Michael Schenker, les héros sont éternels !

Please log in or register to like posts.

À 66 printemps, l’éternel jeune homme qu’est Michael Schenker fait figure de demi-Dieu dans le cercle fermé des guitar heros. Ce monde des virtuoses de la six-cordes, c’est encore adolescent que le blondinet l’intègre, forgeant d’abord sa renommée au sein de The Scorpions aux côtés de son frère Rudolf avant de partir rejoindre UFO outre-manche. Mais Michael est un troubadour, un électron libre qui s’abroge de toute entrave et décide de fonder son propre groupe, MSG, malgré les yeux doux et les ponts d’or que lui font les monstres sacrés que sont Ozzy, Deep Purple et même… Les Rolling Stones ! Seulement mué par une volonté de ne s’encombrer d’aucune chaîne et plutôt que de courir après des chimères, c’est Flying V en bandoulière que l’OVNI Schenker poursuit sa quête d’une musique à son image ; Unique. Avec son dernier né « Immortal », volet final du triptyque débuté par « Résurrection » et prolongé avec « Revelation », Michael Schenker nous prouve, si l’on en doutait encore, que les héros ne meurent jamais !  

« Si j’avais rejoint les Stones, je serais certainement déjà mort aujourd’hui »

Cliquez sur l’image pour découvrir le site de Michael Schenker

Heureusement pour nous, Michael Schenker est donc immortel ?!

C’est visiblement ce que pense ma maison de disques ! Ce sont eux qui sont arrivés avec ce titre d’album « Immortal ». Markus Staiger, le patron du label qui est un ami m’a dit : « Michael, si tu n’avais pas existé, je ne serais sûrement pas où je suis aujourd’hui ! » Waouh, je ne me doutais pas avoir eu autant d’influence ! Certains pensent même que, sans moi, il n’y aurait pas eu de heavy metal, c’est vous dire ! C’est assez étrange car personnellement, je n’ai fait de la musique que pour le plaisir et pas dans le but de devenir célèbre ou quoi que ce soit. Je n’ai jamais souhaité faire partie d’un courant musical et, résultat, j’en ai créé un ! Il faut d’ailleurs noter que beaucoup de guitaristes de années 80 m’ont énormément copié.

Ce nouvel album inclut une reprise du morceau « In Search Of The Peace of Mind” que vous avez composé dans la cuisine de votre mère à l’âge de 15 ans et que les autres membres de The Scorpions ont utilisé sur le premier album du groupe « Lonesome Crow » sorti en 1972 et ce sans même vous créditer. Pouvez-vous nous parler de la genèse de ce titre ?

Au départ, j’étais crédité pour les paroles de ce morceau ce qui était totalement stupide puisqu’à l’époque je ne parlais pas un seul mot d’anglais ! Rudolph, lui, s’est accordé le crédit de ce morceau dont il n’avait pas composé la moindre note. À l’époque j’étais très jeune, 15 ans, comme tu le disais et donc les membres de The Scorpions ne me prenaient pas trop au sérieux. Comme je n’avais aucune notion de ce qu’était le music business, on peut dire que je me faisais avoir car trop candide, tourné seulement vers la musique et rien d’autre. Ce n’est que plus tard en rejoignant UFO en Angleterre que j’ai compris ce que le professionnalisme signifiait. Bref, l’album Lonesome Crow était ma première véritable expérience de composition et ce morceau « In Search Of The Peace of Mind » revêt aujourd’hui encore une importance capitale à mes yeux car il est très complexe dans sa conception. Je trouve que le solo est si parfait que je ne changerai pas une seule note que ce soit aujourd’hui ou dans cent ans. Là où pour les autres solos de l’album, on sent que j’ai travaillé, que j’ai fait évoluer la chose, pour « In Search Of The Peace of Mind”, je me suis simplement laissé guider par l’inspiration du moment sans réfléchir, mes doigts comme séparés de mon esprit sur le manche de la guitare. Cela donne quelque chose d’unique qui vient du plus profond de mon être, de mon âme. Ce sont des moments uniques, magiques dont des années après tu ne parviens toujours pas à comprendre ce qu’il s’est passé à cet instant précis pour faire naître quelque chose qui, pour toi, est de l’ordre de la perfection. C’est un peu comme le solo de « Stairway to Heaven » de Led Zeppelin ! Jimmy Page a sorti un truc de légende et changer une seule note serait une hérésie. Tout y est, l’émotion, la mélodie, la beauté, le feeling, la technique… Tout !

