Isabelle Laading, la médecine chinoise traditionnelle

– MTC : médecine traditionnelle chinoise. – Do In : automassage sur les méridiens d’acupuncture. – Macrobiotique : alimentation fondée sur les principes du yin et du yang. – Moxibustion méthode consistant à chauffer les points d’acupuncture. – Qi : énergie. – Tuina : stimulations manuelles des points d’acupuncture et des méridiens par pressions, étirements, mobilisation des membres et du corps. Isabelle Laading. www. shiatsu-nonindo.fr Prônant la prévention plus que le soin, l’harmonie du corps et de l’esprit, la médecine traditionnelle chinoise, vieille de plus de cinq millénaires, rencontre de nombreux adeptes en Occident. Phytothérapie, acupuncture, diététique ou encore shiatsu, Isabelle Laading, qui se consacre à l’étude et à la pratique des arts traditionnels de santé depuis 1968, nous ouvre les portes de ce savoir venu d’Orient. « Soigner un être humain est comme prendre soin d’un jardin. » Depuis 1968, vous vous consacrez à l’étude et à la pratique des arts traditionnels de santé orientaux. Comment est née cette passion ? C’est le fruit d’un cheminement (toujours en cours !). Lycéenne, j’étais en recherche d’une voie spirituelle. Mon éducation religieuse de l’époque ne répondait pas vraiment à mon attente. J’ai alors rencontré la philosophie hindoue à travers quelques ouvrages et j’ai commencé la pratique du yoga avec Jean-Bernard Rishi. Une conférence d’Arnaud Desjardins de retour d’Inde m’a ensuite fasciné. Il présentait des maîtres qu’il avait rencontrés et faisait part de son expérience de méditation. Il y avait de quoi abreuver ma quête ; yoga, méditation, tout en faisant un premier pas vers la philosophie chinoise à travers la pratique du Do In* et celle de la macrobiotique* que proposait Georges Oshawa. En 1972, après une année de fac de Lettres, j’ai passé un an dans un monastère tibétain en Écosse afin de faire l’expérience plus approfondie de la méditation, bouddhiste en l’occurrence et du yoga. De retour en France, le souhait de me consacrer au soin à l’autre s’imposait. J’ai ouvert des cours de yoga en 1974 en Bourgogne sud, tout en participant à la fondation d’un monastère tibétain. Puis la vie m’a mené à Trinidad aux Caraïbes en 1984. J’y ai rencontré mon premier professeur de shiatsu, Rex Lassalle. Le shiatsu a été une « révélation », je me suis plongée dans l’étude et la pratique. Puis en 1988, j’ai rencontré en Bourgogne Maître Tokuda, « moine médecin » enseignant la médecine chinoise et le shiatsu. Il est devenu et demeure encore aujourd’hui mon maître en la matière. On date l’élaboration de la médecine chinoise aux environs de 3000 avant Jésus- Christ. Pouvez-vous nous parler de la naissance et des spécificités de cette médecine ? Les premières traces des soins donnés en médecine chinoise (acupuncture, moxibustion*, pharmacopée) datent même de la période néolithique. Des aiguilles en os et en pierre en témoignent avant les textes faisant part de divers soins proposés. Plusieurs hypothèses sont avancées quant aux méthodes empiriques qui ont permis aux praticiens d’élaborer la pratique de l’acupuncture ; hasard d’une piqûre d’épine sur le « bon point » par exemple… … Mais en amont des soins qui proposent le traitement de points spécifiques et l’emploi de plantes, je m’interroge : comment l’homme a-t-il perçu les courants énergétiques (méridiens) dans le corps humain ? Les méridiens s’agencent en effet en systèmes très complexes de circulations énergétiques irriguant surface et profondeur du corps. Vaste réseau de connexions multiples entre les différentes fonctions organiques tout autant que voies de communication entre l’intérieur du corps et l’extérieur (l’environnement). Les textes traditionnels décrivent minutieusement le cheminement de ce réseau. … J’émets l’hypothèse que les premiers acupuncteurs devaient être des chamanes. Ne serait- ce pas grâce à des visions qu’ils ont pu « scanner » en quelque sorte le corps humain et percevoir les flux énergétiques et « l’esprit » des points ? … Même hypothèse en ce qui concerne la préparation des milliers de formules de la pharmacopée chinoise. Ne fallait-il pas être visionnaire pour capter « l’esprit » des plantes et en reconnaître les propriétés ? … En effet, les propriétés thérapeutiques des innombrables plantes ou minéraux utilisés ne sont pas analysées d’un point de vue chimique comme actuellement en occident. En bref, ce sont les propriétés énergétiques de leurs « saveurs » (douce, piquante, salée, acide, amer ou neutre), et de leurs « natures » (chaud, tiède, froid, frais, neutre) qui sont considérées. Ces propriétés ayant un pouvoir spécifique sur telle ou telle fonction des méridiens et organes. Et c’est la subtile synergie des combinaisons de plantes et de leur dosage qui donne son efficacité au traitement. Nous retrouvons cet effet de synergie dans le choix des multiples combinaisons possibles de points d’acupuncture. Et les mêmes critères s’appliquent en diététique chinoise toujours à des fins thérapeutiques. La médecine traditionnelle chinoise est fondée sur une théorie du fonctionnement de l’être humain en bonne santé. Est-ce le point central qui diffère de notre médecine européenne ? C’est un point de vue remarquable en tout cas. En MTC* nous ne soignons pas « une maladie » mais un être dans sa globalité (corps-esprit), tenant compte également de son environnement. La maladie signe un déséquilibre énergétique qui engendre une perturbation de certaines fonctions organiques. Il convient de traiter la source du déséquilibre mais aussi de soutenir le « terrain » du patient, c’est-à-dire d’améliorer les capacités des différents organes et leurs correctes relations. … Soigner un être humain est comme prendre soin d’un jardin. Maintenir la qualité de la terre est fondamental pour tous les êtres et végétaux qui y demeurent tout comme porter attention aux cohabitations entre végétaux et insectes. Nous devons aussi tenir compte du climat et des interventions éventuelles des prédateurs. Focaliser notre attention sur le soin des feuilles d’une plante envahies de pucerons, sans tenir compte de l’état de santé de toute la plante et de l’écosystème qui l’accueille ne peut donner, selon ce point de vue, que des résultats médiocres. Il en est de même pour l’être humain. C’est donc plus ce que l’on pourrait nommer une … Lire la suite

