Öpse, graffeur du collectif Le Chat Noir

De la Grèce antique aux murs de New York, Londres, Berlin ou Paris, le graff a imposé son style artistico-contestataire sur les façades des métros comme dans les galeries d’art. Ancrés et encrés au cœur de la cité, bras visuel armé du mouvement hip-hop, les graffeurs ont su, souvent dans l’illégalité, marquer de leur empreinte l’environnement urbain quotidien transformé en idéal terrain de jeu nocturne. Öpse, initiateur du collectif Le Chat Noir, nous ouvre les portes d’un art qui, aux yeux de certains, pâtit encore de son image de vandalisme primaire. Bienvenue à Paris sous les bombes… « Utiliser le paysage urbain et y apporter sa touche de façon colorée ne peut qu’embellir ou égayer des barres de banlieues vieillissantes. » « Certains étaient là pour exprimer un cri. D’autres comme moi, juste par appétit » Ces paroles extraites du morceau Paris Sous Les Bombes, de NTM collent-elles à ce qu’ont été vos débuts de graffeurs ? Tout à fait… La plupart d’entre nous (les membres du LCN) ont commencé à s’intéresser au graffiti et à pratiquer très tôt. J’ai aujourd’hui 33 ans et j’ai grandi comme mes camarades en banlieue parisienne. J’ai donc rapidement baigné dans la culture hip-hop que je n’ai jamais quittée. Gamin déjà, je me souviens des murs de ma ville recouverts de tags ou de graffitis qui symbolisaient un besoin d’exister, d’être reconnu au sein d’une société qui avait tendance à nous oublier. Alors, forcément, le soir, après l’école, en gribouillant sur des bouts de feuille, j’ai commencé à imiter ce que je voyais fleurir un peu partout dans mon environnement quotidien. Ensuite, le marqueur dans la poche, je voulu laisser mon empreinte sur les murs. Étant jeunes, il faut dire que l’on fonctionnait davantage par coup de cœur que par réelle revendication. Quand bien même il s’agissait d’un cri, je doute que nous ayons pu en avoir réellement conscience, si ce n’est pour se venger du commerçant qui nous avait mal reçus (rires). Mais il est sûr, avec du recul, que nous avions un grand besoin de nous exprimer et une envie débordante de recouvrir des murs pour faire passer notre message. Pour celles et ceux qui font trop souvent l’amalgame, peux-tu nous expliquer la différence qui existe entre le graff et le tag ? Le tag se fait d’un trait, il fait office de signature. C’est aussi une façon d’exister et de se faire connaître dans la cité. Plus tu es vu, plus tu arrives à tagger dans des endroits improbables et dangereux, et plus tu es respecté dans le quartier. Même si ce n’est pas toujours jugé très esthétique, il faut y voir un mode d’expression, donc une forme d’art, certes subjective, mais symbole de notre génération et de la société dans laquelle nous vivons. Le graff, lui, implique au moins un remplissage et un contour, ce qui permet de travailler sur des formats bien plus grands, plus colorés et plus complexes. Tags et graffs sont pourtant intimement liés, et je connais personnellement peu de graffeurs qui n’ont pas fait leurs premières armes avec le tag. Après, le côté « vandale » entre en compte, mais là encore, c’est un vaste débat que de définir qui sont réellement les destructeurs du monde dans lequel nous vivons. Et je ne pense pas que, question destruction, les taggeurs soient les plus dangereux pour l’avenir de notre planète ! Comment votre collectif « Le Chat Noir » s’est-il constitué ? C’était en 2003, à Nanterre, après quelques fresques murales communes, une bonne entente, la même passion créative et l’envie de développer nos styles, moi-même (Öpse) et Socrome avons décidé de fonder le collectif Le Chat Noir ; cet animal et son univers nous ont paru être assez représentatifs de l’identité que nous voulions… Peu de temps après, nous ont rejoint Keyone, Komo et Nas (un autre membre a également été des nôtres, mais il ne fait plus partie du collectif). Aujourd’hui, après toutes ces années, nous avons une bonne cohésion et sommes toujours aussi passionnés… Avec la même envie de réaliser des fresques et de développer des projets. Toutes ces années nous auront permis d’atteindre une belle unité dans notre travail et de marquer une certaine empreinte reconnaissable et reconnue sur la scène graffiti, ce qui fait plaisir, bien entendu. Passer des murs du métro à un mouvement artistique plus reconnu avec son site Internet demande quel type de mutation ? Ce qui nous a toujours poussés à agir d’une manière ou d’une autre, c’est la passion du graffiti, que ce soit par sa pratique ou sa diffusion. Nous en sommes venus à créer le site web www.lechatnoircrew.com pour nous présenter, partager nos réalisations et nos actualités… L’idée est sensiblement la même lorsque nous proposons des ateliers, participons à des festivals ou à d’autres événements. L’idée est de partager, rencontrer et exister en tant qu’artistes. Dans le graffiti, le fait de se montrer, voire de se démarquer par la quantité de pièces en pleine rue, sur les métros et ailleurs, ou encore par un style original, est inhérent à cette discipline. Par conséquent, je ne pense pas qu’il y ait eu de réelle mutation, si ce n’est cette ouverture d’esprit qui nous permet d’évoluer, de tester… de progresser. Éventuellement, ça demande davantage d’organisation au sein du crew Le Chat Noir, mais rien qui ne dénature notre identité ou nos personnalités. Je crois que si nous étions confrontés à des contraintes ne nous correspondant pas, on perdrait le plaisir et du coup, l’envie de pratiquer. Si l’on retrouve déjà des graffs dans la Grèce antique, comment est véritablement né le graffiti tel qu’on le connaît aujourd’hui en France ? De ce que j’en sais, c’est dans les années 1970, aux États-Unis, qu’est né le graffiti sous la forme la plus proche de ce que nous pouvons voir aujourd’hui dans le monde entier. Par contre, le comment du pourquoi réel des précurseurs de ce style d’expression, je n’en sais trop rien… Je trouve plutôt bien que … Lire la suite

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Edouard Brasey, auteur féerique

