Serge Teyssot-Gay, l’Interzone post Noir Désir

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Serge Teyssot-Gay

Jouer, rencontrer, échanger, communiquer au travers des notes, parfois au-delà des mots ou bien encore se servir, justement, des mots comme point d’ancrage sonore, aller vers l’autre, cultiver la différence, les différences, découvrir de nouvelles cultures pour créer et créer encore, voilà ce qui anime depuis plus de trente ans Serge Teyssot-Gay qui, même plongé dans l’énorme machine à succès qu’était Noir Désir, n’avait de cesse de forger son interzone, cet espace de liberté créateur, foisonnement d’idées. Si la vibration de la foule massée par milliers, ce mouvement des corps qui ne font plus qu’un lorsqu’il plaquait le riff de « Tostaky » peut lui manquer, le guitariste aux mille projets jouit de ce retour à un relatif anonymat et profite que son esprit, moins surchauffé par le feu des projecteurs, laisse parler l’art sous toutes ses formes. Affranchi du diktat des gros labels, optimisme dans un système sociétal que, pourtant, il rejette en bloc, Serge Teyssot-Gay est un Artiste rare, libre. Et, dans ce monde, la liberté, ça n’a pas de prix !

« Après la sortie du double live de Noir Désir, « Dies Irae », on aurait pu s’arrêter là car cela représentait une forme de maturité. »




Portrait et « Guitare et Mains » – Crédits Photos EarFish

Être musicien, est-ce chercher en permanence pour, parfois, trouver et se trouver !

On ne se trouve que par intermittence. On sait par exemple quand on a bien joué, que ce soit à titre individuel ou collectif, mais heureusement, ce n’est jamais acquis, sinon cela signifierait qu’il y a quelque chose de terminé et, personnellement, j’aime cet aspect de recherche permanente. Parfois, on trouve des choses qui nous font vibrer, parfois non, mais c’est bien là tout le jeu non ?

Parfois on s’étonne également pendant la phase de recherche ?!

À plein de niveaux effectivement. Parfois, on trouve une idée mélodique, harmonique ou rythmique. On trotte ça dans sa tête, on la note, on est en phase avec ! Il y a cet aspect également sur scène lorsque l’on fait de la musique improvisée donc composée en temps réel. On trouve alors des idées que l’on ne pourrait pas avoir dans un autre état émotionnel que celui qui est le nôtre lorsque l’on est sur scène. Chez soi ou en répétition, on n’a pas la même intensité donc, forcément, les trouvailles sont différentes. La musique improvisée amène à la découverte de choses surprenantes que l’on ne supposait pas avoir en nous.

Ça permet d’aller au-delà de sa zone de confort, de repousser ses limites ?

Oui et non car, à force de jouer et d’improviser, on n’a plus peur, ce qui est déjà beaucoup. On laisse de côté cette appréhension quand on monte sur scène, cette appréhension qui peut être un frein à la création. Jouer, c’est exprimer ce que l’on est à un moment donné sans crainte, simplement transporté par un état émotionnel très particulier qui est celui d’être sur scène. Jouer devant un public n’est pas quelque chose de naturel. Cela oblige à se mettre dans une situation un peu étrange mais pas inconfortable. On monte sur scène parce qu’on aime ça. C’est un espace de recherche tout à fait particulier. 

Entre les lectures musicales, la collaboration avec des danseurs et chorégraphes, l’interaction musique/peinture…  L’art est-il ta nourriture de l’âme ?

Il faut au minimum écouter de la musique chaque jour sinon c’est une journée ratée. Jouer de la musique tous les jours, c’est important pour moi afin d’aller bien, tout simplement. Tous les arts sont de la nourriture, essentiels à la vie. On fonctionne tous de manière identique avec des éléments qui nous nourrissent en permanence. Dans l’art, ce qui est intéressant, c’est qu’il peut y avoir une notion d’émerveillement. On peut être subjugué par un son, une image, une peinture, une personne qui danse et nous fait découvrir des choses que l’on n’avait pas vues, ou ressentir des sensations que l’on ne connaissait pas… De cette nouveauté nait tout autant le plaisir que les idées, des idées nouvelles qui stimulent l’imaginaire. Rencontrer des gens très différents de soi est toujours une bonne chose car cela amène d’autres points de vue.

C’est se nourrir de la différence !

C’est beaucoup ça, effectivement. Les musiciens, et plus généralement tous les créateurs, cherchent, développent des choses personnelles avec un sens artistique. Plus on s’éloigne des normes et plus c’est intéressant car de là proviennent les idées nouvelles. Après, bien sûr, on réagit toujours forcément par rapport à des éléments extérieurs, ce que l’on a lu, ce que l’on a vu, des événements sociétaux… Tout cela fait que l’on est influencé.

À l’image de l’éclectisme artistique de tes multiples projets, tes sources d’inspiration guitaristiques peuvent-elles provenir d’un corps en mouvement, d’un texte, d’une peinture… ?

