Docteur Noël Pommepuy, la psychiatrie en état de pénurie

Cheval de bataille de plusieurs gouvernements successifs, la réduction du déficit abyssal de la sécurité sociale a fragilisé notre système de santé en proie aujourd’hui aux maux les plus divers. Touchée de plein fouet par une crise des vocations, la psychiatrie, devenue sectorisée et dont l’approche a sensiblement évolué ces dernières décennies, voit ses praticiens se raréfier et les délais de consultation contraindre nombre de « malades » à se tourner vers les urgences. Face à une augmentation sensible de la souffrance au travail et devant une jeunesse confrontée à l’isolement, à la violence et au harcèlement né des réseaux sociaux, les troubles psychiques sont pourtant le parfait reflet d’une société malade. Pédopsychiatre et président de la commission médicale de Ville-Evrard, le docteur Noël Pommepuy nous ouvre les portes de son établissement pour livrer son analyse. Allongez-vous sur le divan !

Aurélie, l’hôpital en réanimation !

En écoutant les paroles d’Aurélie, qui a troqué le service de réanimation dans lequel elle officiait pour reprendre des études d’infirmière anesthésiste, on se dit que, clairement, le fossé qui chaque jour se creuse un peu plus entre le discours bien-pensant et rassurant de nos gouvernants et ce que vit le personnel soignant au sein du service hospitalier à tout de l’obstacle infranchissable, de la dichotomie absolue. Pas assez de personnels, des salaires aux allures de pourboire, un manque total de reconnaissance, des burn-out aux démissions, l’hôpital où chaque acte est chronométré et le patient un numéro montre une politique de santé qui, depuis si longtemps déjà, paraît à l’abandon. Attention, urgence absolue !    « On se demande vraiment si les politiques connaissent notre travail, les problématiques auxquelles nous faisons face ! » Il y a deux ans vous avez choisi de quitter le service de réanimation dans lequel vous travailliez pour devenir infirmière anesthésiste, pourquoi ce choix ? Plusieurs raisons m’ont poussée à quitter la réanimation, la première étant que je commençais à m’ennuyer quelque peu dans ce service dont j’avais fait le tour. Je fatiguais également dans cette unité où l’on travaille aussi bien le jour que la nuit, les week-ends… Avec le manque de reconnaissance ressenti, le manque de personnel qui nous oblige à travailler en permanence en flux tendu, tout cela m’a décidée à replonger dans les études pour devenir infirmière anesthésiste. Au-delà du manque de reconnaissance salariale, c’est donc également d’un manque de reconnaissance humaine à votre égard dont vous souffriez ? C’est une problématique qu’en tant qu’infirmière on ressent de manière quotidienne. Cela commence, comme vous l’évoquiez, par un manque de reconnaissance salariale puisque lorsque vous débutez comme infirmière, c’est 1450 euros en fin de mois ! Après, il y a clairement un manque de reconnaissance à notre égard de la part de l’hôpital et, malheureusement, parfois des patients. Tous ces facteurs font que, rapidement, vous vous sentez usée. Voilà pourquoi de plus en plus de personnels soignants décident de partir. La réanimation, c’est un service très particulier puisqu’on y reçoit des cas graves avec, parfois, malheureusement la mort au bout. Comment vit-on ainsi confrontée quotidiennement à la détresse, la mort ? Ça dépend vraiment des jours. Parfois on parvient à laisser tous nos problèmes dans notre vestiaire et d’autres où, selon les cas, les pathologies, l’environnement, le moment, on ramène nos problèmes à la maison. Cela devient alors vite très lourd. On ne peut pas toujours se bâtir un mur de protection car, parfois ce mur lâche et ce n’est alors pas facile à gérer. Psychologiquement, tout cela doit laisser des traces ? C’est évident. Il faut également savoir que le personnel de santé est très souvent confronté à la problématique du burn-out. Personnellement, ça a été mon cas du fait de cette charge psychologique lourde à gérer, cumulée à ce manque flagrant de reconnaissance. Il y a aujourd’hui une vraie fuite de personnel dans les hôpitaux qui ne fait que s’ajouter à la problématique inhérente d’un cruel manque de personnes qui se destinent aujourd’hui à cette profession. La lassitude, la fatigue, l’envie de changer de carrière, vous le ressentez chez certains de vos collègues ? Clairement. C’est une problématique qu’il serait temps de prendre en considération. Avant même la première crise de la Covid, nombre de mes collègues avaient déjà décidé de quitter le milieu hospitalier. Ces deux vagues successives n’ont hélas fait qu’amplifier ce phénomène. Là, on ne parle pas de personnes qui souhaitent changer de service ou opter pour le libéral mais de gens avec une réelle volonté de se tourner vers un autre métier. Je me suis moi-même posée la question quant à savoir si je devais reprendre mes études pour devenir infirmière anesthésiste ou si je ne devais pas plutôt simplement quitter ce métier. Ce sont des réflexions profondes que de plus en plus de mes collègues ont ! On a clairement l’impression que cette crise de la Covid n’a fait que mettre un peu plus en lumière le manque cruel de personnel au sein des hôpitaux qui, déjà, travaillaient en flux tendu ?! Avant même la crise, on sentait ce manque de personnel dont seul le service de réanimation était quelque peu préservé puisque normé avec deux infirmiers pour cinq patients. Après, lorsque vous voyez que vos collègues enceintes ne sont jamais remplacées pendant leurs congés maternité, ça ne fait bien évidemment que renforcer cette situation de flux tendu permanent dû au manque de personnel. Quelles seraient selon vous les mesures essentielles à prendre pour améliorer notre système de santé ? Il faudrait d’abord mieux former le personnel, augmenter les salaires afin de fidéliser celles et ceux en poste tout autant que pour attirer de nouveaux étudiants vers ce métier. Une meilleure gestion du personnel me semble également fondamentale car on sait très bien que malheureusement ce sont des bureaucrates qui prennent des décisions pour des personnes de l’hôpital, des bureaucrates qui n’ont pas le nez dans les problèmes que nous rencontrons au quotidien. Il serait important de mieux gérer la prise en charge des patients afin, par exemple, de développer l’hospitalisation à domicile qui permettrait de désengorger les hôpitaux. Vous évoquez ces décisions bureaucratiques prises par des personnes qui, finalement, ne connaissent pas le réel mode de fonctionnement d’un hôpital. Pensez-vous que les politiques sont, dans le domaine de la santé comme dans hélas bien d’autres, en décalage total avec la réalité, avec ce qui concrètement se passe dans les hôpitaux tout autant que les besoins qui sont les vôtres ? On se souvient il y a quelques années lorsqu’un journaliste avait demandé à Jean-François Copé combien coûtait un pain au chocolat et que ce dernier avait répondu 10 centimes ! On voit bien que les gouvernants sont bien trop éloignés de la réalité et ça dans tous les domaines comme vous le disiez. On se demande vraiment si les politiques connaissent notre travail, les problématiques auxquelles nous faisons face ! Et pourtant, ce sont eux qui prennent les décisions. Actuellement, on se pose la question quant à savoir où est … Lire la suite

Mickael, au cœur d’un service de réanimation !

