Samantha Fish, le blues à la racine

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Dans le milieu de la guitare blues, dire que la gente féminine n’est pas légion est un doux euphémisme. Et pourtant, au milieu de toute cette testostérone, la chanteuse au timbre divin, auteure et compositrice Samantha Fish s’est frayé, à coup de solos dévastateurs, une voix royale. La native de Kansas City, élevée aux riffs saignants de Keith Richards ou Stevie Ray Vaughan, a réussi, album après album, à asseoir une renommée dont le dernier né, « Kill or Be Kind » au titre évocateur, en est la parfaite illustration. Entretien avec ce gros poisson du blues qu’est Madame Fish !

Avant cette crise du covid vous aviez l’habitude de passer pas mal de temps sur les routes. Comment avez-vous vécu cette situation pour le moins étrange ?

Je sais que la plupart des gens ont été perturbés voire choqués par ce confinement, mais je vois cela comme une situation assez intéressante à titre personnelle, un moyen de me recentrer un peu sur moi-même. J’étais en pleine tournée hors des Etats-Unis lorsque les différents pays ont appelé au confinement. Il a donc fallu se précipiter dans un avion et annuler toute une série de concerts ce qui bien sûr, au départ, a été une énorme déception. Cela fait maintenant deux mois que je suis à la maison et je fais en sorte, chaque jour, de faire le maximum de choses afin de mettre ce temps à profit. J’ai composé pas mal de nouveaux morceaux, j’ai réalisé des cessions live en ligne avec d’autres artistes, des vidéos en streaming pour mes réseaux sociaux… L’important était de rester active et de ne pas trop ruminer sur une situation qui, en effet, peut vite s’avérer anxiogène.

Cette période de confinement a donc été pour vous une source d’inspiration créatrice ?!

Tout à fait ! Ma vie depuis ces cinq dernières années, c’était un peu le feu en permanence. Il faut savoir mettre à profit les choses qui nous arrivent même lorsqu’elles paraissent noires à première vue. Ça faisait longtemps que je souhaitais me poser, prendre du recul et retrouver un peu de calme propice à la composition. J’ai donc profité de ce moment pour écrire car, effectivement, ce qui arrive à notre monde aujourd’hui ne peut qu’être source d’inspiration pour un artiste quel que soit son support pour l’exprimer.

Votre maman chantait dans une église et votre père jouait de la guitare. Est-ce cet environnement familial propice qui vous a donné envie de devenir musicienne ?

La musique a toujours fait partie intégrante de ma vie depuis ma plus tendre enfance. Mon père recevait des amis tous les week-ends et ils écoutaient tout un tas de disques ou prenaient souvent la guitare pour des petits concerts improvisés. Grandir dans un tel univers où la musique est l’élément central de votre vie s’avère forcément un terrain propice qui explique que mon choix de devenir musicienne se soit opéré tout naturellement.

Vous aviez déclaré que, si vous ne vous étiez pas tournée vers la musique, vous auriez certainement opté pour une carrière dans le domaine de la psychologie. Votre musique est-elle un reflet assez juste de la personne que vous êtes ?

On met forcément beaucoup de soi dans sa musique. Lorsque je compose, j’aime raconter des histoires qui m’inspirent, me touchent. Je parle donc de moi bien sûr, mais aussi des autres. Après, ce que je trouve intéressant dans cet aspect disons psychologique du soi que l’on incorpore dans ses propres compositions, c’est qu’elles sont une image à un instant T. Je ne suis plus la femme que j’étais il y a cinq ou dix ans et forcément cela se ressent en écoutant mes albums. Vous, moi, évoluons avec le temps en fonction de notre parcours de vie, des évènements bons ou mauvais qui viennent se mettre sur notre chemin. La musique est, en ce sens, une sorte de livre ouvert dont chaque composition est une nouvelle page.

Entre Robert Johnson, Angus Young ou Mike Campbell, le guitariste de Tom Petty, vos influences guitaristiques couvrent un large champ musical qui, là encore, se retrouve dans votre propre style !

J’aime la diversité musicale, c’est pourquoi je ne peux pas dire qu’un guitariste a influencé mon jeu plus qu’un autre même si ceux que vous avez cités sont effectivement des personnes que j’admire. Dans la guitare, ce qui me touche le plus, ce sont ceux qui osent, qui poussent l’instrument sur des chemins de traverses et expérimentent de nouvelles choses. Je suis par exemple très admirative du travail de Trent Reznor qui a donné à la guitare indus une toute nouvelle dimension. L’approche de Jack White me touche également particulièrement. L’important est de trouver sa propre couleur, d’intégrer toutes ses influences pour mixer le tout et faire naître quelque chose de nouveau, quelque chose qui vous ressemble. Robert Johnson et Jimi Hendrix ont été de véritables précurseurs qui ont défriché des terrains encore vierges, poussant la guitare au-delà de ce qu’on avait pu imaginer. Ce que j’aime en guitare, comme vocalement d’ailleurs, c’est qu’à la première note on reconnaisse en un instant de qui il s’agît car l’émotion qui s’en dégage est tout simplement unique.

Comme un bon riff de Keith Richards ?!

Exactement, même si Keith Richards n’est pas le meilleur technicien du monde, il y a une telle âme dans son jeu de guitare, une telle émotion, une approche si brute de l’instrument que n’importe lequel de ces riffs est un monument. L’important, c’est de se démarquer !

Vous jouez souvent avec une guitare « boîte à cigares » à la forme et au son très particuliers. Comment avez-vous découvert cet instrument pour le moins atypique ?

