Jean Renaud, tous marteaux des Vikings !

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De la série « Vikings » au dernier jeu vidéo « Assassin’s Creed Valhalla » en passant par l’univers Marvel, les peuplades nordiques et leur mythologie ont le vent dans le dos du Drakkar. Le phénomène ne date pas d’hier puisque de Tolkien à Jules Vernes en passant par les opéras Wagnériens, Odin et sa descendance ont suscité l’intérêt et déchainé les passions. Si entre sacrifices humains et invasions barbares, les Vikings sont bien souvent réduits, comme dans la série éponyme qui leur est consacré, à des brutes violentes assoiffées de sang et marteaux de Thor, on peut se demander si la représentation n’est pas pour le moins tronquée. Jean Renaud, ancien directeur du département d’études nordiques à l’Université de Caen nous ouvre les portes du royaume d’Asgard…

« Les jeux vidéo remettent au goût du jour les quêtes héroïques et les pratiques magiques des Vikings – ce qui ne se fait pas sans pertes ni contresens, malheureusement. »

Si l’on devait donner une définition la plus juste possible d’un Viking selon vous, quelle serait-elle ?

Un Viking (en norrois : víkingr), c’est, au sens premier du terme, un ancien scandinave, danois, norvégien, suédois, qui s’embarque avec d’autres pour mener une « expédition viking » (fara í víking), une expédition maritime, guerrière, dans le but d’acquérir des richesses par tous les moyens. Le mot « viking » n’a commencé à être utilisé en français qu’à partir du XIXe siècle : auparavant, et depuis le Moyen-Âge, on disait toujours les Hommes du Nord, les Normands, les pirates normands. Malheureusement, aujourd’hui, le mot a pris un deuxième sens, beaucoup plus large. Quand on dit « les Vikings », on désigne généralement l’ensemble de la population scandinave qui a vécu à l’époque des expéditions vikings, c’est-à-dire de la fin du VIIIe siècle au milieu du XIe. Donc ça prête à confusion : car ces gens-là n’ont pas tous été des « guerriers vikings », loin de là ! Et si on parle par exemple de ce que mangeaient les Vikings, il ne s’agit pas simplement de la popote à bord des navires, bien sûr.

On a l’impression que le Viking se résume à un être barbare doté d’une force incroyable et qui fait preuve d’une violence inouïe. Pour quelles raisons les romanciers ont-ils, au fil du temps, réduit les Vikings à cette simple image ?

L’image du barbare remonte au Moyen-Âge, où les clercs qui décrivent ainsi les Vikings dans les chroniques ou les annales sont précisément les premières victimes de leurs exactions. Ce sont eux qui ont forgé les représentations indélébiles de feu et de sang. Au XIXe siècle, le romantisme aidant, les Vikings deviennent d’invincibles héros, de formidables aventuriers, voire des surhommes ! Puis au XXe siècle, la littérature populaire s’empare du thème, bientôt relayée par le cinéma. Dès lors, tout est permis : l’imaginaire, voire le fantastique, l’emporte complètement sur la réalité historique, et la brutalité ne s’est pas atténuée pour autant.

Les Vikings ont envahi les côtes de la Manche, les rives de la Seine et ont même, comme vous le dites, participé à la formation d’une Bretagne indépendante. Que reste-t-il aujourd’hui de l’héritage des hommes du Nord en hexagone ?

Tout d’abord, je n’ai jamais dit que les Vikings ont « participé » à la formation d’une Bretagne indépendante, j’ai dit que leur présence désastreuse en Bretagne a simplement « contribué » à faire prendre conscience aux Bretons de leur personnalité propre, et donc de s’affirmer, au Xe siècle, en tant qu’Etat celtique. Mais que reste-t-il des Vikings en France aujourd’hui ? Pas grand-chose, il faut bien le dire, vu le rôle déstabilisateur qu’ils ont joué un peu partout. Sauf en Normandie, qui leur a été concédée en 911 par le roi Charles le Simple, et où ils se sont établis durablement et parfaitement intégrés – la preuve qu’ils n’étaient pas de simples barbares ! Ils y ont laissé en héritage de très nombreux noms de lieux qu’ils ont donnés, notamment à leur habitat, comme tous ces noms qui se terminent en « tot » : par exemple Quettetot, devenu le nom d’un village, mais qui était à l’origine celui d’une ferme (en norrois toft) : Ketilstoft, c’est-à-dire « la ferme d’un Viking qui s’appelait Ketill ». Mais aussi, à divers éléments du paysage, comme les noms en « bec » (du norrois bekkr, un ruisseau) : par exemple Houlbec, « le profond ruisseau ». Aujourd’hui, beaucoup de Normands portent encore des noms de famille dérivés du norrois, comme Osouf, Toutain, Turgot. Et puis – et cela concerne toute la France – la Normandie a aussi servi d’intermédiaire pour l’emprunt en français d’une cinquantaine de mots norrois. Surtout dans le domaine de la navigation (et pour cause !), comme la quille, l’étrave, les haubans, les ris, les agrès, et dans le domaine maritime en général, comme la houle, les vagues, l’estran, la crique, le varech ou encore le crabe, le homard et le marsouin. Mais également des mots aussi divers qu’une girouette, une mare, une dalle, le duvet, et même des verbes : flâner, hanter, regretter. Donc un modeste héritage, mais un héritage malgré tout !

