Jean-Pierre Guéno, La terre en héritage

La Terre en héritage, Jean-Pierre Guéno, mis en images par Jérôme Pecnard : un livre vendu en partie au profit de la Fondation Antoine de Saint-Exupéry pour la jeunesse. Notre environnement ne se limite pas aux volcans, à la forêt, à la couche d’ozone, explique en préambule de son ouvrage, La Terre en héritage, l’écrivain Jean-Pierre Guéno. Notre société du XXIe siècle doit en effet prendre en compte l’environnement dans son ensemble, social, urbain, économique… Pour tirer le signal d’alarme sur la situation de notre Terre sans sombrer dans le catastrophisme ambiant, l’auteur prend comme exemple l’aviateur, poète et écrivain Antoine de Saint-Exupéry et son Petit Prince qui, dès les années 1920-1930, prônait une écologie globale et non limitée au seul brin d’herbe. Alors, pour que notre belle planète bleue ne soit plus un paradis oublié par ceux qui la peuplent, voici un ouvrage qu’il serait bon d’introduire dans le programme scolaire de nos chers bambins. « On navigue dans une société du tout à l’ego, où l’homme gravite autour de son propre nombril. » Comment vous est venue l’idée d’utiliser le Petit Prince de Saint-Exupéry pour brosser un panorama de la situation alarmante dans laquelle se trouve notre monde ? Il y a deux ans, j’avais publié un ouvrage intitulé La Mémoire du Petit Prince qui déroulait le fil de la vie d’Antoine de Saint-Exupéry par le biais de son personnage fétiche, le Petit Prince. En égrainant la vie de l’écrivain, poète et aviateur, ainsi que les thèmes qui expliquaient sa raison d’être, j’ai pu noter à quel point la vision de l’écologie qui était la sienne du fond des années 1930 et 1940 était proche des problématiques que nous connaissons aujourd’hui. Il ne faut pas oublier que si le discours de René Dumont (agronome français, connu pour son engagement écologiste) sur l’écologie s’est fait entendre, c’est principalement en raison des missions Apollo qui offraient au monde les premières visions de la Terre en orbite basse. L’homme, pour la première fois, prenait du recul au sens propre comme au figuré, et commençait à avoir une vision amoureuse de sa planète tout en réalisant ses dysfonctionnements. Cette approche, Antoine de Saint-Exupéry l’a toujours eue en tant qu’aviateur. De plus, il avait vécu dans de grandes mégalopoles aux quatre coins du monde, d’où le fait d’évoquer très tôt dans son œuvre une écologie qui ne se limitait pas à la nature proprement dite, mais englobait également l’univers urbain créé par l’homme. L’écologie au sens large du terme est donc, selon les premiers écologistes de 1871, la science des conditions d’existence, là où certains Verts de 2011 la résument à des points souvent trop réducteurs. Il faut comprendre que, sur l’échelle des urgences, la plus vitale aujourd’hui est l’urbanisme puisqu’un Terrien sur deux s’entasse dans les villes et les banlieues, environnement qu’il ne tient qu’à nous de transformer en paradis plutôt qu’en enfer ! Créateur de son propre environnement urbain, l’homme est donc le premier fossoyeur de la Terre ! L’homme est censé être la seule espèce douée de raison et pourtant, il sait aussi être irresponsable. Il peut à la fois sauver la Terre et la fossoyer, c’est là tout le dilemme ! Les grands échecs de l’urbanisme sont inéluctablement liés à la trop grande hâte dans laquelle les projets ont été réalisés (construction de barres d’immeubles devenues des ghettos), mais également en raison de l’esprit de lucre inhérent à l’homme. Comme le disait Alain Souchon dans sa chanson Foule Sentimentale, « On nous fait croire que le bonheur c’est avoir… ». Le rapport que l’homme entretient avec l’argent a toujours été dévorant, même avant ces bulles financières qui, aujourd’hui, explosent les unes après les autres. Dans ce livre, « il y a d’ailleurs les slogans de la prochaine campagne électorale » comme l’ont dit récemment deux ministres à qui le livre a été offert. Tout le paradoxe actuel est donc qu’il faut se protéger de la loi de la jungle, tout en protégeant la jungle. Comment expliquer justement que l’homme ait oublié ce cordon ombilical qui le relie au ventre de la Terre ? L’homme a oublié qu’il était relié au ventre de la terre par manque d’esprit de modestie. Plus il est civilisé en apparence, plus il a la chance de vivre dans des pays d’abondance, et plus il oublie des réalités essentielles. On navigue dans une société du tout à l’ego, où l’homme gravite autour de son propre nombril. Dans notre jeunesse, nous avons tous pensé être invulnérables. Puis, avec l’âge hélas, nous nous rendons compte que nous sommes fragiles et vulnérables. Quand tout va bien, l’homme a l’illusion de l’autosuffisance. Mais qu’advienne une catastrophe naturelle ou un gros souci dans la vie personnelle et, à ce moment-là, nous retrouvons les bienfaits de l’entraide et de la solidarité. Il faudrait que l’homme soit dans l’instant moins amnésique. C’est cette illusion d’autosuffisance propre aux pays nantis qui doit être combattue. L’astronaute Claudie Haigneré, que vous avez interviewée pour la préface de votre ouvrage, cite une phrase de Paul Éluard : « Un rêve sans étoiles est un rêve oublié. » Si l’on s’arrête sur la situation économique, financière et