Cliquez pour commander le nouvel album de Michael Schenker « Immortal »

Comment expliquer qu’alors que vous aviez préparé le terrain de The Scorpions pour qu’ils s’imposent aux Etats-Unis, vous n’avez pas été crédité sur ce premier album où, pourtant, vos compositions sont essentielles ?

Que ce soit en effet pour The Scorpions ou UFO, j’ai grandement participé au fait que ces groupes puissent respectivement s’imposer aux US. Pourtant, je n’en ai jamais tiré le moindre profit. Pourquoi ? Tout simplement parce que lorsque comme moi vous n’êtes focalisé que sur la musique, sur le côté artistique et que la partie disons commerciale vous passe au-dessus de la tête, vous vous rendez compte bien des années après que certaines personnes se sont servies de votre naïveté pour vous léser. C’est triste mais c’est hélas de cette manière que fonctionne la nature humaine.

On oublie en effet que vous avez été le sixième membre actif de The Scorpions sans pourtant en tirer la gloire qui vous revenait. Est-ce pour cette raison que vous apparaissez crucifié sur votre guitare sur la pochette de l’album « Revelation » ?

Non, pas du tout. En fait lorsque j’ai quitté UFO en plein milieu du mixage de l’album « Strangers in the night », Rudolf l’a appris et il a voulu remettre la main sur moi. J’étais pour The Scorpions leur ticket pour l’Amérique. J’avais déjà écrit un titre qui avait été un succès là-bas alors que je n’avais que 21 ans. Rudolf le savait et comme se faire connaître de l’autre côté de l’Atlantique était son objectif, lui qui manipulait si bien le concept The Scorpions, il a voulu que je reprenne du service à ses côtés. Il m’a donc demandé de l’aider mais tout en continuant à vouloir m’enfermer pour que toute la lumière soit sur lui et ça, ce n’était pas très correct, voire très injuste. J’étais plus jeune que les autres membres du groupe et il se sont servis de cela à mon encontre. Klaus et Rudolf ne doivent pas oublier que sans moi, jamais les portes des États-Unis ne se seraient ouvertes. Cette donnée, ils l’ont je crois un peu trop vite mise de côté car ils n’ont jamais été reconnaissant envers moi, se contentant de me laisser dans l’ombre afin de tirer tout le profit de ce succès. Moi je ne les ai jamais laissés tomber et le pire dans tout cela, c’est qu’ils m’en ont voulu de quitter l’aventure The Scorpions tout simplement parce que je souhaitais être libre, faire la musique que j’aimais, que j’avais au fond de moi sans me laisser dicter par quiconque. Cette liberté m’a coûté très cher mais elle était nécessaire à mon émancipation, au fait d’être en phase avec la personne que je suis. Pour moi, l’art passe avant tout. Des filles dans des suites luxueuses d’hôtel, des télévision balancées par la fenêtre pour faire rock’n roll, des limousines… Tous ces trucs factices, ça ne me tentait pas ! The Scorpions, comme UFO d’ailleurs ont été des moments clés de mon évolution artistique mais je souhaitais passer à autre chose. Je voulais mon propre groupe, un chanteur, quelque chose à taille humaine qui puisse me permettre d’être le parfait terrain d’expression de ma conception artistique. Je ne souhaitais pas n’être qu’un pion avec lequel on allait faire de l’argent. Je me sentais pris dans une machine trop grosse, trop lourde et ma liberté était donc devenue vitale.

Comme vous le disiez, il semble que le mot liberté soit celui qui corresponde le mieux à votre carrière, ce qui vous a guidé pendant toutes ces années ?!

C’est exact. Cette recherche d’une paix de l’esprit comme le dit ce premier morceau que j’ai composé est le thème de ma vie, ce qui m’a toujours fait avancer. Je ne conçois pas la vie autrement et le musicien que je suis est en osmose parfaite avec l’homme que je suis, avec les valeurs qui sont les miennes et l’ont toujours été. 