Les Vikings ont été popularisés auprès du grand public en partie par la série éponyme. Une série dont vous dites dans votre ouvrage « Les Vikings, vérités et légendes. » qu’elle se moque de la réalité historique et chronologique. Pouvez-vous nous expliquer en quoi cette série regorge d’inepties ?

La série Vikings est un excellent divertissement : mais d’un point de vue historique, c’est loin d’être satisfaisant. Je ne nie pas qu’il y ait des efforts de faits quant au réalisme… mais les limites sont vite atteintes et on est en pleine fiction. En mélangeant toutes sortes de sources – sagas islandaises plus ou moins légendaires (comme la Saga de Ragnarr et de ses fils), Geste des Danois du clerc Saxo Grammaticus (pour le personnage non moins légendaire de Lagertha), annales et chroniques plus ou moins fiables, et j’en passe – la série tente de créer, en définitive, une vaste épopée viking. Je crois que c’était le principal but de Michael Hirst. Le mode de vie et l’habitat, au début de la série, sont plutôt bien introduits. Encore que tous les paysages soient typiquement norvégiens et qu’on reste dans le flou quant à la localisation en Scandinavie ; une partie de l’action est pourtant censée se dérouler en Suède. Si j’ai des doutes sur certaines coiffures, les vêtements paraissent, à première vue, plutôt réussis (mais il y a des incohérences et même des coupes vestimentaires presque modernes) ! Je me demande aussi pourquoi tous ces guerriers combattent tête nue : beaucoup devraient porter des casques en cuir pour se protéger. Et pour ce qui est des affaires de justice, on n’avait pas uniquement recours à la peine de mort et aux duels : on pratiquait avant tout les compensations, voire le bannissement pour les crimes les plus graves. Enfin, pour illustrer les aberrations chronologiques, on peut prendre l’épisode du siège de Paris : dans la série, on y voit côte à côte Ragnarr et son frère Rollo/ou Rollon. Historiquement il y a eu plusieurs attaques contre Paris. La première en 845 par un véritable chef danois du nom de Ragnarr, qui est mort de dysenterie à son retour au Danemark, et la dernière 40 ans plus tard avec le fameux siège de presque un an, sous le commandement d’un autre Danois, Sigfriðr, et auquel le Rollon historique a peut-être participé. Le Ragnarr Loðbrók de la Série est censé avoir attaqué Lindisfarne en Angleterre en 793 (ce qui n’est absolument pas fondé), et le voilà 92 ans plus tard aux portes de Paris, en 885, où rien ne se déroule comme dans la réalité ! Qui plus est, ce Rollon qui fondera la Normandie en 911 ne pourrait en aucun cas être son frère !

Le monde de JRR Tolkien et son « Seigneur des Anneaux » s’est également largement inspiré de la mythologie nordique. Quelles sont les principales références dans lesquelles l’auteur a puisé ?