environnementale de notre monde en ce début de XXIe siècle, peut-on encore, si l’on est pragmatique, y voir des rêves étoilés ? C’est impératif ! Il ne faut pas oublier que la trajectoire de l’humanité a été parsemée de périodes très noires. Le romantisme est, à cet égard, souvent mal défini. C’est, au départ, un mouvement révolutionnaire qui naît après le premier empire dans une société bloquée. La génération des enfants du siècle n’avait qu’une alternative : le suicide par désespoir ou l’impératif besoin de faire exploser les arts en les renouvelant. Comme les révolutions de 1830 et 1848 ont avorté, c’est dans les arts que la révolution s’est faite. Ce n’est donc pas la première fois que l’humanité traverse une apparence de fin du monde. Plus les défis sont énormes et plus cela devrait nous encourager. Regardez le … Lire la suite

Bernard Seret, spécialiste des requins

Requin ! Ce simple mot suffit à déclencher une peur incontrôlée, enfouie au fond de notre patrimoine cérébral, nourri par des milliers d’années de récits marins sur ce « joyau » subaquatique qu’est le squale. En 1975, le réalisateur Steven Spielberg enfonce le clou avec son désormais classique Les dents de la mer, qui engendre une quasi-psychose chez tous les spectateurs de ce succès cinématographique. Victime de sa mauvaise réputation médiatique, pêché en masse à travers les océans du globe, le requin s’est peu à peu mué en une espèce en voie de disparition, au grand dam de ses défenseurs. Bernard Seret, biologiste marin, a, sa vie durant, tenté de redorer le blason d’un roi marin qui mérite autre chose que notre effroi. Car le squale est un animal complexe, étonnant et merveilleux qui contribue activement à l’écosystème de la grande bleue donc, à celui de l’espèce humaine. Aujourd’hui, il faut bien l’avouer, les vrais « requins » se trouvent plus facilement dans les couloirs de la Bourse que dans les océans ! À quand remonte l’apparition du requin sur notre planète ? L’origine précise des requins nous est encore inconnue ! Cette imprécision résulte du fait que les requins ont un squelette de nature cartilagineuse ; le cartilage est un matériau qui ne se fossilise qu’exceptionnellement. Les témoignages fossiles de leur histoire évolutive sont donc rares. Les premiers « restes » que l’on peut attribuer à un « proto-requin » datent du Dévonien (moins 425/moins 360 millions d’années). Plusieurs hypothèses ont été formulées concernant leur origine ; ils pourraient provenir d’un des groupes existant à cette période : les Acanthodiens, les Xénacanthes ou les Hybodontes. Chacun de ces groupes présente une ou plusieurs caractéristiques des requins actuels, mais aucun n’est le candidat idéal ! La faune actuelle est constituée de genres qui sont apparus à l’ère secondaire (moins 250/moins 65 millions d’années). L’histoire évolutive ancienne des requins est encore à décrire ; elle est liée à l’apparition du cartilage dans l’évolution des vertébrés. Les chondrichtyens (poissons cartilagineux comprenant les requins, les raies et les chimères) ont trouvé le moyen de conserver un squelette interne cartilagineux, souple, résistant et léger, bien utile à un prédateur pour accroître son agilité et alléger le poids de son corps dépourvu de vessie natatoire ! Dans l’idée que l’homme se fait du requin, y a-t-il eu un « avant » et un « après » Les dents de la mer ? Le mythe du requin mangeur d’homme existait bien avant la diffusion du film Les dents de la mer. Cette production à sensations n’a fait qu’amplifier un phénomène récurrent en exacerbant certaines peurs ancestrales ! La « réalité » des requins est bien différente de son image mythique. Les recherches scientifiques de ces dernières décennies ont changé notre perception des requins : ce ne sont pas des êtres sanguinaires assoiffés de sang et de chair humaine, comme le montre le film qui est une « fiction », mais des prédateurs parfaitement adaptés à leur fonction et à leur milieu. L’homme ne constitue pas le plat favori des requins ; la plupart des requins sont ichtyophages. Les quelques attaques de requins recensées annuellement sont des drames individuels. Mais, statistiquement, il s’agit d’un épiphénomène ! L’homme a une telle idée de son image dans la nature qu’il ne supporte pas d’être en position de proie par rapport à un animal sauvage. Sur Terre, il a éliminé le loup. De nos jours, l’homme envahit de plus en plus la mer dans laquelle le requin a une position analogue à celle qu’avait le loup sur Terre. En mer, le requin est dans son milieu, faudra-t-il aussi l’éliminer pour que l’homme occupe son espace ! Chaque année, les morts par attaques de requins sont bien moins nombreuses que celles dues aux piqûres de guêpes ou aux morsures de serpent. Et pourtant, les médias s’en délectent. Pensez-vous que cette médiatisation mal à propos participe grandement à la mauvaise image du requin ? Les attaques de requins sont recensées dans un fichier international qui fait état d’environ une centaine de cas d’attaques non provoquées, avec entre une à trois dizaines de cas mortels par an dans le monde. C’est dérisoire ! On compare souvent ces statistiques avec celles concernant les piqûres d’insectes et les morsures de divers animaux sauvages. Personnellement, je