Michel St-Père, les clés du mystère

Pour tout amateur de rock prog, le Canada reste d’abord et avant tout le berceau du power trio le plus célèbre et génialissime de l’histoire, Rush. Influencé par ses aînés si inspirés, Mystery a connu une longue gestation entre sa création en 1986 et, dix ans plus tard, enfin, la sortie d’un premier album « Theatre of the Mind ». Loin d’accrocher ses patins, Michel St-Père, fondateur, tête pensante, compositeur et multi-instrumentiste signe en 1992 un album, « The World Is A Game » d’une beauté rare, porté par des compositions qui frôlent la perfection, sublimées par la voix de Benoît David, parti entre temps remplacé Jon Anderson au sein du légendaire groupe Yes. C’est, assis derrière la console de son studio d’enregistrement, en plein mixage d’un nouvel opus, que Michel St-Père s’accorde une pause pour lever le mystère sur ce « Redemption » prévu au printemps 2023. Attache ta tuque, Mystery va décoiffer !

Big Big Train, le train sifflera trois fois !

Il est des albums qui changent une vie ! Pour Gregory Spawton, l’écoute du légendaire Selling England by the Pound signé Genesis a suscité cette envie viscérale de conjuguer sa vie au verbe et au son de la musique. En 1990, il fonde Big Big Train qui le met sur les rails d’une prog made in britain pourtant en perte de vitesse et presque à l’arrêt en pleine voie. Après une première partie de carrière passée dans l’ombre, c’est en 2009 que BBT trouve un second souffle avec un chanteur à la voix irrésistible, David Longdon, s’étoffant par la même occasion d’une section de cuivres qui remet le train en marche. Au rythme d’un album par an, Gregory Spawton et sa bande font preuve d’un élan créatif aux allures cathartiques alors que le monde, sous cloche, se morfond en pleine crise Covid. Si la tragique disparition de David Longdon, quelques mois seulement après la sortie du dernier né de BTT, Welcome to the Planet, plonge le groupe dans la tristesse et le doute quant à son avenir, l’arrivée du chanteur Alberto Bravin confirme que le train ne restera pas en gare bien longtemps. En voiture !

Roine Stolt, le retour du Roi

En 1994, et alors qu’une déferlante métal submerge la Suède dont il est originaire, Roine Stolt, biberonné au son du Floyd, de Yes ou encore de sir Zappa, fonde The Flower Kings et remet avec brio au goût du jour une scène prog rock qui, pourtant, se fane dangereusement. Outre la majestueuse éclosion de ce projet qui, en près de trente ans, a donné naissance à des albums passés à la postérité du genre, le Stakhanoviste de la composition, Roine Stolt, s’est également largement illustré dans des projets parallèles dont on citera, entre-autres, sa géniale collaboration avec Jon Anderson, la mythique voix de Yes, ou encore le groupe version All Stars, Transatlantic, dont les albums « The Whirling » ou « The Absolute Universe » sont rien moins que des joyaux à la beauté féérique envoutante. Rencontre avec l’un des rois incontestés du prog !

This Winter Machine, un songe en hiver

Si la Toile a bien une vertu dans ce déversoir où le sublime côtoie la fange, c’est sans nul doute celle de nous faire découvrir de petits joyaux musicaux qui nous avaient jusqu’alors totalement échappés. À l’aune d’une période hivernale bercées de soirées lové au coin du feu, quoi de plus opportun que de se pencher sur le cas de This Winter Machine dont le premier album, sorti en 2017, « Man Who Never Was », dans la pure lignée de ses aînés et compatriotes de Marillion ou IQ, nous ensorcelle d’un néo-prog à la beauté toute captivante. Aux manettes, Al Winter, compositeur et chanteur à la voix angélique, dont les textes autant que la musique invitent au voyage spirituel, remonte le temps de la machine et nous entraine avec « Kites », dernier né du combo britannique, au cœur d’un hiver radieux.