Tolkien s’est inspiré des sources les plus diverses, dont la mythologie nordique, pour créer l’univers de ce qu’il a appelé la Terre du Milieu – dont le nom équivaut à celui de Miðgarðr pour les Vikings : c’est là que vivent les hommes. Il s’est inspiré notamment de la Völsunga saga, une saga légendaire composée vers 1260 qui raconte l’histoire d’une antique famille – dont le plus célèbre représentant est Sigurðr. La saga elle-même puise dans la poésie eddique et cite à l’appui de nombreuses strophes des poèmes héroïques : entre autres les Reginsmál (qui mettent en place le thème de la malédiction de l’or) et les Fáfnismál (où Sigurðr tue le dragon Fáfnir qui veille jalousement sur son trésor). C’est Sigurðr qui fait reforger l’épée brisée de son père et donne à cette épée le nom de Gramr, et c’est lui qui récupère le fameux Andvaranaut, l’anneau maudit par le nain Andvari. Donc faites le lien chez Tolkien, pensez à l’épée d’Aragorn, Andúril, reforgée par des forgerons elfes à partir de celle de son ancêtre. Pensez au dragon Smaug et son or dans Le Hobbit – et même au dialogue entre lui et Bilbo, à l’instar de celui entre Sigurðr et Fáfnir – et pensez à Túrin Turambar, le « tueur du dragon Glaurung » dans Le Silmarillion. Sigurðr est lui-même surnommé le « meurtrier de Fáfnir ». Pensez aussi à l’Unique, l’Anneau unique forgé par Sauron. Tolkien s’est également inspiré des poèmes mythologiques, à commencer par la Völuspá, dans lequel la völva (la voyante) se livre à de formidables prophéties sur l’histoire du monde, des origines à sa destruction finale. Dans ce poème figure par exemple une þula (une liste versifiée) des noms des nains créés par les dieux à partir du géant originel, Ymir. Tolkien y a carrément puisé le nom d’une douzaine de nains parmi les plus importants dans Le Hobbit : tels que Dwalin (Dvalinn), Bifur (Bífur), Thorin (Þorinn), etc. Mais pas le nom du nain Gimli ! En effet dans la Völuspá, Gimlé est le nom de la vaste halle recouverte d’or où les hommes habiteront après les Ragnarök (la fin du monde). Et Tolkien a manifestement préféré attribuer le nom de Gandalf au magicien (alors que Gandálfr est le nom d’un nain dans la Völuspá). À propos de Gandalf, justement, la description qu’en fait Tolkien concorde avec une des représentations du dieu Odin (Óðinn) dans les sagas, notamment au début de la Völsunga saga qui le décrit ainsi : « Il portait un manteau à capuchon, son chapeau de biais sur la tête. Il était très grand, il avait l’air vieux et il était borgne. » Gandalf est magicien, comme Odin. Tous deux sont capables de changer d’apparence ; et tous deux disposent du cheval le plus rapide du monde : Odin a Sleipnir, Gandalf a Gripoil (en anglais Shadowfax). Il y a d’ailleurs deux autres magiciens chez Tolkien qui sont plus ou moins inspirés d’Odin : Sauron, qui n’a qu’un seul œil, et Saruman avec son don de vision et auxquels sont associées des nuées de corbeaux. Odin a deux corbeaux, Huginn et Muninn.

Aiguillez-nous quelque peu sur les runes que l’on retrouve là encore dans l’œuvre de Tolkien ou même dans « Voyage au centre de la Terre » de Jules Verne ?

Oui, c’est vrai, Tolkien crée plusieurs alphabets runiques. Celui des nains est très proche des véritables runes (anglo-saxonnes, d’ailleurs), ceux des elfes le sont beaucoup moins. Et dans Voyage au centre de la Terre, il y a ce fameux cryptogramme runique d’Arne Saknussemm, à propos duquel Jules Verne écrit : « Les runes étaient des caractères d’écriture usités autrefois en Islande, et, suivant la tradition, ils furent inventés par Odin lui-même. » Voilà ! Jules Verne s’est bien documenté. Certes, il ignore qu’il existe bien moins d’inscriptions runiques en Islande qu’ailleurs en Scandinavie, mais effectivement, selon un poème eddique, les Hávamál, Odin acquiert la connaissance des runes au terme de son autosacrifice sur l’arbre du monde (Yggdrasill), en y restant pendu durant neuf nuits, transpercé par une lance. En réalité, l’écriture runique dérive sans doute d’un mélange des alphabets nord-étrusque et latin, et les anciens Germains l’auraient développée et diffusée jusqu’en Europe du Nord vers le IIe siècle. Le fuþark germanique comportait 24 signes et la tradition runique, qui était l’apanage d’une minorité, a décliné au VIIIe siècle. Et c’est au début du siècle suivant que les Vikings donnent aux runes une nouvelle impulsion : le fuþark scandinave est réduit à 16 signes et devient leur écriture – des textes plus longs, gravés avant tout dans la pierre, mais aussi le métal et le bois. Finalement, c’est l’introduction de l’alphabet latin en Scandinavie, à partir du XIe siècle, qui sonnera le glas de l’épigraphie runique. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que les runes constituent une écriture, que ce ne sont pas des signes magiques en soi. En revanche, on rencontre des formules (souvent incompréhensibles), ou des mots ou même de simples runes, seules ou groupées, dont l’utilisation à des fins magiques ne fait absolument aucun doute.

