Patrouille de France, pilotes de haut vol

Vitrine par excellence de notre armée de l’air, la Patrouille de France émerveille chaque année petits et grands par des programmes aériens à couper le souffle où toute place à l’improvisation est proscrite sous peine, pour ces chevaliers du ciel, de le payer de leur vie. À la PAF, pas de têtes brûlées, mais des pilotes de chasse chevronnés qui, fort de leurs milliers d’heures de vol, allient technique, rigueur, concentration optimale et esprit d’équipe pour voler à quelques mètres les uns des autres à plus de 600 kilomètres/heure. Depuis 1953, la Patrouille de France est, au-delà de la performance aérienne, un merveilleux vecteur de communication au sein duquel neuf chefs de patrouille aguerris, passés de l’ombre de leurs missions de combat au feu des projecteurs, forment une équipe d’élite où l’ego n’a pas sa place. C’est sur la base aéronautique navale de Hyères que je retrouve le commandant Aurélien, actuellement Charognard et prochain leader de la PAF 2023, pour une interview la tête dans les nuages. Fly me to the moon…

Michel Mimran, le basket au fond du panier !

Pour son entrée sur les parquets de la Ligue Nationale de Basket, quelques mois seulement avant un premier confinement largement préjudiciable, Michel Mimran, son nouveau directeur général, a dû s’accrocher dans une raquette sujette à de fortes turbulences. Matchs annulés ou reportés, diffuseurs qui oublient de payer la facture, clubs au bord de la faillite… Cette pandémie de la Covid-19 a bousculé une Jeep Elite devenue chancelante. À l’heure d’un confinement bis et avec un mois de novembre où seules les rencontres télévisées sont maintenues afin d’éviter des dépôts de bilan en cascade, les filets de la LNB tremblent. Michel Mimran nous livre son analyse de la situation. « Nous vivons une période terrible, peut-être la plus grande crise que le sport professionnel ait connu. » Pour votre arrivée comme directeur général de la Ligue Nationale de Basket, on ne peut pas dire que vous ayez bénéficié de conditions optimales avec un premier confinement qui a mis à mal la Jeep Elite et ses clubs. Cette pandémie, c’est de fait toute la colonne vertébrale du sport français qui se fissure ?! L’image que vous utilisez est violente, mais elle exprime assez bien la gravité de la situation. Un sport comme le basket, privé de son public, de ses droits télévisés a, de fait, un problème pour se tenir droit. Je pense donc hélas que la fissuration de la colonne vertébrale que vous évoquez n’est pas loin de la vérité. Il faut que les choses se redressent et que l’on trouve des solutions pour continuer à avancer. On se rend compte que même les sports qui, privés de leur public, bénéficient de droits télévisés et donc continuent à avoir des ressources financières, sont également au bord du gouffre. Que ce soient les sports indoor (basket, volley, hand) comme les grands sports collectifs outdoor. Nous vivons une période terrible, peut-être la plus grande crise que le sport professionnel ait connu. La Ligue nationale de basket a donc décidé de suspendre partiellement les saisons de Jeep Elite et de Pro B en ne maintenant que les rencontres télévisées lors du mois de novembre pour « préserver l’économie des clubs et éviter une cascade de dépôts de bilan ». Je suppose que cette décision a été le fruit d’âpres discussions ? On ne suspend pas la saison même si l’on peut comprendre l’utilisation de ce terme. Les journées sont reportées en attendant de savoir quand prendra fin cette période de confinement. Nous avons effectivement décidé de conserver les matchs télévisés ce qui a été, comme vous le dites, le fruit d’âpres discussions avec les clubs. En effet, pour pouvoir jouer, il faut des salles ouvertes et, pour que ces salles soient ouvertes, les clubs doivent accepter de jouer à huis-clos, c’est-à-dire sans la moindre recette. Comme il n’y a pas de droits télévisés qui tombent, pas un euro ne rentre dans les caisses. Certains clubs ont accepté ce paramètre comme les Metropolitans 92 de Boulogne-Levallois, l’AS Monaco, l’ASVEL Lyon-Villeurbanne… Ce qui nous permet d’organiser des matchs qui sont télévisés. Nous avons fait ce choix car il était important de ne pas disparaître et de faire vivre le basket auprès des fans qui, depuis trop longtemps, sont privés de leur sport. Nous avions également des accords nouveaux avec des diffuseurs afin que la retransmission des matchs de basket puisse revenir en clair à la télévision. Les clubs qui ne souhaitent pas jouer à huis-clos ne sont aucunement obligés de s’y plier puisqu’il n’y a aucune contrainte à ce niveau de la part de la Ligue. Ceux qui le souhaitent le font dans le cadre d’une télé diffusion. C’est la formule que nous avons trouvée afin de passer cette période difficile de confinement, mais une formule qui ne pourra pas durer trop longtemps. Justement, si le confinement se poursuit tout au long du mois de décembre en raison de l’impossibilité d’endiguer la propagation de l’épidémie, avez-vous déjà anticipé un scénario ? La visibilité est compliquée et nous travaillons donc sur des hypothèses. Le plus difficile est de ne pas savoir, d’être dans l’incapacité de prévoir et, malheureusement, c’est l’une des épreuves supplémentaires que cette pandémie fait vivre à tous les sports. Si cette situation devait durer, nous serions dans l’obligation de prendre une nouvelle décision dans une assemblée générale afin d’envisager la suite de cette saison. Pour l’instant, on préfère se dire qu’il nous reste encore suffisamment de temps pour prévoir la suite malgré les retards de matchs qui sont en train de se cumuler. Pour l’instant, la question est de savoir comment mener cette saison à son terme ou, tout du moins, la plus proche de son terme. L’assemblée générale de la Ligue avait voté au mois de mai la possibilité de mettre en place un système de classement des clubs si plus de la moitié des matchs de la saison étaient joués.  La phase régulière devrait donc aller jusqu’au 30 juin et il n’y aura ni play-offs, ni de Leaders Cup en février afin de libérer des dates. Avec les jeux olympiques qui devraient enfin se tenir cette année, vous allez devoir faire face à un véritable casse-tête au niveau du calendrier ?!  Pour l’instant les play-offs sont maintenus car il n’y a eu aucune décision prise à ce sujet au sein de la Ligue Nationale. Effectivement, on est en droit de se demander, au vu de cette saison chaotique, comme faire en sorte d’aller jusqu’aux play-offs mais nous mettons tout en œuvre pour que ces derniers soient maintenus. Après, effectivement, la décision a été prise de reporter le All Star Game et la Leaders Cup, ce qui ouvre quelques fenêtres pour rattraper des matchs. Les jeux olympiques auront-ils lieu ? Bien sûr, tout le monde le souhaite ! Le problème, comme je vous le disais, c’est cette incertitude dans laquelle nous sommes plongés et qui nous laisse dans le flou concernant le planning établi de la saison régulière de Jeep Elite. Pour l’instant, on a géré le mois de novembre et, même si l’on ne sait pas encore ce que sera décembre, nous … Lire la suite

