Avatar tisse sa toile

La dernière séance en date des suédois d’Avatar, « Dance Devil Dance », porte, il faut en convenir, divinement son nom. Ainsi, cette danse de tous les diables plonge nos conduits auditifs au cœur d’un maelstrom dans lequel on se laisse happer avec délectation. Fort d’un renouvellement sans cesse affiché, ce neuvième album du quintet ne déroge pas à la règle avec de véritables moments d’anthologie où, contre toute attente, les influences vocales de King Diamond auraient croisé la luette de Perry Farrell ou, plus improbable encore, celle de sir Nick Cave ou même des Beach Boys version heavy. Preuve que ce nouvel opus fait mouche : Toute écoute prolongée vous vaudra à coup sûr une visite chez le chiropracteur tant chaque morceau met votre rachis cervical à rude épreuve. Éteignez les lumières, préparez les pop-corn, le diable Avatar, par la voix de son batteur et fondateur du combo, John Alfredsson, entre dans la danse !

Jason Gouzy, l’Épicure de rappel !

« Pantagruel », un nom de restaurant qui, à lui seul, suffirait presque à nous mettre en appétit d’ogre ! En 2020, lorsque Jason Gouzy, passé par les cuisines des chefs trois étoiles Eric Fréchon ou Arnaud Lallement, décide de se lancer dans le grand bain en ouvrant au cœur du quartier du Sentier parisien un lieu aux allures de parfait clin d’œil à l’épicurisme rabelaisien, il est loin de se douter qu’une crise pandémique va s’inviter à sa table, l’obligeant, à peine ouvert, à fermer ses fourneaux plusieurs mois durant. Une première étoile Michelin couronnant le travail de ce chef dont tous les plats se conjuguent en triptyque gustatif du produit vient heureusement éclairer un ciel qui pouvait sembler bien sombre. Aujourd’hui, centré sur des assiettes aux douces réminiscences de Madeleine de Proust, Jason poursuit sa quête d’une cuisine étoilée pleine d’émotion accessible au plus grand nombre. Et puisque, comme le disait François Rabelais, « L’appétit vient en mangeant ; la soif s’en va en buvant. », quoi de plus agréable que de plonger dans l’antre de ce « Pantagruel » !

Pierre Martinet, alerte enlèvement !

2011, en pleine révolution Libyenne, Pierre Martinet, ancien membre du service action de la DGSE, est enlevé à Benghazi par le CNT (conseil national de transition) qui le pense à la solde du colonel Kadhafi. Pierre Marziali, son frère d’arme, qui l’a engagé pour cette mission privée de renseignement, est assassiné d’une balle de Kalachnikov dans le dos. Interrogatoires musclés, simulacres d’exécution, pourtant rodé à l’exercice de l’usure psychologique et à la résistance physique, notre militaire, enfermé dans les geôles d’une katiba islamiste envisage chaque jour comme le dernier. Sa promesse pour ne pas sombrer dans le désespoir : témoigner de ce qu’il a vécu dans un livre « Pris en otage » et enfin poser des mots sur ce traumatisme qui, à jamais, restera une plaie ouverte. Quand l’homme de l’ombre prend la parole !

Frédéric Simonin, un chef engagé !

Bien qu’il ait troqué la légion étrangère à laquelle il se destinait pour le métier de cuisinier, la devise du célèbre corps d’armée, « Honneur et fidélité », semble être le sceau de l’approche culinaire du chef étoilé Frédéric Simonin. Honneur de porter haut les couleurs de produits d’exception, fruit du travail méticuleux et passionné de producteurs que l’ancien élève de Joël Robuchon vient sublimer de sa touche créative. Fidélité aussi à ces femmes et ces hommes de la terre auxquels le Meilleur Ouvrier de France 2019 rend hommage dans un livre « Frédéric Simonin, la cuisine d’un chef engagé » en 80 recettes centrées sur le respect d’une agriculture durable et d’une cuisine responsable. Rencontre avec un homme aux convictions bien trempées dans son restaurant éponyme du 17e arrondissement de Paris. En avant, marche ! Photo : Les rencontres réservent encore de belles surprises et celle avec ce chef au grand cœur qu’est Frédéric Simonin en est sans conteste une merveilleuse illustration. Ainsi, lorsque je lui ai demandé de le prendre en photo pour illustrer ce podcast, cet homme entier m’a répondu : »On va se prendre en photos tous les deux car une interview, c’est comme la cuisine, un moment de partage ! ». Merci à Fred et à toute son équipe pour ce délicieux moment riche en émotions.