Fées, anges, philtres d’amour, démons, elfes, épées de légende, lutins, sirènes, chaudrons de sorcière, trolls, cyclopes, baguettes magiques, géants, orques, titans… Autant d’éléments qui façonnent un monde de croyance invisible source d’inspiration inépuisable pour les romanciers, illustrateurs et autres scénaristes. Ce monde du merveilleux est celui qu’a choisi Edouard Brasey, devenu au fil des années, LE spécialiste hexagonal d’un univers qui cultive l’imaginaire des petits comme des grands. Pour Agents d’entretiens, l’écrivain nous offre une immersion dans ce monde démon et merveilles. Par quel biais avez-vous été happé par l’univers féerique ? Cela s’est fait un peu par hasard, voici plus de quinze ans. J’avais proposé à un éditeur (Éditions Filipacchi) d’écrire un ouvrage intitulé Enquête sur l’existence des fées et des esprits de la nature. Le sujet éveillait ma curiosité, mais j’avoue qu’en dehors des contes de fées, je n’y connaissais pas grand-chose. Je me suis donc mis à passer des journées sous la coupole de la Bibliothèque nationale (l’ancienne, rue de Richelieu) et à commander des ouvrages en anglais, notamment ceux de la folkloriste Katharine Briggs. J’ai alors découvert un univers riche et attachant, plein d’humour et de poésie, très « anglo-saxon », bien loin de nos « fées à la mode » françaises. À l’époque, personne en France ne s’intéressait à l’univers féerique, à part mon vieux complice Pierre Dubois. Nos deux livres sur les fées sont sortis en même temps, en 1996. Cela a marqué le début de l’engouement pour la Féerie en France, ou en tout cas un retour à cet engouement. Depuis, j’ai publié une cinquantaine de livres sur le sujet… Parfois, j’ai le sentiment que les fées m’ont choisi comme ambassadeur de leurs fabuleux royaumes… « Les contes ne sont pas faits pour endormir les enfants, mais pour éveiller l’homme. » Fées, vampires, anges, loups-garous… Autant de thématiques que vous avez traitées et qui, actuellement, captivent le public par le biais de films. Comment expliquez-vous cette attirance pour l’univers du fantastique ? Je poserai d’emblée une différence entre « merveilleux » et « fantastique ». Dans le merveilleux, les fées existent, et c’est normal. Il s’agit de la mentalité type du Moyen Âge, par exemple. Dans le fantastique, les vampires existent, mais ce n’est pas normal ! Il s’agit d’une intrusion de l’irrationnel dans ce que nous nommons « réalité ». C’est une mentalité que nous avons héritée de la fin du XIXe siècle. Dans les deux cas, il s’agit d’une attirance naturelle et très humaine pour l’invisible, ce qui se cache derrière le voile du réel. C’est le principe du : « Et si ? » Et si l’on avait le pouvoir de réaliser tous ses vœux, comme les fées ! Et si l’on pouvait échapper à la mort, comme les vampires ! Et si l’on pouvait se transformer en animal et en avoir les pouvoirs, comme les loups-garous ! En réalité, tous les grands thèmes du fantastique et du merveilleux sont des réponses – en apparence irrationnelles, mais très construites sur le plan symbolique – à nos grands questionnements philosophiques et existentiels. Vous avez déclaré être persuadé que les anges existaient. Comment en être si sûr ? Parce que j’ai rencontré le mien, mon épouse ! En fait, les anges, tout comme les démons familiers, sont attestés depuis toujours dans les religions, mais aussi dans l’ésotérisme. D’où nous viennent ces intuitions subites, qui nous guident dans les choix de notre vie ? Où les artistes puisent-ils leur inspiration ? L’étymologie de « ange » (en grec angelos) est « messager ». Ils sont des intermédiaires entre notre plan humain et un plan plus élevé. Pour moi, leur existence coule de source. Mais chacun est libre d’y croire ou pas… Vous avez publié un traité de vampirologie et un traité des anges. Le bien est-il inéluctablement lié au mal ? J’ai publié également un « traité de démonologie », et nous préparons avec Stéphanie un « traité de sorcellerie » à paraître en octobre… Le bien et le mal ont effectivement partie liée, comme le jour et la nuit, l’ombre et la lumière. On ne pourrait pas vivre sans soleil, mais un soleil permanent nous brûlerait. L’ombre permet de souligner la lumière, de lui donner du relief. S’intéresser aux anges sans faire un détour du côté des démons revient à prôner une sorte d’angélisme béat. Comme disait Pascal, « qui fait l’ange fait la bête ». J’aime bien les contrastes. Le monde merveilleux que vous décrivez est-il un moyen de côtoyer l’au-delà ? Pourquoi pas ? Pour les anciens Celtes, les morts étaient emportés dans un paradis situé non pas au Ciel mais dans une île merveilleuse : l’île d’Avalon, où vivaient les fées. Les Walkyries emmenaient les guerriers morts au combat au paradis du Walhalla, où les accueillait le dieu Odin et où ils pouvaient continuer à se battre, tout en buvant de la bière. Chaque mythologie a sa propre description de l’au-delà, paradis ou enfer. Les mythes, les légendes, les contes sont des moyens d’apprivoiser notre peur de la mort, et surtout de ce qu’il y a après… Quelles sont vos principales sources de documentation lorsque vous écrivez un ouvrage ? Des livres, des livres et encore des livres ! Essentiellement des ouvrages anciens ou anglo-saxons. C’est là que je puise le meilleur terreau pour nourrir mes livres. Histoire, légendes, mythologies, influences celtiques, gréco-romaines, germaniques ou nordiques… Vous êtes en quelque sorte un historien du fantastique ! Historien est un bien grand mot, d’ailleurs, je n’en ai pas la formation. Disons plutôt « anthologiste du merveilleux », « passeur de légendes »… Même si le magazine Historia a fait appel à moi pour son dernier numéro hors série consacré au « Moyen Âge enchanteur », les autres auteurs sont tous des historiens. Mais je ne me contente pas uniquement de ce rôle. D’ailleurs, je suis en train de revenir à la fiction, puisque j’ai deux romans en cours d’écriture. Un thriller ésotérique et un roman noir dont l’action se … Lire la suite