préfère la comparaison avec les cas de morsures de nos chers animaux « domestiques » ! Ainsi, rien qu’en France, on enregistre 500 000 morsures par an (chiens, chats, chevaux, etc.), dont 60 000 exigent une hospitalisation, avec en moyenne 1,5 cas mortel/an. Les responsables sont souvent les « bons toutous des familles » (labradors et bergers allemands impliqués dans 40 % des cas). Il faut donc relativiser le risque « requins » ! L’homme semble admettre plus facilement de se faire mordre par son propre chien que par un requin lors de ses vacances sous les tropiques, où les mers ne sont pas sans danger ! La médiatisation des cas d’attaques est plutôt une bonne chose, car l’information est un facteur important de la prévention. Mais il ne faut pas blâmer les requins : ils sont dans leur milieu, c’est le touriste qui est un envahisseur ! Faudrait-il vider la mer des requins qui y vivent pour garantir la sécurité des sites touristiques ? Certaines réactions engendrées par les attaques de ces derniers mois sont stupides ! Des pêches préventives (ou plutôt punitives) ont été faites à la demande des autorités locales, tuant nombre de requins et autres organismes marins, comme s’il s’agissait d’exorciser le mal en sacrifiant quelques requins sur l’autel de la rentabilité touristico-économique ! Sur les 465 espèces de requins, combien sont dangereuses pour l’homme ? Actuellement, on dénombre environ 500 espèces de requins, 16 % de ces espèces ont été découvertes et décrites au cours des deux dernières décennies. L’inventaire n’est donc pas terminé et pourtant, la braderie continue : 800 000 tonnes de requins sont pêchées chaque année ! Sur ces 500 espèces, … Lire la suite

Jean-Philippe Mandard, apiculteur

Formidables sentinelles de notre environnement, les abeilles sont un baromètre naturel qui nous donne une idée précise de l’état de la nature. Même si certains restaurateurs surfant sur la communication produisent eux-mêmes leur miel sur les toits de la capitale, l’apiculture s’avère un art encore trop méconnu qui combine des méthodes ancestrales (l’enfumage) et des techniques ultra modernes comme l’insémination artificielle. C’est au cœur des Alpes de Haute-Provence, à la sortie du petit village de Puimoisson, que nous accueillent Jean-Phillipe Mandard et son équipe pour un après-midi de récolte du miel de lavande. « Il convient de protéger au mieux nos abeilles afin d’éviter de vérifier si la prophétie d’Einstein est vraie ou non ! » Comment es-tu devenu apiculteur ? C’est un peu dû aux hasards de la vie. Au départ, j’ai fait une école d’agriculture dans le but de devenir berger. Le conducteur du bus qui m’emmenait à l’école possédait quelques ruches et, comme cela m’intéressait, il m’a invité à découvrir comment se déroulait la récolte du miel. Comme cela m’a beaucoup plu et que je tannais mes parents avec les abeilles, ces derniers m’ont offert quatre ruches pour mon anniversaire. Même si je suis devenu berger, l’activité apicole est toujours restée présente dans un coin de ma tête. Là encore, le hasard a mis les abeilles sur ma route ! Là ou je faisais paître mes moutons, mon premier voisin était un apiculteur. De fil en aiguille, nous avons fait connaissance et, comme je lui ai fait part de mon attirance pour l’apiculture, il m’a enseigné les différentes techniques indispensables à la fabrication du miel. Ma situation de berger se dégradant d’année en année en raison du prix de vente toujours plus bas des agneaux, j’ai finalement décidé de changer mon fusil d’épaule en me tournant vers ma première passion : l’apiculture. Quelles sont les règles à respecter si l’on souhaite devenir apiculteur ? Tout d’abord, on achète les ruches et tout le matériel nécessaire dans un magasin spécialisé et on met la main à la pâte. Rien de tel pour faire ses gammes ! Il est également primordial, à mon sens, de faire ses classes chez un apiculteur qui vous apprendra toutes les ficelles du métier. Ensuite, les automatismes viennent rapidement au contact des abeilles. Pour placer les ruches, faut-il être propriétaire d’un emplacement spécifique ? Non, pas vraiment ! On peut bien entendu posséder un terrain et y placer ses ruches si la situation géographique s’y prête. Souvent, ce sont les agriculteurs propriétaires d’un morceau de bois ou encore d’un champ en friche qui nous proposent leur parcelle pour y implanter nos ruches. Il existe une véritable interaction entre agriculteurs et apiculteurs, chacun étant conscient de l’importance de l’autre ! On peut également profiter des bois de l’ONF qui appartiennent à l’État afin d’y placer ses ruches. Tu possèdes pas moins de 650 ruches. De quelle manière sont-elles réparties ? Mes ruches sont réparties en sept ruchers différents, chaque rucher contenant entre 80 et 90 ruches. Chaque ruche est disposée en fonction du type de miel que l’on souhaite obtenir, romarin, lavande, châtaigner, bruyère… Les premières récoltes se font au mois d’avril et les dernières en octobre. On commence par la bruyère blanche et le romarin pour finir par la bruyère rose et le miel d’arbousier. Combien compte-t-on d’abeilles en moyenne par ruche ? On dénombre environ 20000 abeilles par ruche en hiver et 60000 en saison active, c’est-à dire