Quand on joue avec un autre musicien, on échange avec des sons, un univers sonore commun. Avec un peintre ou un danseur, c’est une communication totalement différente qui se base beaucoup plus sur l’énergie. On capte l’énergie de l’autre, on l’assimile et on construit ensemble quelque chose même si on confronte des arts différents comme le duo que j’ai avec Paul Bloas par exemple. La peinture et la musique sont, à priori, des arts qui ont peu en commun et pourtant, dans notre duo, on communique de manière très proche et très intense. Sa peinture nourrit ma musique, me permet de l’envisager d’une autre façon. Et, inversement, mes notes se transforment chez lui en coups de pinceau. Ce projet a dix ans maintenant. On joue tous les ans avec des rendez-vous ponctuels chaque année pour une série de dix ou quinze dates. À chaque fois, ce sont d’abord des retrouvailles amicales mais, au fil des années, sa peinture a énormément influencé mon jeu. Il peint des géants de quatre mètres de haut et il y a une énergie folle dans ses toiles. Quand je le regarde travailler, ma musique fonctionne alors par couche et cela a forcément un sens. On peut se laisser prendre au jeu de la similitude dans l’action, dans l’énergie. Après, il arrive que l’on se retrouve au même moment à faire exactement la même chose. Mais il faut que cela arrive par accident afin qu’il en ressorte une énergie, sinon on est dans la paraphrase pure et simple et cela n’a alors pas de force, pas de sens. Dès que l’on a atteint ce point de fusion, il faut absolument le lâcher tout de suite car c’est un instant magique que l’on ne peut faire perdurer sous peine d’être rapidement dans la reproduction. Et, être dans la reproduction, c’est perdre en spontanéité créatrice. 

Les textes sont un élément central sur lesquels tu t’appuies pour composer, improviser même. Peut-on dire que la musique est ton langage et les notes ton vocabulaire ?

Tout à fait, bien que je structure toujours intellectuellement ce que je vais faire au départ d’un projet. Je réfléchis à la raison pour laquelle je vais jouer avec telle personne, le sens que cela a, comment je vais aborder le travail. Au moment de jouer, tout cela se mélange et ne devient que du son. Je joue donc énormément avec le texte comme avec le timbre et l’émotion de la voix d’ailleurs. Cela influe grandement sur ma manière de jouer. Un bon exemple, c’est le projet avec Cyril Bilbeaud à la batterie, à la voix Marc Nammour qui a fait une adaptation du « Cahier d’un retour au pays natal » d’Aimé Césaire. Je joue cette interprétation du texte de manière différente en fonction du jeu de batterie, et aussi du timbre, de l’intention que va utiliser Marc. Même si le sens est le même, l’intention verbale, elle, sera à chaque fois différente.

Penses-tu avoir, comme Aimé Césaire dont tu as donc mis des textes en musique, une colère créatrice qui sort des pensées dogmatiques et porte une autre forme de réflexion ?

On se doit d’avoir une autre forme de réflexion que celle imposée par les marchands. Quand on est adolescent, on bataille après le monde entier. Après, on peut structurer cela pour en faire quelque chose et développer un esprit créatif. Là, c’est une démarche de colère qui m’intéresse. Je reste en réaction, c’est sûr.

Tu as été élevé au son de Django Reinhardt, Jimi Hendrix ou d’AC/DC. Pourtant, aujourd’hui, ton approche musicale paraît énormément tournée vers l’improvisation, l’instant créateur qui jaillit dans une sorte d’immédiateté de la réflexion. C’est une approche très jazz de la musique en fin de compte ! Le jazz est-il un genre musical qui te sied de par cette improvisation, point central et fondateur ?

Pas vraiment. Beaucoup de musicien improvisent depuis que la musique existe. Surement Bach improvisait lui aussi par exemple, et l’improvisation amène forcément à la musique un côté ludique. Comment peut-on se retrouver entre deux potes à la terrasse d’un café pour discuter de tout et de rien ?! Il y a ce même paramètre dans la musique, le fait de se retrouver, de jouer, d’échanger des sensations et de la pensée musicale. On découvre notre propre langage tout en le pratiquant car la personne en face nous fait penser différemment ou parce que ce jour-là il s’est passé quelque chose de particulier dans notre vie. C’est un phénomène que je trouve passionnant. C’est le même registre que le langage verbal. Il faut jouer, beaucoup jouer, énormément jouer car c’est ce qui permet de développer son vocabulaire de manière profonde.

De l’étendre aussi !

Oui, forcément de l’étendre et cela a toujours été un moteur pour moi. Même si une personne n’est pas très aguerrie et possède un vocabulaire restreint, elle peut être un excellent improvisateur. À contrario, une personne avec un niveau de vocabulaire très élevé ne saura pas improviser tout simplement car elle ne sait pas écouter l’autre et lui répondre. 

Pour cela il faut quand même maîtriser le vocabulaire ?!

