Katatonia, la lumière noire

Alors que le ciel assombri de notre monde semble cruellement manquer d’étoiles auxquelles se rattacher, comme le souligne fort justement le dernier né de Katatonia « Sky Void of Stars », les compositions du quintet suédois possèdent elles cette rare vertu curative d’illuminer de leur halo un paysage musical ambiant en quête de rayonnement. Après une pause salvatrice en 2016 pour recharger les batteries célestes de l’inspiration et la sortie en 2020 de « City Burials », les Vikings catatoniques d’un doom metal progressif nous enivrent aujourd’hui avec « Sky Void of Stars » d’une beauté mélancolique sublimée de textes dont la dimension toute poétique vient toucher l’âme en plein cœur. Niklas « Nille » Sandin, bassiste de Katatonia, nous éclaire sur ce dernier opus aux allures de pistes aux étoiles. Photo : Mathias Blom

Vanden Plas, la griffe du Rhin !

Lorsque l’on évoque tout à la fois la musique métal et nos voisins d’outre-Rhin, les noms de Scorpions, Rammstein ou bien encore Accept sont invariablement les premiers à nous sauter aux esgourdes. Dans le registre prog, il existe pourtant un groupe qui, depuis plusieurs décennies, s’attire les faveurs des amoureux du genre. Formé en 1986 par un quintet aujourd’hui encore au complet, Vanden Plas nous délecte d’albums conceptuels comme l’attestent les deux chapitres de « Chronicles of the Immortals », inspirés du livre de leur compatriote Wolfgang Hohlbein. Sur le socle de ces chroniques, nos voisins germaniques nous régalent, avec leur dernier né « Live and Immortal », d’une prestation scénique enregistrée en 2016 sur leurs terres de Kaiserslautern. Cerise sur le Bretzel, le double CD est accompagné d’un DVD et de quelques versions jusqu’alors inédites en concert comme ce sublime « Final Murder » de plus de onze minutes dans la parfaite veine prog. Andy Kuntz, chanteur et parolier de Vanden Plas, remonte sur les planches le temps d’une interview.

Ange, au-delà des cieux…

Longue barbe blanche et casquette vissée sur la boîte à réflexion, à 76 printemps, le Capitaine Cœur de Miel, Christian Décamps, tient encore fermement la barre de son vieux gréement angélique, hissant depuis 1969 haut les couleurs d’un jouissif dadaïsme poétique tout autant que musical. Le troubadour franc-comtois, gardien du temple d’un rock progressif qui n’a rien à envier à ses voisins de la perfide Albion, a donné vie à d’épiques moments de béatitude dont on citera, au débotté, « Au-delà du Délire », « Les Fils de Mandrin » ou encore « Guet-Apens ». Depuis plus de cinq décennies, le vers est dans le fruit et Christian Décamps déploie les ailes de l’Ange sur toutes les scènes de la patrie rabelaisienne où, son âme d’enfant demeurée intacte, l’artiste joue sa vie, prêt à mourir sur scène pour que rayonne l’art de cet Ulysse au si beau voyage. Et puisque l’Ange est éternel, puisse sa musique à jamais nous conduire en son paradis aux allures de divines bacchanales. Photo : Alex Marchi

Roger Dean, Artway to Heaven

Plonger dans l’une des œuvres oniriques de Roger Dean et s’y perdre avec délectation, c’est s’accorder une salvatrice bouffée d’oxygène où l’art dépasse le simple cadre du beau pour devenir curatif. Visionnaire, magique, futuriste, épique, poétique… l’univers coloré de Roger Dean a d’abord émerveillé les amoureux de pochettes de disques, érigeant ses créations au rang d’œuvres d’art lors de sa longue collaboration avec le groupe Yes, fer de lance du prog rock britannique. Depuis Fragile en 1971 et sa terre vue du ciel en passant par Relayer ou encore l’hypnotique Tales From Topographic Oceans, Monsieur Dean a donné naissance à un sublime trait d’union où le visuel s’invite tel le parfait prolongement d’une musique pour le moins avant gardiste. L’empreinte de l’artiste, dont le bleu cobalt est devenu au fil des années une marque de fabrique, a inspiré jusqu’au septième art et un film, Avatar, dont, pourtant, on lui a refusé la paternité jusque devant les tribunaux. Architecte de formation, Roger Dean imagine depuis six décennies le futur, dessinant les contours d’un jardin d’Eden en suspension où la nature aurait enfin repris ses droits. Et puisque « Tout ce que nous voyons ou croyons n’est qu’un rêve dans un rêve », espérons que celui de Roger Dean devienne un jour réalité !

