à lui seul toutes les valeurs qui nous font aimer le rugby. Sens du partage, du sacrifice, de l’amitié, don de soi, respect de l’adversaire… Le tout mêlé de poésie et de rêve, c’est cela Jean-Pierre Rives. Si le légendaire capitaine du XV de France, vainqueur de deux grands chelems et membre de la première équipe à avoir battu les All Blacks chez eux, a troqué ses crampons pour la sculpture, c’est afin de continuer à créer dans la sueur et l’effort. À quelques heures du début de la coupe du monde de rugby en Nouvelle-Zélande, bienvenue pour une interview sur l’autre Rives ! « Il faut retrouver des entraîneurs qui sachent redonner le pouvoir aux joueurs, qui n’aient pas peur de filer les clés du camion à ceux qui le conduisent. » L’écrivain Antoine Blondin disait de vous : « Jean-Pierre Rives : il est encore mieux qu’un capitaine, c’est un général ! » C’est ainsi que vous abordiez votre rôle sur le terrain ? Non, pas du tout ! Antoine était très gentil avec moi, et c’est un peu le rôle des amis d’arranger la sauce, d’enjoliver les choses en votre faveur. J’avais la chance de partager le terrain avec 14 mecs qui me tiraient vers le haut et, dans cette équipe de France là, il n’y avait que des capitaines ! De toute manière, on a que le crédit que l’on vous accorde alors… Le rugby est, au-delà du sport, une école de la vie, un passage de l’enfance à l’âge adulte dans lequel on se construit, on s’affirme en tant qu’individu au sein d’un groupe, d’un collectif, d’une famille. Ceux qui font le rugby, ce sont les mecs sur le terrain qui offrent leur sueur et leur sang pour conquérir le cuir. Aujourd’hui, on accorde une place prépondérante à l’entraîneur qui, à mon sens, ne devrait être là que pour mettre de l’huile dans les rouages. Il faut retrouver des entraîneurs qui sachent redonner le pouvoir aux joueurs, qui n’aient pas peur de filer les clés du camion à ceux qui le conduisent. Le rugby suit un peu trop son époque, l’époque d’un monde où tout est structuré, dans des cases pré-établies. Le rugby, c’est l’inspiration, l’émotion… Rendons-lui un peu de sa liberté d’antan ! Ne pas avoir disputé la coupe du monde de rugby reste-t-il un regret dans votre carrière ? Être nostalgique ne sert à rien ! Je suis mélancolique de nature, c’est différent. Et puis, comment pourrais- je être nostalgique après les fabuleux moments que j’ai vécus ? La vie est un chemin et ce n’est pas en regardant derrière que l’on va avancer, ou alors on risque de se casser la gueule ! Pour ce qui est de la coupe du monde, nous, avec les Bleus, nous nous étions autoproclamés « champions du monde » alors, nul besoin de disputer cette compétition puisque, dans nos têtes, on l’avait déjà gagnée ! Que ce soit le dimanche matin avec les copains pour un match amateur ou devant 20 000 spectateurs, le rugby est d’abord une histoire de groupe, de partage, d’amitié… Le reste, on s’en fout ! Bien sûr, je me suis impliqué pour que la France organise la coupe du monde 2007 car, plus il y a de compétitions et plus le rugby avance. Et si de tels événements peuvent conduire les gamins à rejoindre le club de leur quartier, alors le pari est réussi ! Aujourd’hui, être président des Barbarians, c’est faire partie d’une confrérie en adéquation avec vos valeurs rugbystiques de partage, d’amitié et de fête ? Absolument ! Même si le fait que je sois président était une erreur. Un président doit être un organisateur et moi, je me situe plus du côté des rêveurs. Au-delà du titre ronflant de président, l’idée des Barbarians est quelque chose de merveilleux. C’est rendre hommage au jeu, à la fraternité… Être content de se retrouver et de jouer ensemble, c’est bien là l’essentiel. Je dirais que l’esprit Barbarians est un esprit de liberté pour des hommes libres car, chez toute personne, être libre est un droit mais aussi un devoir pour se construire et devenir un homme. Pourquoi n’avez-vous pas été tenté, comme vos amis de l’équipe de France tels que Berbizier ou Skrela, de poursuivre l’aventure rugbystique en optant pour un poste d’entraîneur ? J’ai la chance d’avoir plusieurs passions et, lorsque j’ai tiré un trait sur ma carrière rugbystique, j’ai pu me plonger corps et âme dans la sculpture. Pour être entraîneur, il faut d’abord être entraînant et personnellement, je ne suis pas certain de l’être ! Le monde change, le rugby suit cette évolution qui, par certains aspects, ne correspond plus à ce que je suis en tant qu’homme. Seul, dans mon atelier, je poursuis mes rêves, mes quêtes… C’est un plaisir plus égoïste que sur un terrain où il y a également une part de solitude, mais qui est partagée, nuance ! Justement, la sculpture est-elle aujourd’hui pour vous de la même veine poétique que le rugby… De la sueur, de l’effort et parfois, la récompense ? C’est effectivement la même chose sur de nombreux points. Là encore, c’est une histoire d’hommes puisque c’est Albert Féraud (sculpteur français) qui m’a mis au monde en tant qu’artiste. Comme dans le rugby, l’esprit inventif, impulsif, la créativité sont des termes indissociables à … Lire la suite