Thierry Roland, une rétrospective footballistique

Les grandes années du Football, les années 80, Thierry Roland, éd. Jacob-Duvernet Évoquer l’épopée de l’équipe de France de football en omettant de citer Thierry Roland serait un quasi-crime ! Depuis les années 1960 et sa première Coupe du monde commentée au Chili, l’homme à la gouaille légendaire a connu aux côtés de ses amis Bleus les rires comme les larmes, les désillusions comme les titres de gloire. À 74 ans et toujours derrière le micro pour partager avec le public sa passion du ballon rond, Thierry Roland publie aujourd’hui Les grandes années du football : les années 80. L’occasion d’aborder en sa compagnie un nostalgique flash-back sur la demi-finale de Séville 1982, son ami Michel Platini, les France-Brésil de légende, le Graal de la Coupe du monde 1998 sans oublier ses tirs à boulets rouges sur les arbitres, les sales gosses de Knysna ou l’ancien patron des sports de TF1, Charles Villeneuve, que ce cher Thierry ne porte pas, mais alors vraiment pas, dans son cœur ! « Je reste persuadé que pour ce France-RFA de 1982, Schumacher était chargé comme une mule ! » La pathétique épopée de l’équipe de France en Afrique du Sud, les insultes d’Anelka et la pseudo- grève de Knysna, quel regard avez-vous porté sur ces événements pitoyables du football français ? Cela fut sans conteste la période la plus épouvantable du football français ! Je compare d’ailleurs cela à un tsunami footballistique. J’étais en Afrique du Sud pour cette coupe de monde et lorsque, chaque jour, vous découvrez la presse étrangère qui relate les aventures extra-sportives de ces sales gosses, je peux vous assurer que vous avez, à ce moment précis, honte d’être français ! Le problème provient grandement du choix de Domenech qui a décidé d’enlever le brassard de capitaine à Thierry Henry pour le donner à Patrice Evra. Les meneurs de cette pseudo-mutinerie se nommaient alors Evra, Anelka et Ribéry. Aujourd’hui encore, je ne comprends pas pourquoi ces joueurs qui se sont comportés de manière si peu sportive ont été rappelés en équipe de France. J’avoue que cracher sur un maillot que tant ont honoré avant eux et revenir sous le feu des projecteurs est un concept qui m’échappe totalement ! Comment avez-vous vécu ce drame qu’a été pour tous les Français la demi-finale France-Allemagne de 1982 ? C’est, de loin, le match le plus intense qu’il m’ait été donné de commenter. Il y a eu dans cette rencontre toutes les émotions les plus fortes que peut vous apporter le football. Joie, rire, larmes… Le panel complet y est passé ! Tout a été extraordinaire, sauf le dénouement, bien entendu. Étonnamment, malgré le goût amer de l’élimination, c’est certainement le match que j’ai revu le plus grand nombre de fois. Lorsque j’en discute avec Alain Giresse, il me dit que je dois être maso. Lui m’a avoué ne l’avoir revu qu’une seule fois et s’être arrêté à 3-1 ! Et l’attentat de Schumacher sur Patrick Battiston ? C’était un moment très étrange. On ne s’est pas rendu compte tout de suite de la gravité de sa blessure. Nous ne sommes pourtant pas passés loin du drame puisque, sous le choc, Patrick a failli avaler sa langue et aurait pu y laisser la vie ! En même temps, tout le monde suivait le ballon que l’on imaginait déjà aller au fond des filets et qui, malheureusement, est passé à quelques centimètres du poteau. On ne peut blâmer l’arbitre central qui, comme nous, suivait la course folle du cuir, mais plutôt l’arbitre de touche qui, lui, a tout vu, et aurait dû faire exclure Schumacher et accorder un penalty aux bleus. Je reste persuadé que pour ce France-RFA de 1982, Schumacher était chargé comme une mule ! Dès le début de la rencontre, il était très agressif et ne cessait de frapper ses poteaux, ce qui m’a tout de suite laissé penser qu’il n’était pas dans son état normal ! Ce franc-parler légendaire qui est le vôtre me rappelle l’incident télévisé lorsque, pour un match Bulgarie-France, vous avez traité l’arbitre de salaud ! C’était pour le premier match des Bleus sous l’ère Hidalgo pour les qualifications au Mondial 1978. Le match se passait à Sofia et le public du stade était survolté. Après une égalisation bulgare – malgré un hors-jeu de cinq mètres et un penalty flagrant refusé à Michel Platini –, l’arbitre, Monsieur Foote, dont le nom n’était hélas pas prédestiné, siffle un penalty pour l’équipe bulgare suite à une faute imaginaire de Max Bossis. Là je n’ai pu m’empêcher de dire : « Monsieur Foote, vous êtes un salaud ! » Il y a quand même une justice puisque le penalty fut manqué. Nous étions en 1976 et, heureusement pour moi, les portables n’existaient pas, ce qui me rendait injoignable par mes supérieurs. Je suis rentré dans la nuit avec l’équipe de France. Michel Hidalgo, qui avait entendu parler de l’incident, m’a soutenu et m’a dit que tous les Bleus me couvriraient auprès de ma direction, ce qui m’a fortement touché. J’ai revu le fameux Monsieur Foote des années plus tard. Il m’a avoué qu’il avait eu si peur de se faire lyncher par le public de Sofia dans ce stade chauffé à blanc que son arbitrage avait, en seconde mi-temps, largement favorisé l’équipe bulgare. Dans votre rétrospective du football des années quatre-vingt, vous déclarez : « Michel Platini est le plus grand joueur que le football français ait produit. » La carrière menée par Zidane ne vous a pas convaincue ? Bien entendu, la carrière de Zidane a été magnifique, mais celle de Platini m’a encore davantage convaincu ! Michel qui jouait numéro 10 – et donc meneur de jeu – a quand même fini trois années de suite meilleur buteur du Calcio, ce qui est tout simplement magistral ! Michel Platini est un homme que j’aime beaucoup et à qui je voue une profonde et sincère admiration. Le seul point où nos opinions divergent, c’est sur l’utilisation de … Lire la suite