au printemps. La vie de l’abeille est très structurée, de sa naissance à sa mort je crois ! Tout a fait ! La vie de l’abeille se compose de différentes périodes. Cette dernière va d’ailleurs réaliser plusieurs métiers durant sa courte vie (1 mois en saison active et 3 mois en hiver), un patrimoine génétique programmé dès sa naissance. L’abeille commence par nettoyer la ruche et finit par butiner. Tout est planifié dès le départ pour le bon fonctionnement de la ruche. Quelle est la production de miel par ruche ? C’est très variable, mais disons que cela peut osciller entre 10 et 40 kilos. Tout dépend vraiment des conditions climatiques. Il suffit d’un coup de vent ou d’une averse au mauvais moment pour faire chuter la production de plus de la moitié. C’est un paramètre que l’on ne maîtrise pas et qui fait aussi le charme de ce métier. On ne peut jamais savoir à l’avance ce que sera réellement la récolte. Peux-tu nous éclairer sur l’essaimage qui est un terme souvent employé en apiculture ! L’essaimage a lieu au printemps. Il s’agit du moment où la ruche est pleine et où la vieille reine s’en va avec la moitié de la colonie. À ce moment-là, les abeilles qui restent dans la ruche vont « fabriquer » une nouvelle reine, et le bon fonctionnement de la ruche repart alors pour un cycle. Ce sont les abeilles qui définissent celle qui va devenir reine ? Oui, tout à fait ! Les abeilles choisissent un œuf de moins de trois jours et elles le nourrissent exclusivement de gelée royale, ce qui déterminera le fait que l’abeille qui va naître sera reine. Une ouvrière, elle, est nourrie à la gelée royale et au pollen là où la reine est exclusivement nourrie de gelée royale ! C’est cette différence d’alimentation qui va déterminer le rôle des abeilles au sein de la ruche. Une reine met 16 jours pour éclore alors que les ouvrières mettent 21 jours. On parle d’ailleurs beaucoup des vertus de la gelée royale. Quelles sont-elles réellement ? Difficile à dire ! Personnellement, je connais pas mal de personnes qui en font une cure au printemps et en automne. Cela aurait pour vertu de renforcer les défenses immunitaires et donc, de lutter contre les virus chez les personnes un peu fragiles. Quelles sont les différentes étapes entre la collecte du nectar sur les fleurs par les abeilles et la fabrication du miel dans la ruche ? Cette étape dure environ trois semaines pour le miel … Lire la suite

Colomba de la Panouse, directrice adjointe du parc de Thoiry

En mai 1968, âgé seulement de 24 ans, le Comte de La Panouse relevait un merveilleux défi. Sauver le patrimoine familial, son château et ses terres, en ouvrant le premier « safari » Parc hexagonal. Depuis quarante ans, Thoiry, troisième site touristique d’Île-de-France, est devenu une référence où plus de 20 millions de visiteurs en cage, au volant de leurs voitures, sont venus contempler de sublimes pensionnaires en liberté. Colomba de La Panouse, fille du Comte et directrice adjointe du parc, a reçu Agents d’entretiens pour sensibiliser les grands comme les petits à l’importance du respect de l’environnement et de ses habitants à quatre pattes. Une visite guidée riche en émotions au cœur du monde animal et végétal, quelques jours avant le début des travaux d’une grande arche de Noé dédiée aux batraciens et autres amphibiens qui verra le jour en 2012. Il semble que, depuis une dizaine d’années, les zoos où les animaux s’agglutinaient dans de petites cages aient laissé place à des parcs animaliers où l’espace et la protection de l’espèce sont au cœur des préoccupations. C’est une évolution essentielle ! Thoiry, dès le départ, a été basé sur les grands espaces pour les grands mammifères. C’est vrai que cela nous a semblé essentiel que les animaux soient au plus proche des conditions de vie qui sont les leurs dans le milieu naturel. Respect de l’environnement et protection des espèces étaient, à la création du parc, les maîtres mots du Comte de La Panouse. Au départ, nous étions focalisés uniquement sur les grands mammifères, mais nous débutons la semaine prochaine la construction d’une arche (l’arche des petites bêtes) destinée aux amphibiens (grenouilles, crapauds, salamandres, tritons…), mais aussi aux invertébrés terrestres et marins. On le sait peu, mais il s’agit là de la classe d’animaux la plus menacée actuellement. Ce sont des espèces extrêmement sensibles car elles respirent par la peau ; la pollution de l’air et de l’eau leur est donc fatale. La protection des espèces est le leitmotiv des parcs animaliers. Mais qu’en est-il de la réintroduction des espèces dans leur milieu naturel ? Pour les grands mammifères, c’est surtout pour les herbivores que nous pouvons réaliser une réintroduction dans la nature. Et encore, cela concerne essentiellement les bovidés comme les antilopes, les bisons d’Europe qui font partie d’une réintroduction sur le terrain, les oryx… Pour ce qui est des félidés, la mission est très compliquée, même lorsque l’on dispose de grands espaces comme à Thoiry. Les animaux ne chassent pas, et même si l’on fait tout pour ne pas les apprivoiser, ils perdent peu à peu la peur de l’être humain. Survient alors, dans l’hypothèse d’une réintroduction en milieu naturel, la problématique d’empêcher les félidés