Oui, même si on possède peu de vocabulaire, il faut le maîtriser. Le vocabulaire permet une richesse de langage. C’est une vraie quête.

De la Syrie à la Chine, du Japon à l’Iran, du jazz à la musique classique, à l’heure où de plus en plus de pays se tournent vers un protectionnisme voire un populisme, tu sembles sans frontière de genre ni de pays. Peut-on te qualifier d’artiste nomade ?! 

Le mouvement est bien quelque chose qui est lié à la vie. Je ne calcule pas ce que je fais. Je n’ai jamais eu de plan de carrière. Je fonctionne à l’envie. Le coup du battement d’aile du papillon qui crée quelque chose à l’autre bout du monde, c’est vrai et c’est comme cela que j’avance finalement. Par exemple, j’ai rencontré Khaled Aljaramani avec qui on a formé Interzone à Damas en 2002. Ce sont tout un tas d’évènements qui se sont produits qui ont fait que je me suis retrouvé à Damas. De ce séjour, j’ai rencontré ce oudiste et je lui ai proposé de faire un duo. Rien n’était prémédité et c’est ça que je trouve très important. Cette succession de petites choses qui font finalement naître un projet. Je cherche en permanence et, de cette recherche, nait la création. Après, ce sont des états et ces états doivent être en mouvement constant. Même si je suis bien quelque part, au bout d’un moment, j’ai envie de partir parce que rester, c’est s’enliser donc ne plus être dans la création. Il faut vivre !

Et se remettre en question pour avancer ?!

C’est trompeur je trouve. Je vois bien ce terme de remise en question pour avancer, mais en fait on avance en permanence sans forcément prendre en considération cet élément de la remise en question. J’avance parce que j’ai des acquis. En musique improvisée, je suis d’accord qu’il faut être capable de réagir à n’importe quelle situation inédite, donc se remettre en question dans l’immédiateté de l’instant. Par contre, ma réponse sera forcément structurée parce que je suis comme ça. Je suis donc finalement plus un constructeur qu’autre chose.

C’est une question de chemin de vie. Aller vers un projet sans forcément l’avoir anticipé !

C’est ça ! Toute ma vie est structurée comme cela. Je ne crois pas du tout à la chance. Je bosse tout le temps, je ne m’arrête jamais parce que j’aime ça. Je dois faire une centaine de concerts par an depuis vingt ans environ. J’ai mon propre label et comme je structure tous les projets, cela me demande énormément de temps et d’énergie. Rien n’est prémédité et j’aime ça. Quand je rencontre Khaled Aljaramani, il n’a jamais écouté un seul groupe de rock et je connais très peu la musique classique arabe. Pourquoi on se retrouve et l’on est bien ensemble ? Ça, on ne l’explique pas, cela semble magique ! Au début de notre rencontre quand on fait de la musique tous les deux, on ne parle pas et pourtant tout est fluide, évident. Pour la construction du premier album d’Interzone, chaque soir on composait un morceau différent sans échanger verbalement ou très peu. À un moment, on s’est rendu compte que l’on avait un album. Avant que Khaled ne vienne en France pour l’enregistrer, je lui ai demandé de passer une semaine ensemble afin que l’on apprenne à se connaître un peu l’un l’autre car, finalement, tout ce que l’on connaissait de l’autre, c’était sa musique. Le langage du son est universel et l’on dépasse toutes les frontières. Ça a été la même chose avec Kakushin Nishihara, chanteuse traditionnelle japonaise que joue du biwa dont l’ancêtre est le oud et qui a traversé l’orient, la Chine pour devenir cet instrument joué par les samouraïs pendant des siècles et dont elle perpétue la tradition. La musique a été là encore notre langage car pour composer et monter un concert en quelques jours, il est compliqué de converser avec une personne de culture japonaise qui n’a pas les mêmes codes que les nôtres.

Les codes sautent avec la musique qui unifie ?!

Il y a assez de plasticité pour le permettre. Sa partition est assez malléable pour intégrer des intentions musicales différentes de sa culture. Elle est donc perméable.

Tu as choisi de fonder ton propre label alors que les maisons de disques ont dû, sur ton passé de guitariste de Noir Désir, te faire les yeux doux après la séparation du groupe pour pouvoir sortir un album estampillé « Serge Teyssot-Gay, guitariste de Noir Désir ». Ce label, c’était un le souhait tout autant de sortir de cette image qui te colle, aujourd’hui encore, à la peau tout autant que le fait de ne pas être modelé selon les désirs de « chefs de produit » des labels ?