Duo Jatekok, deux anges passent…

De Poulenc à « West Side Story », du jazz de Dave Brubeck au « Sacre du Printemps », le duo Jatekok, formé d’Adélaïde Panaget et Naïri Badal, nous avait déjà habitué dans son parcours discographique à couvrir de la sublime symbiose de ses quatre mains un large éventail musical. Bouleversant un peu plus encore les codes de la musique classique et poursuivant dans cet art du grand écart pianistique, le duo Jatekok nous revient avec un exquis album de reprises du groupe de métal Rammstein avec lequel Adelaïde et Naïri ont sillonné les plus grands stades d’Europe assurant, en 2019 puis en 2022, la première partie de la grosse machine à tubes venue d’outre-Rhin. Entre les doigts de fée des deux pianistes, le métal se pare d’une toute nouvelle dimension mélodique et quitte les enfers des guitares cracheuses de feu pour rejoindre les anges au paradis des touches noires et blanches. photo : Tina Dubrovsky

Bill Bruford, le cinq majeur !

Pour tout amateur de rock progressif, Bill Bruford est bien plus que le batteur mythique de groupes tels que Yes, King Crimson ou encore UK. Sir Bill est le pouls, que dis-je, le cœur, le facteur X de moments d’anthologie à jamais gravés au firmament d’une musique qui se savoure tel un grand vin dont, peu à peu, on mesure toute la complexité tout autant que la puissance aromatique. Plutôt qu’une simple interview pour passer en revue le CV quasi infini du maître métronome élevé au jazz d’Art Blakey ou de Max Roach, remontons le temps pour nous immerger en profondeur dans la genèse de 5 albums aux allures de joyaux intemporels. Au menu, rien de moins que « Close to the Edge » de Yes, « Red » de King Crimson, l’album éponyme de U.K., « One of a Kind » signé Bill Bruford et, enfin, « Sound of Surprise » de Earthworks. Prêt pour une dégustation trois étoiles ?!

Andy Powell, Argus garde la cote !

50 ans et pas une ride ! Sorti en 1972 et pierre angulaire de la carrière du groupe britannique Wishbone Ash, Argus est un diamant brut intemporel, un must have inscrit fort justement au Panthéon du Rock. En plus de cinq décennies, trente albums, et malgré des déboires judiciaires afin que perdure l’aventure musicale, Andy Powell, à la barre du projet depuis sa création en 1969, a traversé les modes et les scènes du monde entier Flying V en bandoulière. Wishbone Ash, c’est, au-delà d’une musique où le rock se mâtine de blues, de folk ou même de prog, l’avènement d’un concept, celui de « twin guitarists » croisant le manche dans des solos mélodiques et magistraux qui ont influencé nombre de ses descendants dont on citera, entre autres, rien de moins que Thin Lizzy ou Iron Maiden. Pour célébrer dignement le mythe Argus, Andy Powell nous ouvre les plus belles pages du livre d’histoire signé Wishbone Ash.

Robert D. Levin, Mozart… De vivre

Pianiste, musicologue, enseignant… Robert D. Levin connait Mozart sur le bout des doigts ! L’élève de Nadia Boulanger a ainsi eu la joie tout autant que le privilège de poser ses mains sur le pianoforte de Mozart conservé au Mozarteum de Salzbourg pour y enregistrer l’intégralité des sonates du maître. Érudit par excellence de Wolfgang Amadeus, Robert D. Levin a ainsi achevé certaines pièces du légendaire compositeur dont on citera, entre autres, la fugue de l’Amen du Requiem en ré mineur ou encore la « Grande » messe en ut mineur, s’inspirant de la Première école de Vienne coutumière d’intégrer des éléments d’improvisation dans les répétitions. Accordons-nous un voyage dans le temps au pays des « notes qui s’aiment » ! Photo : Wolfgang Lienbacher