d’arriver jusqu’aux villages. Si les parcs zoologiques veulent s’impliquer sur le terrain, il faut donc qu’ils s’intéressent aux petites espèces. Le Parc de Thoiry est avant tout une affaire de famille. Pouvez-vous nous rappeler comment est né ce lieu magique ? Mes grands-parents, qui vivaient un peu dans un autre monde et n’avaient pas franchement la conception d’une bonne gestion économique, vendaient beaucoup de terres et de biens pour combler le déficit de l’entretien du domaine. Est arrivé un moment où s’est posée la question de la vente du château. Mon père, le Comte de La Panouse, avait à l’époque 21 ans et a voulu à tout prix éviter que ces biens qui appartenaient depuis 400 ans à la famille ne soient vendus. En 1966, il a donc ouvert le château au public, mais, avec Versailles à un peu plus de dix kilomètres, la concurrence était plus que rude ! Il voulait concevoir quelque chose qui plaise aux enfants sans pour autant dénaturer la beauté du site. Mon père a alors pensé aux animaux car des safaris parcs tels que Thoiry existaient déjà outre-Manche. En France, c’était quelque chose de tout à fait nouveau, surtout que mon père voulait faire cohabiter plusieurs espèces ensemble. À l’époque, il a été énormément critiqué par des personnes du muséum qui ont dit que les animaux allaient s’entretuer dans de telles conditions. En fait, tout est une question de distance et, en respectant cela, nous n’avons jamais eu de difficultés à faire cohabiter les animaux entre eux. Les seuls que l’on sépare sont les hypotragues, car les mâles sont très agressifs. À part cela, nous laissons beaucoup cohabiter les uns avec les autres. Au départ, mon père avait fait venir d’Allemagne des curateurs afin de former tout le personnel à s’occuper des animaux. Les animaux étaient-ils au départ une passion pour la famille de La Panouse ? Non, je n’ai pas le souvenir, étant petite, d’animaux au sein du château ! Je crois que l’idée première de mon père était de sauver un patrimoine familial, puis il a découvert le monde animal pour lequel il s’est bien vite passionné. Au-delà des animaux, les parcs animaliers doivent-ils être selon vous des « bulles » de protection de l’environnement ? J’avais très à cœur depuis déjà quelques années que l’on soit cohérent par rapport au fonctionnement même de l’entreprise. Si, d’un côté, on a dans le parc des orangs-outans, que l’on soutient le programme d’aide à ces animaux et que, d’un autre côté, on a dans nos bureaux du mobilier en teck, on ne serait pas très cohérent ! Donc, pour cette vision globale, on a commencé à mettre en place un système de management environnemental. Pour moi, tout cela est indissociable. On ne peut protéger les animaux sans protéger leur milieu naturel et donc l’environnement. Nous avons actuellement un grand projet pour développer une station de biométhanisation en 2013 qui fournirait au minimum 76 % de notre chauffage. Si l’on ajoute des chaudières bois, on pourrait atteindre 94 % de nos besoins en chauffage. On fait de la biométhanisation pour produire de l’électricité, et le chauffage n’est qu’un déchet de ce procédé. Nous pourrions donc revendre avec notre partenaire l’électricité à EDF et garder la chaleur qui en découlerait pour le parc. Je pense que … Lire la suite

Gendarme Meyer, secouriste en haute-montagne

Crédit photo : SIRPA GENDARMERIE / Pascaline Labarrère Eté comme hiver, les membres des PGHM (pelotons de gendarmerie de haute montagne) assurent la sécurité des randonneurs, alpinistes ou skieurs. De la simple entorse à la chute mortelle, ces gendarmes de l’extrême mettent leurs vies en danger pour sauver celle d’autrui. Alexandre Meyer, 26 ans, basé à Jausiers (Alpes-de-Haute-Provence), nous livre les coulisses de ce métier qui a tout du sacerdoce. En piste ! « Même si l’on sait que l’on va être confronté à la mort, il est impossible d’anticiper sa réaction » En 1958, une loi montagne est mise en place et une circulaire confie aux préfets la responsabilité des secours. Les choses ont largement évolué depuis ! Effectivement ! En fait tout est parti en 1956 de la tragique disparition de deux jeunes alpinistes, Vincendon et Henry dans le massif du Mont-Blanc. Ils ont succombé après 10 jours d’agonie. Ces deux alpinistes ont été victime de la non structuration des secours. Ce drame a ému la population et, à partir de là, des mesures ont été prises. Depuis la création d’une organisation visant à améliorer les secours, la montagne est devenue de plus en plus accessible, été comme hiver. Les domaines skiables se sont multipliés, les randonnées, le parapente, le VTT… Toutes sortes d’activités sportives qui, forcément, entraînent parfois des accidents, ont vu le jour. La structure des équipes de secours a elle aussi évolué. Au départ, la sélection pour faire partie d’une unité se faisait sur dossier. Aujourd’hui, il s’agît de concours et il est demandé un niveau presque équivalent à celui d’un aspirant guide. Justement, comment devient-on membre du PGHM ? Il faut tout d’abord être sous-officier de la gendarmerie. Ensuite le CNISAG (Centre National d’Instruction de Ski et d’Alpinisme de la Gendarmerie) permet de se spécialiser. Un test sur 3 jours est mis en place lors de ces 12 mois d’école pour