Alain Atinault, la greffe d’organes

La greffe, puisqu’elle fait référence à sa propre mort ou encore celle d’un proche, fait peur. Et pourtant, même si nos sociétés occidentales font tout pour tenter d’oublier l’issue fatale inhérente à tout être humain, la mort peut également « donner » la vie à une personne malade en attente d’un foie, d’un poumon, d’un cœur… Pour tenter de comprendre l’importance du don d’organe, le Dr Alain Atinault, responsable de la direction opérationnelle du prélèvement et de la greffe organes- tissus de l’Agence de la biomédecine, nous explique les choix à faire de son vivant pour que la famille du défunt n’ait pas à prendre une douloureuse décision post mortem ! « En France, la loi considère que tout le monde est donneur. » Quelles sont les actions menées par l’Agence de biomédecine ? Créée par la loi de bioéthique du 6 août 2004, l’Agence de la biomédecine est une agence publique nationale de l’État relevant du ministère du Travail, de l’Emploi et de la Santé. Unique en Europe, l’Agence de la biomédecine exerce ses missions à la fois dans les domaines du prélèvement et de la greffe d’organes, de tissus et de cellules, mais aussi de l’assistance médicale à la procréation, de l’embryologie et de la génétique humaines. Elle met tout en œuvre pour que chaque malade reçoive les soins dont il a besoin, dans le respect de règles de sécurité sanitaire, d’éthique et d’équité. Par son expertise, elle est l’autorité de référence sur les aspects médicaux, scientifiques et éthiques relatifs à ces questions. En matière de prélèvement et de greffe d’organes, l’Agence de la biomédecine gère la liste nationale des malades en attente de greffe et le registre nationale des refus. Elle coordonne les prélèvements d’organes, la répartition et l’attribution des greffons en France et à l’international. Elle garantit que les greffons prélevés sont attribués aux malades en attente de greffe dans le respect des critères médicaux et des principes de justice et assure l’évaluation des activités médicales. Enfin, elle est chargée de développer l’information sur le don, le prélèvement et la greffe d’organes, de tissus et de cellules. Le don d’organes est un sujet sensible qu’hélas peu de personnes osent aborder. Comment briser ce sujet que l’on peut qualifier de tabous pour nombre d’entre-nous ? Il est vrai qu’évoquer le don d’organes avec ses proches ou au sein de la cellule familiale et transmettre sa position personnelle sur ce sujet n’est pas une démarche naturelle et facile. Pour aider les familles à appréhender cet échange, l’Agence de la biomédecine avait fait appel, en 2005, au Pr Daniel Marcelli, Professeur de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent, pour aider les familles à gérer cet échange. Le professeur Marcelli avait délivré une série de conseils et de recommandations qui sont consultables en cliquant sur le lien suivant : http://www.agence-biomedecine.fr/uploads/document/DP_22juin2005.pdf Nous pouvons néanmoins rappeler les points principaux qu’il avait évoqués. Tout d’abord, pour être abordé au sein de la cellule familiale, le sujet du don d’organes peut être rattaché à une expérience commune sur des sujets plus ou moins difficiles liés à la santé. Si la famille a, dans son environnement proche, un ami qui souffre d’une maladie chronique, c’est aussi un moyen d’aborder le sujet. Ensuite, la discussion peut également être déclenchée par un événement extérieur, telles qu’une émission TV ou radio. Cette question du don d’organes sera rarement abordée d’une façon formelle et nécessite donc un événement déclencheur. Dans tous les cas, les mots utilisés doivent être simples et tous les points de vue entendus et respectés. Le fait que l’être humain occidental en général occulte la mort est-il un vrai handicap afin de faire passer le message de l’importance du don d’organes ? Parler d’un sujet comme le don d’organes implique que l’on envisage non seulement le décès de ses proches, mais aussi sa propre mort. C’est toujours par ce chemin que l’on entre dans ce sujet. Or nous savons tous d’expérience que la mort a aujourd’hui disparu de notre quotidien, contrairement à ce que nos aînés ont vécu il y a encore quelques générations, lorsqu’ils étaient eux-mêmes des enfants. Plusieurs indices nous le confirment : Dans les livres scolaires d’apprentissage de la lecture de la fin du XIXème siècle par exemple, on trouvait des références assez fréquentes à la mort : mort d’un petit chat, mort d’un personnage du village, etc. Ces représentations de la mort faisaient partie de l’apprentissage de la vie. Rappelons-nous aussi, en remontant encore plus loin dans le temps, que les premières écritures sont apparues sur des pierres tombales, pour permettre précisément d’identifier les morts et de les honorer. Aujourd’hui, le développement de la médicalisation qui jalonne notre existence a comme conséquence le fait que l’on meurt beaucoup moins à la maison qu’à l’hôpital, c’est-à-dire dans un lieu plus éloigné de notre quotidien. De ce fait, nos « rituels » associés à la mort se sont considérablement allégés. Les parents sont par exemple très réticents à ce que les enfants assistent aux enterrements. La mort ne faisant donc plus partie de notre quotidien, nous évitons d’en parler. Si je décide d’être donneur, comment dois-je procéder ? En France, la loi considère que tout le monde est donneur. C’est ce qu’on appelle le consentement présumé. Nous avons cependant toute liberté de refuser ou non le don d’organes après notre décès, à des fins de greffes. L’important, c’est de faire savoir notre volonté. Pour transmettre sa décision, deux moyens légaux existent : la transmission orale de sa position, quelle qu’elle soit, à ses proches, et l’inscription sur le registre national des refus géré par l’Agence de la biomédecine pour les personnes qui sont opposées au don. Donneur ou pas, nous avons donc tous une démarche à accomplir. Quelle que soit notre décision, la faire connaître peut grandement faciliter le processus hospitalier et la prise en charge de ceux qui nous sont chers. Donner son accord au préalable permet d’éviter d’avoir à le faire pour les proches lors de la tragique annonce du décès … Lire la suite

Daniel Ichbiah, qui était Steve Jobs ?

Ironie du sort, c’est, pour nombre d’entre vous, en allumant votre iPhone, votre Mac ou encore votre iPad que vous avez appris la mort du père fondateur de ces objets technologiques, partenaires essentiels de notre quotidien : Steve Jobs. Après sept années de lutte, le cancer a finalement eu raison de la résistance hors-norme du Tycoon de la micro-informatique, créateur de tendance et pape de la technologie moderne. Chassé comme un malpropre de la société Apple qu’il avait fondée en 1976 en compagnie de son compère hippie Steve Wozniak, Jobs est revenu dix ans après, reprendre les commandes d’un navire en perdition pour écrire l’une des plus belles « success story » de notre époque. Alors que l’homme à la pomme manque déjà à l’Apple, Daniel Ichbiah, auteur de Les 4 vies de Steve Jobs, nous ouvre les pages du livre de Jobs. « Si Steve Jobs a révolutionné le monde de l’informatique, c’est avant tout parce qu’il n’a pas eu le regard d’un informaticien. » Steve Jobs était un enfant adopté. Cela a-t-il influé sur sa personnalité ? Oui, avant tout parce qu’il a eu énormément de chance avec sa famille adoptive. Paul Jobs était un homme simple, de la classe moyenne, qui avait parfois du mal à joindre les deux bouts, mais c’était aussi quelqu’un de très altruiste, intensément désireux de donner à son fils adoptif les meilleures chances de succès. Dès que Steve a six ans, Paul Jobs lui aménage une place dans son établi et lui apprend à construire des choses. Par la suite, ce même Paul Jobs va s’intéresser à l’électronique et transmettre, là encore, son savoir à son rejeton. Steve va très tôt acquérir un goût du montage, du démontage, de la construction. Il veut arriver à savoir comment fonctionne le moindre objet. Steve a eu ces mots extrêmement affectueux à l’égard de Paul Jobs : « J’espère juste pouvoir être un père aussi bon envers mes enfants que mon père l’a été. J’y pense chaque jour de ma vie. » Comment est née la société de Steve Jobs : Apple ? La chance a voulu que Steve Jobs ait pour voisin proche un dénommé Steve Wozniak, véritable génie de l’électronique et de l’informatique… Avant tout, Jobs a suivi un étrange parcours. Lorsqu’il se retrouve à l’université, les cours ne l’intéressent pas. En revanche, il développe une attirance très forte pour les philosophies orientales – nous sommes au début des années 1970 et ces sujets sont alors à la mode. Après une année et demi d’université où il sèche les cours de son cursus normal, il trouve un petit travail chez Atari, alors une société en pleine expansion dans le tout nouveau secteur du jeu vidéo. Une fois qu’il a gagné assez d’argent, il effectue un voyage en Inde avec un ami rencontré à l’Université, Dan Kottke. Jobs espère trouver l’illumination. Il sera très déçu. À son retour aux USA, il décide de se consacrer à la technologie et retourne chez Atari. Peu après, le premier micro-ordinateur apparaît, l’Altair, en janvier 1975. Steve Wozniak réalise qu’il peut faire beaucoup mieux. Il crée alors l’Apple I, et Steve Jobs devient tout excité : il a le pressentiment que la révolution micro-informatique est en marche, et que lui et Wozniak peuvent s’imposer. Il va donc user d’un talent de persuasion énorme pour convaincre Wozniak de créer Apple… Quel est le rapport qu’entretenaient Steve Jobs et Steve Wozniak au début d’Apple ? Wozniak est plus âgé de 4 ans que Jobs et c’est un surdoué, quelqu’un qui a une compréhension très intime de la technologie, qui, pour le moindre problème trouve des solutions élégantes et économes en terme de composants. Dans le même temps, c’est un baba cool typique, pas spécialement intéressé par le gain financier. Il a même le défaut – aux yeux de Jobs – de donner ses designs à qui le désire (Jobs et Wozniak fréquentent alors un club d’amateur de micro-informatique). Jobs va devenir le stimulateur de Wozniak, c’est lui qui va l’inciter à créer Apple, à développer l’Apple II et, progressivement, à ne travailler que pour Apple… Une fois qu’il s’est métamorphosé en chef d’entreprise malgré lui, le hippie Steve Jobs devient un farouche businessman : Il négocie les prix des composants, s’occupe d’écouler les ordinateurs conçus par Wozniak, conçoit le marketing d’Apple… Le plus étrange, c’est qu’il a encore le look hippie (cheveux longs, barbe, aspect négligé) mais, en même temps, il rend visite à des investisseurs en costume et les persuade de par son charisme de seconder Apple ! Il demeure que c’est Wozniak qui a conçu l’Apple II, l’ordinateur qui est à l’origine de la révolution micro-informatique. En quoi Steve Jobs a-t-il, dès le départ, révolutionné le monde de la micro-informatique ? Si Steve Jobs a révolutionné le monde de l’informatique, c’est avant tout parce qu’il n’a pas eu le regard d’un informaticien. À l’époque où sort l’Apple II (1977) puis le Macintosh (1984), le grand public associe les ordinateurs à quelque chose de laid, de rébarbatif, réservé à une clique de spécialistes (les informaticiens). Jobs voit beaucoup plus loin. Il voit dans l’ordinateur un outil de créativité, quelque chose qui peut aider Monsieur Tout-le-monde. Avant tout, il est guidé par une vision esthétique. Un ordinateur, cela doit juste être beau. Pour cette époque, c’est une approche hyper novatrice. D’ailleurs, quand Bill Gates de Microsoft voit le prototype du Macintosh en 1981 (en secret, afin que Microsoft puisse écrire du logiciel pour Apple), il réalise immédiatement que Jobs a vu juste, que c’est là qu’il faut aller. Et c’est alors qu’il lance le développement de Windows, un système concurrent pour les PC… Vous brossez un parallèle entre Steve Jobs et Bob Dylan. Pouvez-vous nous expliquer en quoi ces deux personnages se rejoignent sur de nombreux points ? Ils ont tous deux une même qualité : Ils ne se soucient aucunement de l’opinion des autres. Le personnage de Bob Dylan a réellement été comme un modèle pour Steve Jobs. … Lire la suite