Infirmier en service de réanimation dans un grand hôpital marseillais, Mickael est obligé de pousser les murs pour recevoir les patients toujours plus nombreux touchés par la Covid-19. Si le gouvernement se veut rassurant sur une courbe de contamination qui infléchirait à la baisse, Mickael pointe du doigt un hôpital public qui manque cruellement de personnel qualifié, doté d’une expérience suffisante, pour faire au mieux face à cette deuxième vague où, fait nouveau, des patients sans antécédents se voient plonger dans un état critique. Quand l’hôpital crie à l’aide ! « Depuis cinq ans, il n’y a plus d’infirmiers anesthésistes en réanimation. » La colère gronde à Marseille chez des élèves infirmiers en anesthésie qui ont dû de nouveau quitter leur formation face à la crise de la Covid-19 afin de renforcer les équipes au sein des hôpitaux. Pas un seul d’entre eux n’a été volontaire et doit s’adapter à ce que l’on appelle la « promo Covid ». L’hôpital manque-t-il donc à ce point de personnel ? Il faut comprendre qui sont ces personnes. La plupart sont des IDE (infirmier diplômé d’État) avec environ cinq ans d’expérience dans les services d’urgences ou de réanimation. Ces IDE ont déjà fait face à la première vague pendant laquelle ils étaient tous volontaires, présents et motivés. Cela traduisait leur implication pour l’hôpital et, plus largement, leur institution. Ils étaient avec nous pour gérer cette première crise, nous épaulant pour réorganiser les structures dans les services, accueillir les premiers patients, bref ils ont été à nos côtés pour chaque étape. Ce que l’on ne sait pas, c’est que les élèves infirmiers qui avaient été à nos côtés lors de la première vague n’ont pas reçu de prime Covid et ont vu, pour la plupart, leurs droits étudiants sauter. Au-delà des 1500 euros qui devaient leur être versés, ils se sont tout simplement sentis déconsidérés et ont donc très mal vécu la chose. Une secrétaire qui restait à la maison a perçu la même somme qu’eux et, forcément, ça laisse des traces. Pour être embauché dans un hôpital à Marseille, vous devez signer un contrat et donc, de fait, vous changez de statut. Lorsque la première vague de la Covid a pris fin, nombre de ces IDE ont eu toutes les peines du monde pour recouvrer leurs droits étudiants et ont dû âprement batailler avec l’administration marseillaise. Il faut comprendre que la plupart de ces personnes ont entre 30 et 35 ans et une vie de famille. Donc, ne pas être considéré, ne pas avoir de prime et perdre ses droits lorsque l’on vient prêter main-forte volontairement aux équipes en place, ça fait beaucoup ! Forcément lorsqu’on a demandé qui était volontaire à l’aune de la seconde vague, autant vous dire qu’ils ne se sont pas précipités. Ces IDE souhaitaient, et c’est bien normal, savoir dans quelles conditions on leur proposait d’être volontaires. Ils sont susceptibles d’être déplacés sur plusieurs sites dans Marseille, parfois loin de chez eux, ce qui n’est pas du tout avantageux. Vu le peu de personnes volontaires, une décision de réquisition a été prise. Résultat, la plupart d’entre eux a été parachutée dans des services qu’ils ne connaissent pas ou peu et c’est donc à nous de les former. Forcément, le fait d’être réquisitionnées après avoir été quelque peu trompées lors de la première vague fait que ces personnes ont perdu de leur motivation initiale ?! Cette motivation, on la perd indéniablement. Quand on est malmené une première fois, on ne fait plus confiance. Depuis cinq ans, il n’y a plus d’infirmiers anesthésistes en réanimation. C’est une information qui n’est hélas pas connue du grand public. Lorsque j’ai débuté ma carrière il y a dix ans, les services de réanimation étaient tous pourvus d’au moins deux IADE (infirmier anesthésiste). Ils ont peu à peu été remplacés par des infirmiers avec un peu d’expérience dans le domaine de l’anesthésie, des « faisant fonction » comme on dit. Les infirmiers anesthésistes ont été basculés sur les blocs opératoires et ne font hélas plus partie des équipes de réanimation. Le manque de personnel, c’est forcément une tension permanente et le fait de devoir se « limiter » aux soins pour oublier, par manque de temps, quelque peu l’humain. Vous ne pensez pas que nos gouvernants devraient s’accorder une semaine d’immersion dans le service de réanimation d’un hôpital pour se rendre compte des manques auxquels fait face notre système de santé ? C’est une très bonne question ! En réa, on est quelque peu épargnés par le manque d’effectif ou de matériel. Lorsque le système est organisé, ça va, mais lorsque l’on désorganise ce système comme c’est le cas aujourd’hui pour faire face à cette deuxième vague Covid, alors rien ne va plus ! La première vague avait été plutôt bien gérée. On a assez rapidement obtenu les respirateurs et la capacité de transformer une chambre standard en chambre de réanimation. Les gens d’autres régions qui sont venus nous aider lors de la première vague étaient rompus aux services de réanimation. Le problème de cette deuxième vague, c’est qu’il y a eu un énorme manque d’anticipation. On n’a quasiment pas formé d’infirmiers en juillet et août alors que tout laissait penser que la situation allait se tendre dès la fin du mois de septembre. Du coup, en ce moment, il y a un recrutement massif d’infirmiers dans le Sud, la plupart sortant à peine de l’école. La moitié de nos équipes est donc composée d’infirmiers totalement novices, ce qui pose problème quand on connaît la gravité des cas Covid. Concernant votre idée que les politiques viennent passer une semaine à nos côtés en réanimation, cela pourrait être une bonne idée mais je crains qu’ils ne comprennent jamais les besoins réels d’un service. Ils sont hélas programmés pour réfléchir en termes de budget. Ce qui est problématique, c’est que notre administration qui est propre à chaque établissement est dans la même dynamique que les politiques. Ils sont eux, pour le coup, dans nos locaux et pourraient venir voir ce qu’il se passe en réanimation, mais ils ne le font pas. … Lire la suite

Baptiste, urgence à l’hôpital !

En empruntant le périphérique parisien en début de matinée, on est en droit de se poser la question quant à savoir si ce confinement version « light » peut être d’un quelconque effet dans l’optique de limiter la circulation du virus tant le nombre de personnes sur les routes ne semble pas avoir diminué depuis l’annonce faite par notre gouvernement le 30 octobre dernier, invitant la population a, autant que faire se peut, rester chez elle. Pendant ce temps, les hôpitaux suffoquent sous un nombre de patients Covid 19 toujours plus important. Baptiste, qui travaille aux urgences d’un hôpital du Sud de la France, nous livre son point de vue sur une deuxième vague qui prend des allures de raz-de-marée. « Il faut demander à Monsieur Véran et à ses prédécesseurs la raison pour laquelle les hôpitaux en France aujourd’hui ne comptent qu’à peine 6000 lits de réanimation ! » Cette seconde vague de la Covid, on la sentait arriver depuis l’été mais avez-vous été surpris par son ampleur ? J’ai en effet été surpris, même si l’on avait quelque peu anticipé la chose du fait que la progression du virus s’est faite de manière modérée. Nous avons eu quelques cas pendant la période estivale puis, dans le courant du mois d’octobre, s’est produite une accélération qui, effectivement, s’est largement majorée ces dix derniers jours. Pensez-vous que le déconfinement, invitant les gens à massivement partir en vacances estivales en hexagone pour relancer le secteur du tourisme, a été quelque peu trop laxiste dans sa gestion ? Je ne suis pas certain qu’il était possible de bien gérer un déconfinement et je ne vais donc pas tirer à boulets rouges sur nos autorités, sachant pertinemment qu’il fallait, en période estivale, ménager la chèvre et le chou entre la santé et l’économie. Après, je vous avoue que j’étais très inquiet même si j’espérais que le port du masque, la distanciation pouvaient être susceptibles de limiter la propagation du virus. Cet été, bien sûr, travaillant dans le Sud de la France, j’ai vu une forte population arriver pour les vacances et ce brassage ne pouvait que signifier une reprise de l’épidémie au mois de septembre. Bien sûr, à l’issu de ce premier confinement que beaucoup ont très mal vécu, les gens avaient besoin de respirer, d’aller chercher le grand air, le soleil, se revoir, partager. Alors oui, aujourd’hui on paye un peu les pots cassés de ce déconfinement quelque peu brutal mais y avait-il réellement d’autres solutions ? On est aujourd’hui dans un confinement disons « light ». Pensez-vous qu’avec les entreprises, les écoles, les banques ouvertes, on puisse sincèrement endiguer l’épidémie et espérer pouvoir passer des fêtes de Noël en famille ? Je suis d’accord qu’il s’agit aujourd’hui d’un confinement que l’on peut qualifier de « light » et je dois avouer que je m’attendais à quelque chose de plus restrictif. Si je devais me centrer sur le monde de l’hôpital, je dirais qu’un confinement à la hauteur de ce qu’avait été le premier aurait été l’idéal. Là, on doit encore attendre une semaine pour savoir si les premiers effets de ce confinement « light » commenceront à se faire sentir avec un éventuel ralentissement de la propagation du virus. Actuellement, lorsque je me rends au travail, même si nos routes ne ressemblent fort heureusement pas au périphérique parisien, je ne vois pas une grande modification au niveau du flux de population. Après j’espère que l’incitation au télétravail et la limitation des échanges inter régionaux porteront leurs fruits. Concernant le fait de passer les fêtes de fin d’année en famille, franchement c’est l’inconnu. Même s’il n’existe pas de solution miracle, un confinement plus strict pendant quelques semaines avant de passer ensuite à un confinement « light » comme c’est le cas actuellement aurait peut-être permis d’être plus optimiste sur d’éventuelles réunions de famille à Noël. En l’état, ça paraît quand même compliqué à envisager. Au sein de votre hôpital constatez-vous un nombre de cas croissant à mesure que les jours passent ? Lors de la première vague, nous n’étions pas du tout au niveau de ce qui pouvait se passer en Ile-de-France ou bien encore dans le Nord où, dans ces régions, les services de réanimation étaient surchargés. Dans le Sud, même si cela a été compliqué pour les équipes médicales, on peut dire que le nombre de cas Covid a été relativement croissant, avec un plateau qui nous a permis d’absorber, au sein de nos hôpitaux, les cas les plus graves sans être en flux tendu. Nous nous étions organisés également en amont avec l’arrêt de beaucoup d’activités et la déprogrammation des actes chirurgicaux non urgents. Nous sommes donc parvenus à absorber cette première vague de patients beaucoup plus aisément que ce n’est le cas actuellement où l’on est dans le flou, incapables de prédire ce que vont nous réserver les prochains jours en raison d’une accélération brutale du nombre de personnes contaminées. Depuis environ une semaine, les cas augmentent énormément et nous espérons arriver prochainement à un plateau sinon la situation va forcément devenir critique. Cette deuxième vague se produisant en période automnale, je suppose que vous avez forcément plus de patients aux urgences que ce n’était le cas au printemps, lors de la première vague. Aux urgences, entre cas Covid et urgences disons habituelles, comment parvenez-vous à gérer le flux quotidien ? La grosse difficulté chez nous, aux urgences, est de diriger les gens vers une filière respiratoire ou suspicion Covid car, en cette période, beaucoup de patients viennent avec des problèmes respiratoires sans pour autant être positifs à la Covid. Cette suspicion fait qu’avant le résultat du test, nous devons installer ces patients dans des chambres isolées ce qui demande une organisation très particulière. Cela est en effet inhérent à la saison pré hivernale par rapport au printemps où ce type de pathologies respiratoires sont de fait beaucoup moins fréquentes. Si le nombre de cas semble plus important que lors de la première vague, on a quand même l’impression qu’en réanimation, le virus, mieux connu, est traité plus efficacement et que les malades même … Lire la suite