Bernard Thévenet, coureur cycliste

Victorieux à deux reprises du Tour de France (1975 et 1977), Bernard Thévenet restera aux yeux du public l’homme qui a terrassé le « cannibale » Eddy Merckx sur la grande boucle. Alors que le Tour 2011 se voit déjà entaché par le dopage supposé du champion en titre, l’Espagnol Alberto Contador, « Nanard » évoque ce sujet tabou qui ronge la petite reine depuis de trop nombreuses années, et biaise la donne d’un sport où compétiteurs et organismes de lutte antidopage semblent jouer au chat et à la souris. Entretien avec un champion hexagonal qui, lui, a eu le mérite de reconnaître avoir joué avec le feu ! « Je pense honnêtement que l’immense majorité des coureurs n’est pas dopée et ne fait pas partie du gang des tricheurs. » Vous êtes originaire d’un hameau appelé « Le guidon ». Un nom prédestiné pour une carrière de cycliste ! Je suis effectivement né à 200 mètres de ce hameau. J’ai vécu là-bas de l’âge de 8 à 22 ans, mais dire que cela a influencé ma décision de devenir coureur cycliste serait exagéré. Enfant, j’avais une attirance pour les sports collectifs. Malheureusement, le petit village dans lequel j’habitais n’avait pas de club sportif. Je me suis donc tourné vers le vélo. J’ai commencé à égrainer seul les routes de la région et, assez rapidement, j’ai eu la chance de rencontrer deux garçons du village qui, eux, faisaient déjà des courses amateurs. J’allais aussi souvent que je le pouvais les voir courir, et c’est ainsi que je me suis décidé à prendre une licence. J’ai remporté une première course chez les cadets et je me suis alors dit que j’étais peut-être fait pour ce sport. J’ai continué à gravir un à un les échelons du cyclisme amateur jusqu’à l’âge de 21 ans, âge auquel je suis enfin passé pro après avoir remporté le championnat de France junior. Pour votre premier Tour de France en 1970, vous avez été appelé à la dernière minute suite au désistement de deux de vos coéquipiers. Ce fut une plongée un peu spéciale dans le grand bain ! Je ne m’y attendais pas du tout ! J’ai été averti le mercredi, et il fallait être le jeudi à Limoges. Je pense avoir été choisi car j’habitais le moins loin du lieu de rassemblement pour le Tour. Sur le coup, lorsque le directeur sportif m’a dit qu’il allait m’inscrire pour la Grande Boucle, je lui ai répondu que je n’étais pas préparé ni physiquement, ni mentalement et que j’allais droit dans le mur. Commencer ainsi et abandonner rapidement aurait sans aucun doute mis un sérieux frein à ma progression et m’aurait catalogué comme un loser. Je suis allé prendre conseils auprès d’un ancien coureur du Tour, Victor Ferrari qui avait participé à l’événement en 1929. Il m’a dit que c’était une chance incroyable que je devais saisir. Pour me rassurer, il a même téléphoné à mon directeur sportif de l’époque qui m’a confirmé que le résultat n’aurait pas d’influence sur la suite de ma carrière puisque cette première participation se faisait à la dernière minute. Je me souviens que les fins d’étape sur la première semaine de Tour étaient très difficiles car le peloton roulait à vive allure. J’ai failli être éliminé sur l’étape qui reliait Valenciennes à Bruxelles ! Puis, il y a eu une étape à Mulhouse qui comprenait un col assez délicat à gravir. Là, j’ai fini dans le premier groupe et j’ai recouvré le moral. Le problème, c’est que je ne savais pas vraiment calculer mes efforts d’un jour sur l’autre. Ma forme physique oscillait donc entre le très bien et le très mal ! Le vrai déclic s’est produit sur l’étape du 14 juillet que j’ai remportée à La Mongie, après l’ascension du Mont Ventoux. Gagner une étape du Tour fait indéniablement parler de vous et vous ouvre des portes. J’ai finalement bouclé ce premier Tour de France avec une victoire au compteur, ce qui m’a permis d’entrer dans la hiérarchie du monde cycliste. Ma carrière était lancée ! Que gardez-vous de la rivalité qui vous opposait à Eddy Merckx et de votre première victoire en 1975 face au « cannibale » ? C’était bien sûr un peu spécial ! Je suis passé pro après Eddy. Lorsque j’étais amateur, j’avais énormément d’admiration pour lui et pour ce qu’il avait apporté au cyclisme. Me retrouver quelques années après à me battre contre lui et à gravir les cols à ses côtés, c’était une sensation assez étrange. Il est sûr que remporter le Tour devant Merckx, que l’on disait invincible, me faisait une superbe carte de visite. Sur le coup, j’étais bien évidemment ravi de gagner, mais je ne mesurais pas la portée de cette victoire, dont on me parle encore aujourd’hui. Il y avait entre Eddy et moi un respect commun, et l’on ne s’est jamais autant parlé qu’après ce premier succès sur la Grande Boucle. Nous entretenons d’ailleurs encore aujourd’hui d’excellents rapports. Peut-on dire que, dans votre carrière, les Tours de 1978 et de 1981 ont été des Tours de France de trop ? Non je ne regrette pas d’y avoir participé car, le Tour, c’est toujours un grand événement. En cyclisme, il faut voir jusqu’où l’on peut aller et ne pas avoir peur de repousser ses propres limites. De plus, même si on a quelques signaux sur son état de forme, ce dernier varie sensiblement d’une étape à l’autre. Lorsque cela devient difficile, on se dit toujours que l’on aura peut-être plus de jambes le lendemain. De toute façon, si je n’avais participé qu’aux courses où j’étais au mieux de ma forme, je n’aurais pas gagné grand- chose ! En 1979, vous avez admis avoir pris de la cortisone, ce qui a engendré chez vous une maladie du foie. Pensez-vous que le cyclisme puisse être un jour totalement propre ? Cet épisode a été en fait mal interprété. À cette époque, il faut savoir que certains médecins affirmaient que … Lire la suite