les élèves qui prétendent rejoindre un PGHM. Il y a trois qualités requises essentielles. Tout d’abord avoir des notions judiciaires et administratives propres à la montagne, avoir un bon physique et une technique sûre. Pour le physique, nous sommes évalués sur différents critères. Une course d’orientation longue et avec un fort dénivelé, du ski de randonnée, de descente, de l’escalade sur roche et cascade de glace. A terme, tous les membres des PGHM sont amenés à passer, en parallèle de leur métier de gendarme, un diplôme de guide de haute montagne. Qu’est-ce qui vous a poussé vers cette voie professionnelle ? Gendarme, secouriste et montagnard. Regrouper cela en un seul métier, voilà ce qui m’a donné envie de me diriger vers le PGHM. J’ai toujours fait du sport même si je n’ai connu la montagne que vers 17 ou 18 ans. Bien vite, c’est devenu une passion et gendarme en haute montagne était à mes yeux la voie naturelle. On pense qu’une fois le secours effectué, la mission est terminée. C’est oublier l’autre partie du métier. Nous devons ensuite enquêter et rédiger un procès verbal après chaque intervention afin de déterminer s’il y a eu imprudence, faute professionnelle, matériel défectueux… Dès que l’alerte est donnée, c’est tout un processus qui s’enclenche ! Avalanche, froid, la montagne fait peur l’hiver, mais la moitié des accidents se produisent en été ! Quelles sont les règles de sécurité indispensables à suivre avant de partir en haute montagne ? La règle de base qui nous incombe à tous, c’est l‘humilité face à cet élément naturel. Il faut diviser les risques en deux parties distinctes : les facteurs objectifs comme la forme physique, le potentiel technique de la personne qui s’aventure en montagne et les facteurs subjectifs comme la météo, le matériel nécessaire, l’état de la neige ou de la roche… Bien évidemment ces facteurs ne sont pas les mêmes si l’on part pour une simple randonnée ou pour plusieurs jours d’alpinisme en très haute montagne. Pourtant tout le monde doit en tenir compte ! Ensuite, il y a des règles de base à respecter. Il ne faut surtout pas aller au- delà de ses compétences, il est essentiel de prévenir de son départ, du trajet que l’on va prendre, de se renseigner sur la météo, de partir avec un fond de sac (à manger et à boire), un téléphone portable, un coupe-vent, une carte ou un GPS et une trousse de secours. En hiver, pour ce qui est du ski de randonnée, il est impératif de respecter le triptyque (pelle, sonde, ARVA), se renseigner sur les conditions du manteau neigeux et préparer en amont son périple, quel qu’il soit ! Hormis les chutes, quelles sont les principales raisons pour lesquelles les personnes parties en montagne font appel au PGHM ? À Jausiers, dans les Alpes de haute Provence, on voit vraiment de tout. De l’entorse de la cheville à l’accident de parapente en passant par le malaise ou la chute d’une paroi rocheuse, tout est possible. Ce massif est très polyvalent donc propice à de nombreuses activités. Il y a en permanence deux gendarmes de garde en alerte qui travaillent en collaboration avec le pilote d’hélicoptère et le mécanicien qui, eux, font partie de la SAG (section aérienne de la gendarmerie). Combien de temps s’écoule t-il en moyenne entre l’alerte et le décollage de l’appareil ? A l’hôpital, nous avons un médecin du SAMU local habilité à la montagne qui se trouve en alerte. Au moment du départ, dans l’hélico, il y a donc le pilote, le mécanicien, les deux membres du PGHM et le médecin. Pour réunir tout le monde et faire le briefing avec les gens du 112 qui nous contactent, je dirais qu’il faut environ 15 minutes… 15 minutes, donc, entre le moment où l’alerte est donnée et notre départ. Lorsque l’on est membre d’un PGHM, on est malheureusement confronté à la mort. Comment arrive t-on à gérer cette facette du métier ? Même si l’on sait que l’on va forcément être confronté à la mort avant de rejoindre un PGHM, il est … Lire la suite

Patrick Jardin, directeur du parc des Félins

www.parc-des-felins.com www.ferus.org Avec un tel patronyme, il pouvait difficilement devenir PDG d’un grand groupe pétrolier ou de restauration rapide. Et grand bien lui en a pris ! Aujourd’hui, grâce à Patrick Jardin, des enfants et des parents émerveillés se rendent vite compte, en visitant son parc aux 145 félins, des méfaits de la surindustrialisation comme de la surconsommation sur la faune et la flore qui les entoure. Intégriste athée comme il aime à se définir, le directeur du parc de Nesles en Seine-et-Marne, ne se contente pas d’offrir aux pensionnaires à quatre pattes de son établissement un environnement proche de leurs milieux naturels mais, sans jouer les donneurs de leçons, il sensibilise les jeunes générations à une société à l’avenir plus qu’incertain. Malgré la situation préoccupante d’un monde qui a perdu ses repères, Patrick Jardin veut encore y croire et milite par le biais d’associations pour que la nature reprenne enfin ses droits. Alors Jardin demain ministre de l’environnement ! C’est bon de rêver… « Les hommes politiques ne sont que des pions pour ces quelques grandes entreprises internationales qui tirent les ficelles. » Au-delà de la protection des félins, quelle est l’implication du Parc au niveau