Cette décision était très claire pour moi. Après avoir arrêté Noir Désir, j’ai eu pas mal de propositions de la part de l’industrie de la musique mais comme aucune ne m’intéressait artistiquement, j’ai dit non à tout. Cela s’est très vite su dans le milieu et les gens ont cessé de m’appeler ce qui m’a permis de faire ce que j’avais envie et d’aller dans un univers bien différent des musiques normées. C’était de ma part des choix philosophiques, politiques bien évidemment. J’étais mal à l’aise dans une major car rester en contrat c’était continuer à nourrir ce système-là, donc le légitimer. Je ne veux pas cracher dans la soupe car tout au début des années Noir Désir, c’était très bien que l’on soit sur un gros label. On a bénéficié de la structure, d’aide de la part de personnes passionnées. Ce serait malhonnête de ma part de rejeter en bloc tout le monde. Par contre, au fil de la vie et de la société changeante, il s’est passé tout un tas de phénomènes au début des années 2000 avec l’émergence d’Internet et là, les majors n’ont pas voulu voir le changement et ne l’ont pas bien anticipé. Très vite je me suis dit qu’il fallait que je devienne indépendant pour arrêter de nourrir ce système avec lequel je n’étais plus en phase. Il y avait cette histoire de loi Hadopi contre le piratage. J’étais pour l’idée d’une caisse commune où tout le monde mettait de l’argent pour, qu’à la fin, cet argent soit redistribué chez les créateurs. Au lieu de cela, on a opté pour une loi qui fliquait les gens et était en plus irréalisable. Les majors et les politiques, trop vieux dans leurs bureaux et incapables d’imaginer qu’une population jeune contourne les lois, ont voulu jouer aux gendarmes. Ce flicage ne me plaisait pas du tout. Cela coïncidait avec les débuts du streaming. En soit, c’est un outil extraordinaire de pouvoir écouter n’importe quel type de musique du monde entier, mais la rémunération faite pour les auteurs et compositeurs est tout simplement honteuse et ridicule. Pour gagner 20 euros, il me faut 1 million d’écoutes ! On est là dans un domaine économique qui hélas ne favorise qu’un type de musique, qu’un type d’art, la musique de masse, la musique Mc Do. Cela tue toute forme de diversité. Ce qui ne génère pas assez de clics doit disparaitre, c’est ça le drame que tout ce système sous-entend. Courant des années 2000, je me suis donc dit qu’il fallait trouver un autre moyen pour exister car tous les signaux montraient que le monde marchand allait continuer à écraser tout et à imposer des normes aux musiciens, aux créateurs, aux spectateurs, aux auditeurs… Il y a d’autres moyens d’exister. Je critique quelque chose, mais je propose également autre chose. 

C’était pour toi une volonté de liberté pour s’éloigner aussi de l’image Noir désir ?!

Même pas ! J’ai toujours fait musicalement parlant ce que je voulais, menant mes idées au bout, les partageant avec d’autres. Moi j’aime me dire qu’entre le compositeur d’origine et la composition de groupe, la limite est extrêmement floue. À mon sens, dans un groupe, celui qui ne compose pas du tout sera tout autant important que le compositeur car sa personnalité, son jeu, sa sonorité feront qu’il sera au sein du groupe un élément indissociable des idées de composition.

Un groupe, c’est un ! C’est surement pour cela que tu n’as pas souhaité continuer l’aventure Noir désir ?! 

Je n’ai plus de relation avec qui que ce soit de Noir désir, mais ils auraient très bien pu continuer sans moi. Partir a été ma décision. On parle de son de groupe et je crois que c’est vraiment quelque chose d’important où, effectivement, l’individu est au service de l’ensemble. Perdre un élément, c’est perdre la force, l’identité. Trouver son son, c’est essentiel et j’ai aimé l’apprentissage individuel au sein du collectif. C’est le premier groupe que tu crées qui va générer cela. J’étais adolescent lorsque j’ai fondé Noir Désir et, peu à peu, c’est grâce aux autres que l’on a découvert qui on était. Souvent, on se demande pourquoi quand un membre part, le groupe s’arrête ?! C’est tout simplement parce que le groupe existe en tant qu’unité grâce à cette addition de personnalités. L’aventure collective tient à tous les éléments que composent le groupe. 

Commencer si jeune comme cela a été ton cas avec Noir désir, c’est aussi la possibilité qu’au sein du groupe, avec le temps, les individus évoluent différemment et ne soient plus forcément en phase ?!

Oui, après ce sont comme des histoires de couples qui se séparent. Dans toutes les réunions collectives, on a ce phénomène qui est finalement hyper humain. Je ne suis plus la même personne que j’étais il y a vingt ans et tant mieux. Je conçois qu’une personne puisse faire la même musique toute sa vie même si, personnellement, j’en suis incapable car cela m’ennuie. J’ai arrêté de faire de la chanson en partie pour cette raison du reste. Faire toujours les mêmes accords, même revisités, ça m’étouffe et moi, j’ai besoin d’air. Dans un groupe je conçois qu’au fil du temps puissent naître des différences qui vont devenir fondamentales.

Tu évoquais ton désir de fonder ton label pour répondre à ce besoin de liberté qui t’anime tout autant que par profond désaccord avec ce que sont devenues les maisons de disques. Est-il encore possible de sortir la musique de son aspect commercial qui consiste à la vendre comme on vendrait du dentifrice ou des sodas ?