Capitaine Wallaert, pilote de la Patrouille de France

Véritable vitrine de l’armée de l’air, la Patrouille de France offre chaque année un programme aérien époustouflant où toute place à l’improvisation est formellement proscrite sous peine, pour ces chevaliers du ciel, de le payer de leur vie. À la PAF, pas de têtes brûlées, mais des pilotes de chasse qui allient technique, rigueur, concentration optimale et esprit d’équipe pour voler à quelques mètres les uns des autres à plus de 600 kilomètres/heure. Depuis 1953, la PAF est, au-delà de la performance aérienne, un merveilleux vecteur de communication. Neuf chefs de patrouille aguerris y forment une équipe où l’ego n’a pas sa place. Cette équipe offre au public un visage de l’armée loin de la discrétion de rigueur chez les pilotes de chasse hexagonaux en mission de guerre. C’est sur la base aéronautique navale de Hyères que nous retrouvons les pilotes de la PAF avant un vol au- dessus de la baie de Saint-Tropez. Briefing, visite de l’avion Transall chargé de la logistique, au plus près des avions lors du décollage… Toutes les conditions sont réunies pour comprendre au mieux le mode de fonctionnement de cette unité d’exception qu’est la Patrouille de France. De retour d’un vol d’une heure, à peine sorti de son cockpit, le Capitaine Wallaert nous livre son expérience acquise en ses trois ans passés à la PAF. Et je dégauchis… « Nous ne sommes pas des kamikazes et, lorsque nous partons en vol, nos chances de survie ne sont heureusement pas d’une sur deux ! » Pendant le briefing qui précède chaque vol, vous répétez mentalement les figures à exécuter. Cette phase de concentration fait-elle partie intégrante de votre processus de mise en condition avant de prendre les airs ? Tout à fait ! Pendant le briefing, la partie « musique » dont vous parlez nous sert à visualiser chaque figure que nous allons réaliser pendant le vol. Conditions météo, plans de secours en cas de panne radio ou encore panne moteur, zones survolées… rien n’est laissé au hasard ! Cette phase de visualisation des figures que nous répétons tous ensemble fait pour nous quasiment partie intégrante du vol proprement dit, d’où la forte concentration qui s’en dégage. Chaque pilote reste en moyenne trois ans au sein de la Patrouille de France et, chaque année, vous changez de place dans la formation. Cela n’est-il pas trop déconcertant ? Cela peut effectivement paraître étrange sur le papier d’apprendre les figures à une position précise en vol (extérieur droit en 2011 pour le Capitaine Wallaert) pour en changer l’année suivante ! Pourtant, cela permet une véritable remise en question indispensable à la concentration. La première année, il y a énormément de travail à fournir car tout n’est que découverte ! La seconde, le fait de changer de position en vol oblige à réapprendre ses gammes, à ne surtout pas entrer dans une quelconque routine qui pourrait conduire au relâchement, donc à la faute. En cette troisième année, même si l’on change à nouveau de place, les automatismes eux, reviennent assez vite. Il faut savoir que la Patrouille de France se renouvelle par tiers chaque année. Les six pilotes restant changent, eux, de position au sein de la formation de vol. Il y a donc une vraie nouvelle PAF chaque année avec un programme renouvelé intégralement. Ce programme, nous le répétons durant six mois de préparation intense afin de mettre au point les figures décidées par le leader. La PAF est la vitrine de l’armée de l’air et revêt un côté proche du public, loin de l’image du pilote de chasse quasi intouchable. Cette proximité, cet aspect « humain » de la Patrouille est quelque chose qui vous tient vraiment à cœur ! Comme vous le dites, la PAF est une vitrine technologique, technique de notre métier de pilote de chasse avec, effectivement, un côté « humain » très marqué. Cette année par exemple, la PAF parraine la fondation Thierry Latran, créée en juin 2008. C’est la première et seule fondation européenne dédiée exclusivement au financement de la recherche sur le traitement de la maladie de Charcot, une maladie orpheline qui empêche la personne de marcher, parler et de peu à peu respirer tout en gardant toutes ses facultés mentales. La PAF revêt souvent l’image de pilotes inaccessibles alors que, justement, notre rôle est d’être de vrais soldats de la communication. La PAF est, pour chaque pilote de chasse qui la rejoint, une parenthèse de trois années pendant lesquelles il va être une vitrine de l’armée de l’air et de la France lorsque nous nous produisons à l’étranger. Nous sommes la patrouille des personnes qui viennent nous voir, nous encourager, rêver en voyant les figures réalisées dans le ciel. Nous nous devons d’être accessibles et d’aller au maximum à la rencontre du public. Par nos représentations en vol, nous souhaitons montrer que cette technicité, cette dextérité, cette somme de travail fourni pour offrir au public un spectacle de haute précision est en définitive assez proche de ce qui se passe chez les pilotes de chasse qui se trouvent aujourd’hui en Afghanistan ! La différence, c’est qu’eux sont les pilotes de l’invisible focalisés sur une mission de combat. En effectuant nos vols d’exhibition, nous tentons de faire passer le message que, dans une autre mesure, la rigueur, la précision, le don de soi, l’humilité sont des valeurs communes à tous les pilotes de l’armée de l’air. Je suppose que la sélection pour rejoindre la Patrouille de France se joue surtout sur le plan humain, la capacité d’un pilote de chasse à se fondre dans un groupe, une équipe qui doit être soudée ! À partir du moment où un pilote se présente à la PAF, il doit avoir un minimum de 1 500 heures de vol et être chef de patrouille, ce qui est la plus haute qualification en tant que pilote de chasse. On part du principe que, moyennant deux vols par jour et cela cinq jours par semaine pendant six mois, les pilotes qui remplissent les conditions … Lire la suite