Melody, l’infirmière tire la sonnette d’alarme

Jeune maman et infirmière, Melody a dû reprendre le chemin de la clinique où elle travaille pour faire face à une crise à laquelle elle n’était pas préparée, celle du Covid. Forcément c’est emplie de doutes, de craintes aussi qu’elle a de nouveau revêtu sa blouse pour exercer un métier qui tient plus du sacerdoce que d’autre chose. Et si Melody contractait le virus ? Peut-on éviter une seconde vague épidémique post 11 mai ? Le gouvernement va-t-il tirer les leçons des problématiques au sein du système de santé mises en exergue par cette crise du Covid ? On tente de décrypter tout cela au son de Melody ! « Une réforme de l’hôpital avec une revalorisation des salaires, plus de personnel et une vraie reconnaissance pour nos professions me paraît essentiel ! » Vous êtes jeune maman et vous avez dû reprendre le travail il y a peu. Revenir après votre congé maternité dans de telles conditions de crise du Covid, c’est un peu particulier non ?! Il y a tout d’abord le fait lié à la fin du congé maternité, de quitter son enfant en bas âge pour reprendre le travail. Sentiment partagé par des millions de femmes. Ce qui a été difficile dans cette reprise, c’est que je ne savais pas à quelle sauce j’allais être mangée concernant mes gardes. Forcément, avec cette crise du Covid, nos plannings ont été modifiés. Les enfants devant rester dans les foyers, il a fallu gérer disons toute la partie logistique ce qui n’a pas été une mince affaire. Tout cela ajoute forcément un certain stress. Quand on a un bébé en bas âge, on ne craint pas de contracter le virus avec ce risque potentiel de le transmettre à ses proches ? Tous les soignants qui sont parents ont des craintes car on sait qu’il existe de forts risques de contamination. Après, on sait que les enfants peuvent être des porteurs sains sans pour autant développer des symptômes de la maladie, ce qui nous permet de nous raccrocher à quelque chose de positif. Le principal dans cette gestion d’une crise unique est de garder la tête froide, ne pas se laisser envahir par la panique et l’atmosphère anxiogène ambiante. On tente de prendre un peu de recul, focalisé sur le travail qui est le nôtre, celui d’aider les patients. Mais bien évidemment, lorsque le soir on se pose chez soi, on a cette crainte de contaminer nos proches mais aussi pour notre propre santé, de mourir et les laisser seuls. Vous travaillez dans une clinique privée de Montpellier. Votre établissement a-t-il été mis en sommeil pour libérer d’éventuelles places pour des patients Covid ? Tout s’est passé assez rapidement. Nous avons eu une dizaine de jours pour tout mettre en place. L’ARS nous a obligés à respecter les précautions nécessaires dans le cadre du plan blanc, préparer des circuits propres et d’autres « spécial Covid » afin que les patients ne se croisent pas et ainsi éviter tout risque de contamination. Au niveau de notre clinique, on a mis en place des tentes de pré-triages, un service entier de réanimation pour les patients Covid avec du matériel que l’on n’utilisait pas forcément comme de petits respirateurs. On parle aujourd’hui de plus en plus de cas de patients qui attendent avant d’aller consulter par peur du Covid et voient leurs pathologies s’aggraver. Vous constatez aussi ce phénomène ? Il faut inciter les personnes à aller consulter. Ils doivent pouvoir avoir accès aux soins d’où l’importance d’une réflexion cohérente qui visait à ne pas engorger nos hôpitaux ou nos cliniques par les cas de Covid afin d’être dans la capacité d’accueillir celles et ceux touchés par d’autres pathologies tout aussi graves. Le personnel soignant avait ça en tête : « Il n’y a pas que le Covid ! » Les soignants certainement, mais il est vrai qu’avec les messages anxiogènes véhiculés par les médias la population avait peur de sortir et donc attendait la dernière minute pour se rendre à l’hôpital ou chez son médecin traitant pour consulter ! Il est sûr que la peur générée par une surmédiatisation de cette épidémie a généré une telle crainte chez une partie de la population que, parfois, certains ont vu des pathologies bénignes se compliquer énormément, tout simplement parce qu’ils ne sont pas allés consulter assez tôt. Malheureusement, on ne peut pas forcer une personne à venir se faire soigner. Nous ne pouvons qu’engager le maximum d’outils nécessaires pour les inviter à consulter directement auprès de leur médecin ou bien encore par le biais de téléconsultations afin de juger si oui ou non leur état nécessite une prise en charge d’urgence. Il est vrai que les tentes, le fait de parquer les gens peut faire peur mais il faut comprendre que tout cela a justement été mis en place pour permettre aux patients atteints de pathologies autres que le Covid de pouvoir se rendre dans les hôpitaux avec le minimum de risques de contamination. Pensez-vous que les dysfonctionnements que l’on a pu noter dans cette gestion de la crise du Covid sont le reflet des problèmes existant depuis des années au sein du système de santé où la rentabilité prime hélas souvent sur l’humain ? Mon rôle n’est pas politique donc je ne peux que constater ce que je vois et ce que je vis dans mon travail. Mon avis, c’est qu’effectivement les dysfonctionnements constatés dans la gestion de cette crise ne font que pointer du doigt ce que le personnel de santé tente depuis bien longtemps de faire prendre conscience aux politiques. La faute que l’on fait, c’est de penser que l’économie nous protègera de tout. On a juste oublié que l’on était que des êtres humains, dépendants de notre environnement et faibles face à la nature qui, à un moment, va vouloir reprendre ses droits. La diminution des stocks de masques est le reflet de cette pensée-là. Se dire que l’on ne va pas prendre, pour des raisons purement économiques, des mesures de précautions face à une épidémie qu’on a vu arriver de loin et qui, forcément en annonce d’autres. À … Lire la suite