Fort heureusement, énormément de gens font désormais ainsi. Beaucoup d’artistes ne veulent plus signer sur une major même si on leur offre je ne sais quoi. C’est trop de contraintes, un enfermement, une perte de liberté totale, de visibilité sur soi-même et, économiquement, ce n’est pas viable… Il existe plein d’autres solutions que j’ai expérimentées. Il y selon moi deux moteurs. Le premier est toujours artistique et c’est la raison pour laquelle, il y a vingt ans, j’ai commencé à générer plein de projets divers. Une rencontre en amenant une autre, cela fait effet boule de neige. Je me suis aperçu qu’en créant ou en participant à énormément de projets, on s’offre de fait énormément de possibilités de jouer. Un projet va donc générer 5 dates, un autre 15 ou 30, ce qui est énorme maintenant. Je viens de l’époque où, lorsque j’étais jeune adulte avec Noir désir, on faisait des tournées marathon. On s’arrêtait des années pour composer. À la fin, on était rincés parce qu’on était vraiment allés au bout de quelque chose. On prenait ensuite le temps de revenir, doucement. Mais c’est un système, un monde même, obsolète, une façon de procéder qui n’existe plus du tout. J’ai donc appris à fonctionner autrement car, artistiquement, cela m’a intéressé d’apprendre dans une sorte de boulimie de travail. En tant que label, je structure les projets afin de pouvoir les enregistrer dans de bonnes conditions. Il faut un lieu, un bon ingénieur du son, enregistrer rapidement car ce n’est pas viable de rester un mois en studio comme j’ai connu avec Noir Désir. Aujourd’hui, les moyens technologiques que l’on doit apprendre aident à obtenir cette liberté. Après l’enregistrement, tu dois trouver un distributeur qui va offrir une visibilité à tes albums dans les bacs. Je bosse avec « L’Autre Distribution » qui est le grand des petits et qui, en plus, est un passionné. Et ensuite il faut savoir communiquer autour des projets.

En 20 ans, la donne a complétement changé !

L’essor d’Internet, ce sont les années 2000 et, à partir de là, tout a changé ! Dun côté, quand j’ai décidé de penser la musique autrement, c’était tout autant dans un désir de création que pour pouvoir vivre économiquement. L’argent, c’est le nerf de la guerre qui te permet de pouvoir structurer tes projets. J’ai, par exemple, appris à vendre mes disques en concert et j’ai donc toujours une mallette avec moi. Cela permet aussi de rencontrer le public et génère donc des moments d’échange. Pour l’instant la rémunération du streaming n’est pas favorable aux auteurs, mais je ne désespère pas que cela puisse changer. Les majors vivent encore très bien grâce aux millions de titres qu’elles possèdent au catalogue comme grâce aussi à ceux prêts à leur faire de la musique au kilomètre. On n’est pourtant pas obligés de se soumettre ! On peut aussi exister autrement. C’est un peu comme l’agriculture intensive et la grande distribution face aux agriculteurs bio et aux circuits courts. Il existe des moyens de distribution en parallèle et ce pour tous les secteurs. Concernant la musique, Internet n’a que 20 ans et donc, dans 10 ans, les lignes auront forcément énormément bougé. Nous, musiciens, j’estime que l’on nous a tout simplement été volés. Je ne vais pas voir mon boulanger en lui disant : « Je ne vais pas vous payer la baguette 1 euro, mais 0,001 centime parce que j’en ai décidé ainsi ! » Il y a vraiment un mépris à notre égard, alors on se bat pour trouver d’autres façons d’exister. Je me souviens d’un chauffeur de taxi qui avait dit à l’un de mes potes qui tentait de lui expliquer qu’on était sous-payés par le streaming : « Vous devriez faire un vrai métier la semaine et de la musique le week-end ! » Sauf que lorsque UBER est arrivé, les chauffeurs de taxi se sont retrouvés dans la même situation que les musiciens. Je trouve qu’il y a une vraie forme de malhonnêteté intellectuelle avec une politique du chacun pour soi fortement négative et qui, en plus, fait du mal. Dresser les gens ainsi les uns contre les autres empêche toute forme de construction. 

Qu’il s’agisse d’Interzone, ce duo en compagnie du oudiste Khaled Aljaramani rencontré à Damas en 2002, ou de Zone Libre tu navigues en périphérie. Est-ce une volonté d’exister dans des espaces de totale liberté ?

C’est ça, c’est le prix de ma liberté ! Cela demande un boulot constant. Je ne suis pas un cas isolé car beaucoup de musiciens ont la même vie que moi, multipliant les concerts pendant la semaine et l’administratif les lundi et mardi. Moi, mes concerts c’est une multiplication de rencontres, de gens très différents les uns des autres, d’univers parfois totalement distincts, de manières d’aborder la scène dans des structures entièrement improvisées ou, plus rarement, en partie écrite et, de cette multiplicité d’expériences, nait l’enrichissement. Aujourd’hui, je profite des trains qui sont un véritable sas de décompression mental pour passer d’un projet à un autre dun jour à lautre. Plus jamais, comme c’était le cas avant, je ne fais des tournées en utilisant la voiture ou un camion, de plus cela rendrait impossible la faisabilité de tous ses concerts dissemblables. 

Et de quoi se compose cet interzone, cette rencontre musicale entre deux instruments, deux cultures qui fait écho à celui du « Festin Nu » de William Burroughs ?

C’est vrai que le point de départ est « Le Festin Nu ». La volonté de cet Interzone, c’est de créer son propre espace avec pas mal de mots pour le définir, les failles par exemple. J’avais réalisé un album qui s’intitulait « l’Angle Mort » avec Hamé de « la Rumeur » qui m’avait proposé de réaliser un album qui mêle rap et rock. J’avais d’ailleurs fait jouer « la Rumeur » sur une dizaine de dates lors de la dernière tournée de Noir Désir. Cet angle mort est un interzone, un endroit de liberté qui permet de proposer des choses personnelles. On n’invente rien, on malaxe de l’existant. La création est toujours la somme des idées qui fusionnent entre les membres qui composent un projet. 

Des idées qui se confrontent aussi ?!

Oui, qui se confrontent car parfois, effectivement, c’est rugueux. Quand cela vient du jaillissement, c’est forcément volcanique avec une urgence dans le travail que j’affectionne particulièrement. De là nait une fantastique énergie collective. On crée des hybrides, choses que l’on n’a d’ailleurs pas cessé de faire depuis la naissance de l’humanité. 

Cet état d’esprit qui est le tien ne date pas d’hier puisqu’en 1996 avec « Silence Radio » et 2000  avec « On croit qu’on en est sorti », alors que Noir Désir est LE mastodonte de la scène rock française, tu publiais deux projets plus intimistes, très personnels. Même pendant cette période sous les feux des projecteurs, tu ressentais le besoin de te nourrir de projets parallèles pour sortir de l’énorme « machine » qu’était Noir Désir et qui, de par son succès, t’échappait peut-être un peu ?

Les apparences sont trompeuses quand on imagine les groupes hyper installés. On s’en fait une idée qui n’est pas forcément la bonne. On ne sait pas qui sont ces personnes en tant qu’individus. On ne se focalise que sur l’image que l’on s’en fait. Je crois que l’on était arrivés avec Noir Désir à une certaine maturité à l’époque de « Tostaky ». De plus en plus de monde venait nous voir. Après la sortie du double live de Noir Désir, « Dies Irae », on aurait pu s’arrêter là car cela représentait une forme de maturité. À partir de ce moment, je me suis donné l’opportunité de travailler sur d’autres projets tout simplement parce que l’on était allé, en tant que groupe, au bout de quelque chose, quelque chose qui était certes temporaire mais qui avait eu tout son sens. Je me suis donc donné la possibilité de commencer autre chose en parallèle du groupe. « Silence Radio » était un album très intimiste, personnel où j’ai tout fait, même chanter ce qui n’est pas du tout naturel pour moi. Typiquement, on parlait tout à l’heure de l’importance des textes et pour « On croit qu’on en est sorti », c’est ce qu’il s’est passé avec les textes de Georges Hyvernaud. Cet album est purement né d’une envie profonde de mettre les mots en musique. C’est donc parti d’un livre que j’ai lu et qui m’a profondément appris sur l’humain au cœur de ce contexte de la seconde guerre mondiale et de la vie dans les camps. Lorsque je l’ai relu, cela a été avec une rythmique que je n’avais pas vue au premier abord. Alors, l’idée d’un album a germé. Pour ce projet très particulier, je me suis enfermé neuf mois dans ma cave sans en sortir. Sur scène, pour cet album, je passais une bande son en disant les textes, entouré de deux énormes peintures de Paul Bloas. C’était vraiment un truc hyper hybride. Les sons de cet album ont d’ailleurs énormément nourri le dernier album de Noir Désir, « Des visages des figures ». Ce qui montre la porosité entre les projets personnels et les projets collectifs. 

Tu disais qu’après « Dies Irae » l’aventure Noir Désir aurait pu s’arrêter et, même si elle a continué, on a l’impression que tu t’étais déjà créé un autre univers par le biais de tes projets plus personnels.

Certainement, mais parce que je me donnais les moyens d’aller chercher cette possibilité. Avant, je n’étais peut-être pas assez mûr. Le groupe avait aussi besoin d’une certaine maturité pour que je puisse partir sur des chemins de traverses.

Penses-tu que l’humain saura tirer les leçons de cette crise épidémique sans précédent que l’on a connue pour, peut-être, aborder le monde différemment, redonner à la nature la place centrale qu’elle mérite et modifier en profondeur notre système sociétal ?

