Coline Faulquier, la « Signature » d’une grande !
Cette première étoile qui fait désormais briller son restaurant, « Signature », au cœur de la voie lactée de la haute gastronomie française, la cheffe Coline Faulquier en rêvait depuis sa finale perdue à l’émission Top Chef en 2016. De cette participation, la battante candidate dont les dressages d’assiettes faisaient déjà montre d’une parfaite maîtrise, garde un lien indéfectible avec celui qui l’a suivie, guidée et encouragée semaines après semaines de son accent chantant, le chef toulousain doublement étoilé, Michel Sarran. Un chef au grand cœur dont la bienveillance, le soutien et les conseils éclairés ont permis à la jeune bourguignonne, aujourd’hui symbole de ce mistral gagnant qui souffle sur la gastronomie de la belle cité phocéenne, de croire en elle pour, enfin, transformer ses rêves en une merveilleuse réalité. « Top Chef m’a fait gagner cinq ans dans ma carrière. » En 2016, vous déclariez dans une interview « rêver d’une étoile. » Aujourd’hui le rêve est devenu réalité, comment vous sentez-vous avec ce nouveau statut de cheffe étoilée sur les épaules ? C’est un rêve de gosse qui se réalise puisque cette étoile est, depuis le départ, ce qui m’a motivée et la raison pour laquelle, dès mon apprentissage, je me suis dirigée vers des chefs étoilés qu’il s’agisse d’Eric Fréchon ou bien encore de Christophe Bacquié. J’avoue néanmoins que le sentiment est assez étrange puisque le restaurant est actuellement fermé, ce qui nous empêche de valider concrètement cette obtention de l’étoile et donc d’y croire totalement. Lorsque le Guide Michelin a annoncé son palmarès, j’étais en Martinique et n’ai donc pas pu être présente pour la remise des prix. Concrètement, aujourd’hui, je n’ai ni la plaque, ni la veste, ni un restaurant dans la capacité d’accueillir des convives. Cela rend forcément l’obtention de l’étoile quelque peu abstraite. Je ne vais pourtant pas bouder mon plaisir puisque cela reste un grand bonheur. Ce restaurant, « Signature, », c’est avant tout une histoire de cœur avec une équipe qui m’a soutenue, épaulée et qui, dès le départ, a cru en ce rêve qui pouvait pourtant paraître impossible. Cette première étoile au Guide Michelin arrive, comme vous le spécifiez, dans une année 2020 bien compliquée pour les restaurateurs qui ont dû fermer leurs portes une grande partie de l’année. C’est donc un sentiment mêlé entre la joie de l’obtention de cette étoile et forcément quelques doutes avec des restaurants dont on ne sait toujours pas quand ils pourront ouvrir à nouveau leurs portes ?! Nous avons été ouverts huit mois cette année, ce qui a laissé le temps aux inspecteurs du Guide Michelin de passer et de repasser pour réellement valider cette étoile, la rendre légitime. Malgré la fermeture des restaurants décidée par le gouvernement, on pense donc mériter cette étoile. Après, savoir si cette récompense aura un impact alors que le flou règne quant à la réouverture des restaurants, ça c’est autre chose ! L’étoile, c’est un moment très fort à vivre mais le fait de ne pas être dans l’action actuellement modifie un peu la donne. Votre restaurant « Signature », ça a été cinq mois de travaux avec votre maman. Vous êtes, comme on avait pu le constater dans Top Chef une vraie battante, ne reculant jamais devant l’adversité. Allez au bout de ses rêves, ne jamais baisser les bras, c’est ce qui vous anime en cuisine comme dans la vie ? Oui, forcément. Je suis née dans un milieu modeste, entourée de beaucoup de femmes qui se sont toujours donné les moyens de faire ce qu’elles aimaient, conjuguant cela avec une vie de famille et un travail. C’est effectivement ce modèle familial qui m’a construite. Je suis une battante car, en tant que maman, je souhaite montrer à mon enfant que lorsque l’on se donne les moyens et que l’on croit en quelque chose, il n’y a aucune raison de ne pas y parvenir. J’ai débuté la cuisine à l’âge de quinze ans et j’ai dû prendre un appartement seule car l’école hôtelière était trop loin de chez moi. Cette autonomie, si jeune, a forgé mon caractère. Cela m’a permis d’acquérir une maturité d’esprit et une philosophie de vie qui me donnent en permanence l’envie de me battre pour réussir. Ce sont ces valeurs-là que je souhaite transmettre à mon fils. Lui faire assimiler le postulat que même si l’on part de rien, on peut accéder à ses rêves. Bien sûr, il faut de l’argent, du temps, de la volonté… Mais le travail finit toujours par payer. Vous travaillez avec, comme fournisseur, la ferme urbaine Terre de Mars. On constate aujourd’hui que de plus en plus de chefs font rayonner leurs terroirs dans leurs assiettes. Privilégiez les circuits courts, avoir une démarche éco environnementale, c’est primordial je suppose ?! C’est à mon sens primordial dans le sens où être bon cuisinier, cela se joue en grande partie sur la qualité des produits travaillés. Vous aurez beau être magicien, vous ne parviendrez jamais à réaliser une assiette de qualité si le produit ne l’est pas. J’essaye effectivement de travailler au maximum sur des circuits courts, ayant également recours, en plus de Terre de Mars, à une entreprise qui me récolte des herbes sauvages sur les hauteurs de Marseille. Le but est d’être le plus possible dans une cuisine de terroir. C’est assez compliqué à mettre en place car cela demande énormément de temps, l’obligation de se rendre disponible pour aller voir les producteurs, les fournisseurs et mettre en place une logistique de livraison qui soit optimale. Pour Terre de Mars, c’est un client de mon ancien restaurant, La Pergola, qui m’en avait parlé et j’ai tout de suite adhéré au projet, au concept, à leur vision des choses focalisée sur le respect de l’environnement. Même s’il est plus simple de se tourner vers les grossistes que de faire appel à des petits producteurs, je suis persuadée que faire rayonner le terroir qui nous entoure est essentiel surtout lorsque, comme à Marseille, vous êtes entourée de producteurs passionnés et animés par ce qu’ils font. J’ai personnellement grandi en Bourgogne, dans une campagne paumée … Lire la suite