de l’écologie ? Il y a tout d’abord le parc en lui-même qui élève des animaux et qui est certainement le premier parc de félins au monde avec ses 30 espèces représentées. Nesles, c’est presque 300 000 visiteurs par an dont 60 000 enfants. Là, on est dans le registre « animal ambassadeur. » Parallèlement à cela, on a une association, SOS félins & Co dont les membres, particuliers ou entreprises, font des dons reversés à des associations qui travaillent pour la nature et le soutien aux populations locales. Vous possédez également un centre de reproduction pour félins. Les animaux nés en captivité peuvent-ils espérer vivre un jour à l’état sauvage ? Non, c’est une utopie ! Il ne faut pas se mentir, nous ne sommes pas prêts pour ça. Il y a quelques exemples d’animaux réintroduits dans leur milieu naturel comme des chevaux en Mongolie, des singes… Techniquement on saurait le faire, mais vouloir réintroduire des grands prédateurs alors que ceux qui vivaient à l’état sauvage ont été exterminés, c’est tout simplement les envoyer à la mort. En France, on a un peu le même problème avec l’ours des Pyrénées ! Les études montrent que, dans ce massif, on pourrait avoir 1 000 ours et… Il n’y en a que 5 ou 10 et on n’en veut pas plus ! Pourquoi, n’y a-t-il pas d’ours dans les Pyrénées ? Ils nous font chier à ce point-là ? À t-on eu droit à une explication tangible ? On dit que ce sont les éleveurs de moutons qui n’en veulent pas, mais il faut être con pour penser ça. Le mouton que l’on mange aujourd’hui dans notre assiette vient en grande partie d’Australie ou de Nouvelle-Zélande. Je vais vous dire moi ce que je pense. C’est que l’ours, il ne gêne qu’un type de personnes et ce sont les chasseurs, c’est tout ! Mais dans les médias, vous comprenez qu’on ne peut pas dire cela tout haut sans s’attirer les foudres d’une confrérie puissante. Il est beaucoup plus facile de dire aux gens : « On vous aura prévenu, vous allez avoir faim demain parce que les ours mangent tous les moutons. » On a reçu au parc des membres de Ferus qui militent pour la réintroduction des ours, loups et lynx en France. Ils ont essayé de communiquer pour alarmer la population lors d’une étape du tour de France cycliste et l’image a été coupée alors que le slogan pour tuer les ours a été diffusé. Après qui va me dire que ce n’est pas fait exprès ! Il n’y a plus aujourd’hui que 3 000 tigres à l’état sauvage en Asie. Pensez-vous que d’ici dix ou vingt ans, nous ne pourrons plus observer ces félins qu’en captivité ? Qu’est-ce qu’il faut répondre ? Moi, j’ai deux pendants. Il y a malheureusement un état de fait plus qu’alarmant et puis, de l’autre côté, il y a le mec qui y croit encore ! Aujourd’hui ne plus y croire, c’est faire un trait sur l’avenir. L’huile de palme est pour beaucoup dans la quasi-extinction de cette espèce ! Bien évidemment ! Nous ne sommes d’ailleurs pas dans un processus de consommation, mais de surconsommation. Au sein du parc, nous militons violemment depuis 2007 contre l’utilisation de l’huile de palme. Lors du tour du parc Mission Nature (une visite en petit train pour découvrir les conséquences dramatiques de la déforestation et de l’extinction de certaines espèces), on affiche des marques qui utilisent l’huile de palme. On ne ment pas puisque ces marques ont dit elles-mêmes que c’était un drame planétaire. Elles en sont conscientes, mais ne veulent rien faire ! Il faut revenir à du respect en diminuant notre consommation. Là, on va dire « Jardin veut nous faire revenir à l’âge de pierre. » Il faut arrêter de raconter n’importe quoi ! On surconsomme les produits venus d’Asie et, si on continue ainsi, on ne peut décemment se lamenter sur l’extinction des tigres. C’est donc à l’Europe de réduire sa consommation ! Bien sûr. Si l’Asie peut gagner de l’argent qui va l’en empêcher ! Elle ne fait que reproduire notre schéma. L’Europe a t-elle la moindre leçon à donner ? Non ! Regardez chez nous, sur 1 kg de nourriture produite, on en jette environ 500 grammes et après on nous dit que des gens ont faim. C’est quand même se foutre de nous. Il convient donc d’avoir un œil sur l’importation par exemple ! La liberté de l’importation qui, en amont de la chaîne, crée de graves problèmes économiques et sociaux est au cœur du problème. Tous les samedis au supermarché, en remplissant le caddie, on scie notre propre branche. Mais il est difficile de blâmer le consommateur qui ne sait pas forcément qu’une pâte à tartiner participe à l’extinction des … Lire la suite

Régis Mathon, ingénieur chimiste devenu maraîcher bio

Il était ingénieur chimiste, Régis a décidé de changer de vie pour devenir maraîcher bio. « Apprendre à désapprendre », oublier ce que l’on sait pour écouter la Nature. Au milieu de sa première saison à cultiver la terre, il nous raconte cette expérience séduisante à laquelle beaucoup pensent sans jamais oser franchir le pas ? « Il y a des choses qui ne s’expliquent pas, même chimiquement, la nature est bien plus compliquée que nos petits cerveaux. » Pourquoi avoir décidé de changer de métier ? J’étais au chômage depuis quelque temps, sans trouver de boulot. Auparavant, j’étais contractuel et je gérais des rivières. Mais au final, je me suis aperçu que ces programmes de gestion de rivière servent pour les institutionnels à se donner une bon image. Les agriculteurs, les riverains veulent une rivière qui coule droit et qui ne déborde pas. C’est de la gestion à court terme, pour la réélection de l’élu. Ça me soûlait un peu. Autant, dans ce cas, essayer de m’orienter vers un métier qui serait en accord avec mes principes tant sur la protection de l’environnement que sur la décroissance et la simplicité volontaire. Relocaliser la production et la consommation, revenir à des choses essentielles : le fameux consommer moins pour consommer mieux. J’ai fait un stage pour découvrir le métier, voir notamment si physiquement je pouvais tenir le coup car c’est quand même différent d’un job assis derrière un bureau. Tu as suivi une formation spécifique avant de t’installer ? J’ai choisi de ne pas suivre de formation théorique. J’ai déjà passé beaucoup de temps à l’école. J’avais pas trop envie d’y revenir. Je voulais être en contact avec la terre, pas un crayon à la main. Je suis donc allé travailler d’emblée aux côtés de différents maraîchers bio. L’inconvénient, c’est qu’aujourd’hui, si je veux m’installer en tant qu’exploitant agricole -je préfèrerais dire paysan- mais sans formation validante, je n’aurai pas le droit aux aides. Et je vais devoir vivre… Vers quel type de maraîchage t’es-tu orienté ? Un maraîchage qui respecte les rythmes de la vie. Beaucoup de maraîchers travaillent beaucoup, comme des fous, pour gagner de l’argent. Ce n’est pas le schéma que j’envisage. J’ai envie d’avoir du temps pour vivre, pour éduquer mes enfants, pour faire de la politique. Comment as-tu débuté cette première année ? Je suis en phase de test. Je loue à un Civam, (Centre d’Initiatives pour Valoriser l’Agriculture et le Milieu rural : regroupement d’agriculteurs qui ont mis en place une couveuse agricole, sorte de pépinière d’entreprise) la terre, une serre et tout le matériel dont j’ai besoin. Je n’ai donc pas eu à investir. Quelles ont été les premières difficultés auxquelles tu t’es heurté ? Pour arriver à faire pousser des légumes, il y a beaucoup d’aléas. Ce n’est pas un jardin potager. Il faut faire les choses au bon moment, détecter les maladies. Il faut anticiper beaucoup, surtout en bio. Le planning est serré. Ensuite, physiquement, on peut dire qu’il y a du travail. Je ne suis pas super mécanisé. J’ai un petit tracteur, mais je fais beaucoup de choses à la main. C’est physique. Je tiens le coup parce que les gestes ne sont pas répétitifs et que ça convient à mon corps pour l’instant. Après, c’est sûr qu’il ne faut pas souffrir de mal au dos au départ, ni craindre d’avoir de la corne sur les mains. Quelles joies ce nouveau métier te procure-t-il ? D’abord, nourrir ma famille avec mes légumes sains. Voir mon fils manger sa première purée avec mes patates et mes haricots. Puis, fournir l’Amap (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne ), regroupement de consommateurs qui se sont organisés entre eux et qui cherchent des producteurs. Ils ont passé avec moi un contrat de 6 mois. J’ai 21 ménages qui me prennent un panier à 10 euros par semaine. Ils ont payé au départ, et moi, chaque semaine, je les fournis. C’est un lien direct entre le producteur et le consommateur et ça permet au premier d’être pré-payé. C’est un soutien financier mais ça met la pression. Au mois de juin, je n’avais pas encore beaucoup de légumes, j’ai eu un peu peur. Enfin, je suis heureux de mettre les mains dans la terre. En été, je marche nu-pieds, c’est un vrai plaisir de la sentir, d’apprendre à bien la travailler. Que produis-tu ? Des tomates, des pommes de terre, des piments, des poivrons, des aubergines, des poireaux, des carottes, des choux, des blettes, des salades, des épinards, des melons et des haricots. La production bio induit-elle plus de travail? La grosse différence, c’est le désherbage. C’est plus facile de mettre un herbicide que d’enlever les mauvaises herbes à la main… Ensuite, les premières années, c’est un peu compliqué. La terre nous est inconnue, elle n’est pas stable. Elle est morte. Il n’y a plus de bactéries, de champignons, tous les éléments qui nourrissent les plantes. Dans le bio, on ne nourrit pas la plante, on nourrit le sol qui va nourrir la plante. Pour les producteurs traditionnels, la terre n’est qu’un support inerte. Nous, en la travaillant bien, on arrive à la faire revire. Au fil des années, elle fonctionnera de mieux en mieux, avec de moins en moins de maladie, et de moins en moins de traitements à passer. Justement, comment remplaces-tu les produits chimiques ? Aujourd’hui, je nourris ma terre en préventif avec du purin (extraits fermentés) de presles, de consoudes, d’orties, de fougères que je prépare moi même. Ça les renforce et ça aide le sol. Après, il y a l’environnement, les auxiliaires, petits insectes essentiels aux cultures, comme les coccinelles et qu’il faut faire revenir. Si notre parcelle est entourée de champs de maïs traditionnels, il n’y aura aucune bestioles. Il faudra donc planter des haies afin de faire revivre l’écosystème. Produire bio, ça coûte cher ? Le plus gros, c’est le travail. Ensuite, on n’achète pas de produits, donc, ça coûte moins cher. Pour ma part, j’ai un peu moins … Lire la suite