Les neuf mondes de la mythologie nordique se trouvent dans les branches et les racines de l’arbre des mondes : Yggdrasil. Comment s’organisent ces neufs mondes et à quoi correspondent-ils ?

Dès la deuxième strophe de la Völuspá, la völva dit ceci :

                     Je me rappelle neuf mondes,

                     Neuf étendues immenses,

                     Et le glorieux arbre du monde

                     Enfoncé sous la terre.

Cette notion de neuf mondes et surtout leur localisation demeurent quand même très floues, car les sources dont on dispose s’accordent mal entre elles. Yggdrasill est un frêne dont les branches s’étendent au-dessus du monde entier et dominent le ciel. Il est soutenu par trois profondes racines. Selon les Grímnismál, la déesse des morts demeure sous l’une, les géants du givre sous une autre et les êtres humains sous une troisième : donc une vision du monde dont Yggdrasill fait figure d’axe vertical. Or Snorri, qui semble laisser libre cours à son imagination, complique la disposition des racines : il en fait aboutir une chez les Ases, dans le ciel. Alors comment pourrait-on imaginer ces neufs mondes ?

Au niveau de la première racine : Miðgarðr, le monde des hommes (entouré d’une mer primitive, dans laquelle vit le redoutable serpent Jörmungandr) ; Ásgarðr, le monde des Ases (relié à celui des hommes par un pont, symbolisé par l’arc-en-ciel) ; Vanaheimr, le monde des Vanes (seulement cité par Snorri, par opposition à celui des Ases) et, céleste également, Álfheimr (toujours uniquement selon Snorri), le monde des elfes clairs.

Au niveau de la deuxième racine :

Útgarðr (aussi appelé Jötunheimr), le monde des géants des montagnes et du givre.

Et au niveau de la troisième racine :

Hel, le monde souterrain des morts (ceux qui ne sont pas tombés au combat) ; et Niflhel, que Snorri pour sa part associe à Niflheimr (un nom absent des poèmes eddiques) et situe plus profondément encore que Hel.

En adoptant ce schéma-là, je ne sais pas exactement où situer Muspellsheimr, le monde du feu (uniquement cité par Snorri), c’est là que vit le terrible géant Surtr.

Si Odin est le plus puissant de cette demeure des Dieux qu’est Asgard, Thor, son fils, et son célèbre marteau en est le plus célèbre. Expliquez-nous l’importance de ces deux Dieux, clés de voûte de la mythologie nordique ?

Le principal rôle d’Óðinn [Odin], c’est d’essayer de préserver l’équilibre cosmique, de veiller sur le monde. Voilà pourquoi il rassemble dans sa vaste halle, la Valhöll (le Valhalla) les meilleurs guerriers tombés au combat, les einherjar, ceux que choisissent les Valkyries afin que, le moment venu, ils se battent aux côtés des Ases contre les forces du chaos. La puissance d’Óðinn, très liée à la mort, suscite une angoisse certaine : divinité élitiste, cérébrale, située au-delà du Bien et du Mal… Il est heureusement complété par son fils, Þórr [Thor]. Þórr est avant tout un combattant : dans les mythes hauts en couleur qui lui sont consacrés, il est constamment opposé aux géants, qui redoutent son marteau magique, Mjölnir, avec lequel il en a exterminé plus d’un, et qui provoque le tonnerre quand il l’agite dans son char tiré par deux boucs en route pour Útgarðr. Grand gaillard roux, courageux et bon vivant, il incarne l’idéal de ces Vikings dont il est à l’image, il leur apporte sa protection, et même la pluie fécondante (avec l’orage). Il ne fait aucun doute qu’Óðinn était avant tout le dieu des rois et des grands chefs de guerre : s’il se plaît à attiser les conflits, il est celui qui assure la victoire à ses protégés. Þórr, au contraire, était le dieu des bændr, le commun des Vikings, un dieu protecteur dont ils ont longtemps porté le marteau en guise d’amulette.

La mythologie nordique était surtout transmise oralement. Ce sont, je crois, les chrétiens de Scandinavie qui ont d’ailleurs au Xe siècle abondamment documenté par écrit cette mythologie ?!