Michel St-Père, les clés du mystère

Pour tout amateur de rock prog, le Canada reste d’abord et avant tout le berceau du power trio le plus célèbre et génialissime de l’histoire, Rush. Influencé par ses aînés si inspirés, Mystery a connu une longue gestation entre sa création en 1986 et, dix ans plus tard, enfin, la sortie d’un premier album « Theatre of the Mind ». Loin d’accrocher ses patins, Michel St-Père, fondateur, tête pensante, compositeur et multi-instrumentiste signe en 1992 un album, « The World Is A Game » d’une beauté rare, porté par des compositions qui frôlent la perfection, sublimées par la voix de Benoît David, parti entre temps remplacé Jon Anderson au sein du légendaire groupe Yes. C’est, assis derrière la console de son studio d’enregistrement, en plein mixage d’un nouvel opus, que Michel St-Père s’accorde une pause pour lever le mystère sur ce « Redemption » prévu au printemps 2023. Attache ta tuque, Mystery va décoiffer !

Big Big Train, le train sifflera trois fois !

Il est des albums qui changent une vie ! Pour Gregory Spawton, l’écoute du légendaire Selling England by the Pound signé Genesis a suscité cette envie viscérale de conjuguer sa vie au verbe et au son de la musique. En 1990, il fonde Big Big Train qui le met sur les rails d’une prog made in britain pourtant en perte de vitesse et presque à l’arrêt en pleine voie. Après une première partie de carrière passée dans l’ombre, c’est en 2009 que BBT trouve un second souffle avec un chanteur à la voix irrésistible, David Longdon, s’étoffant par la même occasion d’une section de cuivres qui remet le train en marche. Au rythme d’un album par an, Gregory Spawton et sa bande font preuve d’un élan créatif aux allures cathartiques alors que le monde, sous cloche, se morfond en pleine crise Covid. Si la tragique disparition de David Longdon, quelques mois seulement après la sortie du dernier né de BTT, Welcome to the Planet, plonge le groupe dans la tristesse et le doute quant à son avenir, l’arrivée du chanteur Alberto Bravin confirme que le train ne restera pas en gare bien longtemps. En voiture !

Philippe Mille, le serment du sarment

Petit fils de paysans, Philippe Mille a le terroir et le goût du bon produit chevillés au corps comme au palais. Après des passages remarqués dans les prestigieuses maisons de Yannick Alléno, Frédéric Anton, Michel Roth ou Louis Grondard, l’enfant du Mans, élu meilleur ouvrier de France en 2011, a pris les commandes des cuisines de ce joyau architectural qu’est le domaine Les Crayères à Reims. C’est au cœur de cet écrin de verdure bucolique où le temps semble y avoir suspendu son vol et de son restaurant, le Parc, auréolé de deux étoiles au Guide Michelin, que le chef Philippe Mille y fait rayonner de mille bulles la sublime région de Champagne dans des assiettes où les yeux comme les papilles s’émerveillent. Promenons-nous dans les vignes… Crédit photo : AETHION

Roine Stolt, le retour du Roi

En 1994, et alors qu’une déferlante métal submerge la Suède dont il est originaire, Roine Stolt, biberonné au son du Floyd, de Yes ou encore de sir Zappa, fonde The Flower Kings et remet avec brio au goût du jour une scène prog rock qui, pourtant, se fane dangereusement. Outre la majestueuse éclosion de ce projet qui, en près de trente ans, a donné naissance à des albums passés à la postérité du genre, le Stakhanoviste de la composition, Roine Stolt, s’est également largement illustré dans des projets parallèles dont on citera, entre-autres, sa géniale collaboration avec Jon Anderson, la mythique voix de Yes, ou encore le groupe version All Stars, Transatlantic, dont les albums « The Whirling » ou « The Absolute Universe » sont rien moins que des joyaux à la beauté féérique envoutante. Rencontre avec l’un des rois incontestés du prog !