Michel Vuillet : face au Covid, les médecins sortent de leur retraite

Tout une carrière passée dans les salles d’opération d’une clinique toulonnaise à exercer sa profession d’anesthésiste et, à peine en retraite, le médecin, Michel Vuillet, se retrouve à prêter main-forte à ses collègues de la région parisienne débordés par les patients Covid qui affluent. Après des années passées à sauver des vies dans l’ombre, le voilà sous les feux des projecteurs. À peine le pied posé sur le tarmac après un vol Marseille/Paris en avion militaire affrété pour l’occasion que, déjà, les chaînes d’infos, en quête d’images et de « bons sentiments », affluent pour l’accueillir lui et ses collègues ; un peu comme si la population tout autant que les médias prenaient enfin conscience de l’importance vitale du personnel de santé ! Mais pourquoi aller chercher des médecins en retraite alors que certains personnels du privé sont au chômage technique ? Quelle est la réelle situation au sein des services de réanimation ? Le gouvernement tirera-t-il les leçons de cette crise pour repenser le service hospitalier et, enfin, considérer un peu plus celles et ceux qui y dévouent leur vie ? Le docteur Vuillet apporte ses réponses ! « Il faut organiser la santé comme on organise l’armée ! » Vous êtes jeune retraité après une carrière comme médecin anesthésiste dans une clinique à Toulon. Comment vous êtes-vous retrouvé dans un service de réanimation en région parisienne en pleine crise de Covid-19 ? Le passage à la retraite a quand même développé un certain sentiment d’inutilité. Après un engagement professionnel important, le contact des patients me manquait. Lorsque cette maladie du Covid s’est profilée, l’évidence de participer pour aider s’est tout naturellement imposée. Je me suis inscrit sur la réserve civile et, malgré des doutes quant à savoir si j’allais encore être performant, la crainte d’abandonner mes proches, les inquiéter, risquer de les contaminer, un certain sens du devoir a été plus fort que tout. Et puis, un jour, j’ai reçu à 15 heures un appel de l’agence régionale sanitaire qui m’annonçait que je devais partir le soir même. Là forcément, une énorme montée d’adrénaline se fait sentir, on dit au revoir aux siens, un vol Marseille/Paris dans un avion affrété par l’armée et une sensation de partir en mission. Le lendemain on se réveille dans un hôtel de banlieue parisienne et là, ce qui n’était que médiatique, peu concret finalement, devient réel. La réanimation, les patients ventilés, en décubitus ventral, les explications des confrères, le stress devant l’aggravation de l’état de santé de certains patients, la maladie qui ne cesse de progresser et dont on sait si peu… Voilà comment je suis, du jour au lendemain, sorti de ma toute récente retraite. Passer d’anesthésiste au bloc opératoire à un service de réanimation, n’est-ce pas là un certain saut dans l’inconnu, preuve que notre système hospitalier manque autant de personnel que de moyens ? Il y a effectivement un décalage, particulièrement accru dans les situations d’urgence, entre l’administration qui ne connaît pas toujours nos spécificités en tant que médecins et le terrain. Il y a, d’un côté, des diplômes en anesthésie et réanimation et, de l’autre, des besoins. Il a fallu instaurer le dialogue avec l’administration et adapter nos compétences. On a été très bien accueillis par une équipe performante à l’hôpital de Longjumeau où j’ai tout d’abord été parachuté. Le personnel était déjà en nombre même s’il enchainait les gardes. On a eu le temps nécessaire pour tenter de comprendre ce que l’on savait à ce stade de la maladie, s’adapter aussi à leur mode de fonctionnement… La marche est haute car la réanimation, c’était un peu pour moi comme changer de registre. J’ai fait ma carrière comme anesthésiste et là je me voyais confier un poste de réanimateur. Ce sont deux spécificités bien distinctes. J’ai tenté de m’intégrer au mieux pour aider ce service de réanimation, mais il est vrai que je ne m’y sentais pas vraiment à l’aise et d’une grande utilité. J’ai donc expliqué cela à l’agence régionale sanitaire en leur spécifiant qu’il serait certainement préférable de me trouver un poste où je serais plus compétent, plus performant aussi. On m’a alors affecté à l’hôpital d’Estampes où ils cherchaient un médecin pour assurer des gardes en anesthésie au bloc et à la maternité, ce qui me correspondait bien plus. Vous êtes arrivé de Marseille par avion militaire avec, à peine sur le tarmac, les caméras des chaînes de télévision qui vous attendaient. Vous n’avez pas l’impression que, dans la gestion de cette crise du Covid, à l’image de ce qu’est notre société actuelle, on est plus sur le registre de la communication qu’autre chose ?! Il y a bien sûr eu beaucoup de com’ autour de ça. C’était vraiment : « Les soldats montent au front ! » D’autres professionnels ont également fait beaucoup d’efforts en logistique, distribution, sécurité … Le gouvernement avait besoin de rassurer et de montrer qu’il réagissait. Depuis la pandémie de 2009, l’OMS a organisé un plan d’alerte et de comportement. Malheureusement cette initiative a rapidement été endiguée, la leçon n’ayant pas été retenue. L’absence de réserve de masques alors que l’épidémie avait touché l’unique lieu de production, la Chine, et que la demande risquait d’être mondiale aurait dû être anticipée. On a tenté de faire passer le message comme quoi le port de masque n’était pas nécessaire, c’était simplement pour pallier le manque évident de stocks et, à mon sens, un discours vraiment lamentable. Il faut quand même savoir qu’une grande partie des masques et du gel hydroalcoolique a été volée dans les hôpitaux ! Réseaux sociaux où tout le monde s’autoproclame épidémiologiste, surabondance de fake news, chaînes d’information qui traitent 24h/24 du Covid. L’overdose d’infos n’a-t-elle pas participé grandement à la pagaille ambiante ? Que les réseaux sociaux s’enflamment, c’est à l’image de notre société actuelle dans laquelle tout le monde dit tout et n’importe quoi. On surfe sur ce qui monopolise l’attention du public, aujourd’hui le Covid. Les chaîne d’infos, en surchargeant la population d’informations parfois contradictoires, ont contribué à générer une pagaille aujourd’hui ambiante. La peur de l’inconnu a fait par exemple que tous les … Lire la suite