J’ai acheté la première il y a huit ans et elle reste mon instrument de prédilection avec, là encore, une couleur vraiment à part, quelque chose de très brut. Son look est juste démentiel avec ses deux ou trois cordes et l’on se demande d’ailleurs comme un truc si rudimentaire par l’aspect peut produire un tel son à la profondeur incroyable. Ce qui est génial, c’est qu’on peut y ajouter n’importe quelle pédale d’effets, du son clair à la distorsion, on garde cette polyvalence sonore qui est simplement magique. Je suis à vrai dire tombée totalement par hasard sur cet instrument et le look m’a tout de suite interpellée. Depuis, on m’en a offert pas mal, mais je reviens toujours à la première que j’ai achetée. C’est une grande histoire d’amour !

Pour votre album « Belle of the West” vous êtes allée enregistrer au Mississippi. Ce Mississippi blues, c’est celui que vous préférez ?

Sans aucun doute. Ce blues là, encore très brut, me touche particulièrement. C’est un peu les racines, l’âme même de ce genre musical. Aujourd’hui, l’histoire continue avec des artistes comme par exemple R. L. Burnside ou Lightnin Malcom qui sont les porte-drapeaux de ce genre qui a traversé les âges.

Cet album était très tourné vers la guitare acoustique. D’ailleurs sur scène, vous aimez volontiers jongler entre électrique et acoustique ?!

Même si tout l’album n’a pas été enregistré sur des guitares acoustiques, on a voulu apporter une sonorité générale qui, elle, l’était. On a fait des prises par exemple avec des guitares électriques mais sans les brancher pour donner une couleur particulière. En live, c’est vrai que j’aime bien jouer sur les deux registres. Pour un solo, on ne va pas se mentir, rien ne vaut l’électrique car cela reste quand même mon instrument de prédilection. Après, pour des choses un peu plus mélodiques qui font appel aux sentiments, l’acoustique s’y prête merveilleusement.

L’endroit où vous enregistrez est-il une source d’inspiration qui va participer à donner la couleur d’un album, comme ce fut le cas pour « Chills and Fever » qui a été enregistré à l’arrière d’un Motel avec une approche assez brute ?

Ça a une incidence indéniable car on se nourrit de l’endroit où l’on enregistre, de l’ambiance, des murs, du vécu même de là où l’on se trouve. C’est une atmosphère qui s’en dégage et qui va apporter à l’album sa couleur toute personnelle. Pour « Chills and Fever », il est vrai qu’il y avait ce motel vraiment très cool et atypique. On s’est enfermés dans une petite pièce pour enregistrer à l’ancienne, un peu agglutinés les uns sur les autres. On voulait donner à cet album un côté rétro, vintage et je crois que la manière dont on l’a enregistré a permis d’arriver à cela. On est forcément en tant que musiciens poreux de l’endroit où l’on enregistre et « Chills and Fever » est une preuve.

Pensez-vous avoir évolué dans votre manière de composer, peut-être moins tournée vers le solo de guitare et plus sur le morceau dans sa globalité ?

Pour moi, dans la phase de composition, j’envisage la voix comme la guitare. Je me focalise toujours, comme je vous le disais, sur le fait de raconter une histoire et, si cette histoire se prête à un long solo de guitare, alors je l’intègre. Cela ne doit jamais être la technique qui prime sur l’essence même de la composition, comme si l’on était dans une sorte de démonstration. La guitare trouve toujours sa place dans le morceau mais ce qui compte, c’est que ce que vous racontez, que ce que vous mettez en musique parle à celles et ceux qui vont l’écouter en véhiculant une émotion. Parfois, la mélodie se suffit à elle-même. Au départ, il est vrai qu’on a un peu tendance à se focaliser sur l’instrument alors que l’on doit envisager la composition comme un tout.

A-t-il été compliqué de vous imposer dans cet univers très masculin qu’est celui de la guitare ?


Nous vivons dans un monde de femmes mais il est pourtant très compliqué de nous y imposer quelque soit le métier exercé. Effectivement, la musique n’échappe pas à la règle. Il est vrai qu’il est un peu frustrant que les gens voient avant tout la femme que je suis avant de voir la guitariste ou, plus largement, la musicienne. J’aimerais qu’on se concentre plus sur mes compositions à proprement parler, sur mon style de guitare, le timbre de ma voix. Je me sens un peu enfermée dans une case et c’est assez frustrant. Le fait que je sois une femme me donne certainement une approche émotionnelle différente mais cela s’arrête là. Après, il faut quand même reconnaitre que cela a certainement permis de me placer un peu plus sous les feux des projecteurs, que le public comme les medias s’intéressent à moi car, effectivement, les guitaristes femmes, et tout particulièrement dans mon registre musical, ne sont pas légion. J’aime mettre en avant ma féminité, la perspective que cela offre à ce que je peux écrire.

Vous avez toujours voulu avoir un rôle au cinéma, c’est toujours un projet d’actualité ?

C’est effectivement quelque chose qui a trotté dans ma tête avant même que je ne devienne musicienne. Mon emploi du temps ne me le permet pas aujourd’hui, mais je garde cela comme un rêve que j’espère pouvoir réaliser un jour.

Un nouvel album en préparation ?

J’ai beaucoup écrit dernièrement et j’ai aujourd’hui assez de compositions pour aller en studio et travailler sur l’enregistrement d’un nouvel album. Il faut désormais que l’on mette ça au point avec mon producteur, mes musiciens, mais j’aimerais beaucoup pouvoir sortir un nouvel album l’année prochaine. Ce n’est pas une annonce officielle car il y a bien sûr tout un tas de paramètres, surtout en cette période assez compliquée, que je ne maîtrise pas, mais disons que je travaille concrètement à un nouvel album.

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