Zeal & Ardor, Black is beautiful

La genèse de Zeal & Ardor prend racine dans les méandres de La Toile et, plus précisément, sur le controversé forum de « libre expression » 4chan. Manuel Gagneux y flâne lorsqu’un internaute, visiblement adepte du N word, le met au défi d’opérer un trait d’union entre Black Metal et Black Music, deux genres que, sur la partition, tout oppose. Un tour de force relevé haut la main par notre jeune Helvète pour un résultat aux allures de réunification de l’amphisbène qui étonne, détonne et répond, selon son géniteur à la question : « Que ce serait-il passé si les esclaves noirs américains avaient choisi Satan plutôt que Jésus ! ». Ce choc des cultures, vite remarqué, donne naissance, en 2014, à une première démo qui fait sensation sur Bandcamp, magasin de musique en ligne dédié aux artistes indépendants. Trois albums plus tard et alors que Zeal & Ardor s’apprête à enflammer la scène parisienne de l’Élysée Montmartre, l’homme du grand écart facial musical, Manuel Gagneux, nous emporte dans un monde version monochrome de Soulage. Noir, c’est noir…

Candlemass, et la lumière fût !

Qu’on se le dise, Candlemass brille toujours de mille feux au firmament de la planète doom. Plus de trente-cinq ans après la sortie d’un premier album « Epicus Doomicus Metallicus » considéré à juste titre comme la pierre angulaire du genre, le quintet, mené d’une basse de fer par Leif Edling a, depuis 2019 et « The Door to Doom », retrouvé son line-up d’origine et la voix unique de Johan Längqvist, ingrédient indispensable pour propulser les suédois en véritable icône aux yeux et aux oreilles de tout doomster. À l’occasion de la sortie du dernier né de la bande de Stockholm, « Sweet Evil Sun » et des riffs qui, entre heavy pur et mélodie, frôlent la perfection, le guitariste Mats « Mappe » Björkman nous éclaire sur ce cru 2022 qui s’avère d’ores-et-déjà un millésime d’exception. Allumez vos chandelles, Candlemass s’occupe de vous mettre le feu ! Photo : Linda Akerber

Avatarium, la mort vous va si bien…

Alors que le mentor et père co-fondateur d’Avatarium, Leif Edling a pris, pour raisons de santé doublées d’un retour à la maison mère Candlemass, une distance grandissante avec ce projet parallèle qu’il a initié en 2012, le dernier né du groupe, « Death, Where Is Your Sting », à la référence toute biblique, marque une réelle émancipation du quintet de Stockholm qui a fini par couper le cordon ombilical avec son géniteur. Ce cinquième album d’Avatarium, bien que toujours mâtiné de Doom, se révèle ainsi moins marqué par les influences du dirigeable zeppelinien et les riffs heavy de sir Tony Iommi sur lesquelles il avait pris racine. Aux commandes du combo aux côtés du guitariste et songwriter Marcus Jidell, la chanteuse et désormais compositrice à plein temps, Jennie-Ann Smith nous accorde une piqûre de rappel de ce « Death, Where Is Your Sting » entre ombre et lumière. Crédits photo : Niklas Palmklint

Vinnie Moore, l’OVNI de la six cordes

« Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années. » Preuve en est, à 21 ans seulement et en un album instrumental, « Mind’s Eye », Vinnie Moore a inscrit à jamais son nom en haut de l’affiche des guitar heroes des années 80. Doté d’une technique hors-norme, d’un sens inné de la mélodie et d’un jeu où ses influences rock se voient mâtinées d’inspiration classique, le jeune virtuose auréolé de ces trois premiers albums studio, rejoint le monde merveilleux d’Alice Copper le temps d’une tournée avant d’intégrer la légende du hard rock britannique, UFO, au début des années 2000. Aujourd’hui de retour pour croiser le manche avec un album solo, “Double Exposure”, qui allie musique instrumentale et chanteurs invités, la fine lame de la six cordes revient sur une carrière sans fausses notes. Give me Moore ! Photo by Gretchen Johnson