Et si vous deviez donner un conseil à un jeune musicien, l’inciteriez-vous à ne suivre comme vous aucun courant et se démarquer pour justement cultiver cette différence ?

Tout le monde a besoin de savoir celui qu’il est au plus profond de lui-même. Il n’y a aucun problème dans le fait de copier, mais il faut simplement l’assumer. J’ai moi-même forcément débuté la guitare en copiant de-ci de-là certains guitaristes. Puis, très vite, j’ai compris que, pour me construire, j’avais besoin de tracer ma propre route, d’explorer ma propre voie alors je suis sorti de ma zone de confort pour ne plus être influencé par quiconque. Cela a été mon choix, ma façon de m’émanciper. Je me suis donc ouvert en tant que personne, ouvert intérieurement pour me laisser envahir d’éléments quels qu’ils soient sans répondre à un style musical précis qui, pour moi, était le symbole d’un enfermement que je fuyais par-dessus tout. Je crois que l’élément le plus important est le fait de prendre du plaisir dans ce que l’on fait. Cela a toujours été, en tant qu’artiste, le moteur qui m’a permis d’avancer, de me construire, de ne subir aucune contrainte venant de l’extérieur.

Vous avez d’ailleurs expliqué que, très tôt, vous aviez arrêté d’écouter d’autres guitaristes afin de ne surtout pas vous sentir influencé. Cette particularité explique-t-elle selon vous votre jeu de guitare unique ?

C’est évident ! Il faut selon moi aller chercher en toi et non auprès des autres tes propres particularités. C’est vraiment un voyage intérieur, aller puiser en soi pour s’ouvrir et explorer des territoires vierges et qui nous semblaient impossibles d’accès. C’est notre propre lumière qui doit éclairer notre chemin artistique. Quand tu ne réfléchis pas, que tu ne te laisses guider que par l’émotion, sans te focaliser sur le théorique, c’est là que les plus belles choses prennent vie. Je ne possède pas un jeu de guitare que l’on qualifierait d’académique tout simplement parce que je me suis construit seul sans me soucier de savoir ce qui se faisait ou pas, sans apprendre dans les livres. Et je pense que c’est de cette spécificité qu’est née ma différence et ce qui explique qu’aujourd’hui je sois considéré comme un guitariste à part qui, pour certains, a ouvert un nouveau chemin que d’autres ont suivi après moi. L’art est une perception toute personnelle qui vient de l’intérieur et qui vous représente tel que vous êtes. Donc sortez des routes déjà tracées pour construire votre propre chemin, c’est à mon sens la clé.

Est-ce cette soif de liberté qui vous a fait décliner l’offre d’Ozzy, préférant suivre votre propre chemin ?

Bien sûr ! J’avais ouvert le chemin des US pour Scorpions, j’avais quitté UFO alors qu’ils étaient au sommet… Je prenais en permanence le contre-pied. Aerosmith avec qui j’ai jammé à New-York, Lemmy de Motorhead, Deep Purple… Tous me voulaient. Je me souviens du coup de fil d’Ozzy en plein milieu de la nuit qui m’annonce que Randy Rhoads, qui était l’un de mes fans, est mort dans un accident d’avion et qu’il a besoin de moi pour le remplacer à la guitare. Mais franchement, je ne me sentais pas la force, l’envie…

J’ai même entendu dire que vous aviez reçu un appel pour passer une audition pour les Rolling Stones juste après le décès de Brian Jones et que, là encore, vous aviez décliné ?!

