Jean-Pierre Guéno, La terre en héritage
La Terre en héritage, Jean-Pierre Guéno, mis en images par Jérôme Pecnard : un livre vendu en partie au profit de la Fondation Antoine de Saint-Exupéry pour la jeunesse. Notre environnement ne se limite pas aux volcans, à la forêt, à la couche d’ozone, explique en préambule de son ouvrage, La Terre en héritage, l’écrivain Jean-Pierre Guéno. Notre société du XXIe siècle doit en effet prendre en compte l’environnement dans son ensemble, social, urbain, économique… Pour tirer le signal d’alarme sur la situation de notre Terre sans sombrer dans le catastrophisme ambiant, l’auteur prend comme exemple l’aviateur, poète et écrivain Antoine de Saint-Exupéry et son Petit Prince qui, dès les années 1920-1930, prônait une écologie globale et non limitée au seul brin d’herbe. Alors, pour que notre belle planète bleue ne soit plus un paradis oublié par ceux qui la peuplent, voici un ouvrage qu’il serait bon d’introduire dans le programme scolaire de nos chers bambins. « On navigue dans une société du tout à l’ego, où l’homme gravite autour de son propre nombril. » Comment vous est venue l’idée d’utiliser le Petit Prince de Saint-Exupéry pour brosser un panorama de la situation alarmante dans laquelle se trouve notre monde ? Il y a deux ans, j’avais publié un ouvrage intitulé La Mémoire du Petit Prince qui déroulait le fil de la vie d’Antoine de Saint-Exupéry par le biais de son personnage fétiche, le Petit Prince. En égrainant la vie de l’écrivain, poète et aviateur, ainsi que les thèmes qui expliquaient sa raison d’être, j’ai pu noter à quel point la vision de l’écologie qui était la sienne du fond des années 1930 et 1940 était proche des problématiques que nous connaissons aujourd’hui. Il ne faut pas oublier que si le discours de René Dumont (agronome français, connu pour son engagement écologiste) sur l’écologie s’est fait entendre, c’est principalement en raison des missions Apollo qui offraient au monde les premières visions de la Terre en orbite basse. L’homme, pour la première fois, prenait du recul au sens propre comme au figuré, et commençait à avoir une vision amoureuse de sa planète tout en réalisant ses dysfonctionnements. Cette approche, Antoine de Saint-Exupéry l’a toujours eue en tant qu’aviateur. De plus, il avait vécu dans de grandes mégalopoles aux quatre coins du monde, d’où le fait d’évoquer très tôt dans son œuvre une écologie qui ne se limitait pas à la nature proprement dite, mais englobait également l’univers urbain créé par l’homme. L’écologie au sens large du terme est donc, selon les premiers écologistes de 1871, la science des conditions d’existence, là où certains Verts de 2011 la résument à des points souvent trop réducteurs. Il faut comprendre que, sur l’échelle des urgences, la plus vitale aujourd’hui est l’urbanisme puisqu’un Terrien sur deux s’entasse dans les villes et les banlieues, environnement qu’il ne tient qu’à nous de transformer en paradis plutôt qu’en enfer ! Créateur de son propre environnement urbain, l’homme est donc le premier fossoyeur de la Terre ! L’homme est censé être la seule espèce douée de raison et pourtant, il sait aussi être irresponsable. Il peut à la fois sauver la Terre et la fossoyer, c’est là tout le dilemme ! Les grands échecs de l’urbanisme sont inéluctablement liés à la trop grande hâte dans laquelle les projets ont été réalisés (construction de barres d’immeubles devenues des ghettos), mais également en raison de l’esprit de lucre inhérent à l’homme. Comme le disait Alain Souchon dans sa chanson Foule Sentimentale, « On nous fait croire que le bonheur c’est avoir… ». Le rapport que l’homme entretient avec l’argent a toujours été dévorant, même avant ces bulles financières qui, aujourd’hui, explosent les unes après les autres. Dans ce livre, « il y a d’ailleurs les slogans de la prochaine campagne électorale » comme l’ont dit récemment deux ministres à qui le livre a été offert. Tout le paradoxe actuel est donc qu’il faut se protéger de la loi de la jungle, tout en protégeant la jungle. Comment expliquer justement que l’homme ait oublié ce cordon ombilical qui le relie au ventre de la Terre ? L’homme a oublié qu’il était relié au ventre de la terre par manque d’esprit de modestie. Plus il est civilisé en apparence, plus il a la chance de vivre dans des pays d’abondance, et plus il oublie des réalités essentielles. On navigue dans une société du tout à l’ego, où l’homme gravite autour de son propre nombril. Dans notre jeunesse, nous avons tous pensé être invulnérables. Puis, avec l’âge hélas, nous nous rendons compte que nous sommes fragiles et vulnérables. Quand tout va bien, l’homme a l’illusion de l’autosuffisance. Mais qu’advienne une catastrophe naturelle ou un gros souci dans la vie personnelle et, à ce moment-là, nous retrouvons les bienfaits de l’entraide et de la solidarité. Il faudrait que l’homme soit dans l’instant moins amnésique. C’est cette illusion d’autosuffisance propre aux pays nantis qui doit être combattue. L’astronaute Claudie Haigneré, que vous avez interviewée pour la préface de votre ouvrage, cite une phrase de Paul Éluard : « Un rêve sans étoiles est un rêve oublié. » Si l’on s’arrête sur la situation économique, financière et environnementale de notre monde en ce début de XXIe siècle, peut-on encore, si l’on est pragmatique, y voir des rêves étoilés ? C’est impératif ! Il ne faut pas oublier que la trajectoire de l’humanité a été parsemée de périodes très noires. Le romantisme est, à cet égard, souvent mal défini. C’est, au départ, un mouvement révolutionnaire qui naît après le premier empire dans une société bloquée. La génération des enfants du siècle n’avait qu’une alternative : le suicide par désespoir ou l’impératif besoin de faire exploser les arts en les renouvelant. Comme les révolutions de 1830 et 1848 ont avorté, c’est dans les arts que la révolution s’est faite. Ce n’est donc pas la première fois que l’humanité traverse une apparence de fin du monde. Plus les défis sont énormes et plus cela devrait nous encourager. Regardez le … Lire la suite