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Jean-Éric Ougier, pyrotechnicien

Si, pour la plupart, feu d’artifice rime avec 14 juillet, bruits assourdissants et déluge de couleurs dans le ciel, c’est oublier un peu vite qu’au XVII et XVIIIe siècle, cette maîtrise du feu était considérée, à juste titre, comme un art à part entière. Pyrotechnicien de renom, Jean-Éric Ougier tente, par son travail d’orfèvre, de balayer cette image purement festive du feu d’artifice lors de spectacles qui mêlent poésie et émotion. Avec les pyroconcerts, l’homme a développé un concept unique où musique et magie visuelle s’imbriquent à merveille. Le 30 juin, l’artificier fera une halte très attendue au Parc André Citroën à Paris pour célébrer l’année du bicentenaire de l’un des plus grands pianistes de tous les temps, Franz Liszt. Accompagné de ses amis François-René Duchâble (piano) et de l’acteur Claude Brasseur qui récitera des textes du génial compositeur Hongrois, Jean-Éric Ougier mettra tous nos sens en éveil dans une sublime salle de concert à ciel ouvert où Franz entrera en Liszt. Comment est née l’idée des pyroconcerts ? L’idée a germé à Talloires en Haute-Savoie, lieu où je réside. Le pianiste François-René Duchâble (virtuose français qui jouera les œuvres de Liszt lors du concert du 30 juin), qui est un très bon ami, habite en face de chez moi, de l’autre côté du lac d’Annecy. François-René était à cette époque en pleine réflexion quant à la transmission de la musique auprès du public. Tout comme moi, il est ébloui par la beauté que nous offre la nature, et il a eu envie de sortir la musique classique des salles guindées et obscures dans lesquelles elle se cantonne bien souvent. Contrairement à d’autres pianistes, François-René aime, pour s’inspirer et donner le meilleur d’une œuvre, se servir d’un soutien visuel, d’un feu d’artifice abordé non comme un phénomène de foire mais comme un élément pictural. Il avait assisté à un des spectacles que j’avais réalisés sur la baie de Talloires et de là, a germé l’idée d’un concert de musique classique agrémenté d’éléments pyrotechniques. Aujourd’hui, nous fêtons la 17e édition des pyroconcerts de Talloires qui, chaque année, réunissent de grands noms du classique et du jazz pour des moments féeriques. La genèse de ces spectacles est également une belle histoire d’amitié puisque pour le pyroconcert « Liszt Hongrois ! » qui se déroulera le 30 juin prochain au Parc André Citroën à Paris, c’est lors d’une discussion avec mon ami Jean-Yves Clément (Commissaire général de l’année Liszt) qu’est née l’idée de ce spectacle musical (François-René Duchâble au piano), visuel et auditif (les textes de Liszt seront lus par l’acteur Claude Brasseur.) Est-ce plus le lieu dédié au spectacle ou la thématique du spectacle qui vous inspire lors de la conception pyrotechnique ? Les deux ! Au départ, j’avais prévu de donner le spectacle de Liszt dans le Parc des Buttes-Chaumont, haut lieu du romantisme selon moi, et qui cadrait admirablement avec le personnage qu’était Franz Liszt. Je ne connaissais pas vraiment le Parc André Citroën mais, en découvrant ce lieu, j’ai été très inspiré par son aire de jeu pour le moins variée. Cette structure contemporaine va nous permettre d’aborder le côté innovant du romantisme. Ce terme n’est pas, comme les gens l’imaginent, l’image d’Épinal du garçon follement amoureux aux pieds de sa belle. Le romantisme est le symbole d’une force énorme, d’une rébellion, d’un désir profond de changer le monde. C’est un courant d’une extraordinaire modernité. « Je peste sur la méconnaissance des médias comme des milieux dits “culturels” concernant le feu d’artifice, qui est un art certes populaire, mais un art à part entière ! » À son apogée, aux XVIIe et XVIIIe siècles, le feu d’artifice était considéré comme de la création artistique. Regrettez-vous qu’il soit plus aujourd’hui un divertissement, disons, populaire ? Oui, je le regrette ! Je peste sur la méconnaissance des médias comme des milieux dits « culturels » concernant le feu d’artifice, qui est un art certes populaire, mais un art à part entière ! Le feu est une matière et le feu artistiquement domestiqué s’adresse à tous sans barrière d’âges, d’origines, de classes sociales… Le feu d’artifice est universel comme le sport, la musique, et le cantonner à une obligation de 14 juillet est une chose stupidement restrictive. Aujourd’hui, pour les gros feux d’artifices, nous devons répondre à des appels d’offres comme si cela s’apparentait à la construction d’un pont ou d’un lycée ! Imaginer que la qualité d’un feu est contenue dans la quantité est une aberration qui me dépasse. Un feu se pense en termes d’émotions, celles que vous êtes capable de transmettre au public. Il ne suffit pas de faire apparaître dans le ciel le plus d’explosions possible, mais il convient de les coordonner convenablement pour véhiculer un message, raconter une histoire, du prologue au chapitre final. C’est d’autant plus choquant que le feu d’artifice est sans conteste le spectacle qui rassemble le plus de monde. Chaque année, le feu du 14 juillet à la Tour Eiffel fait se déplacer entre 500 000 et 700 000 personnes, plus que n’importe quel concert ou événement sportif. Le feu d’artifice doit, selon vous, être considéré comme un art à part entière ? Pour se faire, il faut un effort des artificiers eux-mêmes, mais également des politiques afin que les médias, bien peu réceptifs à cet art, parviennent à changer leur point de vue sur la question. Pour vous donner une idée, concernant notre spectacle du 30 juin et le pyroconcert sur Liszt, des dizaines de dossiers de presse ont été envoyés et seuls trois journalistes y ont porté de l’intérêt. C’est incompréhensible et pourtant, c’est ainsi ! En quoi l’informatique a-t-elle à ce point modifié la pyrotechnie ? Lorsque l’on élabore un feu d’artifice, l’informatique a un apport essentiel. Il permet de coller chorégraphiquement à la musique au centième de seconde. Ensuite, on choisit les matériaux que l’on va utiliser pour le spectacle, dans un souci de faire passer une émotion, une sorte de support visuel à une partition déjà écrite. … Lire la suite