Edgar, chef de bloc s’interroge sur la gestion de crise du Covid

La clinique dans laquelle il travaillait ayant, pendant cette épidémie du Covid, été mise en sommeil, Edgar a été transféré dans un autre établissement pour y exercer son métier de chef de bloc opératoire. Aujourd’hui, il se demande pourtant si les prises de décisions dans la gestion de cette crise sanitaire inédite qui nous touche ne relèvent pas de l’à-peu-près. Pourquoi ne se focaliser QUE sur le Covid au détriment d’autres pathologies parfois plus graves et qui, inévitablement pâtissent de cette situation ? Comment justifier de mettre « au repos forcé » une partie du personnel soignant des cliniques privées alors que les hôpitaux publics réclament à cor et à cris plus d’effectifs comme de moyens ? Quelles seront les leçons à tirer de cette crise tout autant sanitaire qu’économique sans précédent ? Autant de questions auxquelles Edgar apporte ses réponses ! « Le personnel soignant, c’est un peu les poilus de 1914 ! On fonde en eux un espoir fabuleux. » On a l’impression que la population et les médias découvrent un personnel hospitalier dont ils n’avaient que faire lorsque ces derniers défilaient dans la rue ou travaillaient avec un brassard « en grève » depuis un an, réclamant plus de moyens, de personnels. Ce passage de l’ombre à la lumière, ça vous inspire quoi ? Si on attire tout à coup la lumière, autant de respect, c’est parce que la situation inédite que nous connaissons génère une vraie peur au sein de la population. Comme le gouvernement nous a placés en première ligne, tout le monde se cache derrière cette première ligne en espérant qu’elle tienne. Le personnel soignant, c’est un peu les poilus de 1914 ! On fonde en eux un espoir fabuleux. D’où ce discours sur l’héroïsme des soignants. On a effectivement l’impression que l’on cherche des héros pour minimiser les vrais problèmes latents ! Le personnel de santé pâtit d’un manque d’évolution salariale et, plus largement, de respect depuis une vingtaine d’années. Quand on pense à un chirurgien, on s’imagine plus généralement la personne qui gagne bien sa vie et profite de sa situation qu’à celui qui sauve des vies au quotidien. Au-delà de l’image, on note que l’on n’obtient, dans nos revendications, aucune réponse concrète de la part du gouvernement que ce soit au niveau de l’écoute du personnel soignant ou une quelconque recherche d’amélioration de nos conditions de travail. On espère que la sortie de crise va déboucher sur une reconnaissance des personnels, une meilleure gestion au niveau des hôpitaux… Le président Macron expliquait dans un discours qu’enfin des moyens allaient être mis en place dans le domaine de la santé. On a l’impression qu’il faut être dos au mur pour que les choses bougent ! Il faut être sévèrement dos au mur, c’est le moins que l’on puisse dire. Pour parler des urgences, cela fait plus de dix ans que l’on tire la sonnette d’alarme. Les gens qui y arrivent attendent de plus en plus longtemps, des drames s’y déroulent tous les jours… Depuis des années on cherche à faire des économies sur la santé. La sécurité sociale doit impérativement ne plus être déficitaire, c’est le mot d’ordre. On a l’impression finalement que tout cela est géré comme une entreprise privée, qu’il convient de faire du profit alors que l’on parle de l’humain. On voit les efforts qui sont demandés dans le secteur public comme privé pour économiser les ressources tant humaines que matérielles. Dans le privé, où je travaille, tout est compté. Chaque année la sécurité sociale donne les grandes lignes et la caisse primaire d’assurance maladie distribue les tarifs. Par exemple, pour une opération de hanche, la sécu va nous allouer un remboursement plafond. Un remboursement qui baisse tous les ans de 2 ou 3% car, dans l’esprit des dirigeants, il faut absolument réduire les dépenses. Résultat, on doit aborder chaque nouvelle année avec un recul de nos ressources tarifaires. On gère l’humain comme la marchandise ?! Effectivement, tout doit être géré au plus près. Le personnel coûte de l’argent donc il nous est demandé de le réduire à portion congrue. Dans le même temps, on a des obligations de formations, de maintien des compétences… On entre, au fil des années, dans une équation de plus en plus impossible à résoudre. On nous impose un personnel de plus en plus qualifié, formé à des technologies qui évoluent en permanence, une implication de plus en plus importante avec, au bout, aucune bonification. On est dans l’incapacité de conserver son personnel car obligés de le payer au plus juste. Il faut donc penser recrutement avec des équipes de plus en plus restreintes et, dans le même temps, des tâches qui ne cessent d’augmenter. On peut juste espérer qu’en sortie de crise le gouvernement aura une vision différente du système de santé. Pensez-vous que cette situation extrême que nous connaissons servira justement de leçon à nos dirigeants pour, dans l’avenir, mieux anticiper une grave crise sanitaire ? Cette grave crise sanitaire était quand même pressentie depuis des années avec des alertes telles que le virus Ebola ou la grippe H1N1. On s’approchait donc d’une grave crise pandémique, crise dans laquelle on se trouve plongé actuellement. Ce que je constate c’est, par exemple, le travail qui a été réalisé suite aux attentats. Face à la menace terroriste et aux plus de 300 morts, on a une société qui a changé en profondeur avec une sécurité accrue dans tous les domaines, des fouilles quasi permanentes dans les lieux publics. J’espère que, face au Covid, on va assister à une sortie de crise un peu dans le même esprit avec de vrais moyens qui doivent être mis en place. Dans notre société du profit, on a délocalisé énormément ; Les masques comme les médicaments en étant de parfaits exemples. Délocaliser pour soulager le portefeuille, c’est être dépendant lorsque les frontières ferment ?! C’est une problématique énorme. Les produits à usage unique deviennent, car rationnés, à usages multiples. C’est une vraie base de réflexion car on a bien vu ce que le confinement en Chine et l’arrêt de la production avait comme conséquence en … Lire la suite

Céline, infirmière anesthésiste en réanimation

Si Céline a pour habitude de rassurer ses patients avant de les endormir au bloc opératoire, c’est aujourd’hui à une toute autre réalité à laquelle elle est confrontée au sein d’une unité de réanimation. L’infirmière anesthésiste se bat pour sauver des patients atteints du Covid-19, intubés, et qui luttent pour leur vie. Loin de sa famille, qu’elle souhaite préserver d’une éventuelle contamination, Céline fait face à la détresse de familles qui ne peuvent pas même accompagner leurs proches lorsque, malheureusement, malgré les soins, la mort s’invite au rendez-vous. Un entretien chargé en émotions… « Récemment, j’ai dû endormir une dame en service de réanimation Covid et là, j’ai été incapable de lui promettre que tout allait bien se passer. » On a du mal à s’imaginer ce que peut être une unité de soins en réanimation de patients atteints du Covid-19. Pouvez-vous nous éclairer sur comment cela se passe au quotidien ?! De manière générale, un service de réanimation compte une dizaine de lits. Chacun d’entre eux est équipé d’un scope qui va permettre de surveiller les paramètres vitaux du patient, d’un respirateur, de nombreux pousse-seringues qui contiennent des produits d’anesthésie ou encore des médicaments qui permettront de répondre aux besoins du patient et une dialyse qui sera installée en chambre si la fonction rénale est altérée. Les lits sont plus ou moins en arc de cercle avec, au milieu, une centrale qui est une zone non contaminée où l’on retrouvera tous les répétiteurs de scopes. On peut donc surveiller en temps réel tous les patients tout en étant en dehors de la chambre. La grande particularité liée à l’infection au Covid-19, c’est que chaque box est complètement isolé avec des portes fermées. Il y a donc des protocoles d’isolement très stricts à respecter tout spécialement au moment des entrées et des sorties du box afin d’éviter de se contaminer et de propager le virus. Il est important, du fait que chaque box est isolé, d’anticiper au mieux le matériel dont on va avoir besoin dans la chambre afin de limiter les allers-retours. Justement, quelles sont les procédures à respecter par le personnel soignant afin d’éviter d’être contaminé ? Le protocole d’habillage/déshabillage a été validé par une équipe d’hygiénistes. On doit s’équiper de la tête aux pieds. Porter un masque FFP2, un calot ou une charlotte pour protéger ses cheveux, des lunettes de protection, une surblouse et des gants. Il est primordial de s’équiper à l’extérieur de la chambre. Une fois à l’intérieur, on prodigue les soins. Lorsque ceux-ci sont terminés, on doit se déshabiller sans que la blouse propre ne soit en contact avec la surblouse contaminée. Nous répétons ces gestes maintes fois dans la journée d’où l’importance d’anticiper les soins. En quoi ces soins sont-ils différents dans une unité de réanimation dédiée au Covid-19 ? Certains patients arrivent à passer le cap d’une détresse respiratoire sans être intubés. Pour d’autres, hélas, c’est bien plus grave. Il va falloir les intuber puis les placer, comme on l’entend beaucoup, en décubitus ventral afin de favoriser un meilleur transport en oxygène au niveau des alvéoles. Si malheureusement l’état du patient continue à se dégrader, on optera pour un transfert dans des services qui possèdent une ECMO (extracorporeal membrane oxygenation) qui correspond un peu à une dialyse mais respiratoire. (L’oxygénation par membrane extracorporelle, communément appelée ECMO, désigne, en réanimation, une technique de circulation extracorporelle offrant une assistance à la fois cardiaque et respiratoire à des patients dont le cœur et/ou les poumons ne sont pas capables d’assurer un échange gazeux compatible avec la vie.) On a parlé d’un manque de respirateurs artificiels, avez-vous des directives de sauver certains patients au détriment d’autres, plus âgés ou aux pathologies et antécédents plus importants ? En région PACA, nous n’avons heureusement pas été confrontés à cette situation. Mais il avait été effectivement dit qu’un « tri » allait être mis en place si nous venions à manquer de respirateurs. Les patients de plus de 85 ans et avec des comorbidités ne seraient alors pas éligibles aux services de réanimation. Ils seraient accueillis dans une unité d’hospitalisation standard, placés sous oxygène sans possibilité de bénéficier d’une assistance respiratoire si elle s’avérait nécessaire. Pendant cette période dite de réanimation, le patient est placé dans un coma artificiel. Sait-on si l’on en garde des séquelles éventuelles ? Je ne peux parler là que des patients dont je m’occupe et il se trouve en effet que, dans la période post réanimation, certains font preuve d’une agitation avec de réelles difficultés pour s’adapter au respirateur. Sur le plan neurologique, on constate des périodes d’obnubilations, de désorientations qui s’estompent au fil des jours. Vous êtes de formation infirmière-anesthésiste. Quand on endort un patient en sachant pertinemment qu’il ne se réveillera pas, comment le vit-on psychologiquement ? On a toujours espoir, même si les chances sont minimes, de réveiller un patient. En tant qu’IADE (infirmière anesthésiste), j’ai pour habitude lorsque j’endors des patients au bloc pour des opérations chirurgicales d’avoir un petit rituel pendant lequel je leur explique calmement ce que je fais, les emmener dans une atmosphère agréable afin qu’ils se sentent en confiance, le plus détendus possible. Je leur demande de tenter de visualiser un endroit où ils se sentent bien. Il est important que les patients se trouvent dans les meilleures conditions avant l’acte chirurgical. Je leur dis que tout va bien se passer, qu’on se retrouvera ensuite après leur petit somme. Récemment, j’ai dû endormir une dame en service de réanimation Covid et là, j’ai été incapable de lui promettre que tout allait bien se passer. C’était une situation très difficile pendant laquelle je me suis sentie totalement déstabilisée. Deux heures plus tôt, cette dame, dont l’état de santé s’est rapidement dégradé, me parlait de sa fille… Je suppose que cette patiente est encore en réanimation ? Non, malheureusement, elle a dû être transférée dans un autre hôpital qui offre de l’ECMO. Malgré les soins qu’on lui a apportés, on a dû la transférer pour une prise en charge encore plus lourde. Même si, de par votre métier, … Lire la suite