Daniel Scimeca, homéopathe

Effets secondaires des médicaments et scandales répétés où les intérêts financiers semblent laisser de côté l’intérêt du patient, la population a de plus en plus tendance à se tourner vers une médecine transversale dont l’homéopathie truste le haut du panier. Pour Agents d’Entretiens, Daniel Scimeca, médecin homéopathe, nous ouvre les portes d’une médecine douce sur laquelle quelques irréductibles « vieilles barbes » continuent de taper allégrement. « Il faut se souvenir que l’Académie de médecine avait condamné Pasteur en 1885 parce qu’il n’était pas médecin. Après cette bourde, elle aurait pu se taire pour l’éternité ! » Principe de « similitude », recherche de la « globalité » et utilisation technique de dilutions infinitésimales sont les trois grands principes de l’homéopathie. Pouvez-vous nous éclairer sur ses bases et son principe de fonctionnement ? L’homéopathie est basée sur le principe de similitude découvert en 1796 par le médecin saxon Samuel Hahnemann. Ce principe lui est apparu en traduisant des ouvrages médicaux et en constatant que certains produits, toxiques à haute dose, étaient capables de soigner à des doses infinitésimales. Cette loi de similitude existe également avec le principe de l’hormèse en 1888 (un pharmacien allemand, qui rapporta ses observations sur le fait que la croissance de la levure pouvait être stimulée par de petites doses de poisons). Nous savons par exemple que le gaz radon est toxique et cancérigène et pourtant, à très faibles doses, il devient cancéro-protecteur. Samuel Hahnemann s’est essayé avec les poisons de son époque, toxiques à hautes doses et thérapeutiques en très faibles quantités. Pour éviter cette toxicité, à une époque où les outils scientifiques étaient assez limités, Hahnemann secouait un certain nombre de fois ces préparations afin de convenablement les diluer. On s’est ensuite aperçu que ce processus était essentiel dans la préparation d’un médicament homéopathique. En définitive, rien n’est poison, tout est poison, tout dépend de la dose ! Il suffit pour cela de regarder d’ailleurs ce que représente le caducée du médecin. Le serpent qui se regarde dans un miroir est le processus premier qu’utilisaient les scientifiques afin que le serpent attaque le miroir et crache son venin, venin qui servait ensuite, dilué, à fabriquer des antidotes. Quelle est aujourd’hui la part de l’homéopathie dans la médecine ? Selon les statistiques de l’OMS, 57 % des Européens utilisent les médecines alternatives et complémentaires (MAC). En France, le recours à l’homéopathie est entré depuis bien longtemps dans les mœurs, et les généralistes l’utilisent comme une corde supplémentaire à leur arc afin de soigner les patients. Chez des personnes atteintes d’un cancer et traités en chimio ou en radiothérapie, l’homéopathie vient en traitement d’appoint, non pour lutter contre le cancer lui-même, mais pour aider le patient à supporter les traitements et avoir un meilleur état général. La majorité de la communauté scientifique et médicale considère que l’homéopathie est une pseudoscience entrant en contradiction avec les connaissances actuelles en chimie et en biologie. Que répondez-vous à vos détracteurs ? Je ne réponds plus ! Ce sont toujours les mêmes vieilles barbes que l’on entend et qui rabâchent un discours identique depuis des décennies. Il faut savoir que l’immense majorité du corps médical et des politiques ne sont aucunement opposés à l’homéopathie. Seuls quelques virulents hospitalo-universitaires s’acharnent contre cette médecine. Il existe, spécialement dans le milieu animal, des études qui prouvent l’action de l’homéopathie. Les volailles sont ainsi étudiées, en raison de l’exiguïté dans laquelle elles vivent. Les élevages industriels ne peuvent en effet avoir recours aux antibiotiques. On traite alors l’agressivité des animaux confinés grâce à un mélange de quatre médicaments homéopathiques qui ont largement prouvé leur efficacité. Malgré ces réussites, il reste de bon ton de railler l’homéopathie dans les dîners et les salons, sans en avoir la connaissance nécessaire. Certains grands noms de la médecine, comme le Pr Luc Montagnier, s’intéressent à l’homéopathie et soulignent son efficacité. Et lorsqu’un prix Nobel de médecine s’exprime, on peut difficilement le railler d’incompétence ! En 2004, l’Académie nationale de médecine a demandé – en vain – le déremboursement des préparations homéopathiques en présentant l’homéopathie comme une « méthode obsolète » fondée « à partir d’a priori conceptuels dénués de fondement scientifique » et « comme une doctrine à l’écart de tout progrès » Pourquoi cet acharnement ? L’Académie de médecine qui, soit dit en passant, n’a jamais été au premier plan par ses publications, relance ce pseudo-débat tous les trois ou quatre ans et demande même de temps à autre l’interdiction pure et simple de l’homéopathie. Il faut se souvenir que l’Académie de médecine avait condamné Pasteur en 1885 parce qu’il n’était pas médecin. Après cette bourde, elle aurait pu se taire pour l’éternité ! Les médecins sont-ils formés à l’homéopathie durant leurs études ? Il y a zéro heure de cours en fac de médecine sur l’homéopathie. Les pharmaciens (qui, même s’ils ne s’intéressent pas à ce domaine, vont en vendre dans leur officine) ont un cursus minimal. Le Conseil national de l’ordre des médecins a demandé, depuis 1996, sans se prononcer sur le fond, à ce qu’un médecin généraliste suive un cursus de trois ans dans une école afin d’obtenir un diplôme universitaire et pouvoir se prétendre médecin homéopathe. Aujourd’hui, on constate que de nombreux médicaments produits par les gros laboratoires pharmaceutiques sont placés sur liste rouge, car jugés comme, au mieux, placebo. Pensez-vous que certaines personnes vont se tourner à nouveau vers l’homéopathie ? On le constate déjà pour tout un tas de choses ! Les laboratoires pharmaceutiques ont aujourd’hui un pouvoir énorme et, dès qu’un marché pointe le bout de son nez, ils s’y engouffrent. On le remarque actuellement avec le problème de l’ostéoporose. Le marché est vaste, donc juteux, et le monde pharmaceutique n’a pas hésité à investir ce domaine-là où l’homéopathie apparaît comme une alternative intéressante et porteuse de résultats probants. Il est important de considérer l’homéopathie comme une médecine alternative ET complémentaire. Elle est complémentaire pour les cancers et alternative pour un mal de tête. Je note depuis quatre à … Lire la suite

