Andy LaRocque, l’éminence grise de King Diamond

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Que serait Charlemagne sans Alcuin, Louis XIV sans Mazarin, Marie de Médicis sans Concini ou François Mitterrand sans Jacques Attali ? Auraient-ils connu le même destin ? On peut sérieusement en douter ! L’influence du guitariste Andy LaRocque, dans l’ombre du fantasque et légendaire King Diamond ne peut, elle, être remise en question tant, par son talent de compositeur que par son jeu version Buzz l’éclair, le musicien pose les contours sonores du royaume de ce roi dont chaque opus se veut un concept album, merveilleuse plongée dans des abimes macabres. Décryptage de cette œuvre au noir en compagnie de monsieur LaRocque !

« Ce que je peux vous dire, c’est que l’ambiance de ce prochain opus risque d’être encore plus flippante que d’habitude. »   

Retrouvez le site de King Diamond et l’extrait du nouvel album à venir…

Découvrez le site du studio d’Andy LaRoque

Andy, on a repoussé de quelques jours cette interview car vous étiez en studio avec le groupe At The Gates. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce nouvel album en préparation ?

Pour être honnête avec vous je n’en sais pas trop concernant l’album dans sa globalité car tout n’a pas été enregistré dans mon studio. Le groupe s’est tout d’abord rendu dans un premier studio pour faire les prises de batterie avant de venir dans mon propre studio afin d’y enregistrer les guitares et la basse avant de s’occuper des voix. Ce que je peux dire sur At The Gates, c’est que ce sont vraiment de supers musiciens avec des compositions et des riffs de guitare qui font mouche à chaque fois. Si le mastering se déroule comme prévu, ce nouvel album devrait sortir à l’été 2021.

J’ai interviewé, il y a de cela quelques jours, Michael Schenker pour la sortie de son prochain album « Immortal » prévue en janvier. Je sais qu’il a été une grande influence sur votre propre jeu. Quels sont les autres guitaristes qui vous ont fait vous tourner vers votre instrument de prédilection ?

J’ai commencé la guitare alors que nous étions en plein milieu des années 70 et, forcément, j’ai été très marqué par des groupes comme AC/DC, Black Sabbath ou Status Quo. Par la suite, lorsque la vague des guitares héros est arrivée, il est vrai que Michael Schenker et Randy Rhoads ont été pour moi de grandes sources d’inspiration de par leurs jeux. Plus tard, j’ai été très impressionné par la technique et le sens mélodique de Steve Vai.

Andy LaRoque dans son studio

Vous étiez âgé de quatorze ans lorsque vous avez eu votre première Gibson. Vous êtes un autodidacte, cela explique-t-il que votre technique guitaristique soit si unique puisqu’elle n’est pas dictée par la théorie ?!

Cela doit en être effectivement la raison principale. J’écoutais beaucoup de groupes et de guitaristes différents et puisais en chacun d’eux de petits tricks de-ci de-là. En apprenant seul, vous vous retrouvez face à des difficultés techniques insurmontables que, forcément, vous ne parvenez pas à déchiffrer. Il convient alors de s’accaparer la chose en s’accordant un petit compromis ce qui vous oblige à assimiler des phrasés de guitare mais en les adaptant à vos propres aptitudes. En ingérant tout cela, puis en le digérant, vous vous construisez peu à peu un jeu afin de créer vos propres spécificités, les spécificités qui font ce que vous êtes en tant que guitariste. Je ne suis donc, en tant que musicien, qu’un savant mélange de mes acquis au fil du temps.

Vous avez rencontré King Diamond par le truchement de Mikkey Dee avec qui vous jouiez dans un groupe en Suède avant qu’il ne parte pour Copenhague et ne rencontre les membres de Mercyful Fate. Vous souvenez-vous de l’audition que vous avez passée pour King Diamond, jouant le solo du morceau “Dressed In White” que l’on retrouve sur l’album “Fatal Portraits” ?

Oh que oui ! Je m’en souviens comme si c’était hier. Je connaissais Mikkey quelques années avant de rejoindre King Diamond. Il m’a appelé alors que nous étions au milieu du mois de juin 1985 pour me dire qu’il avait besoin de moi pour leur filer un coup de main en studio. Le soir même, je quittais mon travail et le lendemain je me retrouvais dans le train pour Copenhague avec ma guitare et mon ampli sous le bras. J’ai débarqué au studio, posé mon matériel et j’ai parlé un peu avec les mecs du groupe histoire de me présenter. Rapidement King Diamond m’a demandé de jouer seul, sans les parties de guitare rythmique sur le morceau « Dressed in White » qui était déjà enregistré. Il faut dire que lorsque je suis arrivé, King Diamond et ses musiciens étaient déjà en studio depuis deux semaines. Les prises de batterie, de basse et de guitares rythmiques étaient donc déjà en boîte. J’ai branché mon ampli, collé un micro devant et j’ai commencé à improviser un solo sur « Dressed in White » me laissant guider par l’atmosphère très particulière qui se dégageait de cette composition. Puis la journée a passé et, le soir venu, King Diamond est venu me voir et m’a dit : « Andy, bienvenue dans le groupe ! »  

Andy sur scène avec King Diamond

Vous vivez en Suède et King Diamond aux Etats-Unis. Quel est le processus d’écriture des morceaux ? King arrive avec une histoire et des paroles puis vous travaillez la musique ensemble en vous envoyant des fichiers via Internet ?

C’est un peu le principe en effet. Il a une histoire en tête dont je ne connais pas tous les détails. On commence à écrire des morceaux, des ambiances puis quand l’histoire est entièrement construite de manière précise dans son esprit, on passe en revue les titres que l’on a composés en se disant : « Ok, celui-là s’intègre parfaitement dans l’histoire et celui-là pas du tout ! » On pioche ensuite pour effectuer notre choix afin de coller au mieux à telle partie de l’histoire ou à telle autre en fonction des paroles tout autant que des ambiances souhaitées. Ensuite, on opère une sorte de ping-pong en s’envoyant des fichiers via Internet pour finaliser le morceau. Même si nous sommes loin l’un de l’autre cette manière de procéder fonctionne et c’est quand même beaucoup plus simple que cela ne pouvait l’être il y a une trentaine d’années.

Et c’est de ce processus d’échanges de fichiers que nait donc un nouvel album ?

Tout à fait ! Nous possédons chacun notre propre studio même si celui de King est plus de l’ordre du home studio alors que le mien, dans lequel j’enregistre de nombreux groupes est très professionnel. C’est très inspirant de travailler de la sorte. On commence généralement avec un simple riff ou une ligne de clavier sur lequel on ajoute un motif de batterie électronique puis une ligne de basse. Disons que c’est ainsi que l’on construit une sorte de démo qui va servir de canevas à la composition. À partir de là, on va par exemple modifier la structure en allongeant le refrain ou encore en déplaçant un couplet. Quand enfin tout est prêt, on débute l’enregistrement.

Le dernier album de King Diamond est sorti en 2007. Je sais que vous travaillez actuellement sur un nouvel album « The Institute » dont on a pu entendre l’extrait « Masquerade of Madness » dont l’histoire se déroule dans un hôpital psychiatrique des années 20. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cet album que les fans attendent avec impatience ?

Il est difficile d’entrer dans les détails de cet album car l’histoire n’est pas encore totalement finalisée. Pour l’instant tout cela est encore en phase de maturation dans l’esprit de King. Après, effectivement, vous avez pu en entendre un extrait avec le morceau « Masquerade of Madness » que nous avons récemment publié. Ce que je peux vous dire, c’est que l’ambiance de ce prochain opus risque d’être encore plus flippante que d’habitude. Même si l’on a pas mal avancé dans le processus d’écriture, l’album est encore en chantier et il est donc un peu prématuré de vous en donner toute la teneur. Mais je pense que les fans ne seront pas déçus !

Et pouvez-vous déjà nous dire quand cet album tant attendu sortira ?

On espère que « The Institute » puisse voir le jour l’année prochaine, mais comme nous sommes toujours dans le processus de composition il est assez compliqué de se projeter. Cela fait un long moment que l’on travaille sur cet album qui d’ailleurs avait été annoncé au départ en 2020. Mais entre les tournées et la crise de la Covid qui est venue se greffer, on a forcément pris du retard. Il va donc falloir encore patienter un peu, mais on y travaille !

Des albums comme “Abigail” ou “Them” sont considérés pour beaucoup comme des pierres angulaires du metal. Quand vous regardez en arrière, vous mesurez le fait d’avoir ainsi écrit des albums de référence ?

Bien sûr cela fait plaisir et je suis fier d’avoir pu participer à ces albums que beaucoup considèrent en effet comme des pièces essentielles de l’histoire du metal. On était jeunes et on a vraiment donné le meilleur de nous-même. C’est plaisant de voir que des décennies après leurs sorties, ils sont encore appréciés, écoutés et réclamés en concert par tous nos fans. Forcément, cela fait chaud au cœur !

Vous avez d’ailleurs remasterisé certains albums de Kind Diamond. Cela a dû être un sacré challenge de garder l’énergie inhérente aux prises de sons d’origine tout en magnifiant le tout pour rendre l’album plus abouti encore ?!

Ça a été un gros boulot et certains albums ont demandé beaucoup plus de travail que d’autres. C’est le cas pour « The Spider’s Lullabye » par exemple qui a été enregistré à Dallas dans un studio que nous ne connaissions pas, avec un nouvel ingénieur du son et de nouveaux musiciens. Tout cela cumulé fait que l’album sonnait différemment des autres. Un truc clochait dans le mix et cela a vraiment nécessité un travail de longue haleine pour tenter de rattraper le coup avec un nouveau mastering. Je pense sincèrement que cette nouvelle version est plus proche de la couleur sonore que nous souhaitions apporter à l’album dès le départ.

Vous avez commencé à jouer avec King Diamond à l’âge de 22 ans. Peut-on dire que votre jeu de guitare est plus basé aujourd’hui sur le registre émotionnel qu’à vos débuts où, comme tout jeune guitariste, vous souhaitiez surtout mettre en avant votre technique ?

J’avais effectivement 22 ans lorsque j’ai commencé à jouer avec King Diamond. C’était en 1985 puisqu’en 1984 il était encore avec Mercyful Fate. Dans ce milieu des années 80, il y avait cette tendance à devoir mettre en lumière l’éventail de sa technique en jouant plus vite que tous les autres. Une sorte de challenge entre guitaristes ! Aujourd’hui nous sommes plus focalisés sur la musique en elle-même que sur un quelconque besoin d’entrer dans une forme de démonstration qui devient vite très ennuyante. Pour construire un solo, il est selon moi primordial de se focaliser sur la mélodie et l’émotion que l’on souhaite véhiculer par le biais des notes bien plus que sur un simple passage en revue de ce que l’on est capable de réaliser techniquement. C’est ainsi que moi j’aborde la guitare.

Comme vous l’expliquiez, l’album « The Institute » que beaucoup attendaient en cette année 2020 a été repoussé en raison de cette crise de la Covid-19. Pensez-vous que ce climat anxiogène puisse être une source d’inspiration pour les nouvelles compositions sur lesquelles vous travaillez actuellement ?

C’est possible mais comme toute l’histoire se construit au fur et à mesure dans la tête de King et que je n’ai pas encore tous les détails, il est compliqué de me prononcer. Ce que je peux dire, c’est qu’effectivement une telle situation unique et si stressante pour le monde entier qui a dû faire face à ce virus et rester pendant des mois cloitrés à la maison a tout d’un élément fort susceptible de l’inspirer. À titre personnel, je dois avouer que cette situation a été pesante et que le fait de ne pouvoir me produire sur scène ou simplement voyager n’a pas été facile à gérer.

Les spectacles de King Diamond sont très théâtralisés. Sont-ils des sources d’inspiration pour votre jeu de guitare que vous adaptez en fonction de l’ambiance de la scène ?

Sur scène je fais en sorte que mes solos soient quasiment à la note près ceux des albums afin de garder justement l’unité initiale du morceau. Ce qui est vrai, c’est que l’ambiance scénique très théâtrale comme vous le disiez participe grandement à l’expérience vécue par le public. Cela dépasse largement le cadre musical puisque, là encore, on raconte une histoire et c’est cette narration qui est très inspirante pour mon propre jeu.

Sachant que chaque album de King Diamond narre une histoire, n’est-il pas trop compliqué d’opérer un choix lorsque vous devez mettre au point la set list pour un concert afin de garder une certaine unité du début à la fin du spectacle ?

Choisir la set list est en effet souvent un casse-tête. Il faut à chaque fois tenter de construire un spectacle avec un début, un milieu et une fin dans l’optique de raconter une histoire mais en y incluant en effet des morceaux extraits de différents albums. Il y a des morceaux que les fans nous réclament à chaque concert et l’on se doit de proposer quelque chose qui, dans sa globalité, fasse sens. C’est un peu comme construire un puzzle avec de nouvelles pièces ! On jongle donc en permanence entre le fond et la forme et c’est là que les éléments visuels du concert que nous incluons nous aident à lier les morceaux entre eux.

Vous avez joué avec une vingtaine de groupes dont Dimmu Borgir ou Death, vous avez produit des centaines de groupes dans votre studio d’enregistrement, vous jouez avec King Diamond depuis plus de trente-cinq ans… On peut dire que votre carrière de musicien a été bien remplie ?!

J’évite de regarder derrière moi, même si forcément je suis, en tant que musicien, fier du chemin parcouru depuis toutes ces années. Mais aujourd’hui encore, ce qui me motive, c’est de regarder devant moi, de continuer à produire de nouveaux groupes de travailler sur cet album « The Institute » avec King Diamond. Je ne suis pas trop un nostalgique et préfère penser à l’avenir qu’au passé.

Les albums de référence selon Andy LaRoque

Si vous ne deviez retenir que trois albums de metal, quels seraient-ils ?

Je parlerais là des albums qui m’ont le plus influencé. Il y a forcément « Bloody Sabbath » de Black Sabbath, « Somewhere in Time” de Iron Maiden et j’ajouterais sans hésiter “Blizzard of Ozz », le premier album d’Ozzy Osbourne avec Randy Rhoads à la guitare.

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