Loic Mouranchon, manipulateur radio à Marseille

Ils sont la force de l’ombre. Volontaires, animés par une réelle vocation et une irrépressible envie d’aider tout autant leurs collègues que les patients qui affluent vers les hôpitaux publics, les manipulateurs radios se mobilisent. Venus des établissements qui sont, pour la plupart, en sommeil, ils volent au secours de La Timone ou de l’hôpital Nord de Marseille pour assurer un roulement au sein d’équipes sur le qui-vive qui enchaînent les scanners afin de diagnostiquer l’importance des lésions pulmonaires générées par le Covid-19. Loic Mouranchon, manipulateur radio à Sainte-Marguerite, a réalisé une vidéo, devenue virale, pour mettre en lumière son métier trop peu reconnu et qui mérite bien que l’on s’y attarde. Une interview en immersion… « Il est vraiment flagrant de constater que l’obésité est un facteur de complications chez les patients atteints par le Covid-19 » Vous travaillez à l’hôpital Sainte-Marguerite qui tourne actuellement au ralenti au niveau de l’imagerie. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi certains hôpitaux sont « en sommeil » alors que d’autres font face à une surcharge de patients comme de travail ? On doit effectivement laisser des places libres dans des hôpitaux dits en sommeil afin de parer à l’éventualité où ceux qui prennent en charge les patients atteints du Covid n’auraient plus assez de place pour en recevoir de nouveaux. Ces hôpitaux « sanctuaires » comme celui de Sainte-Marguerite où je travaille normalement déprogramment leurs vacations, les opérations qui ne sont pas urgentes… Certains services par contre vont récupérer des patients des hôpitaux qui se focalisent sur l’épidémie de Covid afin qu’ils puissent être traités sans risque d’être contaminés. Cela permet de désengorger la Timone ou l’hôpital Nord et laisser des lits libres pour les patients Covid. On prend des mesures afin de se préparer au mieux au pic épidémique qui devrait très prochainement arriver en région PACA. Vous et vos collègues avez donc décidé, sur la base du volontariat, de venir épauler les manipulateurs radios des hôpitaux comme la Timone ou l’hôpital Nord qui reçoivent beaucoup de patients infectés par le Covid-19 ?! Notre activité étant quasi nulle, nous avons souhaité nous rendre utiles en allant prêter mains fortes à nos collègues manipulateurs radios de la Timone qui font face à une arrivée massive de patients infectés. Leur vacation a quasiment doublé car de nombreux patients se présentent au service IHU (Institut Hospitalo-Universitaire) pour se faire tester car présentant des symptômes. S’ils sont positifs, ils doivent alors passer un scanner ce qui explique la forte affluence actuelle. C’est tout naturellement que nous nous sommes proposés sur la base du volontariat d’aider nos collègues comme les patients. Si l’on n’est pas utile dans de telles périodes alors à quoi sert le soignant ? C’est un peu comme si on se défilait pour aller à la guerre… C’est impossible ! Vous employez justement le terme qu’a utilisé le président Macron dans son premier discours, la guerre. Vous avez vraiment cette impression de mener une guerre contre la maladie ? Quand on arrive à la Timone, on a deux scanners dédiés aux patients infectés et il est vrai qu’on n’a jamais vu ça. Nos collègues sont habillés en tenue de combat. On a vraiment l’impression d’arriver dans un endroit confiné, hyper sécurisé. Il y a des protocoles à respecter pour s’habiller, se déshabiller. On doit revêtir des masques, des blouses plastifiées, des gants, des surchaussures, des charlottes. C’est un univers et une ambiance très particuliers que celui dans lequel nous travaillons actuellement. Alors, oui, l’ennemi est invisible mais il n’en est pas moins là et dangereux. Une fois sur place, comme un soldat qui va au front, on avance avec pour seul objectif d’aider le plus de patients possibles. Vous êtes, comme vous vous qualifiez, une force de l’ombre assez méconnue. Pouvez-vous nous éclairer sur votre métier ? La profession de manipulateur radio fait partie du paramédical et non du médical. Nous sommes des soignants et n’avons pas fait des années de médecine comme le font les radiologues qui sont avant tout des médecins. Nous perfusons, piquons, savons prodiguer les premiers secours… Nous sommes un peu l’équivalent de l’infirmier dans le secteur de la radiologie. Nous réalisons les images qui, ensuite, vont être interprétées par le radiologue. Dans la salle de scanner, vous travaillez en binôme ? Si nous avons l’effectif suffisant oui car nous recevons parfois des patients en brancard, en lit, en réanimation qu’il faut positionner sur la table de scanner. Dans la majorité des cas, il y a une personne à la console qui n’est pas au contact des patients, une zone non infectée. Dans la salle d’attente comme dans la salle de scanner ne restera que le manipulateur qui demeure au plus près des patients. Ce manipulateur a donc, quand il finit son travail, un protocole très strict à respecter afin de ne pas contaminer le personnel. Il doit enlever ses gants en même temps que sa blouse, puis le masque, le calo, se désinfecter les mains… Vous qui êtes en contact de patients infectés, vous faites-vous automatiquement testés ? Non, uniquement si l’on présente des symptômes. C’est ce qui a été décidé avec l’encadrement. Pour l’instant, il n’y a qu’une interne qui a été testée positif sur la Timone ! Heureusement, aucun cas grave n’est à déplorer. Au départ, on manquait de tests pour dépister celles et ceux qui présentaient des symptômes. On voit aujourd’hui qu’au sein de l’IHU du professeur Raoult, tout le monde peut se faire tester ? À la Timone, effectivement, si un patient a le moindre doute, il se présente dans la file d’attente de l’IHU. Il peut alors faire un test PCR qui consiste à mettre un coton-tige dans le nez. Si le test est positif, le patient passe un scanner qui permet de constater l’étendue des lésions pulmonaires liées au Covid. En fonction de la gravité de ces lésions, on va diriger le patient vers une unité de soins adaptés ou le faire rentrer chez lui avec une surveillance. On dit que l’obésité est un facteur qui décuple les risques de complications. Est-ce quelque chose que vous constatez ? Il est … Lire la suite