Vincent Courtillot, géophysicien

Vincent Courtillot est un dissident. Un dissident qui critique largement la thèse un peu trop rapidement admise de l’influence majeure de l’émission de gaz à effet de serre sur le changement climatique que semble connaître notre planète bleue. Traité de « fraudeur », voire « d’incompétent », par ses propres confrères il y a cinq ans, le géophysicien a publié de nombreux articles qui, aujourd’hui, relancent le débat. Alors, le réchauffement constaté du climat est-il normal ou anormal ? Quelles en sont les causes ? L’influence solaire sur le réchauffement climatique prime-t-elle sur celle des gaz à effet de serre ? Réponse de Vincent Courtillot ! « Voilà 12 ans que le “réchauffement climatique” semble avoir cessé alors que, naturellement, la production de gaz à effet de serre ne cesse d’accélérer. » Alors que l’on pointe du doigt l’homme comme cause principale du réchauffement climatique, vous dites que, contrairement aux idées reçues, les causes peuvent être multiples. Quelles sont-elles selon vous ? Que les causes potentielles soient multiples (soleil, aérosols, éruptions volcaniques, gaz à effet de serre…) est accepté par tous. En effet, la question est : « Quelle est la cause principale ? » Là encore, tout le monde est d’accord pour dire que, depuis des millions d’années, le soleil est la cause principale, même si la concentration en gaz à effet de serre a pu jouer sur des modulations significatives. Ce qui pose problème est de savoir si, depuis quelques décennies, les gaz à effet de serre ont pris le dessus sur le soleil comme moteur principal des changements climatiques. En l’an 1000, il faisait sur Terre beaucoup plus chaud qu’aujourd’hui alors que l’homme ne produisait pas autant de CO2. Comment l’expliquer ? Non, pas « beaucoup plus chaud » mais « à peu près aussi chaud » [avec, comme toujours, des incertitudes importantes qu’on ne devrait jamais oublier, ndlr] et, sans doute, des différences régionales importantes. Les reconstitutions de température globale de Moberg et collègues publiées dans Nature en 2007 montrent, lors des siècles qui entourent l’an 1000, des températures voisines [rappelons que le climat est une moyenne sur le long terme de la météo et que le climat d’une unique année donnée n’a pas de valeur statistique, ndlr], quoiqu’un peu inférieures aux valeurs globales « actuelles » [des dernières décennies, ndlr]. Mais au niveau régional, le Groenland apparaît alors plus clément qu’aujourd’hui ; même si ce n’était sans doute pas un paradis pour les Vikings, ils y ont pratiqué élevage et agriculture qui seraient aujourd’hui impossibles. Tempêtes, tsunamis, ouragans, tornades, tremblements de terre, éruptions volcaniques… Il semble que la nature se déchaîne. Est-ce le cas ou simplement le fait qu’aujourd’hui, les médias retransmettent plus l’information qu’autrefois ? Il ne me semble pas que la nature se déchaîne, et je répondrais plutôt « oui » à votre question. La statistique des événements extrêmes est un problème difficile et un sujet de recherches actives. C’est ainsi que pour les tornades, qui semblaient avoir augmenté au cours du XXe siècle, des chercheurs se sont aperçu qu’il n’y avait pas de variation significative des tornades les plus sévères, mais que le nombre des « tornades moyennes » augmentait considérablement : parce qu’on y fait plus attention, que les médias en parlent plus volontiers et que les intéressés songent de plus en plus à leurs primes d’assurance… Autre exemple de phénomènes extrêmes : trois séismes géants de magnitude supérieure à 9 se sont produits depuis l’an 2000. Il y en avait eu trois en tout au XXe siècle, avec un délai de 40 ans entre celui d’Alaska de 1964 et celui de 2004 à Sumatra. On ne peut certainement pas déduire, sur des bases aussi réduites, qu’une accélération de la sismicité est en cours. Décharges sauvages, pollution de l’eau, pollution de l’air, acidification des océans… Quelles peuvent être les conséquences d’une telle détérioration de notre environnement ? Je ne peux répondre de manière exhaustive à une question si vaste. Le problème numéro 1, ce sont les conséquences prévisibles de l’augmentation de la population et notamment de la population urbaine dans le siècle qui vient [quoique l’augmentation ralentisse, et que celle qui est aujourd’hui prévue soit très inférieure à celle qu’on nous annonçait il y a 30 ans, quand on la croyait à tort exponentielle, ndlr]. Ceci entraîne des conséquences parfaitement prévisibles (avec bien plus de sûreté que les prévisions climatiques) dans la plupart des domaines que vous citez. Et il y a longtemps que je pense que le traitement des déchets et la pollution de l’eau et de l’air, notamment l’accès à l’eau potable, pour ne pas parler de la faim dans le monde ou de l’éducation, sont des priorités très supérieures à celles qui sont liées au « changement climatique » (et qui n’ont rien ou peu à voir avec lui). Qui plus est, à condition de faire certains investissements et de former des jeunes compétents, nous nous donnerons les moyens d’imaginer et de construire des solutions permettant de remédier à ces problèmes. Quel est le rôle des océans dans le stockage et l’émission de CO2 ? Il est très important. L’océan « absorbe » au moins la moitié du carbone émis par l’homme en plus des autres sources naturelles, et peut être plus. Il joue le rôle de retardateur et de régulateur : le cycle d’une molécule d’eau se compte en gros en semaines dans l’atmosphère, mais en milliers d’années dans l’océan. Mieux comprendre le couplage entre océan et atmosphère est un challenge très actuel. Plus que le CO2, la variation d’orbite de la Terre sous l’influence de l’attraction de planètes géantes n’est-elle pas une « autre » explication du réchauffement climatique ? Ce n’est pas « une » autre explication, dans le sens où les deux ne s’excluent pas et ne fonctionnent pas sur la même échelle de temps. L’influence des variations d’orbite semble bien être le moteur des récents épisodes de glaciation qui se sont succédé tous les 100 000 ans depuis 400 000 ans (entre … Lire la suite

Jacques-Marie Bardintzeff, volcanologue

Le grand livre des volcans du monde, séismes et tsunamis, éditions Orphie Éminent volcanologue, professeur agrégé, docteur d’État en volcanologie et auteur de plus de 300 publications, Jacques-Marie Bardintzeff couvre les cinq continents de notre globe terrestre afin de percer le mystère de ces monstres d’énergie et de beauté que sont les volcans. Magiques, énigmatiques, majestueux, aucun adjectif ne semble assez fort pour décrire ces géants nés en même temps que notre Terre et qui ont certainement participé à l’éclosion des formes actuelles de vie terrestre. De l’Auvergne à l’Islande, des Philippines à la planète Mars, Jacques-Marie Bardintzeff nous éclaire sur ce monde souterrain qui a suscité tant de croyances et de craintes depuis la nuit des temps. « Les décharges ainsi que les éclairs liés aux éruptions volcaniques ont pu transformer une molécule inorganique en molécule organique, donc créer la vie. » Pouvez-vous nous rappeler comment se forme un volcan ? Le volcanisme résulte de la fusion de la roche en profondeur (le manteau terrestre), qui produit un liquide appelé magma. Ce phénomène se produit à des endroits bien précis car ailleurs la roche reste solide (sous Paris par exemple). Cette roche fondue (le magma liquide) monte à travers les fissures de l’écorce terrestre et sort : c’est le volcanisme. Le magma, en s’échappant, forme un relief qui, petit à petit, s’édifie et constitue le volcan. Ce dernier est alimenté par-dessous de façon épisodique. Il faut savoir qu’un volcan a le même cycle qu’un être vivant. Il naît, vit et meurt. La seule différence, c’est que 100 ans pour un humain équivalent à peu près à 100 000 ans pour un volcan ! On distingue les volcans rouges et les volcans gris. Pouvez-vous nous expliquer ce qui les différencie ? Les volcans sont complexes et variés, un peu comme les êtres humains (nous sommes à la fois tous pareils et tous différents). Nous pouvons regrouper les humains par caractère (les joyeux, les timides…). Eh bien, c’est la même chose pour les volcans, avec des groupes principaux : les rouges et les gris. Les rouges rejettent surtout des coulées de lave alors que les volcans gris projettent de la cendre. Les volcans rouges sont effusifs alors que les gris, eux, sont explosifs. Mais, comme un être peureux peut devenir courageux en certaines circonstances, un volcan peut également changer de caractère au cours de sa vie ou au cours d’une éruption. Le Vésuve et l’Etna, par exemple, alternent les éruptions rouges et grises. On classe également les volcans par types d’éruptions. On dira qu’une éruption lavique est de type hawaïen alors que les éruptions explosives sont de type strombolien, vulcanien, surtseyen, plinien ou péléen. L’année dernière (2010), en Islande, lors de l’éruption du volcan Eyjafjöll, nous avons assisté pendant trois semaines à une éruption de type rouge (sortie de lave associée à des projections), puis le magma a migré et n’est plus sorti latéralement mais sous le volcan, recouvert par un glacier. Le magma additionné à la vapeur d’eau issue de la fonte du glacier a entraîné ces explosions massives qui ont fait passer le volcan de rouge à gris au niveau de la classification. Justement, l’éruption de ce volcan islandais a paralysé pendant plusieurs jours l’espace aérien. Il semble qu’à cette occasion, l’être humain se soit enfin rendu compte de l’activité volcanique et de ses conséquences potentielles ! Il y a tellement de choses qui se passent que les gens prennent conscience d’un événement et l’oublient vite. Le séisme en Haïti a fait oublier celui de Chine. Le tsunami au Japon a fait oublier celui d’Indonésie, et ainsi de suite. L’éruption en Islande est un cas de figure particulier puisqu’il n’y a eu ni mort, ni blessé. Les dégâts n’ont en effet été que matériels, financiers et psychologiques pour ceux qui se sont retrouvés piégés à plusieurs milliers de kilomètres de chez eux. Les médias se sont rués sur l’événement car le nuage de cendres a énormément perturbé le trafic aérien dans les aéroports européens. Malheureusement, s’il y a un séisme avec 75 000 morts au Pakistan, on en parle peu car les journalistes ont du mal à se rendre sur place, même si les conséquences se révèlent beaucoup plus désastreuses pour les populations, hélas. La Terre fait parler d’elle avec des laps de temps assez longs, dix ans pour les grands séismes. Nous avons l’impression que la Terre est en colère alors qu’il y a une grande stabilité de ce genre d’événements depuis deux millions d’années, depuis l’apparition de l’être humain sur Terre en fait. Ce qui a foncièrement changé au fil du temps, c’est que la Terre est plus habitée avec davantage de mégapoles à forte concentration d’habitants. Les conséquences d’un séisme ou d’une éruption volcanique ont donc plus de risques d’engendrer des pertes en vies humaines. Un paysan dans son champ, perdu au milieu de nulle part, ne risquera rien, même face au plus grand séisme. C’est l’environnement dans lequel est placé l’être humain qui va causer sa perte lors d’un séisme (destruction d’immeubles), et c’est l’activité humaine qui augmente les conséquences des catastrophes (le stockage de produits inflammables, les barrages, les routes qui fragilisent les pentes). Les gens se rendent compte que l’on est à la fois technologiquement dans une formidable avancée mais, paradoxalement, fragiles en raison de cette technologie qui, en cas de phénomènes naturels, peut causer notre mort. Aujourd’hui, par le biais des moyens de communication, nous notons également que ces phénomènes sont plus médiatisés avec des images qui arrivent presque en direct, ce qui donne à ces événements une répercussion mondiale qu’ils n’avaient pas auparavant. Comment expliquer que le nuage provoqué par ce volcan puisse s’élever à plusieurs kilomètres d’altitude ? L’éruption islandaise était tout à fait moyenne au niveau de l’intensité. Le nuage est monté à 6 – 10 kilomètres de hauteur. Pour une éruption très importante, le nuage peut atteindre des altitudes de 40 à 50 kilomètres de hauteur. Pour l’éruption de l’année dernière en Islande, il y a eu … Lire la suite

Jean Audouze, astrophysicien

Jean Audouze a publié trois livres en 2010 : – Le ciel à découvert (sous la direction de J.A.) – CNRS Editions, 2010 – L’Univers a-t-il un sens ? J.A. et Thierry Magnin – Editions Salvator, 2010 – Merveilleux Cosmos, J.A. avec Jean – Claude Carrière et Erik Orsenna – CNRS Editions, 2010 Astrophysicien, conseiller technique du président Mitterrand entre 1989 et 1993, directeur de l’institut d’astrophysique de Paris, professeur d’astrophysique à l’école Polytechnique ou encore directeur du Palais de la Découverte, Jean Adouze est un scientifique au sens large du terme. À 70 ans, ce « cerveau » hexagonal, ancien élève d’Hubert Reeves, a connu la recherche, la politique, l’enseignement comme la direction de musée et continue, aujourd’hui encore, à se passionner pour un univers qui est loin d’avoir livré tous ses secrets. En pleine écriture d’un nouvel ouvrage de « vulgarisation » des galaxies, destiné aux adolescents, Jean Audouze nous a accordé un entretien qui, espérons-le, vous plongera la tête dans les étoiles ! « Il y a entre 100 et 1000 milliards d’étoiles dans une galaxie et plusieurs milliards de galaxies dans l’Univers observable. Que nous soyons « seuls » paraît donc peu probable ! » On parle de science au sens large du terme. Mais n’est-ce pas un domaine profondément lié à la culture, l’art, la philosophie et surtout, de nos jours, à l’économie ? La science est en effet un domaine qui englobe de nombreux secteurs. Bien difficile, par exemple, d’être vraiment cultivé sans s’intéresser ne serait-ce qu’un peu à la science ! Tenter d’expliquer la nature, les hommes et leurs sociétés, en appliquant des méthodes objectives comme cherchent à le faire les scientifiques, c’est aussi faire progresser la culture. En ce qui me concerne, décrire le ciel, c’est également essayer d’apporter des informations sur l’histoire de l’Univers, l’origine de notre système solaire et par conséquent de la Terre et donc développer la connaissance dans ce domaine. Par ailleurs, la science ne sert pas uniquement à compléter le récit de l’historien, elle joue un rôle important dans l’économie des pays. Prenons les découvertes du laser et de l’informatique qui représentent l’une et l’autre des avancées prodigieuses qui ont totalement bouleversé la donne économique. On oppose souvent la pensée religieuse et la pensée scientifique. La science annihile-t-elle toute existence divine ? Non, la théologie et la science sont deux discours parallèles ! Dans le passé jusqu’au 17ème siècle, ces deux discours étaient mélangés. Depuis Galilée, le scientifique s’applique à faire en sorte que la science ne dise rien sur Dieu et la religion. De mon point de vue, contrairement à l’adage « un peu de science éloigne de Dieu et beaucoup en rapproche », un peu ou beaucoup de science ne rapproche ni n’éloigne de Dieu. Il faut comprendre que la religion cherche à rendre compte du pourquoi, alors que la science est concernée par le comment. On peut donc être à la fois scientifique et croyant. À titre personnel, je n’ai pas de réponse très claire vis-à-vis de la religion. Mais là, c’est l’homme qui hésite, pas le scientifique. La foi est personnelle alors que la science, elle, doit produire des énoncés qui doivent être partagés par tous. Pour le scientifique que vous êtes, l’Ancien Testament n’est donc qu’une allégorie de la création du monde, ce qui n’empêche pas de croire au divin ! L’immense erreur du créationnisme (Le créationnisme est une doctrine fondée sur la croyance que la vie, la Terre, et par extension l’Univers, ont été créés par Dieu, selon des modalités conformes à une lecture littérale de la Bible) est de faire croire que la Bible a une base scientifique. Pour moi, l’Ancien Testament est une allégorie. Le récit de la Genèse ne cause pour moi ni adhésion ni répulsion. C’est une symbolique de la création du monde et il n’y donc pas plus lieu d’opposer la Bible et la science que de chercher à les rapprocher. On peut lire la Bible à différents niveaux : à chacun de bien choisir le sien ! Vous avez connu la science sous quatre aspects distincts : la recherche, l’enseignement, la politique et la direction de musées. Quel est le domaine qui vous a donné le plus de satisfaction ? Sans conteste la recherche ! C’est une satisfaction d’ordre ludique que l’on a plus de mal à trouver dans les trois autres domaines. C’est un plaisir indéfinissable. La recherche, c’est aussi les rencontres, les échanges pour partager ses découvertes éventuelles… J’ai abordé cette activité comme quelque chose d’amusant, un peu comme si je prenais un mécano et que je jouais avec. La recherche est une expérience unique. Il faut faire travailler son imagination, aller explorer des territoires plus ou moins bien connus. C’est plus le questionnement, que les réponses qu’on peut lui apporter, qui, selon moi, font le bon chercheur. Pour répondre, il faut déjà se poser les bonnes questions, un peu comme en philosophie. Dans l’enseignement, on apprend des choses à autrui qui sont établies alors que, dans la recherche, il y a cette sensation de défricher un terrain encore méconnu qui procure énormément de satisfaction. Vous avez enseigné dans la plus prestigieuse des écoles françaises, à savoir l’école Polytechnique. Quel est votre sentiment sur l’écart qui ne cesse de se creuser au cœur du système d’éducation entre les grandes écoles et les ZEP (Zone d’éducation prioritaire) Cela m’afflige ! Certes, tout le monde ne naît pas avec les mêmes goûts et les mêmes capacités intellectuelles et il n’y a pas un Einstein qui sommeille en tout homme mais, ce qui me désole, c’est de constater que des jeunes qui peuvent avoir des capacités énormes, parce qu’ils vont se trouver au mauvais endroit ou dans un environnement peu propice à leur émancipation intellectuelle, ils n’auront pas la possibilité de faire la carrière à laquelle ils pourraient prétendre. L’école de la république ne fonctionne plus comme avant. On dit que l’éducation est gratuite, mais la gratuité profite aux classes riches et non aux jeunes … Lire la suite

Jean-Jacques Charbonier, la vie après la mort

Y a-t-il une vie après la mort ? Cette question, tout le monde se l’est posé au moins une fois… Sans réponse ! À moins que… Depuis plus de vingt ans, le docteur Jean-Jacques Charbonier, médecin- anesthésiste-réanimateur, étudie les EMI [Expérience de Mort Imminente ; NDE en anglais : Near Death Experience, ndlr] auxquels il est confronté. Certains patients, revenus des limbes, expliquent alors cette « autre dimension », ce tunnel de lumière qu’ils ont pu traverser dans cet état de mort clinique. Même s’il s’attire par cette « dissonance cognitive » les foudres de nombre de ses confrères, le docteur Charbonier poursuit sa quête, persuadé que notre corps n’est que l’écorce qui cache l’arbre. Verdict ! « Mon vécu, mon expérience professionnelle, mes recherches sur les NDE et sur le fonctionnement de la conscience, m’ont poussé à dire et à écrire qu’il existe bien une vie après la vie. Pour moi, cela ne fait pas l’ombre d’un doute. » Comment, de par votre activité professionnelle d’anesthésiste, en êtes-vous venu à la conclusion qu’il existait une vie après la mort ? J’exerce le métier d’anesthésiste réanimateur depuis vingt-cinq ans. Durant cette longue période, j’ai effectué de nombreuses réanimations et j’ai aussi malheureusement vu mourir beaucoup de patients. Mon intérêt affiché dès le début de ma carrière pour les NDE m’a fait recueillir plusieurs centaines de témoignages d’expérienceurs [personnes ayant vécu une NDE, ndlr]. Actuellement, le phénomène s’amplifie considérablement. Il ne se passe pas une semaine sans que je reçoive par mail ou par la poste deux à cinq récits de ces expériences hors du commun. Il est très troublant de constater que toutes ces histoires se ressemblent. En état de mort clinique avérée, les expérienceurs ont vécu pratiquement les mêmes choses ; ils sont sortis de leur corps, ont traversé un tunnel, ont rencontré une lumière d’amour inconditionnel, des êtres chers décédés, des guides spirituels, puis sont revenus dans leur « enveloppe de chair », complètement transformés par cette courte expérience qui restera pour eux l’événement le plus important de toute leur vie. Environ 18 % de ceux qui ont vécu un arrêt cardiaque ont eu une NDE. On sait depuis peu que le cerveau stoppe toute activité électrique moins de 30 secondes après le dernier battement du cœur. On peut donc en conclure que tous les réanimés d’un arrêt cardiaque sont bien revenus d’une mort clinique avérée. D’un point de vue sémantique, on ne devrait plus de ce fait parler d’EMI ou de NDE, mais plutôt d’expérience de mort provisoire. Les réanimés sont bien revenus de la mort ! Et ils sont revenus parce que l’on est allé les chercher avec des techniques de réanimation autrefois impossibles à réaliser. Le plus stupéfiant est de constater que de nombreux expérienceurs sont capables de décrire les gestes précis de leur réanimation et des scènes se déroulant à distance de leur corps au moment même où leur cerveau était en état de mort clinique. Comment, dans ces conditions, ne pas en conclure de façon rationnelle et objective qu’une conscience – et donc une vie – se poursuit après la mort ? J’ai accumulé suffisamment de cas au cours de ma carrière pour étayer cette hypothèse qui révolutionne tous nos paradigmes eschatologiques. Selon vous, que représentent les 21 grammes que nous perdons en mourant ? Je n’accorde pas beaucoup de crédit à cette hypothèse du poids de l’âme qui repose sur une expérience isolée effectuée en 1907 par un médecin américain. Le Dr Duncan Mac Dougall a pesé six moribonds avant et après leur décès et aurait trouvé une différence de 21 grammes. Sous prétexte qu’il n’aurait pas mesuré cette différence sur une dizaine de chiens pesés dans les mêmes conditions, il en a conclu que l’âme humaine pesait 21 grammes… La démonstration me semble encore plus légère que ces fameux 21 grammes ! En tout cas, elle n’a jamais été validée scientifiquement. Personnellement je ne pense pas que la conscience, l’esprit ou « l’âme » soit mesurable sur une balance. Que vous disent certains patients après une réanimation cardiorespiratoire ? Les gens commencent à connaître mes travaux de recherche sur les NDE. Aussi, il arrive qu’ils me confient volontiers leurs expériences personnelles ou celles de leurs proches. Des collègues anesthésistes me disent parfois en ricanant qu’ils sont étonnés de ne recueillir, pour leur part, aucun témoignage d’expérienceur. Mais paraissent-ils suffisamment ouverts pour entendre ce genre de récit ? Sont-ils prêts à écouter sans moquerie et sans a priori ? J’en doute, tout autant que leurs patients qui restent totalement muets sur la question. Pouvez-vous nous raconter votre premier contact avec la mort lorsque vous étiez au SAMU, et en quoi cette expérience a bouleversé votre vie ? C’est précisément cette expérience en SAMU qui a suscité mon intérêt pour les NDE dès le début de ma carrière. En cela, oui, elle a bouleversé ma vie. À l’époque, je n’étais pas encore anesthésiste, j’étais un simple médecin exerçant en SAMU et je me destinais à une carrière de généraliste. Lors de cette fameuse garde, je me suis retrouvé face à un jeune blessé de la route que je ne suis pas parvenu à réanimer. Au moment précis de son décès, j’ai senti une présence vivante et joyeuse quitter son corps par le sommet de son crâne. C’était comme une libération. Comme un souffle de vie. Cette présence m’a frôlé le visage sur la droite et est partie très haut. Cette expérience est indicible et peut sembler absurde. Pourtant, ces deux ou trois secondes-là ont bouleversé ma vie. Elles m’ont fait comprendre que nous sommes une entité habitant un corps qui est abandonné au moment de la mort comme un vieux vêtement. Je me suis alors souvenu du livre écrit par le Dr Raymond Moody dans les années 1970. Cet ouvrage relatait les récits des expérienceurs. Les personnes racontaient être sorties de leurs corps par le sommet de leur crâne au moment de leur NDE ; ça collait parfaitement avec ce que je … Lire la suite

Michel Polacco, écrivain et aviateur

Journaliste, chroniqueur, ancien directeur de France Info (de 2002 à 2007), Michel Polacco est avant tout un passionné d’aéronautique, ce qui l’a d’ailleurs poussé à passer ses brevets de pilote d’avion et d’hélicoptère. Auteur de nombreux ouvrages sur l’aviation, l’espace et les nouvelles technologies, Michel Polacco a, entre autres, rédigé La conquête spatiale pour les nuls (éd. First). De Youri Gagarine à la mission Apollo 13, de Neil Armstrong à la navette américaine Challenger, l’auteur revient sur plus de cinquante ans de vols spatiaux. Attachez vos ceintures ! « Nous sommes arrivés au bout de la découverte de l’espace avec les technologies qui sont les nôtres aujourd’hui » Avant même la possibilité des vols spatiaux, les romanciers (Jules Verne, H.G. Wells…) ont souvent évoqué la conquête de l’espace. Comment expliquer cette fascination ? En parlant de cela avec l’anthropologue Yves Coppens, nous nous sommes dit que les premiers hommes qui se sont mis debout et ont donc pu avoir une vision du ciel permanente étaient, en définitive, les premiers à s’être intéressés au ciel. L’homo erectus (premiers hommes en position debout) vouait au ciel une véritable fascination. Ils y ont d’ailleurs placé leurs dieux. Pour eux, le ciel était tantôt favorable (soleil pour faire pousser les fruits et légumes, pluie pour irriguer les champs…), tantôt défavorable, porteur d’inquiétude (orage, tempête, foudre…). Les hommes ont donc très tôt essayé de trouver une relation entre la nature, leur existence, une relation de cause à effet entre le ciel et la terre. En ce qui concerne la littérature, dès Babylone, certains écrivains évoquaient des habitants aux confins de la terre qui, d’un seul pas, pouvaient aller sur la lune. L’un des premiers à s’intéresser à l’espace a été Cyrano de Bergerac, pas le personnage d’Edmond Rostand, mais l’original ! Il fait dire à l’un de ses personnages qu’il est allé sur la Lune et que celle-ci ressemble en tout point à la vie sur notre planète. Si Jules Verne et Wells que vous citiez sont plus contemporains, leurs descriptions restent néanmoins des allégories. Là ou Jules Verne imaginait envoyer un homme sur la Lune par le biais d’un canon, Wells, lui, pense que des êtres pouvant nous vouloir du mal existent sur d’autres planètes. Cette pensée va d’ailleurs longtemps perdurer, jusqu’à ce que la conquête spatiale nous prouve le contraire, concernant l’espace que nous sommes aujourd’hui capables de visiter par divers moyens. On est, par contre, très proche de la réalité avec Hergé et Tintin. Dans Objectif Lune et On a marché sur la Lune, publiés au milieu des années 1950, on remarque que la fusée proposée par Hergé n’est en définitive qu’une réplique du V2 allemand qui a vu le jour à la fin de la Seconde Guerre mondiale. C’est avec cet engin que la course à l’espace va véritablement débuter ! En quoi la Guerre Froide entre les États-Unis et l’ex-URSS a-t-elle permis un essor sans précédent du vol spatial ? Au départ, entre ces deux superpuissances, nous n’étions pas dans une logique de découverte de l’espace, mais dans un concept de guerre. Le V2, créé par les Allemands à la fin de la Seconde Guerre mondiale, est une vraie révolution qui pose les bases de tout ce que va être la conquête spatiale (la technologie des V2 fut exploitée par les Alliés après la fin du conflit mondial. Aux États-Unis, des tirs d’essai de V2 furent réalisés depuis la base de lancement de White Sands au Nouveau-Mexique. Par ailleurs, les deux premiers lancements depuis Cap Canaveral en juillet 1950, furent faits avec des « Bumpers », composés d’un V2 modifié surmonté d’une fusée WAC Corporal. Les fusées Bumper servaient pour des tests technologiques et pour l’étude de la haute atmosphère). En effet, dès la fin du conflit mondial, les Alliés se sont jetés sur les savants allemands afin de récupérer leur savoir. L’objectif était de construire des missiles de très longue portée donc des armes exo-atmosphériques. Le V2 a été le premier objet de facture humaine à dépasser la vitesse du son. Il faut comprendre que derrière la réussite de l’envoi de Youri Gagarine (premier homme à avoir effectué un vol dans l’espace au cours de la mission Vostok 1 le 12 avril 1961, dans le cadre du programme spatial soviétique) dans l’espace, c’est la course à l’armement qu’il faut y voir. Lancer un satellite signifie être capable de lancer à un missile à plus de 10 000 km ! Les États- Unis comme l’URSS se sont donc camouflés derrière la conquête spatiale pour se livrer une course à un armement de plus en plus perfectionné. Jusque dans les années 1970, tout ce qui est conquête spatiale est symbole de force, de puissance militaire. Au-delà de la performance technologique, qu’ont représenté les premiers pas de l’homme sur la Lune dans cette bataille de l’espace ? Au fur et à mesure de l’évolution de l’espèce humaine, les êtres humains ont découvert la relation étroite qui existait entre les astres et leurs vies. Ils ont compris qu’ils étaient en rapport avec ce qui se trouvait dans le ciel. Aller se promener sur la Lune était tout simplement du domaine de l’impossible pendant des milliers d’années, un fantasme pour des hommes qui, il n’y a pas encore si longtemps, se déplaçaient en charrettes tirées par des bœufs. Alors, il faut comprendre qu’en 1969, lorsque Neil Armstrong a posé le pied sur le sol lunaire, cet événement a tenu toute l’espèce humaine en haleine. Nous assistions à un fabuleux tour de magie, presque une magie noire qui devenait réalité. Il faut se souvenir que les croyances et religions étaient sévères avec tous ceux qui pensaient que l’on pouvait violer la virginité de l’univers, que seul Dieu pouvait connaître. Galilée n’a-t-il pas lui-même subi les foudres de l’Église ! Le 21 juillet 1969, l’homme a réalisé que l’on pouvait aller dans l’espace, puis mettre fin à tous les fantasmes d’une autre civilisation ailleurs que sur la Terre. Comment expliquer que les grandes nations des … Lire la suite

Nicole Dron, 45 secondes d’éternité

45 secondes d’éternité : mes souvenirs de l’au-delà par Nicole Dron, éd. Kymzo Je dis que le tombeau qui sur les morts se ferme Ouvre le firmament, Et que ce qu’ici-bas nous prenons pour le terme Est le commencement Victor Hugo En 1968, alors qu’elle subit une intervention chirurgicale, le cœur de Nicole Dron s’arrête. Pendant ces 45 secondes d’éternité, titre de son ouvrage éponyme, les médecins la croient perdue. Et pourtant ! Ce que le corps médical ignore, c’est que durant ce laps de temps, Nicole Dron est confrontée à l’expérience la plus forte, la plus intense de son existence, si bouleversante qu’elle mettra dix ans à en parler à ses proches. « L’âme » de la jeune mère de famille quitte en effet son enveloppe charnelle pour être guidée vers le grand tunnel de lumière tant de fois évoqué par les personnes ayant vécu une EMI [expérience de mort imminente, aussi nommée NDE, ndlr]. Amour avec un grand A, perception de l’univers, vision du monde d’hier et de demain, rencontre avec son frère disparu… Pour Nicole, notre passage terrestre n’est qu’une étape nécessaire avant de rejoindre une dimension bien plus spirituelle. Pour Agents d’entretiens, Nicole Dron revient sur ce moment d’éternité qui guide encore sa vie plus de quarante ans après. « Je sais qu’au bout du chemin, on se reverra ! » Étiez-vous croyante lorsque vous avez vécu votre NDE ? J’ai été élevée au sein d’un environnement familial qui baignait dans la religion catholique. Mes parents désiraient que nous ayons des valeurs religieuses mais, pendant mon enfance, je n’avais que la foi du charbonnier. Pourtant, le côté métaphysique de la vie m’attirait déjà. La perte d’un petit frère, alors que j’étais âgée de 11 ans a approfondi douloureusement ma quête et la réponse à des questions telles que : Est-ce qu’il vit toujours ? Où est-il ? Pourquoi y a t’il tant de souffrance dans le monde ? À quoi cela sert- il de vivre si l’on doit mourir un jour ? Tout cela s’est avéré primordial. J’avais un grand besoin de connaissances, besoin qui est resté inassouvi jusqu’à cette expérience qui a fait basculer ma foi primaire en une merveilleuse certitude. Désormais, je ne crois plus, je sais… La religion est-elle selon vous dans le vrai lorsqu’elle évoque la vie éternelle après la mort ? C’est évident ! J’ai pu constater, après mon dernier battement de cœur, que je continuais à vivre. Pour moi, il n’y a pas de mort, la vie se poursuit dans une autre dimension et peut-être même sur terre. Par contre, j’ai pu me rendre compte qu’on ne se relevait pas d’entre les morts le jour du jugement dernier, de la résurrection finale, comme il me l’avait été enseigné au catéchisme. Non, c’est tout de suite après l’arrêt de mon cœur que je me suis sentie plus vivante que jamais. À titre personnel, que pensez-vous qu’il y ait après la mort ? Si je me réfère à mon expérience, tout de suite après cet arrêt cardiaque, alors que j’étais « allongée sans vie » sur la table d’opération, j’ai entendu le chirurgien dire : « Elle me pète entre les mains » (ce qui m’a été confirmé un mois après par une infirmière ayant assisté à mon opération.) Pendant ce temps, ce qui est moi, mon essence, mon être profond, disons mon être spirituel était à la hauteur du plafond, parfaitement vivant et conscient. Je me rappelle avoir éprouvé un sentiment incroyable : Celui de vivre en dehors de mon corps. J’étais l’habitante de mon corps ! Ce corps spirituel avait d’autres facultés que celles détenues par mon corps physique. J’avais la capacité de voir de tous les côtés à la fois, d’entendre, mais surtout de percevoir les pensées des gens, de traverser la matière… Ensuite, je me suis trouvée dans un abîme de ténèbres, de silence et propulsée à toute vitesse à travers un tunnel vers une lumière merveilleuse, tellement vivante… L’entrée dans cette lumière a été le plus beau moment de ma vie. J’y ai revu mon frère et cela a été une rencontre inoubliable. Un être que je n’oublierai jamais m’a posé ces deux questions si simples mais si exigeantes à la fois : « Comment as-tu aimé et qu’as-tu fait pour les autres ? » En sa présence, toute ma vie s’est déroulée, avec ses beautés bien sûr, mais aussi ses faiblesses et ses manques. Toute ma vie était évaluée par rapport à ce qu’elle aurait dû être si j’avais toujours agi avec amour et sagesse. Ce n’était pas un jugement impitoyable, mais une prise de conscience de ce qui m’éloignait de l’amour. Des révélations sur la nature de « Dieu » (on me disait qu’Il était la Force, le Mouvement et la Vie), sur le passé et le futur de l’humanité m’ont été accordées. Je me rappelle avoir visité plusieurs « plans », mais il m’est très difficile de trouver les mots pour décrire tout ceci. Bref, en ce qui me concerne et d’après cette expérience, je peux dire que ce qu’il y a après la mort, c’est la vie, la connaissance et l’amour. Avez-vous expliqué immédiatement aux médecins et à votre entourage ce que vous aviez vécu lors de votre NDE ? À mon réveil, j’ai eu à gérer une souffrance physique très grande. Dès que cela a été possible, j’ai, bien évidemment, désiré partager mon expérience avec les médecins, mais j’étais consciente que ceux-ci ne me croiraient pas, puisque je n’avais aucune preuve concrète à leur apporter. À défaut de compréhension, j’ai toujours senti que je devais protéger cette expérience qui, pour moi, est sacrée. Je prenais conscience qu’elle était incroyable et remettait en question bien des idées reçues. J’ai mis dix ans avant d’en parler autour de moi, même à mon mari et à ma famille et cela a été la cause d’une grande souffrance. À cette époque, je ne connaissais personne ayant vécu ce genre d’expérience et je ne voulais pas … Lire la suite

Armelle Lavolé, pneumo-oncologue à l’hôpital Tenon

Praticien hospitalier dans l’unité fonctionnelle d’oncologie thoracique à l’hôpital Tenon dans le XXe arrondissement de Paris, le docteur Armelle Lavolé diagnostique et traite depuis dix ans des patients atteints d’un cancer du poumon. La cigarette demeure indubitablement le premier facteur déclencheur de ce cancer dont le taux de rémission reste l’un des plus faibles. À l’heure où la première bouffée de tabac s’inhale dès l’âge de treize ans, le cancer du poumon touche une population de plus en plus jeune où les femmes, jusqu’ici plutôt épargnées, sont désormais légions. Fervent défenseur de l’hôpital public, le docteur Lavolé se bat chaque jour pour faire reculer la maladie grâce à des traitements « à la carte » qui laissent augurer une lueur d’espoir chez tous les malades. « Le pic de l’épidémie n’est pas encore atteint en France. Il le sera en 2020 ! » Le cancer du poumon est la cause de 1,3 million de décès par an dans le monde. Quels sont les principaux symptômes de la maladie ? Une toux traînante ou inhabituelle, une hémoptysie (crachat de sang), une bronchite rebelle à différents antibiotiques, une douleur thoracique, un essoufflement, mais cela peut également être découvert fortuitement sur une radiographie thoracique. Une des difficultés du cancer du poumon est qu’il est difficile de le diagnostiquer à un stade précoce. Une radiographie thoracique va soupçonner le diagnostic, le scanner va affiner les choses, mais le diagnostic définitif se fait par un prélèvement de l’anomalie, soit au cours d’une fibroscopie bronchique soit par ponction réalisée au cours d’un scanner. Peux-tu nous parler des deux types de cancer du poumon, à petites cellules et non à petites cellules ? 85% des cancers du poumon sont représentés par des cancers non à petites cellules tandis que 15% sont représentés par les cancers à petites cellules. Les traitements sont différents. Le traitement des cancers à petites cellules repose sur la chimiothérapie (perfusion de médicaments) et parfois la radiothérapie (rayons) et de façon très anecdotique sur la chirurgie. Concernant les cancers non à petites cellules, les traitements dépendent du stade de la maladie. Dans les stades localisés, c’est chirurgie et chimiothérapie. Dans les stades plus localement avancés, c’est chimiothérapie et radiothérapie. Dans les stades métastatiques (généralement cerveau, os, foie…), Le traitement repose sur la chimiothérapie et, plus récemment, également sur des thérapeutiques ciblées. 85% des cancers des poumons sont dus à la cigarette et pourtant le nombre de fumeur ne diminue pas. C’est un peu suicidaire non ? Beaucoup de patients arrêtent de fumer au moment du diagnostic du cancer. Il n’est jamais trop tard car des traitements sur des thérapeutiques ciblées fonctionnent mieux sur des gens qui ont arrêté de fumer. En effet, plus on arrête jeune et plus le risque de cancer diminue. La plupart des patients se sentent invulnérables en imaginant que le cancer ne les touchera pas et, de l’autre côté, il y a ceux qui savent que cela est dangereux mais qui continuent à fumer car c’est une vraie drogue ! La loi Evin qui marquait une première avancée dans la lutte antitabac en interdisant de fumer dans les lieux à usage collectif ne paraît pas avoir porté ses fruits ! Je ne suis pas d’accord ! Cette loi a permis une prise de conscience de la nocivité du tabac, une réduction du nombre de fumeurs et surtout la fin d’un tabagisme passif responsable d’un cancer sur deux du poumon chez les non-fumeurs contrairement à ce que certains ont déclaré récemment. Le cancer des poumons a été multiplié par quatre en quinze ans chez les femmes de 40 ans. Est-ce simplement parce qu’elles ont commencé à fumer plus tard que les hommes ? Oui, en effet, les femmes françaises ont commencé à fumer dans les années 60. Il faut environ 30 ans pour développer un cancer des poumons. Le pic de l’épidémie n’est pas encore atteint en France. Il le sera en 2020 alors qu’il l’est déjà aux Etats-Unis. Outre-Atlantique, la mortalité par cancer du poumon a dépassé la mortalité du cancer du sein et c’est ce qui se produira à terme en France. À risque égal, les femmes sont plus fragiles que les hommes puisque chez les hommes, sur 100 cancers du poumon, 10 à 15 surviennent chez des non-fumeurs contre environ une trentaine chez les femmes. Comment l’expliquer ? Pour un tabagisme égal, il existe peut-être une plus grande susceptibilité de développer un cancer des poumons chez les femmes. Il existe aussi probablement des facteurs génétiques et hormonaux. Quelles ont été les principales avancées en matière de traitement du cancer des poumons ces dernières années ? Les principales avancées concernent les stratégies par exemple ce que l’on appelle la maintenance qui consiste à délivrer une chimiothérapie peu toxique le plus longtemps possible et surtout les thérapeutiques ciblées comme par exemple des médicaments antiangiogéniques (médicaments qui agissent sur le trop de vascularisation qui se fabrique autour de la tumeur) ou des médicaments qui ciblent un récepteur sur une cellule cancéreuse. Dans les stades avancés, contrairement à d’autres cancers, les chances de rémission sont très faibles 17% chez les femmes et 14% chez les hommes, pourquoi ? En effet, c’est le cancer dont le pronostic est le plus mauvais et les causes ne sont toujours pas élucidées. Cependant, les nouveaux traitements permettent d’augmenter la survie. Alors qu’il y a cinq ans, un patient avec des métastases vivait rarement plus de six ou huit mois, aujourd’hui on suit des patients qui sont à plus de deux ans du diagnostic. Ces chiffres sont déjà en train de s’améliorer grâce à la connaissance de la biologie qui va permettre de trouver des traitements « à la carte ». Entre fumer un paquet de cigarettes par jour et deux pétards le soir, qui, statistiquement, a le plus de risques d’être atteint par un cancer des poumons ? Celui qui fume un paquet de cigarettes par jour prend plus de risques que celui qui fume deux pétards même si cela n’est pas anodin ! Annoncer … Lire la suite