Jean-Pierre Rives, poète guerrier du XV de France

« Le Rives », avec Jean-Pierre Rives et Alain Gex, éditions Jacob-Duvernet Jean-Pierre Rives, c’est un peu le « Ferdinand le Taureau » du rugby ! Un guerrier de l’ovalie prêt à en découdre avec une fleur entre les lèvres, poète même lorsqu’il déambule sur un terrain, le maillot maculé de sang. Le problème avec le fait d’interviewer une personne que l’on admire, qui vous a fait frémir devant votre poste de télévision lorsque vous étiez gamin, c’est que l’on est souvent déçu du fossé qui existe entre l’homme et l’image fantasmagorique que l’on s’en était faite ! Mais avec Rives, l’homme surclasse le fantasme et polarise à lui seul toutes les valeurs qui nous font aimer le rugby. Sens du partage, du sacrifice, de l’amitié, don de soi, respect de l’adversaire… Le tout mêlé de poésie et de rêve, c’est cela Jean-Pierre Rives. Si le légendaire capitaine du XV de France, vainqueur de deux grands chelems et membre de la première équipe à avoir battu les All Blacks chez eux, a troqué ses crampons pour la sculpture, c’est afin de continuer à créer dans la sueur et l’effort. À quelques heures du début de la coupe du monde de rugby en Nouvelle-Zélande, bienvenue pour une interview sur l’autre Rives ! « Il faut retrouver des entraîneurs qui sachent redonner le pouvoir aux joueurs, qui n’aient pas peur de filer les clés du camion à ceux qui le conduisent. » L’écrivain Antoine Blondin disait de vous : « Jean-Pierre Rives : il est encore mieux qu’un capitaine, c’est un général ! » C’est ainsi que vous abordiez votre rôle sur le terrain ? Non, pas du tout ! Antoine était très gentil avec moi, et c’est un peu le rôle des amis d’arranger la sauce, d’enjoliver les choses en votre faveur. J’avais la chance de partager le terrain avec 14 mecs qui me tiraient vers le haut et, dans cette équipe de France là, il n’y avait que des capitaines ! De toute manière, on a que le crédit que l’on vous accorde alors… Le rugby est, au-delà du sport, une école de la vie, un passage de l’enfance à l’âge adulte dans lequel on se construit, on s’affirme en tant qu’individu au sein d’un groupe, d’un collectif, d’une famille. Ceux qui font le rugby, ce sont les mecs sur le terrain qui offrent leur sueur et leur sang pour conquérir le cuir. Aujourd’hui, on accorde une place prépondérante à l’entraîneur qui, à mon sens, ne devrait être là que pour mettre de l’huile dans les rouages. Il faut retrouver des entraîneurs qui sachent redonner le pouvoir aux joueurs, qui n’aient pas peur de filer les clés du camion à ceux qui le conduisent. Le rugby suit un peu trop son époque, l’époque d’un monde où tout est structuré, dans des cases pré-établies. Le rugby, c’est l’inspiration, l’émotion… Rendons-lui un peu de sa liberté d’antan ! Ne pas avoir disputé la coupe du monde de rugby reste-t-il un regret dans votre carrière ? Être nostalgique ne sert à rien ! Je suis mélancolique de nature, c’est différent. Et puis, comment pourrais- je être nostalgique après les fabuleux moments que j’ai vécus ? La vie est un chemin et ce n’est pas en regardant derrière que l’on va avancer, ou alors on risque de se casser la gueule ! Pour ce qui est de la coupe du monde, nous, avec les Bleus, nous nous étions autoproclamés « champions du monde » alors, nul besoin de disputer cette compétition puisque, dans nos têtes, on l’avait déjà gagnée ! Que ce soit le dimanche matin avec les copains pour un match amateur ou devant 20 000 spectateurs, le rugby est d’abord une histoire de groupe, de partage, d’amitié… Le reste, on s’en fout ! Bien sûr, je me suis impliqué pour que la France organise la coupe du monde 2007 car, plus il y a de compétitions et plus le rugby avance. Et si de tels événements peuvent conduire les gamins à rejoindre le club de leur quartier, alors le pari est réussi ! Aujourd’hui, être président des Barbarians, c’est faire partie d’une confrérie en adéquation avec vos valeurs rugbystiques de partage, d’amitié et de fête ? Absolument ! Même si le fait que je sois président était une erreur. Un président doit être un organisateur et moi, je me situe plus du côté des rêveurs. Au-delà du titre ronflant de président, l’idée des Barbarians est quelque chose de merveilleux. C’est rendre hommage au jeu, à la fraternité… Être content de se retrouver et de jouer ensemble, c’est bien là l’essentiel. Je dirais que l’esprit Barbarians est un esprit de liberté pour des hommes libres car, chez toute personne, être libre est un droit mais aussi un devoir pour se construire et devenir un homme. Pourquoi n’avez-vous pas été tenté, comme vos amis de l’équipe de France tels que Berbizier ou Skrela, de poursuivre l’aventure rugbystique en optant pour un poste d’entraîneur ? J’ai la chance d’avoir plusieurs passions et, lorsque j’ai tiré un trait sur ma carrière rugbystique, j’ai pu me plonger corps et âme dans la sculpture. Pour être entraîneur, il faut d’abord être entraînant et personnellement, je ne suis pas certain de l’être ! Le monde change, le rugby suit cette évolution qui, par certains aspects, ne correspond plus à ce que je suis en tant qu’homme. Seul, dans mon atelier, je poursuis mes rêves, mes quêtes… C’est un plaisir plus égoïste que sur un terrain où il y a également une part de solitude, mais qui est partagée, nuance ! Justement, la sculpture est-elle aujourd’hui pour vous de la même veine poétique que le rugby… De la sueur, de l’effort et parfois, la récompense ? C’est effectivement la même chose sur de nombreux points. Là encore, c’est une histoire d’hommes puisque c’est Albert Féraud (sculpteur français) qui m’a mis au monde en tant qu’artiste. Comme dans le rugby, l’esprit inventif, impulsif, la créativité sont des termes indissociables à … Lire la suite