Julie, membre du SAMU en région PACA

En première ligne face au Covid-19, les assistant(e)s de régulation médicale prennent en charge des patients aux pathologies de plus en plus sérieuses, forcément angoissés par une épidémie qui truste les plateaux de télévision comme les réseaux sociaux. Au front, Julie est aujourd’hui confrontée à un quotidien où les décès succèdent à des situations dramatiques, le choix de savoir qui sauver en priorité se posant forcément. Pour Agents d’Entretiens, elle a décidé de briser le silence en relatant une vie faite d’urgences. Vous avez demandé le 15, ne quittez-pas ! « Le président Macron nous fait de belles promesses, mais franchement je me demande si l’on va en voir la couleur ! » Vous êtes en toute première ligne face à cette épidémie de Covid-19. La prise en charge de patients en détresse respiratoire est-elle en croissance constante ces derniers jours dans la région ? Dès le mois de février, on a commencé à avoir des cas de Covid-19. Mais le réel changement s’est produit il y a deux semaines environ. Le nombre d’appels liés au Covid a alors augmenté rapidement. Les gens appelaient essentiellement pour avoir des conseils, savoir quels étaient les symptômes, est-ce qu’il y avait des zones géographiques plus touchées que d’autres… C’était surtout sous forme de questions. On les renvoyait donc vers le 0800, la plateforme téléphonique qui renseigne sur le Covid-19. Nous avions pour directive de ne prendre en charge que les personnes qui présentaient une détresse respiratoire. Puis, la semaine dernière, on a constaté que de plus en plus d’appels étaient émis par des patients présentant en effet ces symptômes ! Ce sont souvent des personnes qui nous avaient appelé la semaine précédente et dont l’état de santé s’est rapidement dégradé. Je dirais donc que la vague épidémique monte doucement et que nous ne sommes hélas pas encore au pic. Constatez-vous de plus en plus de cas graves qui nécessitent une place en réanimation ? Oui. Ce week-end, dans la nuit de samedi à dimanche, entre deux heures et cinq heures du matin, qui est une plage horaire normalement assez calme, on était quatre ARM (assistant(e) de régulation médicale) dont un spécial Covid à décrocher et on avait à un moment cinq appels en attente tant on était sollicité. Nous étions tous en ligne. On a eu trois SMUR à engager en même temps dans la région, les trois patients pris en charge étant des cas de détresse respiratoire avec suspicion de Covid. Il ne s’agissait pas forcément de patients avec des antécédents mais plutôt des dégradations brutales de personnes qui, deux ou trois jours auparavant, allaient très bien. Ces patients ont tous fini intubés et ventilés en réanimation. Comment orientez-vous les patients pris en charge vers les hôpitaux de la région ? Avec le médecin régulateur, on regarde régulièrement où se trouvent nos places de réa. On a aujourd’hui un peu plus d’outils, comme un accès au ROR (répertoire opérationnel des ressources) afin de savoir quels lits sont disponibles. On n’hésite d’ailleurs pas à appeler directement dans les services afin de savoir s’il reste ou non de la place et si les médecins sont d’accord pour recevoir tel ou tel patient. On dispatche ensuite en fonction de leur niveau de saturation, tentant de répartir équitablement afin d’éviter qu’un hôpital soit trop débordé par une arrivée massive de cas graves. L’organisation commence à être bien mise en place au sein des hôpitaux puisque l’on dispose de tentes PMA (Poste Médical Avancé) à l’entrée des urgences qui s’occupent de faire le tri. Tous les patients qui arrivent avec une suspicion de Covid, détresse respiratoire et oppression thoracique, passent donc pas ces tentes où tout l’équipement nécessaire est à disposition. Avec le manque de places et le nombre croissant de patients graves, y-a-t-il des critères de prise en charge en réanimation tel que l’âge, les antécédents médicaux… ? Oui. J’y ai été hélas confrontée par deux fois ce week-end. Tous les jours on est certes confrontés à la mort, cela fait partie de notre métier. Demander à une dame de 80 ans de masser son mari parce qu’il est en arrêt cardiaque, on le fait souvent. Là je me retrouve à faire des choses encore plus difficiles. J’ai reçu par exemple des appels de personnes en détresse respiratoire, notamment dans les EHPAD ou même à domicile, et vu l’état que me décrivait la personne au téléphone, je savais très bien que j’allais faire réguler cet appel au médecin tout en connaissant déjà la réponse… Ces personnes hélas allaient mourir ! J’avoue que c’est quelque chose qui m’a beaucoup touchée surtout que, malheureusement, ce sont des situations qui prochainement vont inévitablement nous arriver de plus en plus fréquemment. Il y a donc effectivement des critères à respecter pour ne pas engorger les hôpitaux. C’est une « loi » qui existe de toute façon en temps normal. Si je n’ai qu’un SMUR de disponible, c’est sûr que je vais l’envoyer sur le patient de 50 ans sans antécédent plutôt que sur la personne grabataire de 85 ans. On se met alors forcément à la place de celle qui travaille en EHPAD, comme cela a été le cas ce week-end. L’infirmière m’a appelée pour un monsieur qui était en grande détresse respiratoire, une suspicion Covid car il y avait des cas avérés dans cet EHPAD. J’ai dû me résoudre à lui demander de laisser « partir » ce monsieur le plus tranquillement possible, en l’accompagnant. Ça fait vraiment mal au cœur ! Bien sûr ces situations font partie de votre quotidien mais comment psychologiquement fait-on pour tenir face à tous ces drames ? Une cellule psychologique a été mise en place, mais franchement on n’a pas, pour le moment, le temps d’y penser. Nous avons la tête dans le guidon. On s’occupera de nous lorsque la crise sera terminée. Les patients d’abord et nous ensuite ! Lorsque je passe une nuit vraiment difficile, j’ai mon petit rituel. Je pleure dans la voiture avant de rentrer à la maison afin de ne pas ramener chez moi toutes ces situations dramatiques que je viens de vivre. … Lire la suite

Ugo Nahon, médecin à l’initiative d’une page d’informations sur le Covid-19

Ugo Nahon, 32 ans, a suivi des études d’anesthésiste réanimateur puis de médecine nucléaire avant de se tourner vers la médecine générale à Marseille. Aujourd’hui, c’est après un passage aux urgences à l’hôpital de la Timone et dans le but de répondre au désarroi d’une partie du corps médical, en proie au manque de moyens comme de personnel, qu’il a décidé de créer un projet sur les réseaux sociaux. Le but : mieux comprendre l’épidémie de Covid-19 et lutter contre la surinformation dans les médias comme en ligne. Explications ! Groupe Facebook Covid-19 : Explications et Actualités Page Facebook Covid-19 : Explications « Il y a un vrai décalage de compréhension de la situation entre politiques et gens de terrain. » Qu’est-ce qui vous a donné envie de créer une page d’information pour renseigner les gens sur le Covid-19 ? J’ai eu l’idée de ce projet suite à mon passage aux urgences de la Timone. Le personnel soignant était à cran à cause d’un afflux massif de patients qui n’avait pas été anticipé. Beaucoup de personnes ne nécessitaient pas une prise en charge aux urgences, mais venaient car ils étaient paniqués. La peur engendre la peur et j’ai vu des soignants eux aussi perdre les pédales à cause du stress et du manque de sommeil. J’ai voulu, à ce moment-là, me rendre utile car j’avais déjà remarqué que les réseaux sociaux mettaient en avant des fake news et que la parole des médecins était noyée dans la masse et donc non percutante. Ne pensez-vous pas que la multiplicité des messages de la part de l’Etat, des professionnels de santé, des médias, des sites… crée une confusion auprès de la population qui ne sait plus trop faire le tri dans toutes ces informations ? La multiplicité des informations non triées et non vulgarisées, crée une confusion. Les chaines d’info en continu, en plus d’être très anxiogènes, relaient parfois des informations fausses et non vérifiées car elles font face à l’urgence de fournir un contenu. Les réseaux sociaux, c’est encore pire ! Le résultat est que la population ne sait plus qui croire et se rattache à des informations rassurantes qui sont aussitôt démenties. La vérité d’un jour n’est plus celle du lendemain dans le cas d’un virus émergent. D’où le côté indispensable de calmer le débat et de revenir sur des bases solides, des données actuelles, en prenant un peu de recul. La peur face au Covid-19 est-elle selon vous à la hauteur du danger de cette épidémie ? Cette peur n’est pas calmée quand on voit la propagation de la pandémie. Toutes les informations stressent la population qui, d’un côté, recherche inconsciemment à tout savoir pour être rassurée. Le fait de décompter le nombre de morts tous les jours accroît forcément la peur et le stress. La population ne se sent plus protégée et cela génère une angoisse supplémentaire doublée d’une colère qui monte envers les autorités. Résultat, le message de confinement passe mal et est donc moins respecté. Les mesures simples, prises dans le calme par les coréens par exemple, sont le parfait exemple que cette épidémie aurait pu être gérée plus sereinement. Mais nous sommes un pays latin et nos populations sont habituées à souvent surréagir avec l’ego français que tout le monde connaît. Nous avons aussi beaucoup de canaux de communication qui brouillent le message. Ce qui n’est pas le cas de la Chine, par exemple, qui verrouille l’info, bonne ou mauvaise. Comment expliquer qu’alors que le confinement apparaît comme la seule mesure valable, des personnes inconscientes essayent quand même d’enfreindre la loi et sortir au mépris de tout bon sens ? Là encore, est-ce un manque d’informations ou un discours peu clair ? Parce qu’ils n’ont pas été touché par un décès. La surabondance d’infos donne en effet l’impression que personne n’est d’accord et favorise les comportements à risque : “puisqu’ils ne savent rien, je continue à faire comme avant”. La France a beaucoup de mal avec les restrictions de libertés et nous en avons à nouveau la démonstration. Le confinement est une mesure valable mais pas la seule à mon avis. Quoi qu’il en soit, seul un confinement strict semble logique à partir du moment où l’on a opté pour cette solution. Le débat éthique est intéressant mais est-il possible de le tenir dans ce type de situation ? Est-il légitime que l’opposition s’insurge et ne vote pas des mesures de bon sens dans l’urgence sous prétexte que, peut-être, elles pourraient être liberticides dans le futur ? Est ce responsable ou irresponsable ? Les deux sont valables et malheureusement seul l’avenir le dira. Pensez-vous que l’Etat a trop tardé à mettre en place des mesures de confinement. Le maintien du premier tour des élections municipales ayant créé une sorte d’incompréhension ?! Oui clairement, le discours était contradictoire au début ou du moins rassurant (petite grippe). On autorisait des rassemblements de milliers de personnes et, en même temps, on annonçait une augmentation de personnes contaminées. Cela a été une erreur de maintenir le premier tour des élections municipales. Orgueil ou précipitation sont probablement au cœur de ces décisions. L’argument du coût d’un report des élections est stupide dans le cadre où le confinement va entraîner des pertes financières 1000 fois supérieures aux millions dédiés à l’organisation d’une élection. A Marseille, une proportion très forte de personnes tenant des bureaux de votes s’est avérée contaminée. Il serait d’ailleurs intéressant d’étudier le taux de contagion chez les votants versus les non-votants restés confinés. Quant au moment de la déclaration du confinement, était-elle appropriée ? Difficile à dire ! La Corée n’a confiné que les personnes positives. En revanche les mesures de protections ont été très strictes dès le début, je pense que l’erreur est là. Il a fallu trois mois à la Chine et des mesures de confinement extrêmes pour sortir de cette épidémie sans assurance qu’une nouvelle vague n’apparaisse pas. En combien de temps la France peut-elle sortir de cette épreuve ? Malheureusement impossible à dire. Rien ne laisse hélas supposer que le “déconfinement” ne va pas … Lire la suite