Andy Tillison prend la tangente

Tête pensante de The Tangent depuis deux décennies, Andy Tillison est un inspiré troubadour des temps modernes dont chaque composition musicale invite à un voyage empreint d’onirisme. Le claviériste et chanteur aborde ainsi chacun de ses morceaux fleuves tel un conte dont les paroles, perpétuel questionnement sur le monde, ont le mérite de faire tout autant travailler l’esprit que l’ouïe. Fer de lance d’une prog rock anglaise toute aussi inspirée que celle de ses illustres ainés, le ménestrel Tillison nous ouvre les portes de son royaume enchanté. Faites vos valises, on se fait la belle avec The Tangent !   Crédit photo : Kate Abbey

Gentle Giant, les trois frères

Chez les Shulman, la musique c’est d’abord une histoire de famille. Baigné dès l’enfance au son de la trompette d’un papa jazzman, le trio britannique composé de Derek, Phil et Ray s’est essayé à plusieurs groupes avant de fonder ce qui restera une étoile hélas filante dans le ciel du rock progressif. En une décennie, le triumvirat va écrire quelques-unes des plus belles pages du genre et, en 1972, donner naissance à un album, « Octopus », véritable référence aux influences tentaculaires. Le joyau mêle ainsi avec délice univers baroque, rythmes funk, riffs hard-rock et inspiration médiévale. Derek, multi-instrumentiste de génie tout comme ses frères, revient sur l’histoire de ce « Tendre Géant » toujours aussi vert malgré les années ! Et puisque, comme l’écrivait François Rabelais dont les œuvres ont largement inspiré les textes de la fratrie Shulman, « Ce monde ne fait que rêver, il approche de sa fin » poursuivons encore un peu le rêve… En musique !

Derek « Mo » Moore, et la musique se fait Nektar

Formé en Allemagne en 1969 par des musiciens anglais, Nektar est injustement passé sous les radars de la scène prog d’outre-manche et ses fers de lance que sont Pink Floyd, Yes, King Crimson ou encore Genesis. Les albums « A Tab in The Ocean » paru en 1972 et « Remember the Future » sorti l’année suivante sont pourtant des petits bijoux dont les sublimes pochettes signées Helmut Wenske s’avèrent le parfait prolongement visuel d’une musique conceptuelle emplie de poésie et sur laquelle tout amateur de rock progressif devrait s’attarder. Derek « Mo » Moore tout à la fois bassiste, claviériste et songwriter revient, non sans une pointe de nostalgie, sur la sève de Nektar.

Sorcerer, la croix et la manière

S’il est de coutume d’affirmer que tout vient à point à qui sait attendre, convenons néanmoins que l’accouchement de Sorcerer se sera pour le moins opéré aux forceps. Fondé en 1988, le groupe suédois, en état d’hibernation prolongé, aura en effet attendu plus de vingt-cinq ans pour, en 2015, publier son très remarqué premier album « In The Shadow Of The Inverted Cross » qui, chose rare, a fait l’unanimité chez tous les métalleux, blackeux, amateurs de heavy et autres doomsters. Avec un troisième opus « Lamenting Of The Innocent » sorti en pleine crise pandémique, le combo a, entre-autre, choisi pour source d’inspiration le « Malleus Meleficarium » publié à la fin du XVe siècle, guide de référence pour orchestrer la chasse et la persécution des sorcières. Après une prestation pour le moins remarquée lors de la dernière édition du Hellfest et alors que nos hommes du grand Nord s’apprêtent à entrer en studio pour enregistrer leur quatrième opus, rencontre avec la voix de Sorcerer, Anders Engberg, pour une interview tout feu tout flamme. Au bûcher ! Photo : Marieke Verschuren