En Scandinavie, il faut attendre la fin de l’époque viking pour disposer de documents écrits : les plus anciens ne remontent pas au-delà du XIIe siècle et leurs auteurs sont chrétiens. On peut prendre l’exemple de l’Islandais Snorri Sturluson que j’ai déjà mentionné plusieurs fois. L’Islande est chrétienne depuis plus de deux siècles lorsqu’il rédige son Edda en prose vers 1225. Il a lui-même reçu une éducation chrétienne – qui a bien pu altérer sa conception du paganisme ! – mais son but, c’est d’évoquer la mythologie ancestrale et les figures poétiques des scaldes, afin d’en assurer la pérennité. La première partie de son ouvrage, intitulée Gylfaginning, est un récit savamment composé : il s’efforce de rendre cohérentes ses différentes sources poétiques, majeures ou fragmentaires, sur lesquelles il s’appuie et qu’il cite ou qu’il interprète à l’occasion. Il est évident que la persistance des anciens mythes est remarquable dans la culture médiévale islandaise.

Quels sont les principaux textes de la mythologie nordique ?

C’est en premier lieu la poésie eddique. La majeure partie de ces poèmes (une trentaine) est regroupée dans un manuscrit du XIIIe siècle (le Codex Regius). Ces poèmes anonymes, dont la composition (orale) s’est échelonnée sur près de cinq siècles, surtout en Norvège et en Islande, sont classés, dans le manuscrit, en poèmes mythologiques d’une part et héroïques d’autre part. Les poèmes mythologiques, comme la Völuspá et les Hávamál, évoquent le monde des dieux et sont une mine d’informations sur les grands mythes nordiques. Les poèmes héroïques traitent des héros de ce qu’on pourrait appeler « l’Antiquité » germanique : beaucoup concernent les légendes de Sigurðr et de son épouse Guðrún. Mais il y a aussi la poésie scaldique, intimement liée à la mythologie. À la différence de la poésie eddique, elle est l’œuvre d’auteurs généralement connus, des scaldes qui tantôt célèbrent un événement, tantôt font l’éloge d’un prince ou d’un roi. Attestée dès le VIIIe siècle, cette forme de poésie est devenue au fil des temps (et jusqu’à la fin du XIIIe siècle) spécifiquement islandaise. Par leurs thèmes et leurs tournures linguistiques, les scaldes nous apportent un riche complément d’information sur les mythes et les rites, d’autant plus précieux lorsqu’ils ont eux-mêmes vécu avant l’époque chrétienne.

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Les offrandes aux Dieux étaient faites de sacrifices d’animaux mais également d’êtres humains. Quelle était l’importance de ces rituels chez les Vikings ?

Le blót, autrement dit le sacrifice à un dieu, est un acte qui doit conférer à celui-ci la force nécessaire et le contraindre à agir ou à intervenir en faveur de celui ou de ceux qui le font. C’est donc extrêmement important et une pratique courante à l’époque viking. Il s’agit d’un ensemble d’opérations rituelles, lors d’une cérémonie cultuelle (mais aussi funéraire), où l’immolation est suivie de la consultation des augures puis d’un banquet sacrificiel. Il y a d’une part les sacrifices saisonniers, qui ont lieu régulièrement, lors des solstices ou des équinoxes, et d’autre part à l’échelle familiale ou individuelle, des sacrifices qu’on pratique quand le besoin s’en fait sentir. À l’époque viking, on sacrifie essentiellement des animaux : les sacrifices humains se font de plus en plus rares, mais quelques textes en mentionnent et évoquent tel marécage ou telle fosse où l’on sacrifiait des hommes, et l’archéologie le confirme. C’est la conversion au christianisme qui en marquera définitivement la fin.

Ce mois-ci est sorti le jeu vidéo Assassin’s Creed Valhalla dont le héros est un Viking, nombre de groupes nordiques de musique métal se réfèrent à leurs origines Vikings sans parler de Marvel qui a repris Thor et Loki dans ces films. Comment expliquer que cette mythologie nordique soit encore aujourd’hui si porteuse ?

Je crois que c’est inexplicable !  Mais ça ne m’étonne pas vraiment. Les jeux vidéo, par exemple, remettent au goût du jour les quêtes héroïques et les pratiques magiques des Vikings – ce qui ne se fait pas sans pertes ni contresens, malheureusement. Mais pour les millions de passionnés, ce sont les réminiscences modernes de l’une des plus belles mythologies de l’humanité ! Puisque le guerrier viking conquiert, sous cette forme stéréotypée au possible, le monde entier – et on peut même en quelques clics le transformer en guerrière viking dans Assassin’s Creed ! Le « mythe viking » a la vie dure !

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