Il faut absolument être positif et j’ai toujours construit mon travail là-dessus. Trouver des idées pour les amener au bout, c’est la clé ! On vient tous de passer plus de deux mois confinés, ce qui nous a laissé l’occasion de penser autrement. Les circuits courts ont de beaux jours devant eux et je pense que les choses vont bouger. Beaucoup d’actions politiques sont faites notamment dans l’écologie. Le problème aujourd’hui, c’est que les médias sont complètement sous la coupe des grands groupes. La parole est manipulée. Les évènements que l’on vient de vivre sont très perturbants et donc, de fait, déstabilisateurs. Perdre nos repères, c’est compliqué au niveau individuel mais ça l’est encore plus au niveau du collectif. J’espère que cette période permettra une prise de conscience. Pourtant, autant je suis positif dans mon travail autant de je suis sceptique sur l’avenir en me disant que tout est fait pour que ce putain de monde ultra-libéral continue d’asservir les peuples. C’est une prise de conscience anxiogène mais qui permet également de prendre la mesure du changement nécessaire à opérer dans nos sociétés. 

Cette crise n’a pourtant fait que renforcer le fossé entre les plus riches qui constituent une infime partie de la population et les plus pauvres avec une hausse du chômage, une baisse encore accrue du pouvoir d’achat, des comptes en banque dans le rouge… Aujourd’hui, tout est fait pour qu’une partie de la population sombre de plus en plus ?!

… Et disparaisse des radars ! Tout ce qui est dividendes devrait être reversé pour le bien public dans une situation telle que la nôtre alors que l’économie va dans le mur. Au lieu de ça, les dividendes sont versés aux actionnaires. C’est dingue quand on y réfléchit ! Quant aux 20 milliards d’euros qui viennent d’être donnés à des entreprises ou des secteurs en difficulté comme l’industrie automobile ou l’aviation, je trouve cela hallucinant. Pourquoi ne dirait-on pas à ces grands groupes de se réinventer, de s’adapter plutôt que de renflouer leurs caisses comme on le dit aux musiciens ou aux auteurs ? Il y a une hypocrisie et une malhonnêteté monstrueuse de la part des dirigeants. Les 20 milliards donnés le sont sans contrepartie aucune vis-à-vis de l’écologie par exemple. On n’a aucune garantie que ces entreprises vont respecter les accords de Paris. Il faudrait, comme certains le réclament, taxer toutes les entreprises qui ne respectent pas ces accords et que tous les mouvements de gauche et les écologistes se rassemblent pour avoir un vrai poids. Des solutions, il y en a ! On assiste à mon sens à la lente agonie du monde ultra-libéral, le problème étant qu’il est long à crever. L’humain, lui, a toujours su s’adapter et j’ai foi en cette jeune génération des 15/20 ans avec une conscience politique et environnementale qui est très différente de celle que nous avions au même âge.

Jouer en concert nécessite une tension interne, vivre pendant plusieurs mois par obligation sans cette tension, cela ne crée pas un manque ?

Le retour à cette tension sera immédiat. En ce moment, je travaille énormément mais la tension relative aux concerts n’existe plus en effet et j’avoue en être très heureux.

Tu as créé Noir Désir alors que tu étais au lycée avec de nombreuses répétitions pré tournées. Aujourd’hui, tu ne répètes plus avant tes concerts, préférant l’énergie créatrice de l’inspiration du moment. C’est un moyen d’éviter toute rigidité, sortant de ta zone de confort pour que la musique réponde au moment et soit un perpétuel renouvèlement ?

Mes concerts sont aujourd’hui majoritairement improvisés comme avec Carol Robinson, Joëlle Léandre ou mon duo de Zone Libre. Pour les autres projets, il y a une préparation collective de quatre à cinq jours où le concert se met en place, les directions sont données et puis, ensuite, on ne se réunit plus jamais. En 2015, j’ai eu un projet qui s’intitulait Zone Libre Polyurbaine pour lequel nous avons été invités au festival Beauregard à Caen à jouer devant 10.000 personnes et où j’avais carte blanche. J’ai décidé de monter le projet avec Cyril Bilbeaud à la batterie et moi à la guitare. La musique se voulait en référence au monde urbain dans lequel nous vivons et qui ne cesse de bouger. Cela faisait référence à toutes ces personnes qui se lèvent tous les matins avec une énergie folle pour aller bosser alors que leur quotidien n’est pas du tout facile. On souhaitait donc que notre musique soit un vrai message dénergie positive. Pour l’occasion, j’ai invité Marc Nammour et Mike Ladd à se joindre à nous pour le concert. Nous nous sommes donc retrouvés à Caen quelques jours avant le concert. Je leur ai alors demandé de créer un duo, un duo avec un sens afin de confronter nos deux duos et former, sur scène, un quartet afin de générer une communication sonore. Et on l’a fait ! Ce qui m’intéressait, c’était de réaliser un projet naissant en temps réel sur scène devant autant de gens. C’était un vrai pari, mais ultra ludique. Mike Ladd en montant sur scène ne voyait pas trop où je voulais en venir et je lui ai simplement demandé de se faire confiance entre nous. De la confiance allait forcément naître quelque chose. Résultat des courses, six mois après ce concert, on sortait un album !  