Alice Tourbier, voyage en cépages

Pour Alice Tourbier, l’hôtellerie de luxe est avant tout une histoire de famille. En 1999, lorsque tout juste sortie des bancs d’une grande école de commerce, elle transforme, avec son mari Jérôme, le domaine Smith Haut-Lafitte à Bordeaux acquis par ses parents en point de départ d’un œnotourisme centré sur la richesse du vignoble hexagonal, le pari peut sembler pour le moins audacieux. Depuis, Les Sources de Caudalie, en partenariat avec la marque de cosmétique éponyme créée par sa sœur Mathilde, sont devenues un lieu de villégiature prisé internationalement où le raisin se conjugue à toutes les sauces, au restaurant étoilé tout autant qu’au SPA avec des soins centrés sur la vinothérapie. Loin de se tarir, les Sources ont, depuis 2020, vu naître à Cheverny un nouvel écrin qui met en lumière les merveilleux cépages du Val de Loire dans un cadre où architecture et végétation luxuriante s’entrelacent avec poésie. Voyage au pays des merveilles en compagnie d’Alice Tourbier pour une interview où l’art de vivre à la française est reçu vin sur vingt !   

Martina Hoffmann, en toute Transe-parence

L’univers artistique de Martina Hoffmann possède cette vertu salvatrice rare de plonger celles et ceux qui s’y attardent dans un état méditatif voire introspectif. Initiée à l’art visionnaire par le regretté Robert Venosa, qui aura été, trente ans durant, son compagnon de route à la ville comme à la toile, Martina Hoffmann peint un monde onirique coloré, empli d’une symbolique qui retranscrit à merveille une vision du vivant dépassant largement notre seul et unique cadre terrestre. Si l’artiste partage désormais sa vie entre le Colorado et la Bretagne, à Carnac, où alignements mégalithiques et force de l’océan nourrissent son art, c’est à Paris que je retrouve la native d’outre-Rhin dont certaines des œuvres seront à l’honneur en novembre 2023 dans le cadre d’une exposition au musée du Quai Branly autour du voyage chamanique et de l’Ayahuasca. Et puisque comme le disait le maître de l’art visionnaire Salvador Dali : « La peinture est la face visible de l’iceberg de ma pensée », plongeons avec délice dans le Moi profond de Martina Hoffmann.

Claude Cancès, taille 36 !

De l’antigang à la Crim’ en passant par la Brigade Mondaine avant d’en devenir le grand patron, le Commissaire Claude Cancès a passé 35 ans au 36 Quai des Orfèvres dont il connaît les moindres recoins de la « maison ». 148 marches d’un escalier entré dans la légende, des relents de tabac froid qui rappellent ces heures d’interrogatoires nocturnes ou passées à plancher sur le cas Mesrine ou Guy Georges, les cris, les pleurs, les joies aussi de boucler d’interminables enquêtes, des murs du 36 transpirent l’histoire de grands flics comme celles de voyous qui ont écrit les pages les plus marquantes de ce haut lieu de la PJ parisienne. Si depuis 2017 la police judiciaire a quitté à regret les quais de Seine où elle avait élu domicile depuis 1913 pour rejoindre le nord-ouest de la capitale, Claude Cancès passe aux aveux pour nous compter l’histoire de ce 36 vu de l’intérieur. Prêt pour la visite ?

Frédéric Calmels, l’appel de la forêt

Pénétrer aux Sources de Cheverny, havre de paix où le temps y a suspendu son vol, c’est d’abord se laisser happer par une luxuriante forêt dans laquelle le bois comme les pierres de l’architecture du lieu viennent se lover délicieusement. Après dix années passées comme bras droit du chef Jérôme Banctel à La Réserve Paris, Frédéric Calmels est tombé sous le charme du terroir ligérien dans lequel il puise son inspiration. Au restaurant Le Favori, récompensé d’une première étoile Michelin en 2022, le natif de l’Aveyron propose une cuisine généreuse, inspirée, touchante, en parfaite symbiose avec cet environnement forestier qu’il a si justement transcrit dans des créations culinaires qui enivrent d’émotion et dont on citera, entre-autres, le poireau grillé au feu de bois, blanc manger d’esturgeon et coulis de persil ou bien encore la courge butternut confite au whisky, sucs d’orange et homard bleu juste saisi. Avec Frédéric Calmels, offrez-vous un retour aux sources… du plaisir !

Bruno Clément-Petremann garde La Santé

Pour paraphraser les Clash, le groupe de punk-rock britannique aux allures de fil rouge dans la vie de Bruno Clément-Petremann, se retrouver devant la porte de la prison de la Santé, même pour une interview, fait naître à l’esprit, l’espace d’un instant, une seule question : « Should I Stay or Should I Go ? » En pressant sur la sonnette du centre pénitentiaire situé dans le quartier du Montparnasse, les fantômes d’Apollinaire ou de Mesrine qui ont séjourné entre ces mûrs ressurgissent d’un passé où, en plein Paris, la peine pouvait s’avérer capitale. Le couperet aujourd’hui est d’une toute autre nature ! Alors que les prisons surchargées sont au bord de l’implosion, que certains détenus font couler beaucoup d’encre en se mettant en scène sur des applications de partage de vidéos et face à une justice qui, confrontée à de nombreux défis comme le souligne le rapport des États généraux du 8 juillet 2022, peine à trouver des réponses, Bruno Clément-Petremann, directeur de la mythique enceinte parisienne nous ouvre ses portes pour une interview au pied du mur. La Santé calling !

Frédéric L’Épée, le coup de grâce Shylock

Au milieu des années 70, trois jeunes amis niçois bercés par un prog rock encore à l’état embryonnaire venu d’outre-manche partirent en immersion dans une petite église isolée des Alpes-Maritimes pour vivre leur foi… en la musique. De cette retraite faite d’émulation créative, de marches méditatives et de répétitions intensives naquit un album, « Gialorgues », petit bijou dans la lignée de King Crimson. Si la sortie d’une seconde pépite,  » île de Fièvre « , poursuivit pour un temps encore l’aventure Shylock, le service militaire de nos trois appelés sous les drapeaux signa la reddition du groupe pour cause de dissensions quant à la direction artistique à emprunter. Près de quarante ans plus tard et alors que l’on pensait la messe dite, Frédéric L’Epée, guitariste et fondateur de l’épopée Shylock, parti depuis une dizaine d’années mener nombre de projets musicaux en capitale berlinoise, nous laisse espérer la sortie d’un troisième opus en cette année 2023. Miracle ! Photo : Cécile Setin

Jacques Dallest, buffet froid

« Que de crimes restent inconnus ! Que d’assassins échappent à la peine des hommes ! » écrivait Zola. Alors que, épisodiquement, à coups de rebondissements et de grand déballage médiatique, les « affaires » Grégory ou Dupont de Ligonnès reviennent sur le devant de la scène pour tenir le pays tout entier en haleine, ces meurtres sans, aujourd’hui encore, de meurtriers sous les verrous ne sont hélas que des homicides parmi tant d’autres dans ces dossiers non élucidés. Tour à tour juge d’instruction, procureur de la République et procureur général, Jacques Dallest a côtoyé le crime et celles et ceux qui l’ont perpétré au plus près. Fort de son expérience, sur le terrain comme dans les tribunaux, le magistrat mène l’enquête sur ces cold cases qui font froid dans le dos. Affaire classée ? Pas si sûr !

Paul Masvidal casse les codes

De retour d’une longue retraite spirituelle en Indonésie, c’est sur ses bases californiennes que Paul Masvidal s’attelle à la prochaine tournée de Cynic, groupe de métal prog atypique à la destinée pour le moins tragique. 2020 est ainsi à marquer d’une pierre noire pour le guitariste virtuose puisqu’en quelques mois d’intervalle, Sean Reinert et Sean Malone, respectivement batteur et bassiste du combo, disparaissent tragiquement. Après une période de deuil, de doutes, de dépression, le phœnix Masvidal renaît de ses cendres et offre avec « Ascension Codes » un divin voyage intérieur mêlant beauté et émotion. Puisque comme l’écrivait Baudelaire, « la musique creuse le ciel », celle de Paul Masvidal va puiser son inspiration au-delà des étoiles et se veut, entre-autres par l’utilisation de tonalités isochrones, une introspection aux divines vertus méditatives voire curatives dont chaque écoute transporte, transcende même. Why so Cynic ? Photo : Ekaterina Gorbacheva