Carole, infirmière anesthésiste

Les hôpitaux débordent de malades infectés par le Covid-9 et les services de réanimation sont au bord de l’implosion. Manque de moyens, personnel soignant en partie contaminé et en quarantaine, effectif devant faire face à une surcharge de travail, choix cornélien pour savoir qui doit être sauvé… Derrière les messages des pouvoirs publics, quelle est la situation réelle pour celles et ceux qui, confrontés à une période dramatiquement exceptionnelle, se battent au quotidien pour sauver des vies ? Carole, infirmière anesthésiste du Sud de la France, nous fait un point sur la situation et, le moins que l’on puisse dire, c’est que cela fait froid dans le dos ! « Les primes, franchement, on attend de voir. Car le terme prime à l’hôpital, on sait ce que ça veut dire ! C’est bien souvent l’aumône histoire de calmer un peu le personnel soignant. » Quelle est aujourd’hui la situation dans les hôpitaux du Sud de la France après la mise en place du plan blanc ? Cela va faire deux semaines que l’on est en plan blanc. Nous avons donc annulé toutes les opérations chirurgicales non urgentes afin de libérer un maximum de lits en réanimation. La plupart des lits de l’hôpital ont été vidés. Beaucoup d’hospitalisations à domicile sont mises en place, des personnes âgées qui se trouvaient dans des services de médecine ou en gérontologie ont été placées dans des maisons de retraite. L’objectif du plan blanc est de libérer de la place pour se préparer à accueillir un afflux important de patients. Vous avez déjà accueilli les premiers patients atteins du Covid-19 dans votre hôpital ? Comme tous les hôpitaux du Sud de la France, nous avons effectivement accueilli les premiers patients. Mais nous ne sommes pas encore en flux tendu comme cela peut être le cas en région parisienne ou dans le grand Est. On s’attend par contre à être en plein boum dans les jours qui viennent. Les services de réanimation sont-ils préparés à recevoir un nombre de malades en croissance exponentielle ? On a tout fait pour ! Que ce soit à Marseille, Toulon, Draguignan, on a essayé d’ouvrir plus de lits de réanimation. Il y a les lits de réanimation actuels, les unités de soins intensifs qui sont passées en réanimation et les salles de surveillance post interventionnelle qui ont, elles aussi, ouvert des places supplémentaires. Malgré tout ce dispositif, on sait déjà que l’on manquera de lits. Le manque de places et de matériel va-t-il conduire à un choix cornélien où l’on va devoir sauver certains patients au détriment d’autres ? À partir du moment où une personne se trouve en réanimation, la question se pose hélas toujours ! On place des personnes en réanimation à partir du moment où l’on sait qu’on a la possibilité de les sauver. Certains patients arrivent aux urgences et, en fonction de leur état de santé, des analyses réalisées, on sait qu’elles ne survivront pas. On va les accompagner, ça c’est sûr mais hélas pas vers la guérison. Le « tri », c’est donc de se dire qu’entre une personne qui a une pathologie très lourde un âge très avancé et une personne plus jeune avec moins de complications, s’il manque des places en réanimation, on va privilégier la personne qui a une chance de s’en sortir. Il faut savoir que même avant le Covid-19, des places en réanimation, on en a toujours manquées ! Pensez-vous que la gravité de la situation ait été suffisamment anticipée par les pouvoirs publics ? Ce que l’on sait, c’est que depuis que l’alerte a été donnée au niveau de Mulhouse et de Colmar, le plan blanc a été déclenché pour nous préparer au mieux à un afflux de patients. Dans le grand Est, l’épidémie leur est arrivée comme un vrai tsunami sans qu’ils aient le temps nécessaire pour s’y préparer. Après, tout va dépendre dans le Sud aussi de l’ampleur de l’épidémie et du nombre de personnes touchées. Car même en ouvrant des lits supplémentaires, nos services ne sont pas extensibles et il faudra donc faire avec les moyens du bord. Effectivement, on a l’impression qu’au sein du système hospitaliser, tout le monde se débrouille plus ou moins avec les moyens du bord. Est-ce aussi l’impression que vous en avez en interne ? Tout à fait. Cela fait maintenant un an qu’il y a de la grève à l’hôpital et rien ne change. Cela fait dix ans que je travaille dans le milieu hospitalier et les conditions vont de mal en pis d’années en années. De moins en moins de personnel, de moins en moins de moyens… On est sur de l’économie dans les soins alors que l’on parle de l’humain. Il y a foncièrement quelque chose qui ne va pas là ! On a beau tirer la sonnette d’alarme depuis des années, nous ne sommes pas pour autant entendus. Comment voulez-vous écouter des gens qui font grève, mais grève avec un brassard et tout en continuant à travailler ? Si on ne va pas travailler, personne n’ira à notre place et on ne peut pas abandonner les patients. Donc, forcément, prendre d’assaut la rue aurait un impact plus fort, sauf qu’on ne peut pas le faire par éthique professionnelle. Au final, malgré la gronde, le système continue de fonctionner et le gouvernement ne prend donc pas en compte nos revendications. Le système de santé est en crise et a été affaibli depuis des années. Dans un récent discours, le président, Emmanuel Macron, expliquait que des moyens supplémentaires allaient être mis en œuvre et qu’une prime serait attribuée aux soignants. Ces mesures n’arrivent-elles pas un peu tard auprès d’un personnel de santé qui clament ses revendications depuis des mois maintenant ? Les primes, franchement, on attend de voir. Car le terme prime à l’hôpital, on sait ce que ça veut dire ! C’est bien souvent l’aumône histoire de calmer un peu le personnel soignant. On verra bien ce qui nous sera proposé mais, personnellement, je suis quand même très sceptique. Cela fait plus d’un an qu’on demande à être entendu et là, il faut que la situation soit dramatique … Lire la suite