Cyrille Diabaté, champion de free fight

À bientôt 37 ans, le Champion du monde de boxe Thaï 1998, Cyrille Diabaté, est une légende hexagonale des sports de combat. Après une expérience outre-atlantique couronnée de succès en UFC (organisation américaine du Mix Martial Arts), « The snake » est revenu en Seine-Saint-Denis entraîner ses troupes et se préparer à son prochain combat le 16 octobre pour le compte de l’UFC 120. Entretien coup de poing ! « Lorsque tu connais la dureté des arts martiaux, tu fais tout pour éviter de te battre dans la rue. » Après un titre de champion du monde de boxe thaï, qu’est-ce qui t’a poussé vers le free fight ? J’ai toujours eu une très grande attirance pour ce sport, même lorsque je pratiquais la boxe thaïlandaise. Je suivais de prêt le MMA et les premiers UFC même si, à l’époque, le free fight n’en était qu’à ses balbutiements. Au début des années 90, c’est mon entraîneur Robert Paturel qui me procurait des cassettes vidéos des combats, j’étais déjà passionné ! Par la suite, je me suis concentré sur le free fight au début des années 2000. J’ai commencé par le Golden Trophy en 1997, un tournoi français dans les règles du pancrace (style de combat très complet qui permet des échanges aussi bien debout , comme en boxe, ou au sol, comme en lutte). Quelles sont selon toi les raisons de l’engouement du jeune public pour le free fight depuis quelques années ? Même pour les non-initiés qui ne sont pas habitués aux sports de combat, il faut avouer que le free fight est tout de suite très spectaculaire. Les combats sont d’une grande intensité et le fait de voir deux personnes face à face dans une cage fait forcément monter l’adrénaline. Peu à peu, malgré les réticences de certains, L’UFC a su médiatiser le phénomène et la fascination du public pour ce sport s’en est logiquement suivie. Selon moi, l’émission de télé réalité (Tough) a également grandement participé à faire exploser le phénomène auprès des jeunes générations. Le free fight est pour certains une violence gratuite qui met en péril la vie des combattants. Comment définirais-tu ce sport pour les néophytes ? Pour les détracteurs qui pointent du doigt le free fight en prétextant que c’est ultra-violent et dangereux pour la santé des combattants, il faut savoir que c’est le sport de combat où l’on recense le moins d’accidents graves. Il n’y a eu que trois décès depuis les débuts, c’est beaucoup moins qu’en boxe par exemple ! Les coups étant répartis sur tout le corps, on subit moins de gros traumatismes au niveau crânien et, dès que l’on perd connaissance sur un coup, l’arbitre met forcément un terme au combat. En boxe anglaise, on peut très bien subir trois K.-O. légers et repartir au combat avant 10 secondes si l’arbitre ne s’y oppose pas. Ce sont ces traumatismes à répétition qui peuvent fragiliser le boxeur et conduire au drame ! Personnellement, depuis le temps que je pratique le free fight, je n’ai eu qu’une fois la main cassée. La cage, le sang, les blessures, le K.-O., les combattants de free fight sont un peu les gladiateurs du XXIe siècle non ? Cet aspect jeux du cirque a forcément participé à faire la notoriété de ce sport, mais c’est aussi ce qui a limité son expansion. Pour les détracteurs du free fight, ce sport n’est qu’un combat de coqs, une lutte sans réelles règles, ce qui est totalement faux ! Heureusement, au fil du temps, les combattants sont devenus plus professionnels, mieux préparés, mieux entraînés… Et tout ce qui va autour des combats a suivi. Nous ne sommes pas des gladiateurs mais des compétiteurs, ce qui est différent. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la cage, elle, n’est pas un artifice mais l’endroit le mieux adapté pour ce genre de sport. Sa structure évite les blessures que l’on pourrait avoir sur un ring de boxe où les combattants seraient éjectés. On se plaît à présenter les combattants de free fight comme des êtres sanguinaires pour appâter la galerie. Personnellement, je ne ressens aucune animosité envers mes adversaires. Les sentiments comme la rage ou la colère sont de toute façon néfastes au combat quel que soit l’art martial pratiqué. Le MMA regroupe tous les arts martiaux, peut-on maîtriser la technique pieds/poings comme la lutte au sol avec la même aisance ? Non ! Venant de la boxe thaïlandaise, j’ai dû apprendre le sol. Pour cela, je suis redevenu débutant. Je me suis entraîné, je me suis fait casser la gueule, j’ai sué, j’ai souffert et… j’ai appris ! En sport de combat, il y a toujours plus fort que toi, alors rester humble est un point essentiel ! Peux-tu nous décrire une séance d’entraînement dans l’optique d’un combat comme celui qui va t’opposer à Alexander Gustaffson pour l’UFC 120 ! Pour un combat, je me donne deux mois et demi d’entraînement spécifique. Je visionne les combats de l’adversaire pour déterminer ses points forts et ses points faibles afin de cibler ma préparation. Au départ, je commence par le foncier afin d’accroître ma résistance physique. Je débute par des séances longues et à faible intensité, que ce soit pour le cardio, la musculation ou le sac de frappe. Petit à petit, j’augmente le rythme en réduisant le temps d’entraînement. C’est ce qui me correspond le mieux pour préparer un combat. Il faut dire que je gère ça tout seul puisque je n’ai pas d’entraîneur, juste un préparateur physique qui m’épaule pour le foncier. En ce moment, je joue au basket pour me vider l’esprit. Il faut savoir décrocher de temps à autre afin de ne pas griller toute son énergie et sa motivation. Penses-tu qu’un tel sport puisse être une école de la vie pour les enfants ? Les arts martiaux sont la meilleure école de la vie. Ils transmettent des valeurs essentielles, un respect d’autrui. Il n’y a aucune comparaison avec un autre sport ! On apprend à affronter les … Lire la suite