À cette époque, on était à l’été 1972 et j’étais sur le point de rejoindre UFO. Je me trouvais donc en Angleterre et avais forcément vu dans la presse le mystérieux décès de Brian Jones retrouvé au petit matin le corps flottant dans une piscine. Je n’avais pas tout compris car je ne parlais pas un seul mot d’anglais à cette époque et laissais ma guitare parler pour moi. Un jour, je reçois un coup de fil et là on me dit : « Serais-tu intéressé pour auditionner pour les Stones ? » Au départ, j’ai pensé que j’avais mal compris et j’ai baragouiné un truc en disant que j’allais rappeler. J’étais tellement sous le choc ! Imaginez-vous, les Stones, rien que ça, le plus grand groupe du monde. Le truc, c’est que je n’avais même pas noté le numéro de téléphone pour rappeler mon interlocuteur. Là, j’ai appelé Rudolf pour lui annoncer la nouvelle car je ne parvenais pas à y croire. Il faut savoir qu’à cette époque, j’étais très timide et n’avais aucune confiance en moi. Rudolf m’a dit : « C’est ta vie, c’est à toi de savoir ce qui te semble le mieux et de prendre une décision en ton âme et conscience » Finalement, j’ai laissé tomber cette idée. Je pense que si j’avais rejoint les Stones, je serais certainement déjà mort aujourd’hui. Avec UFO je me suis construit en tant que musicien, j’ai grandi, j’ai évolué et je ne regrette donc pas du tout mon choix. Le plus drôle, c’est que Ron Wood qui, plus tard, a rejoint les Stones est l’un de mes grands fans.

Aviez-vous conscience à quinze ans de l’effervescence qu’il y avait autour de vous avec tous ces grands groupes qui se demandaient qui était ce jeune prodige de la guitare que vous étiez ?

Pas le moins du monde. J’étais immature et seulement mué par le plaisir de jouer de la guitare. Quand tu es comme moi à ne te soucier de rien, tu ne prêtes pas attention au fait qu’une grande partie du monde de la musique te voit comme un prodige, comme une sorte d’OVNI. Moi, les strass, les paillettes, je m’en fichais complétement. J’ai toujours été focalisé sur l’artistique, jamais sur le business en tant que tel.

Quand on pense à vous, on a tout de suite l’image de cette Flying V noire et blanche. Pouvez-vous nous parler de cette histoire d’amour qui dure depuis cinq décennies désormais ?

Au départ, avec UFO, je jouais en fait avec deux Flying V, une blanche et une noire. Je faisais une belle promo pour la marque Gibson sans pour autant être sponsorisé ou recevoir quoi que ce soit de leur part. Les deux guitares super bien et en fait je choisissais l’une ou l’autre avant de monter sur scène en fonction des habits que je portais ce soir-là. À un moment, je me suis dit : « Je n’ai qu’à prendre une guitare noire et blanche comme ça elle collera en permanence avec mes habits ! » J’ai donc commencé à me produire avec cette guitare qui était une parfaite analogie de ma propre vision de la vie, ce noir, ce blanc, ce yin, ce yang… Toute la vie est à la fois une chose et son contraire donc il me paraissait primordial que mon instrument de prédilection reflète ce que j’avais au fond de moi, la personne que j’étais, en phase avec le musicien que le public venait voir su produire en concert.

La fameuse Flying V blanche et noire, guitare fétiche de Michael Schenker

Michael, avant cette interview nous parlions de cette crise pandémique que connaît le monde et qui met à mal le milieu artistique. Vous êtes censé vous produire à l’été 2021 au Hellfest à Clisson pour promouvoir sur scène ce nouvel album « Immortal ». Malheureusement, il est bien difficile de savoir si ces festivals estivaux pourront ou non se tenir. Vous qui vivez depuis cinq décennies grâce à cette scène qui vous nourrit humainement en tant que musicien, comment vivez-vous cette période pour le moins compliquée et à l’avenir incertain ?

J’ai dû annuler un concert au Japon qui devait être le plus grand jamais réalisé avec 10.000 spectateurs. Je m’étais préparé un an pour cet évènement et, tout à coup, tout tombe à l’eau. Ça m’a vraiment fait mal mais rien n’est vain dans l’univers et je pense que de toute chose, même négative, naît quelque chose de positif. C’est ma façon d’aborder la vie et je crois que cela m’a aidé à mieux accepter les déceptions, les échecs. Tous les artistes sont dans le même bateau et nous espérons juste que le bateau ne va pas couler. En attendant de me voir sur scène, je pense que les amateurs auront le loisir de patienter avec ce nouvel album. Let’s Rock !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *