Clive Nolan, House of the rising prog

Rendre visite à Clive Nolan dans son verdoyant comté du Herefordshire, c’est s’accorder un bond dans le temps et se retrouver plongé au cœur d’une Angleterre victorienne à son apogée. L’imposante bâtisse, typique du 19e siècle, aux tuiles multicolores et dont le claviériste, entre-autres, des groupes de prog rock que sont Pendragon ou Arena, a fait l’acquisition il y a plus d’un an est ainsi une merveilleuse source d’inspiration artistique dans laquelle Clive y fait actuellement construire ce qui sera son prochain studio d’enregistrement. Après un tour du propriétaire dont on retiendra la vingtaine de cheminées majestueuses et des pièces aux superficies dignes de salles de concert, c’est devant ses claviers de scène, actuellement en rodage pour la tournée à venir de Pendragon, que le maître des lieux nous embarque pour un merveilleux voyage au pays du prog. Come on in !

Steve Hackett, la genèse de Genesis

Affirmer que sir Steve Hackett a été l’une des clés de voûte du prog-rock et, plus largement, de la musique, s’apparenterait presque à un doux euphémisme tant le natif de Londres a composé, avec Genesis ou en solo, des moments passés à la postérité. Entre 1971 et 1977, de « Nursery Cryme » à « Wind & Wuthering », la guitare nimbée d’onirisme de Steve Hackett aux sonorités tantôt électriques, tantôt acoustiques va guider Genesis vers la consécration et des albums dont, aujourd’hui encore, à la 14.124e écoute la béatitude auditive demeure intacte. Alors que « Foxtrot », deuxième album de Genesis sous l’ère Hackett, a soufflé ses cinquante bougies, LE guitariste de légende s’est lancé dans une tournée anniversaire qui passera par La Seine Musicale à Boulogne-Billancourt le 19 avril prochain et sera l’occasion de distiller, entre-autres, en live, les plus de 23 minutes du magique Supper’s Ready, véritable odyssée musicale, quintessence du prog-rock. À vos agendas !

Avatar tisse sa toile

La dernière séance en date des suédois d’Avatar, « Dance Devil Dance », porte, il faut en convenir, divinement son nom. Ainsi, cette danse de tous les diables plonge nos conduits auditifs au cœur d’un maelstrom dans lequel on se laisse happer avec délectation. Fort d’un renouvellement sans cesse affiché, ce neuvième album du quintet ne déroge pas à la règle avec de véritables moments d’anthologie où, contre toute attente, les influences vocales de King Diamond auraient croisé la luette de Perry Farrell ou, plus improbable encore, celle de sir Nick Cave ou même des Beach Boys version heavy. Preuve que ce nouvel opus fait mouche : Toute écoute prolongée vous vaudra à coup sûr une visite chez le chiropracteur tant chaque morceau met votre rachis cervical à rude épreuve. Éteignez les lumières, préparez les pop-corn, le diable Avatar, par la voix de son batteur et fondateur du combo, John Alfredsson, entre dans la danse !

Frédéric L’Épée, le coup de grâce Shylock

Au milieu des années 70, trois jeunes amis niçois bercés par un prog rock encore à l’état embryonnaire venu d’outre-manche partirent en immersion dans une petite église isolée des Alpes-Maritimes pour vivre leur foi… en la musique. De cette retraite faite d’émulation créative, de marches méditatives et de répétitions intensives naquit un album, « Gialorgues », petit bijou dans la lignée de King Crimson. Si la sortie d’une seconde pépite,  » île de Fièvre « , poursuivit pour un temps encore l’aventure Shylock, le service militaire de nos trois appelés sous les drapeaux signa la reddition du groupe pour cause de dissensions quant à la direction artistique à emprunter. Près de quarante ans plus tard et alors que l’on pensait la messe dite, Frédéric L’Epée, guitariste et fondateur de l’épopée Shylock, parti depuis une dizaine d’années mener nombre de projets musicaux en capitale berlinoise, nous laisse espérer la sortie d’un troisième opus en cette année 2023. Miracle ! Photo : Cécile Setin