Jean-Pierre Garuet, mythique pilier du XV de France

Comme le clame fort justement mon bien cher père, « Qui ne connaît pas « Garuche » ne connaît pas le rugby ! » Jean-Pierre Garuet, finaliste de la première coupe du monde de 1987 face aux Blacks, vainqueur du grand chelem la même année et considéré par ses pairs meilleur pilier du monde, est une pierre angulaire de l’histoire du quinze tricolore. Un rugby fidèle à ses valeurs de partage, son sens du sacrifice et à ses racines (le FC Lourdes pour notre homme) ancrées dans le terroir. Aujourd’hui maire adjoint de… Lourdes bien évidemment, Garuche revient, non sans nostalgie, sur ce passé sportif glorieux qui a inspiré plus d’un pilier des générations suivantes. Puisque je vous dis que les affirmations de mon paternel sont paroles d’évangile ! « Aujourd’hui, on dirait que les premières lignes ont des entraînements plus dignes de bodybuilders que de rugbymen » Vous êtes resté fidèle à Lourdes et à vos racines. Aujourd’hui, comme au football, certains rugbymen sont devenus des mercenaires qui changent de clubs au rythme des contrats. Pensez-vous qu’on ait perdu là l’une des valeurs essentielles du rugby ? Autre temps autres mœurs dirais-je ! Une des grandes valeurs du rugby de mon époque, c’était cette fierté de défendre, sur le terrain, des couleurs, un maillot, un esprit de clocher qui faisait l’une des caractéristiques du rugby amateur. Aujourd’hui, à l’heure du professionnalisme et dans une société où l’argent est devenu le nerf de la guerre, on incite bien évidemment les joueurs à organiser leur carrière en fonction des contrats proposés par les différents clubs. C’est un peu désolant car la substantifique moelle du rugby est en ce sens laissée de côté, même si je ne blâme pas les joueurs. Je ne peux pas affirmer que, moi-même, je ne me serais pas laissé tenter par l’appât du gain ! Certains clubs tentent néanmoins de garder une ossature stable ! Oui et j’en suis ravi ! Certains joueurs, au-delà de l’argent, restent très proches de leur club formateur, de leur ville, de leur couleur, du maillot. Prenons par exemple le club de Perpignan. Il y a une ossature Catalane qui fait plaisir à voir. Certains clubs tentent également de bâtir une équipe sur la durée, inculquant à ses joueurs des valeurs propres au club. Regardez l’ASM (association sportive montferrandaise) ! Elle a dû lutter pour enfin conquérir le titre de champion 2010, mais le travail de fond a fini par payer et on ne peut que les féliciter. Pour gagner au rugby, au-delà du talent individuel, il faut des affinités très fortes entre les joueurs, un partage de valeurs communes et cela ne peut s’acquérir qu’avec le temps. Les différentes lignes du pack doivent être soudées et complémentaires, apprendre à souffrir ensemble. C’est cette cohésion, acquise avec le temps, qui sera déterminante dans les phases capitales d’un match à gros enjeu. Il faut bien plus d’une seule saison pour que la mayonnaise prenne et que les quinze joueurs acquièrent les automatismes nécessaires à la victoire. La première ligne est un poste à part au rugby. Quels sont les points essentiels pour briller au poste de pilier ? En première ligne, tout est basé sur la complicité entre le talonneur et les deux piliers. J’ai pour habitude de dire que les piliers, comme les bœufs, fonctionnent par paire. On peut prendre deux piliers réputés parmi les meilleurs du monde dans la même équipe, mais si la cohésion et l’entente entre eux ne sont pas totalesn, cela ne donnera rien de bon. Là, je vous parle de souffrance, d’effort commun. Un pilier doit être capable de sentir si son binôme est en difficulté, savoir anticiper son placement, ses moments forts comme ceux plus faibles. Au final, les deux piliers ne doivent plus former qu’un ! On a souvent caricaturé les gars de la première ligne comme des bourrins tout juste bons à pousser en mêlée. C’est tout le contraire, ce sont des types plein de finesse car la mêlée ne se limite pas à la seule épreuve de force. C’est un corps à corps où la malice, le sens de l’anticipation, la minutie dans le placement, la liaison entre les lignes, le tempo et la cohésion à la poussée sont des facteurs primordiaux. La première ligne donne le ton d’un match et je suis heureux que le dernier tournoi des six nations, remporté par le quinze tricolore, ait redonné ses lettres de noblesse à la première ligne du pack. Par expérience, je sais que le trio de la première ligne vit vraiment le match avec ses tripes, n’hésitant pas à porter les stigmates du combat sur son corps. À la première entrée en mêlée, on se doit d’imposer un impact psychologique qui s’avère souvent déterminant pour la suite du match. Dans toute ma carrière, j’ai rarement vu des équipes prises à défaut sur les mêlées capables de s’imposer ! La mêlée a d’ailleurs pas mal changé au fil du temps ! Lorsque j’ai débuté ma carrière, nous étions cinq en mêlée. Puis, en 1978, on nous a demandé de nous lier en nous tenant par le bras extérieur. Toutes ces règles ont forcément modifié notre approche du pack. Personnellement, je suis passionné de physique et j’aimais calculer les angles pour mes placements. Je n’ai jamais rien laissé au hasard. J’étudiais chacun de mes adversaires à la vidéo afin de m’imprégner de leurs points forts comme de leurs lacunes. Parfois, le pilier en face est plus tonique, plus gaillard et alors, il convient de ne pas être pris à défaut. C’est le placement, le timing, la mise en place, la tonicité de la poussée ou le petit coup de malice qui va faire la différence. Aujourd’hui, les mêlées ne durent guère plus de six à huit secondes et donc, tout est dans l’impact. À mon époque, cela pouvait durer jusqu’à vingt ou trente secondes et il fallait un cardio à la hauteur. Tout est question d’adaptation ! Lorsque vous avez débuté, un joueur de … Lire la suite