Tu as dit : « On s’est fait confiance ! » La confiance dans un groupe, c’est le pilier ?

Clairement. Il ne peut pas y avoir d’élément perturbateur, sinon ça ne fonctionne pas. C’est une grande responsabilité d’être sur scène et de jouer avec quelqu’un. On est responsable de l’autre. La scène, ce n’est pas vouloir paraître plus grand que son voisin! Il est impératif d’avoir un esprit d’entraide collective pour créer quelque chose d’unique. Aller contre le projet, ça ne peut pas marcher ! 

Là, tu évoquais un concert devant 10.000 personnes, mais aujourd’hui tu fais des concerts également beaucoup plus intimistes. Ces tournées de Zénith et cette communion totale que tu pouvais avoir avec le public lors de l’aventure Noir Désir ne te manque pas ?

J’ai adoré ça, c’était génial. C’est forcément extraordinaire de débuter un riff comme « Tostaky » et de regarder et de sentir des gens qui sautent partout. C’est valorisant de voir son travail reconnu ainsi. Pourtant, faire partie d’un groupe ultra populaire et être reconnu dans la rue est quelque chose d’ultra déstabilisant. Vivre dans le regard des autres, ce n’est pas facile car on ne s’appartient plus. Quand cela s’installe, comme c’était le cas avec Noir désir, le stade d’après est quelque chose d’hyper narcissique. On vit dans l’idée que l’on se fait de soi-même pas le prisme du regard des autres. On a beau aller contre ça, cela nous rattrape avec tous ces « courtisans » autour de nous. On a des rapports qui sont faussés et cela m’a, je l’avoue, particulièrement perturbé. C’est cet aspect social de la notoriété qui est nocif et dont j’ai mis du temps à m’extraire. C’est un état d’esprit néfaste, dans lequel on s’enferme, et qui fait qu’à terme, on n’est plus nous-même. Cela distord la personnalité. Je comprends celles et ceux qui pêtent complètement les plombs et deviennent d’autres personnes. Redevenir inconnu est une sensation géniale car cette notoriété gène la tranquillité d’esprit et nuit au développement des idées. Il faut, pour avancer, changer tout le temps, être nomade comme tu le disais.

One comment on “Serge Teyssot-Gay, l’Interzone post Noir Désir

  1. Comme je trouve cet entretien très intéressant, je me permets de soulever un élément problématique.
    Par deux fois, M. Teyssot-Gay identifie l’ultra-libéralisme comme responsable de nos maux. Je ne sais pas si c’est un choix délibéré ou une erreur de vocabulaire, mais dans les deux cas, cela soulève la question de sa culture politique.
    Par moment, j’ai l’impression que ce dont il parle est le néo-libéralisme qui domine en effet le champ idéologique depuis les années 80. Comme le néo- et l’ultra-libéralisme sont souvent confondus, je penche plutôt pour une erreur de vocabulaire. Vous pensez peut-être que la distinction est anodine, mais comme-tenu de l’importance donnée à « l’adaptation » dans le reste de ses propos, je pense qu’une clarification s’impose.
    En effet, sur le rapport au changement, l’ultra-libéralisme se distingue par l’invocation d’un passé glorifié vers lequel il faudrait revenir (on le retrouve plutôt à l’extrème-droite traditionnelle), alors que le néo-libéralisme donne la primauté au présent, qu’il faut entretenir en adaptant les populations à celui-ci.
    L’adaptation est un mot clé du néo-libéralisme, comme l’explique Barbara Stiegler, alors que l’ultra- est adepte du retour l’ordre.
    Au-delà du choix de mot, c’est l’ambiguïté de M.Teyssot-Gay qui pose problème lorsqu’il critique le pouvoir en place tout en adoptant sa rhétorique préférée. Sa difficulté, comme celle de tout.e.s les artistes, est que le néo-libéralisme s’est développé en lien avec l’intégration de la critique artiste par le capitalisme (cf. Boltansky&Chiapello). Les aptitudes artistiques ont fait le bonheur de manager dans les années 80 (initiative, autonomie…) et depuis, le discours des artistes est toujours susceptible d’être au service de l’idéologie dominante.
    Encore une fois, je me permets de soulever ce point car je trouve l’entretien intéressant dans mon ensemble. Ma démarche n’est pas de faire de M. Teyssot-Gay une cible individuelle, mais de saisir l’occasion que fournit cette entretien pour soulever un problème globale. Je n’ai d’ailleurs pas la réponse au problème, l’engagement artistique étant évidemment quelque chose de souhaitable.

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