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Gilbert Gruss, directeur du cirque Arlette Grusss

En 25 ans d’existence, le cirque Arlette Gruss s’est transformé en un empire du rêve unanimement salué et qui ne cesse d’émerveiller ses spectateurs. Disparue en 2006, Arlette, la grande dame de la piste aux étoiles, a transmis plus qu’une passion, un précepte de vie à son fils, Gilbert, actuel PDG de la PME. À l’occasion de ce quart de siècle de succès sur les routes de France, l’enfant de la balle nous fait partager sa vie dédiée au cirque. En piste ! Lorsqu’en 1986, votre mère, Arlette, a effectué sa première tournée, le monde du cirque était alors en crise. C’était un gros risque ! Les gens ne se déplaçaient plus au cirque. Beaucoup d’établissements ne pensaient qu’à faire du fric sans se soucier des numéros présentés au public. Ma mère, passionnée comme elle l’était, a voulu redorer le blason du cirque, sa raison de vivre. Malgré les avertissements de son père, Alexis, qui lui avait vivement déconseillé de se lancer dans une telle aventure, ma maman a créé son propre cirque. Au début, cela a été difficile, même très difficile. Imaginez une recette de 480 francs pour faire vivre tout le monde et vous comprendrez que le succès n’a pas toujours été au rendez-vous. Pourtant à force de travail, les gens sont peu à peu revenus. Dès le début, elle a engagé un orchestre, a proposé de vrais jeux de lumière et des numéros originaux, non présentés en France depuis au moins cinq ans. Elle a réussi son pari ! Aujourd’hui, alors que le cirque Arlette Gruss fête ses 25 ans, quel bilan tirez-vous de cette aventure ? Je n’en tire bien sûr que du positif ! Lorsque l’on voit les gens accourir chaque année de plus en plus nombreux dans les villes où l’on passe, c’est un plaisir énorme, une vraie satisfaction de perpétuer le projet de ma maman. Son nom est devenu une véritable institution, un gage de qualité sur lequel on se doit de veiller. Pour certaines personnes, le passage de notre cirque dans leur ville est devenu la sortie annuelle qu’ils ne rateraient sous aucun prétexte. Le public ne vient plus au cirque, il vient chez Arlette ! Depuis ma plus tendre enfance, j’ai baigné dans cet univers de la piste aux étoiles. On vit, on dort, on mange cirque toute la journée et seul l’amour, la passion que l’on voue à notre métier nous font tenir au quotidien et dans les moments difficiles. Votre maman a dédié sa vie au cirque, je suppose qu’outre la peine personnelle, sa disparition en 2006 a laissé un grand vide ! Ma maman était une femme forte au caractère bien trempé et qui ne laissait personne insensible. Elle veillait sur les membres de la troupe comme une mère et lorsqu’elle est décédée, cela a été un drame pour le monde du cirque en général. Des messages de soutien nous sont parvenus du monde entier et même de certains chefs d’Etat. Arlette était prête à tout pour son cirque. Je me souviens qu’une fois, nous étions bloqués dans une ville à cause de la vache folle. Les animaux ne pouvaient plus circuler ! Le dimanche matin, ma mère est partie seule sans rien dire et elle est revenue quelques heures plus tard avec un accord du préfet pour circuler librement. Elle était comme ça Arlette, elle ne se laissait jamais démonter par les événements ! Aujourd’hui, en tant que directeur du cirque, je me fais un devoir de mettre à exécution les règles de vie qu’elle m’a transmises car, même disparue, ma maman est encore là avec nous ! « Lorsque je regarde la société aujourd’hui, cela ne me fait pas plaisir et j’évite au maximum d’y être confronté. » Justement, sur votre site, vous citez les principes de vie de votre maman. Pensez-vous que « Humanité, bonté, tu dispenseras » ou « échelles de valeurs, tu transmettras », sont des valeurs qui ont disparu de notre société ? Hélas oui ! Personnellement, je transmets ces valeurs à mes enfants et je suis conscient que le cirque est un monde à part, un univers où les gens vivent en harmonie. Lorsque je regarde la société aujourd’hui, cela ne me fait pas plaisir et j’évite au maximum d’y être confronté. Nous vivons dans une sorte d’autarcie, un monde du rêve en marge de la société. Pensez-vous que le cirque soit pour les spectateurs une bulle de bonheur dans une société en pleine crise ? Sans aucun doute ! Nous sommes toujours présents avant et après le spectacle afin de converser avec le public et c’est le sentiment qui ressort de nos discussions. Les gens nous remercient pour ce moment de bonheur, de rêve, de joie qu’on leur offre. Le cirque est pour eux un nuage qui leur permet de s’évader des tracas quotidiens. Le cirque Arlette Gruss comprend aujourd’hui 11 nationalités pour 35 artistes, c’est une parfaite réussite de mixité de culture ! Oui, c’est aussi cela le cirque ! Des gens de nationalités différentes qui vivent ensemble et s’apportent mutuellement. C’est très enrichissant car tout le monde amène un peu de sa propre culture et on apprend les uns des autres. À la fin de l’année, lorsque le spectacle s’achève et que l’on se sépare, c’est un véritable déchirement pour tout le monde ! Comment vivez-vous le « procès » fait aux gens du voyage vous qui passez votre année sur les routes ? Il n’est jamais bon de faire un amalgame en partant d’un problème précis. Il y a des bons et des méchants partout, dans tous les milieux et ce n’est pas normal de mettre tout le monde dans le même bateau. Être radical n’a jamais rien résolu ! Pouvez-vous nous parler du projet pharaonique de ce nouveau chapiteau baptisé « Cathédrale » et qui accueille désormais le cirque Arlette Gruss ! C’était un très gros projet et il nous a fallu deux ans et demi pour le finaliser. Le chapiteau fait 22 mètres de … Lire la suite

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Claude Duneton, écrivain

Claude DUNETON, Le Monument, Presses de la cité, 528p Ecrivain, philologue, comédien, ancien prof’ d’anglais et actuellement chroniqueur littéraire au Figaro, Claude Duneton a écrit en 2004 un « roman vrai », sous-titre de son œuvre intitulée « Le Monument ». Dans cet ouvrage l’homme de lettre a souhaité redonner vie aux 28 habitants de Lagleygeolle, son village natal en Corrèze, morts durant la Grande Guerre. Ce travail minutieux, devoir de mémoire mais aussi hommage à une figure paternelle largement marquée par le Premier conflit mondial ne s’est pas fait sans mal et a laissé des traces. Même pour un écrivain, se frotter près d’un siècle plus tard à la plus grande tuerie de tous les temps n’est pas sans danger. Des années après, l’auteur retrouve toujours avec la même émotion « ses gars », « ses morts » qu’il a fait revivre dans un livre qu’il n’a jamais pu relire. Vous avez écrit ce roman comme un devoir de mémoire, par rapport à quoi ou à qui ? Par rapport à mon père, mais aussi par rapport au pays, à mon village, aux gens. Je me suis fait écrivain en écrivant ce livre. Avant, j’ai écrit des choses connues comme « La puce à l’oreille » ou des romans reconnus, mais tout était séparé de mes bases corréziennes. Je n’avais pas rempli ma tâche tant que je n’avais pas parlé de notre village. On n’est pas un vrai écrivain, à mon sens, si l’on n’écrit que des choses fantaisistes, si l’on ne parle pas de soi. Regardez Proust, je ne me compare en rien à lui, bien sûr, mais il écrivait des choses sur les gens qu’il connaissait autour de lui, Céline aussi, n’écrivait pas sur les gens de l’Ariège, il écrivait sur ce qu’il connaissait. Moi, je me disais que je n’avais pas suffisamment accompli ma tâche d’écrivain local, qui me donnait en outre l’occasion de parler de mon père, de ma vraie vie. Comment est née cette idée ? On était en 2000 et quelque. Vous êtes trop jeune pour savoir de quoi je parle, mais comme tout le monde, au fur et à mesure que le temps passe, votre famille meurt peu à peu, jusqu’à ce qu’à votre tour, vous vous retrouviez sur le front. Avant, vous vous dites : « tiens, il faudra que je demande ça à mon père, à ma mère », et vous ne le faites pas et puis un jour ils disparaissent. Nous avions ainsi dans la commune une quasi centenaire, Julia. Elle est morte en 2000 juste avant son centième anniversaire. C’était la sœur d’un des gars que je décris. Elle savait tout des gens de la commune. Je la voyais de temps en temps, on était bien ami, et puis voilà, elle a disparu. Et un jour que je regardais le monument aux morts, je me suis dit que sans la mémoire de Julia, je ne saurais jamais qui étaient ces gens. Plus de la moitié de ces familles m’étaient inconnues, et Julia savait tout ça. Je me serais réveillé un an avant, je n’avais qu’à l’interroger et l’écouter. Elle était le livre, elle savait qui était qui. Ça m’a fait drôle. Je me suis dit, voilà, il n’y a plus personne à qui demander qui sont ces gens dont je voyais les noms sur le monument depuis mon enfance. J’ai été pris d’une forme de tristesse. Ces garçons allaient tomber dans l’oubli. Alors j’ai voulu savoir. Comme une sorte de devoir par rapport au village et à notre petite communauté rurale de Lagleygeolle. Ainsi a germé l’idée. Je me suis alors lancé dans les recherches. Comment avez-vous procédé ? La tâche aura duré 2 ans. Il a d’abord fallu savoir qui était qui. J’ai été aidé par une ami généalogiste qui a trouvé deux gars que je pensais ne jamais pouvoir retrouver. Je me suis surtout plongé dans les archives de l’armée pour savoir quelle avait été leur vie sur le champ de bataille. Et leur vie au village ? Je la connaissais à peu près. Vous avez fait œuvre de romancier ou d’historien ? D’historien. Le romancier n’a pas fait grand-chose dans ce livre. Je suis né en 1935. J’ai suffisamment entendu parler de la vie de mes grands-parents. Mon père avait 51 ans de plus que moi, il avait fait la guerre de 14, c’était donc des connaissances que j’avais. J’avais tout en main pour faire cette œuvre. Ecrire sur quelque chose de connu a changé votre façon d’écrire, c’était plus facile ? Non, c’était difficile à écrire car complètement étouffant. J’ai procédé simplement, de manière chronologique avec les premiers morts, dès le mois d’août 1914. Des gens m’ont dit que le roman était bien construit, avec des allers-retours entre le pays et le champ de bataille. C’est totalement involontaire. Quand j’en avais marre d’être sur le champ de bataille, dans le sang, le bourbier, le gel je partais en permission au pays, me libérer de la cruauté de cette histoire… Imaginez, plus de 4 ans d’une guerre perpétuelle, une boucherie. C’est effrayant quand on y pense. Comment avez-vous vécu cette entrée dans la guerre ? Je me suis aperçu après coup que je m’y étais épuisé. J’ai commencé en 2001 et j’ai achevé l’écriture en juin 2003. Plus de deux ans à travailler 14 heures par jour. Je me suis vraiment immergé dans mon sujet. Je me suis rendu sur les lieux, j’ai pris des notes, dessiné des croquis. Mais j’ai poussé le scrupule jusqu’à me renseigner sur les phases de la lune de septembre 14 jusqu’à novembre 1918. Quand je raconte que la lune brillait, que je recrée un paysage lunaire, ce n’est pas inventé. Je ne place pas la lune pour faire joli. Il pouvait certes y avoir des nuages… Ne pas dévier de la petite réalité historique, c’était comme une mission. Je devais la vérité à ces hommes. Du coup, je n’ai pas écrit un roman, mais un roman vrai. Ce … Lire la suite

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H.R. Giger, le créateur d’Alien

Copyright Photo Dana Frank Visionnaire de génie, créateur d’un monde en pleine mutation, H.R. Giger restera comme l’un des artistes les plus marquants du XX ème siècle. Des tenues gothiques actuelles aux graphes qui fleurissent dans la rue, le monde de ce peintre, sculpteur est omniprésent au cœur de notre environnement quotidien. Trop souvent catalogué comme simple créateur du célèbre « Alien » par les profanes, Giger est, comme tout précurseur, un artiste incompris, véritable anticipateur du monde de demain. Rencontre à l’occasion de la venue du maître pour l’ouverture du « monde selon H.R. Giger » à la Halle Saint Pierre à Paris. Pensez-vous être le père d’un esthétisme cinématographique devenu l’apanage des grosses productions actuelles ? H.R. Giger : L’univers biomécanique qui compose la majeure partie de mes toiles est devenu une sorte de constante dans les décors que l’on retrouve aujourd’hui dans le septième art. Les structures tubulaires que j’utilisais déjà dans les années 70 sont extrêmement présentes. Je pense que « Alien », au-delà du succès commercial, a été une source d’inspiration et un modèle d’esthétisme qui a bouleversé ce qu’on entend par science-fiction. De toute façon, dans l’art, il vaut mieux être le volé que le voleur. Votre vision artistique du monde introduit la métamorphose, la fusion entre le minéral et l’organique, des éléments aussi divers qui touchent trente ans plus tard l’informatique ou la génétique. Avez-vous conscience de l’aspect prémonitoire de vos œuvres ? H.R. Giger : Il n’est jamais très bon pour un artiste d’être en avance sur son temps car cela crée en permanence un décalage entre le travail réalisé et l’avis du public. Lorsque j’ai commencé à exposer mes toiles en Suisse, il n’était pas rare que des gens manifestent ou jettent des projectiles contre la galerie pour interdire ce qu’ils considéraient comme de l’horreur. J’ai énormément souffert de cette incompréhension et l’aspect, comme vous l’appelez, prémonitoire de mon art m’a pesé, même si on constate aujourd’hui que je n’avais peut-être pas tout à fait tort. Le clonage ou les modifications génétiques n’étaient hélas pas uniquement le fruit de mon imagination, mais une anticipation de l’avenir à laquelle peu de gens croyaient. « Dans l’art, il vaut mieux être le volé que le voleur » Vous semblez blessé par ce manque de reconnaissance du milieu de l’art alors qu’aujourd’hui on retrouve pourtant l’influence de votre univers dans des domaines aussi divers que le graphe, le tatouage, la mode vestimentaire… H.R. Giger : C’est vrai que lorsqu’une personne vous montre son bras ou son mollet avec votre visage tatoué dessus, c’est assez étrange et flatteur à la fois. Pourtant, il a toujours fallu que je me batte pour faire accepter mon œuvre. J’ai été obligé de créer mon propre musée à Gruyères en Suisse et de vivre constamment en marge des institutions bien pensantes du monde artistique. Visiblement, ma démarche ne correspond pas à l’esthétisme du centre Beaubourg ou du Palais de Tokyo qui n’ont jamais daigné exposer mon travail. Vos œuvres sont d’une complexité picturale étonnante. On dit que lorsque vous peignez, vous êtes proche d’un état de transe ! H.R. Giger : C’est vrai que je plonge dans un monde où mes mouvements sont guidés par une force extérieure, comme si mon subconscient prenait le pas sur l’aspect conscient de mon cerveau. Pour les très grandes fresques par exemple, je travaille sans dessin préalable. Je positionne la toile sur une sorte d’ascenseur alors, je commence par le coin en haut à gauche pour finir en bas à droite. Je n’ai pas besoin de revenir en arrière, les images s’impriment au fur et à mesure dans ma tête. J’aime que l’on me lise des ouvrages dans ces moments-là pour libérer encore plus mon esprit de toute forme de réflexion. Il m’arrive fréquemment d’écouter du jazz comme Miles Davis ou John Coltrane. Les toiles sont un peu la transcription visuelle de rêves éveillés. Trop de personnes ne voient en vous que le créateur d’Alien. Ne trouvez-vous pas que limiter votre œuvre à la création de ce personnage est largement réducteur, preuve d’une méconnaissance de vos multiples talents ? H.R. Giger : Certainement, mais c’est ce qui intéresse les gens et lorsque l’on m’interviewe les questions tournent toujours autour d’Alien. Cela ouvre une porte aux plus curieux pour découvrir mon style biomécanique. Concernant la commande passée par Ridley Scott pour « Alien », voilà comment cela s’est passé : tout a commencé avec « Dune ». Dan 0’Bannon qui devait être le chef des effets spéciaux sur ce film était tombé sur mon œuvre « Necronomicon » publiée dans un ouvrage en 1977. Alexandro Jodorowski, qui devait réaliser « Dune », m’avait tout d’abord engagé pour réaliser l’univers esthétique du film. Pour des raisons « politiques », « Dune » a finalement été confié à David Lynch qui a préféré tout gérer seul. J’ai néanmoins continué dans cette voie et j’ai donné un exemplaire du « Necronomicon » à mon ami Salvador Dali. Dan O’Bannon qui travaillait sur « Alien » est passé chez Dali qui lui a présenté mon « monstre ». C’était tout ce qu’il cherchait, implacable, mystérieux, envoûtant, cruel. Cela a été une expérience fabuleuse, mais qui, effectivement, m’a enfermé dans une sorte de carcan. Que pensez-vous de la phrase de Paul Klee : « L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible » ? H.R. Giger : Comme vous le laissez sous-entendre, cette phrase est assez symptomatique de mes créations. On peut regarder mes toiles d’une manière purement esthétique et se dire que ce que l’on voit n’est que le délire de l’artiste ou entrer dans le vif du sujet et analyser la chose. Je pense que chaque artiste introduit une part psychanalytique dans ses œuvres et que, chez moi, cet aspect est fortement développé. Vous dites d’ailleurs à ce propos que la peinture est un moyen de fixer ses obsessions et ses fantasmes. Est-ce la raison pour laquelle le sexe et les armes, que vous collectionniez enfant, sont … Lire la suite

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Michel Audiard, sculpteur d’imaginaire

Quel est le lien entre Madonna, Nicolas Sarkozy, Bernard Werber et Vladimir Poutine ? Réponse : Ils possèdent tous un stylo signé Michel Audiard ! Le Tourangeau, faiseur de rêve, manie avec une aisance déconcertante, l’or, le diamant, la météorite ou encore la défense de mammouth. Les créations du sculpteur n’ont d’ailleurs de limites que celles de votre esprit et, bien sûr, de votre compte en banque puisque ses stylos peuvent atteindre les 250 000 euros. Mais quand on aime… Lors d’une interview accordée à la Nouvelle République, tu disais « Je fais des objets de fou pour des rois et des objets de roi pour des fous ». Cela reflète-t-il la façon dont tu te perçois ? Tout à fait ! C’est ce qui me plaît dans la sculpture. Plus les projets sont fous, plus ma motivation est grande. Je suis une sorte de chercheur qui, dans son laboratoire, tente de donner vie à l’imagination humaine. Une grande partie de mes projets naît ainsi de rencontres. On vient me voir du monde entier à l’atelier et on me dit : « j’ai pensé à un truc complètement dingue ! » Là, forcément, ça m’intéresse. Et la dernière folie en date ? Je travaille avec Pascal Nègre (PDG d’Universal Music France) sur un orchestre symphonique de 61 musiciens sculptés. Là, mon travail de sculpteur est de reproduire un orchestre au moment précis où les musiciens accordent leurs instruments. Capter cet instant de tension qui précède un concert. Il y aura un piano à queue dans un arbre et d’autres choses un peu folles dans le genre. Ce sera un délire visuel et auditif. Je me charge de la partie visuelle et Pascal, lui, s’occupera de l’orchestration à proprement parler, c’est son rayon ! J’ai commencé à sculpter, mais réaliser 61 musiciens à taille humaine n’est, tu t’en doutes, pas une mince affaire. Nous ne sommes pas encore fixés sur l’endroit où nous intégrerons cet orchestre de l’étrange, mais nous avons prévu d’inaugurer ça le 20 juin 2011, la veille de la fête de la musique. Tu insistes sur le terme sculpteur et non artiste pour te qualifier. Pourquoi ? Ma belle-sœur est une artiste ! Elle pond une aquarelle tous les trois mois et lorsqu’elle la présente à la famille, tout le monde se pâme… Jusqu’à la suivante ! Moi, je passe dix-sept heures par jour dans mon atelier à bosser. Alors, oui, je suis un sculpteur, un modeleur, mais pas un artiste ou un plasti“chiens”. Picasso ou Cocteau pensaient qu’au niveau de la création, il faut 5 % de don et 95 % de travail. Je partage leur point de vue. Est-ce la passion de l’écriture qui t’a dirigé vers la sculpture de stylos, véritables œuvres d’art ! J’aime l’écriture bien sûr, mais en définitive, pour les stylos, les meubles ou encore les bijoux que je réalise, l’idée de départ était de créer des choses qui me plaisaient et que je ne pouvais pas m’offrir. Et puis, au fur et à mesure des créations, dans lesquelles j’ai intégré mes propres influences artistiques, je me suis peu à peu façonné un style personnel. Le stylo a été un merveilleux vecteur pour me faire connaître. Quand tu y réfléchis, à part ton acte de naissance et ton certificat de décès, tu signes toute ta vie. Lorsque l’on réalise un stylo pour Nicolas Sarkozy ou Vladimir Poutine, pense t-on à l’importance que peut avoir cette sculpture au niveau de la politique internationale ? Non, je n’ai pas cette prétention ! Mais, parfois, il arrive que je découvre mes stylos à la télévision dans de drôles de situations. Je me souviens surtout de cette fois où j’ai vu Boris Eltsine signer son passage de pouvoir à Vladimir Poutine avec un Audiard qui lui avait été offert. Savoir qu’un type se voit transmis la force nucléaire par le biais d’une de tes créations, ça ne laisse forcément pas indifférent. « Quand tu y réfléchis, à part ton acte de naissance et ton certificat de décès, tu signes toute ta vie. » Quelle est la commande de stylo la plus incroyable qui t’a été faite ? Ce sont toujours ceux qui passent commandes qui ont les idées les plus folles ! Je me disais par exemple que l’ivoire serait très joli pour orner certains de mes stylos. Un client m’a dit un jour « Pourquoi n’utilises-tu pas des défenses de Mammouths ? L’espèce n’est pas protégée puisqu’elle a disparu ! » Effectivement, je n’y avais jamais pensé ! Un autre voulait quelque chose qui tourne autour de l’espace et il m’a apporté un bout de météorite afin que je l’incruste dans le stylo. On écrit forcément moins de conneries avec un truc venu du ciel ! Il y a aussi cette dame de 82 ans qui, amoureuse de mes stylos, m’en avait acheté 99. Forcément, j’ai voulu lui en offrir un 100e ! Elle a souhaité quelque chose d’érotique qui manquait visiblement à sa collection. J’ai réalisé un capuchon de stylo en forme de gland et un encrier représentant les testicules du Monsieur. Cela lui a beaucoup plu ! Quelles sont les étapes de création, de l’idée qui trotte dans ton esprit jusqu’à la sculpture finale ? Je ne fais jamais aucun dessin préalable. Lorsque j’ai une idée, je pétris, je modèle. Souvent, je ne suis pas content du résultat et je jette. Heureusement, parfois le miracle se produit et je suis moi-même étonné par ce qui est en train de naître sous mes yeux. La certitude est un terme proscrit lorsque je sculpte. Ce sont mes mains plus que ma tête qui sont le fil conducteur de tout travail. Stylos, meubles, bijoux, décoration intérieure, la sculpture n’a donc de limite que celle de ton esprit ! C’est justement cette « non limite » de l’art qui continue à me faire bander après plusieurs décennies de sculpture. L’année dernière, le gérant du Mac Donald’s de Tours m’a demandé de repenser toute la décoration du … Lire la suite