Paul Masvidal casse les codes

De retour d’une longue retraite spirituelle en Indonésie, c’est sur ses bases californiennes que Paul Masvidal s’attelle à la prochaine tournée de Cynic, groupe de métal prog atypique à la destinée pour le moins tragique. 2020 est ainsi à marquer d’une pierre noire pour le guitariste virtuose puisqu’en quelques mois d’intervalle, Sean Reinert et Sean Malone, respectivement batteur et bassiste du combo, disparaissent tragiquement. Après une période de deuil, de doutes, de dépression, le phœnix Masvidal renaît de ses cendres et offre avec « Ascension Codes » un divin voyage intérieur mêlant beauté et émotion. Puisque comme l’écrivait Baudelaire, « la musique creuse le ciel », celle de Paul Masvidal va puiser son inspiration au-delà des étoiles et se veut, entre-autres par l’utilisation de tonalités isochrones, une introspection aux divines vertus méditatives voire curatives dont chaque écoute transporte, transcende même. Why so Cynic ? Photo : Ekaterina Gorbacheva

Katatonia, la lumière noire

Alors que le ciel assombri de notre monde semble cruellement manquer d’étoiles auxquelles se rattacher, comme le souligne fort justement le dernier né de Katatonia « Sky Void of Stars », les compositions du quintet suédois possèdent elles cette rare vertu curative d’illuminer de leur halo un paysage musical ambiant en quête de rayonnement. Après une pause salvatrice en 2016 pour recharger les batteries célestes de l’inspiration et la sortie en 2020 de « City Burials », les Vikings catatoniques d’un doom metal progressif nous enivrent aujourd’hui avec « Sky Void of Stars » d’une beauté mélancolique sublimée de textes dont la dimension toute poétique vient toucher l’âme en plein cœur. Niklas « Nille » Sandin, bassiste de Katatonia, nous éclaire sur ce dernier opus aux allures de pistes aux étoiles. Photo : Mathias Blom

Vanden Plas, la griffe du Rhin !

Lorsque l’on évoque tout à la fois la musique métal et nos voisins d’outre-Rhin, les noms de Scorpions, Rammstein ou bien encore Accept sont invariablement les premiers à nous sauter aux esgourdes. Dans le registre prog, il existe pourtant un groupe qui, depuis plusieurs décennies, s’attire les faveurs des amoureux du genre. Formé en 1986 par un quintet aujourd’hui encore au complet, Vanden Plas nous délecte d’albums conceptuels comme l’attestent les deux chapitres de « Chronicles of the Immortals », inspirés du livre de leur compatriote Wolfgang Hohlbein. Sur le socle de ces chroniques, nos voisins germaniques nous régalent, avec leur dernier né « Live and Immortal », d’une prestation scénique enregistrée en 2016 sur leurs terres de Kaiserslautern. Cerise sur le Bretzel, le double CD est accompagné d’un DVD et de quelques versions jusqu’alors inédites en concert comme ce sublime « Final Murder » de plus de onze minutes dans la parfaite veine prog. Andy Kuntz, chanteur et parolier de Vanden Plas, remonte sur les planches le temps d’une interview.

Ange, au-delà des cieux…

Longue barbe blanche et casquette vissée sur la boîte à réflexion, à 76 printemps, le Capitaine Cœur de Miel, Christian Décamps, tient encore fermement la barre de son vieux gréement angélique, hissant depuis 1969 haut les couleurs d’un jouissif dadaïsme poétique tout autant que musical. Le troubadour franc-comtois, gardien du temple d’un rock progressif qui n’a rien à envier à ses voisins de la perfide Albion, a donné vie à d’épiques moments de béatitude dont on citera, au débotté, « Au-delà du Délire », « Les Fils de Mandrin » ou encore « Guet-Apens ». Depuis plus de cinq décennies, le vers est dans le fruit et Christian Décamps déploie les ailes de l’Ange sur toutes les scènes de la patrie rabelaisienne où, son âme d’enfant demeurée intacte, l’artiste joue sa vie, prêt à mourir sur scène pour que rayonne l’art de cet Ulysse au si beau voyage. Et puisque l’Ange est éternel, puisse sa musique à jamais nous conduire en son paradis aux allures de divines bacchanales. Photo : Alex Marchi