Nicolas Mas, pilier de l’USAP et du XV tricolore

100 % Catalan, Nicolas Mas porte sur les épaules depuis plus de dix ans les couleurs sang et or si chères à son cœur. Au sein de l’USAP, « le bus » a enchaîné deux finales du championnat de France en 2009 et 2010, avec le privilège de soulever le Brennus au Stade de France pour sa première participation. Clé de voûte de la première ligne du pack tricolore, Nicolas Mas reste également sur un grand chelem au dernier tournoi des six nations qu’il a d’ailleurs éclaboussé de son talent. À quelques jours d’une tournée préparatoire face notamment aux légendaires Australiens, le 27 novembre prochain à Saint-Denis, le pilier revient sur une carrière riche en rebondissements et fait le point à un an de la prochaine coupe du monde, objectif suprême des appelés du XV de France. « À moins d’une catastrophe ou d’un réel désaccord avec le club, je pense sincèrement finir ma carrière à Perpignan » Né à Perpignan, tu joues depuis 1999 à l’USAP. T’imagines-tu revêtir un autre maillot que celui sang et or Catalan ? Par principe, il ne faut jamais dire jamais, mais à moins d’une catastrophe ou d’un réel désaccord avec le club, je pense sincèrement finir ma carrière à Perpignan. J’aime ce club et je me bats pour les valeurs qu’il défend. Nous avons au sein de l’USAP une belle ossature catalane et c’est plaisant de se retrouver dans un groupe composé de joueurs du cru. Personnellement, j’ai fait mes armes à Argelès-sur-Mer d’où je suis originaire et je suis toujours resté fidèle à mes racines catalanes. Le département qui fait beaucoup pour la formation des jeunes joueurs est un gros pourvoyeur de talents pour l’USAP. Cet esprit « rugby de clocher » me correspond bien même si je ne dénigre aucunement les joueurs qui changent de clubs au gré des offres. La carrière de rugbyman professionnel est courte et souvent pleine d’aléas et il est compréhensible que certains pensent à l’après-rugby. Un titre de champion de France 2009, une finale en 2010 avec Perpignan et un grand chelem avec le XV tricolore. Quels défis souhaites-tu encore relever ? Le rêve de tout rugbyman est de devenir champion du monde ! Alors, même si l’événement n’est que dans un an, forcément, j’y pense. Je crois sincèrement que l’équipe de France telle qu’elle est aujourd’hui a les moyens de gagner, ou du moins de rivaliser avec les grosses nations de l’hémisphère sud comme les Blacks ou les Bocks. Il y a une super entente entre tous les joueurs et le grand chelem gagné en 2010 a prouvé que, même dans l’adversité, on savait retrousser les manches pour se faire mal et gagner. Le match remporté contre l’Angleterre a été une sorte de déclic. Tous les gars se sont serré les coudes, personne n’a abdiqué et on a montré un esprit de cohésion extraordinaire. C’est un match référence qui va sans aucun doute nous servir pour les prochaines grosses échéances. En 2010, tu réalises d’ailleurs un énorme tournoi des six nations, titulaire à tous les matches et élu meilleur joueur contre l’Angleterre. Tu restes pourtant assez discret. Tu aimes ce côté travailleur de l’ombre du première ligne ? Ce trait de caractère n’est pas relatif à mon poste de pilier mais plus à ma propre personnalité. J’ai toujours préféré l’action aux longs discours. En plus, avec l’équipe de France, on se comprend tous très bien sans avoir besoin de parler et je pense que c’est un élément clé de notre force actuelle. Dans moins d’un an aura donc lieu la prochaine coupe du monde. C’est donc ton objectif numéro 1 ? Comme je te le disais, c’est un événement que tous les joueurs du groupe France et ceux qui peuvent y entrer ont en tête. C’est loin et en même temps très présent à l’esprit. On espère tous être en forme à l’instant T, éviter la blessure qui te prive d’un tel rendez-vous ! Le groupe se prépare pour cet événement et il faudra TOUT donner pour ne surtout pas regretter après. Remporter une coupe du monde, c’est un rêve de gosse et on donnera notre maximum pour y arriver. Tu as connu des blessures qui ont failli mettre un terme à ta carrière. Comment as-tu géré ces moments difficiles ? Deux hernies cervicales, ça laisse forcément des traces ! En 2002, j’étais assez jeune et j’ai plutôt bien géré la blessure. En 2005, ça a été plus compliqué. Pour un pilier dont le cou est l’outil de travail, ce type de blessure peut s’avérer fatal. À l’époque, j’allais avoir un enfant, je devais passer par une lourde opération et je savais que j’allais devoir repartir de zéro pour retrouver mon niveau. Franchement, j’ai pensé tout arrêter ! Ma femme, ma famille m’ont bien entouré tout comme le kiné, extérieur au club, et l’osthéo qui se sont très bien occupés du côté postopératoire. Ensuite, il a fallu travailler dur, très dur avec Olivier Barbier, le préparateur physique des blessés de l’USAP. Je ne te cache pas que pour le retour sur le terrain, l’appréhension était au rendez-vous lors des premiers matches. Heureusement, le sport reprend vite ses droits et on oublie la blessure. Le rugby est un sport d’impact par excellence. Ne crains-tu pas les séquelles post-carrière ? Je sais très bien que je ferai un mauvais vieux même si pour l’instant tout va bien. Et puis ma femme s’occupera de moi ! Quel est le suivi médical des joueurs lors de la saison ? Les premières lignes doivent obligatoirement passer une IRM par an pour vérifier les vertèbres. C’est la seule chose disons obligatoire. Pour le reste, il y a trois kinés et deux médecins au club que l’on peut consulter si on le souhaite. Peux-tu nous décrire une séance d’entraînement spécifique au poste de pilier ? On a deux séances d’une heure et demie à deux heures par jour. En première ligne, le matin est surtout consacré à la musculation et à l’entraînement … Lire la suite