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Romain, tatoueur

Skate, musique, tatouage, illustrations, Romain, 33 ans, est un touche-à-tout aux multiples talents. Cet autodidacte s’est posé depuis cinq ans rue de Douai à Paris, chez l’un des maîtres du tatouage mondial, Tin Tin. L’homme nous livre ses impressions sur un art ancestral devenu un ornement corporel en vogue. À vos aiguilles ! Comment reconnaît-on un bon tatoueur ? Il faut tout d’abord bien évidemment être bon dessinateur! Personnellement, j’ai commencé à l’âge de 15 ou 16 ans à dessiner pour un tatoueur du Mans, d’où je suis originaire. Ensuite, j’ai fait mes armes à Paris avec un copain en réalisant de petites pièces. Il faut apprendre à manier les aiguilles et cela ne s’acquiert pas du jour au lendemain. Un tatoueur a pour modèle un corps avec ses formes, ses courbes, ses os. Cela change de la feuille de papier ou de la toile. Un tatouage de qualité se reconnaît donc, outre la qualité du dessin, dans l’aptitude du tatoueur à suivre les courbes du corps de son modèle de façon harmonieuse. Il y a tellement de mecs qui font de la merde qu’il est quand même important de se renseigner lorsque l’on décide de se faire dessiner sur le corps quelque chose d’indélébile. Lorsque tu achètes une voiture, tu te documentes avant. Tu te procures des magazines spécialisés, tu regardes les critiques sur le net. Pour choisir son tatoueur, il faut faire la même chose ! Peux-tu nous expliquer la technique du tatouage à proprement parler ! C’est un peu comme le peintre qui va avoir un crayon pour réaliser ses esquisses, un pinceau fin pour les lignes et une brosse pour les aplats et les mélanges de couleur. En tatouage, nous avons des aiguilles que l’on appelle des liners (plusieurs aiguilles soudées entre elles) pour faire des traits et le magnum qui sont des aiguilles qui font comme une sorte de peigne et qui vont servir à remplir le tatouage et à faire des dégradés. L’encre se fixe dans la couche basale qui est la couche superficielle du derme. Pourquoi pas aussi se faire tatouer une fourchette ou une tête de porc si demain cela devient à la mode ! À l’origine, le tatouage racontait une histoire, une appartenance à un clan. Ne penses-tu pas qu’aujourd’hui, la symbolique du tatouage a perdu cette dimension pour n’être plus qu’un artifice visuel ? Ce n’est pas plus mal ! Aujourd’hui, le tatouage est un peu plus reconnu comme de l’art et il était temps ! En Polynésie, le tatouage était une cérémonie pour symboliser le passage à l’âge adulte, mais il n’y a pas de rituel de la sorte en Europe. Donc, on se fait tatouer parce que c’est esthétique. Il y a bien sûr ceux qui se croient en banlieue de Los Angeles et jouent les durs en se faisant tatouer des bazookas ou des kalash. Des bad boys de pacotilles ! Il est important de réaliser un tatouage en osmose avec son vécu plus que de suivre une pseudo mouvance comme la mode du tribal ou de l’étoile actuellement. Si l’objectif est de se retrouver sur la plage avec le même motif que tous les autres, où est l’intérêt ? Pourquoi pas aussi se faire tatouer une fourchette ou une tête de porc si demain cela devient à la mode ! Combien faut-il compter financièrement pour un tatouage ? C’est très variable. Pour un bras complet, il faut compter en moyenne une vingtaine d’heures de travail voire plus donc entre 2500 et 4000 euros. Pour un dos, cela dépend si c’est un zoom sur une pièce bien précise ou quelque chose de minutieux et très détaillé. Le tatouage peut donc s’étaler entre quinze et cinquante heures, sachant qu’en moyenne une heure de tatouage coûte 150 euros. Aujourd’hui, on constate de plus en plus de corps tatoués. Le fait que de nombreux « people » (sport, musique…) soient tatoués a t-il influé, selon toi, sur la jeune génération ? Si tu montes une marque de fringues et que tu souhaites te faire connaître le plus rapidement possible, le meilleur moyen est de faire porter tes créations par quelques people. Tu peux être sûr qu’en un rien de temps, cela va décoller. Aujourd’hui, les footballeurs, les acteurs, les chanteurs qui se font tatouer permettent aux gens de franchir le cap avec moins de crainte parce qu’ils suivent un certain effet de mode. Cela permet de sortir du cliché : le tatouage est réservé aux voyous ! Le revers de la médaille, bien évidemment, c’est que ce phénomène de mode permet à des tatoueurs qui font de la merde d’avoir pignon sur rue en ouvrant leur boutique. Dans ton quotidien, tu reçois des banquiers comme des chefs d’entreprise. Qu’as-tu pensé du rapport qui décrivait les personnes tatouées comme des marginaux, instables ? C’est vraiment du grand n’importe quoi. Lorsqu’on se dit que ces personnes sont censées être des têtes pensantes de notre pays et qu’ils sortent de telles aberrations ! On est encore et toujours dans les stéréotypes. Le banquier est un homme bien qui porte des costumes et a un VRAI métier, il ne peut pas être tatoué ! J’ai personnellement tatoué des personnes de cette profession aux deux bras et cela ne les empêche aucunement de bien faire leur métier. Les tatouages ont été importés en Europe par les marins qui voyageaient et se faisaient couvrir d’encre au gré des différents pays où ils passaient. En prison, les mecs se servaient d’aiguilles et, hélas, tous ces clichés demeurent encore aujourd’hui ! On oublie souvent que le tatouage est un acte qui doit suivre des règles d’hygiène strictes. Quels sont les points essentiels que doit respecter un tatoueur ? En France, il faut savoir que l’hygiène concernant le tatouage est réglementée depuis peu. Le SNAT (Syndicat National des Artistes Tatoueurs) et surtout Tin Tin ont énormément oeuvré en ce sens. Sur Paris, du moins, je dirais que désormais les tatoueurs qui ont pignon sur rue respectent les mesures … Lire la suite