Carole Robert, www.fibromyalgie-france.org

www.fibromyalgie-france.org Vous avez mal au dos de façon permanente ! Votre corps est depuis quelque temps sujet à une hypersensibilité sans qu’aucun médecin ne puisse mettre un terme à vos maux ! Vous souffrez peut- être de fibromyalgie ! Atteinte de cette maladie peu connue depuis plus de trente ans, Carole Robert a créé l’association nationale Fibromyalgie France, en avril 2001, avec d’autres personnes atteintes de douleurs chroniques. Agréée par le Ministère de la Santé et des Solidarités depuis mars 2007, reconnue d’intérêt général depuis août 2008, l’association regroupe dans toute la France des malades fibromyalgiques et leurs proches. Du bulletin d’information à l’attention des adhérents, à la mise en œuvre de partenariats avec le corps médical, en passant par la publication de deux livres sur la fibromyalgie, la représentation des malades atteints de fibromyalgie auprès des instances nationales ou bien encore la relecture récente du rapport d’orientation de la Haute Autorité de Santé, les actions menées par l’association sont larges et efficaces. Zoom sur une maladie encore trop méconnue ! « Le déni médical qui existe encore trop souvent, ainsi que le déni sociétal, sont autant de facteurs qui viennent s’ajouter aux traitements à haute dose, et peuvent déstabiliser le malade fibromyalgique. » Quels sont les symptômes de la fibromyalgie ? La fibromyalgie se caractérise par des douleurs musculaires diffuses qui durent depuis plus de trois mois. Des douleurs à la pression, une fatigue générale, des troubles du sommeil qui s’accompagnent de raideurs musculaires, d’un sommeil non réparateur, de céphalées, de tensions, de troubles de la mémoire, intestinaux, génito-urinaires, de paresthésie. Les malades peuvent également ressentir une hypersensibilité à la température, à la lumière, aux odeurs… Le fait que cette maladie soit encore méconnue fait que de nombreuses personnes n’arrivent pas à mettre un nom sur leur mal ! Le nombre important de troubles accompagnants les douleurs et la fatigue chronique sont déroutants pour les malades qui peuvent, en effet, aller de médecin en médecin, de spécialiste en spécialiste, pour rechercher une réponse adaptée à leur légitime inquiétude. La complexité de la fibromyalgie, les nombreux troubles associés, peuvent engendrer une errance du diagnostic. Cependant, depuis les dernières années, l’attente de celui-ci n’est plus aussi longue même s’il demeure une réalité : Trop de médecins généralistes ne sont pas encore formés au diagnostic de fibromyalgie et, pour de nombreux malades, cela peut entraîner une douloureuse attente. Y’a t-il des traitements efficaces ? La pilule miracle n’existe pas ! Même si nos douleurs résistent encore trop souvent aux différentes molécules proposées, il est un fait que depuis quelques années la prise en charge pluridisciplinaire apporte une amélioration qui ne repose pas sur la seule prise en charge médicamenteuse. Il s’agit tout d’abord d’améliorer la douleur, la fatigue et l’humeur par des molécules adaptées certes, mais, et surtout, d’impliquer le patient en recréant une dynamique par la rééducation aux mouvements (activités physiques, piscine…), la gestion du stress et du retentissement des troubles sur le quotidien. Seule une éducation thérapeutique du patient ciblée, à l’instar de celle mise en place pour d’autres pathologies chroniques, permet cette prise en charge globale qui requiert une base de partenariat patient-médecin constructive. Les antidépresseurs entrent en compte dans le traitement ? Oui, pour leur effet antalgique. Ils sont souvent prescrits à petites doses. Il serait cependant important que le patient fibromyalgique soit informé clairement de l’utilisation des antidépresseurs dans ce cadre précis. Sinon, cette prescription, courante dans la prise en charge de la douleur, peut être mal interprétée par le patient et conduire à l’échec thérapeutique. Cependant, devant un état dépressif avéré, il est clair qu’un traitement usuel doit être mis en place. L’information du patient est primordiale dans la prise en charge d’une maladie chronique et l’utilisation des différentes molécules proposées devrait être explicitée. Certains médecins pensent que les symptômes physiques de la fibromyalgie sont la résultante de causes psychologiques. Vous y croyez ? Non, et je n’y ai jamais cru ! J’ai entendu en 10 ans des milliers de fibromyalgiques, bien plus qu’un seul médecin ne peut le faire dans son cabinet. Les plaintes sont les mêmes ainsi que les conséquences sur la vie familiale, sociale et professionnelle. Je « rencontre » le plus souvent des fibromyalgiques dynamiques, ayant envie de comprendre et de se sortir de cette situation, subissant la maladie. Les dernières avancées en terme de recherche fondamentale et de compréhension du processus de « non gestion de la douleur » par notre organisme nous confortent dans ce schéma : Nous sommes victimes d’un dysfonctionnement de la modulation de la douleur ce qui semble maintenant admis au niveau international. Nous l’exprimons par les termes suivants : mon corps disjoncte, la bougie s’éteint… La douleur constante, les antidouleurs à hautes doses, les psychotropes, je suppose que beaucoup de malades tombent peu à peu au fond du trou non ? En effet, une dépression peut accompagner une fibromyalgie car, vivre au quotidien avec des douleurs et une fatigue chroniques auxquels peuvent s’associer de nombreux troubles, entraîne une perte de qualité de vie et d’autonomie considérable. Pour certains patients, l’emploi et la vie affective sont très affectés par cet état chronique. La peur de ne pas pouvoir se maintenir dans la vie, de ne pas voir le bout du tunnel, d’être inquiet pour son avenir, peut entraîner une dépression réactionnelle. Le déni médical qui existe encore trop souvent, ainsi que le déni sociétal, sont autant de facteurs qui viennent s’ajouter aux traitements à haute dose, et peuvent déstabiliser le malade fibromyalgique. Après l’effet Mediator, de nombreux médicaments ont été montrés du doigt. On sait que les personnes atteintes de fibromyalgie en prennent beaucoup pour calmer la douleur. Cette liste de médicaments supposés avoir des effets secondaires néfastes vous inquiète t-elle ? Comment ne pas être légitimement inquiet quand on réalise que 8 médicaments de la « liste des 77 » sont prescrits – souvent simultanément- à des milliers de patients fibromyalgiques, à savoir : Cymbalta – Di- Antalvic/Propofan – Lyrica – Nexen – Rivotril – … Lire la suite