Duo Jatekok, deux anges passent…

De Poulenc à « West Side Story », du jazz de Dave Brubeck au « Sacre du Printemps », le duo Jatekok, formé d’Adélaïde Panaget et Naïri Badal, nous avait déjà habitué dans son parcours discographique à couvrir de la sublime symbiose de ses quatre mains un large éventail musical. Bouleversant un peu plus encore les codes de la musique classique et poursuivant dans cet art du grand écart pianistique, le duo Jatekok nous revient avec un exquis album de reprises du groupe de métal Rammstein avec lequel Adelaïde et Naïri ont sillonné les plus grands stades d’Europe assurant, en 2019 puis en 2022, la première partie de la grosse machine à tubes venue d’outre-Rhin. Entre les doigts de fée des deux pianistes, le métal se pare d’une toute nouvelle dimension mélodique et quitte les enfers des guitares cracheuses de feu pour rejoindre les anges au paradis des touches noires et blanches. photo : Tina Dubrovsky

Bill Bruford, le cinq majeur !

Pour tout amateur de rock progressif, Bill Bruford est bien plus que le batteur mythique de groupes tels que Yes, King Crimson ou encore UK. Sir Bill est le pouls, que dis-je, le cœur, le facteur X de moments d’anthologie à jamais gravés au firmament d’une musique qui se savoure tel un grand vin dont, peu à peu, on mesure toute la complexité tout autant que la puissance aromatique. Plutôt qu’une simple interview pour passer en revue le CV quasi infini du maître métronome élevé au jazz d’Art Blakey ou de Max Roach, remontons le temps pour nous immerger en profondeur dans la genèse de 5 albums aux allures de joyaux intemporels. Au menu, rien de moins que « Close to the Edge » de Yes, « Red » de King Crimson, l’album éponyme de U.K., « One of a Kind » signé Bill Bruford et, enfin, « Sound of Surprise » de Earthworks. Prêt pour une dégustation trois étoiles ?!

Andy Powell, Argus garde la cote !

50 ans et pas une ride ! Sorti en 1972 et pierre angulaire de la carrière du groupe britannique Wishbone Ash, Argus est un diamant brut intemporel, un must have inscrit fort justement au Panthéon du Rock. En plus de cinq décennies, trente albums, et malgré des déboires judiciaires afin que perdure l’aventure musicale, Andy Powell, à la barre du projet depuis sa création en 1969, a traversé les modes et les scènes du monde entier Flying V en bandoulière. Wishbone Ash, c’est, au-delà d’une musique où le rock se mâtine de blues, de folk ou même de prog, l’avènement d’un concept, celui de « twin guitarists » croisant le manche dans des solos mélodiques et magistraux qui ont influencé nombre de ses descendants dont on citera, entre autres, rien de moins que Thin Lizzy ou Iron Maiden. Pour célébrer dignement le mythe Argus, Andy Powell nous ouvre les plus belles pages du livre d’histoire signé Wishbone Ash.

Robert D. Levin, Mozart… De vivre

Pianiste, musicologue, enseignant… Robert D. Levin connait Mozart sur le bout des doigts ! L’élève de Nadia Boulanger a ainsi eu la joie tout autant que le privilège de poser ses mains sur le pianoforte de Mozart conservé au Mozarteum de Salzbourg pour y enregistrer l’intégralité des sonates du maître. Érudit par excellence de Wolfgang Amadeus, Robert D. Levin a ainsi achevé certaines pièces du légendaire compositeur dont on citera, entre autres, la fugue de l’Amen du Requiem en ré mineur ou encore la « Grande » messe en ut mineur, s’inspirant de la Première école de Vienne coutumière d’intégrer des éléments d’improvisation dans les répétitions. Accordons-nous un voyage dans le temps au pays des « notes qui s’aiment » ! Photo : Wolfgang Lienbacher